LIVRE TROISIK.ME
noncer son nom , en le rappelant sans cesi^c à Tattention et à Tespiit des lecteurs , sous le voile tianspaieut d'une eliarilablc reserve, n'étoit (jue plus accablante poin- un homme connue Fénelon, qui ne vouloil laisser subsister aucun nua);e sur sa doctrine et sur sa réputation.
11 divisa sa réponse en ([uatre lettres, ipi'il évita de publier d'aboiïl à l'aris; nous nous bornerons à en citer (]uelqnes iragmens ' :
« -Monseigueui' , J"ai gardé le silence autant que » je Tai pu, et il n'v a l'ien (pie je ne lisse encore » pour n'être pas dans la nécessité afiligeaMle où » je me trouve de me plaindre à vous-même de » votre dernièie lettre pastorale. .V Dieu ne plaise, » Monseigneur, «jue je m'écarte jamais de la vé- » nération que vous méritez, et de rattachement " que j'ai pour vous dejiuis si long-temps.... IHus » Notj-e place vous doime d'autorité, plus vous » êtes responsable des inipressions que v ous don- » nez au public contre moi. Votie vertu, et la » modération qui paroit dans vos paroles, ne sei- » vent qu'à les rendre plus dangereuses. Les ar- » cusalions véhémentes et outrées imposent moins ». au public. Mais quand vous ne montrez que dou- ') ceur et patience, en m'inq)utant les erreurs les » plus monstrueuses, le public est tenté de croire >' que j'ai enseigné toutes ces erreurs. VoiUà le » mal que vous me laites, Monseigneur, contre » votre intention.
» Si les précautions que je proposois pour re- 1) médier au mal (pi'on attribuoit à mon livre , ne paroissoient pas assez grandes , il falloit à toute » extrémité prendre un parti , qui auroit édifié » l'Eglise. Vous n'aviez. Monseigneur, (ju'à vous » joindre aux deux autres prélats , qui ont pi'is M part à la déclaration , et (pi'à consultei' de cou- » cert avec moi le Pape sur le livre en (pieslion. '» 11 n'étoit pas juste que je fusse cru dans nia » propre cause; mais étoit-il juste aussi que ceux " qui m'accusoient voulussent décider? Je devois » sans doute me défier de mes pensées; peut-être » aussi pou voient-ils se défier des leurs? 11 n'y » avoit donc qu'à prier le Pape, notre juge com- » nuin, de nous donner une décision. Si j'eusse » refusé de me soumettre à son jugement, j'eusse » été inexcusable devant Dieu et devant les hoin- » mes; alors il auroit été temps de faire ce ([u'on » a fait sans nitendi'e la réponse du père commun. » Vous ne deviez pas craindre , Monseigneur , (pie » l'Eglise romaine favorisât le quiétisme, (ju'elle » a foudroyé dès sa naissance , ni (ju'elle voulût , " pour épargner mon livre , que je n'aurois ]ias » voulu épargner moi-inème en ce cas, mettre en » péril les fondemens de la religion. Ainsi l'E- » glise auroit été édiliée de voir des prélats par- » faitement unis au milieu même de la diversité " de leurs sentimens, et la réponse du Pape auroit " fini tout ce dilîérend. Ui'oi ^i^i'il arrive dans la » décision . ma soumission fera connoitre les scii- » timens de nuui cœur pour détester loule erreur, '> et pour me soumettre à l'Eglise sans restriction. » La prévention oîi vous êtes, Monseigneur, ne » diminue eu lieu mon respeci et mon attache- " ment. >^
Dans une seconde lettre , Fénelon éci'ivoit au
' Œtures de Fcr.eloii , l. n, \>. 467.
cardinal de Noailles : « Je vous avoue, Monsei- » gnenr , (pie plus j'examine votre instruction >' pastorale , moins je vous reconnois dans ce " styk', oii vous ne me ménagez en apparence, >' (pie [tour donner un tour plus modéré et plus » |)eisuasif aux plus terribles accusations. Vous ne » juirlez pres(pie jamais de moi; vous n'en parlez » (pi'en des ternies honnêtes ; mais vous raj)por- " tez sans cesse (piebpies-unes de mes paroles » pour les joindie dans un même corps de doc- » îrine a\ec ce<pii jiaroit le plus ])ropre à y exciter » l'indignation publi(pi('. Voussaxcz, MonseiLiiieur, " <\ue rien n'est plus f;u'ile el moins conchumt en » niatièi-e de dogme, (pie de faire ainsi un tissu » de passages détachés de divers auteurs, pour en •» tirer toutes les conséquences les plus odieuses... >' Vous dites. Monseigneur, que le christianisme » n'est pas une école de métaphysiciens ; tous les » clu'étiens , il est vrai, ne i)('u\ent pas être des » inétapiiysiciens; mais les pi'incipauv théologiens » ont un grand besoin de l'être. C'est par une » sublime métaphjsi([ue , que saint Augustin a ') remonté aux premiers principes des vérités de » la religion contre les païens et les héréti(iues. » C'est par la sublimité de cette science, que saint » (irégoire de Nazianze a mérité par excellence le » nom de théologien. C'est par la métaphysique » i(ue saint .\nselme et saint Thomas ont été , » dans les derniers siècles , de grandes lumières. »
Fénelon termine sa troisième lettre au cardinal de .Noailles par le langage le plus touchant, u Par- » donnez. Monseigneur, tout ce que l'intérêt de » la vérité et la nécessité de me justifier sur la >' pureté de ma loi , m'ont obligé de remarquer ') sur votre instruction pastorale. Plût à Dieu que » nous pussions dissiper les nuages qui ont altéré » l'amitié dont vous m'avez honore si long-temps ; » du moins, ils ne diminueront jamais la vénéra- » tion et l'attachement que j'ai pour votre per- " sonne. Dieu , qui voit le fond de mou cœur , ■» m'est témoin , qu'en pensant autrement que » vous, je ne laisse pas de vous révérer, de dé- » plorei' amèrement cette division, el d'être tou- » jours avec le même respect. »
La quatrième lettn^ est relative à une addition (jue le carfhnal de Noailles avoit ttiite à son instruction pastorale. Elle a\oit pour objet de réduire à quebpies propositions claires et inconteslal)les le sysième ([ue lui opposoit le cardinal de Aoailles , et d'en faire ressortir les contradictions a\ec le système (pie Bossuet lui opposoit d'un autre C(Mé. Il en concluoit (jue ses adversaires ne s'accordoieul pas plus entre eux (pi'ils ne s'accordoient avec lui. (]ette (piatrième lettre rentre dans le fond de la controverse.
Fénelon avoit ('-vile de pubher ces quatre lettres en France; il st'toit borné à les adresser aux examinateurs nonmiés par le Pape , comme le cardinal de Noailles lui-même leui- avoit adressé son Insti lution pastorale. Mais on comprend facilemeiil , ({u'axec l'extrême avidité qu'on monlioit (le toules parts pour connoitre toutes les pièces de ce grand procès, on avoit dû réimprimer en Italie ces quatre lettres,- à l'insu de Fénelon lui-même. Toutes les presses de Hollande étoient également en mouvement pour reproduire des écrits aux([uels les circonstances et le mérite des
HISTOIRE DE FENELON.
auteurs donnoient un grand intérêt. 11 est donc assez singulier que le cardinal de Noailles parût surpris et blessé que Fénelon eiit fait imprimer , pour Rome seulement, sa réponse à une Instruction pastorale que le cardinal de Noailles avoit fait imprimer, publiei-, et répandre dans toute la France et toute TEuropc.
Ltttre de rarclievèque de Pai'is k ténelon.
Cependant le cardinal s'en plaignit comme d'un procédé offensant. 11 écrivit à Fénelon pour lui reprocher « de ne lui avoir point d'abord adressé V ses réponses imprimées , et de ce qu'elles ont 5) couru long-temps avant qu'il les ail reçues. Il » l'assure qu'il aura avec lui un procédé bien dif- '> férent; qu'il lui adresse directement sa réponse, » et non au public , et qu'il voudrait ne la point » montrer , mais qu'il y a wi très-petit nombre de » personnes distinguées à qui il ne la peut refuser. » Tandis que le cardinal de Noailles s'cxprinioit ainsi, on imprimoit avec son agiénicnl cette même lettre qu'il annonçoit n'être que pour Fénelon et non pour le public. Fénelon reçut en effet ' des exemplaires imprimés de cette lettre, quatre jours seulement après l'avoir reçue manuscrite.
La lettre du cardinal de Noailles à Fénelon concerne entièrement les faits et les procédés. On en a déjà vu dans le cours de cette histoire le récit le pins exact fondé sur les pièces originales ; mais on sait assez qu'il est aussi commun que facile de présenter les mêmes faits sous des aspects dilTérens , selon les préventions «lui divisent les personnes, et selon l'intérêt qu'elles ont à les tourner à leur avantage. A la lin de celte letlie , le cardinal de .Noailles semble sortir ini peu de son caractère habituel de modération , et un sentiment involontaire d'amertume a ieiit se mêler à des exjiiessions obligeantes. « SoullVez , .Mmisei- 1) gncur, écrivoit-il à Fénelon, (ju'eu tinissant je » me plaigne à vous du temps que vous me faites » perdre et de celui que vous {)ei-dez. Ne crai- » gnez-vous point, pendant (jue aous vous oc- » cupcz tant à défendi'e oos précisions, dont l'E- » glise s'est passée si long-temps, de mancpier à » ce que vous lui devez de plus important? Oi'i^ » fera le grand diocèse dont vous êles chargé, et » (|ui a sans doute besoin de toute \otre applica- )) lion , tant que vous ne travaillerez i\y\l\ jiislifier » votre livre? Poiu' moi, qui sens plus <pie vous , » pai'ce (piej'ai niniiis de forces, la lu'santeur de » mon faideaii , je me crois si obligé d'évih-i' tout » ce qui peut me détourner de mon ministère, » que je ne veux plus enqdoyer mon temps à celle » dispute. Vous éciirez , tant qu'il vous plaira, » contie moi ; je ne vous lépimdrai i»his.... Vous » n'aurez pas de peine à demeurer uni avec moi ; » je veux l'être toujours avec vous, autant que ce 5) que je dois à la vérité me le permettra, et con- » server l'amitié sincère et lespectueuse .avec la- » quelle je suis depuis si long-temps. »
1 l.rUn; (l(! HViiflon a rabln' dr Cliiiiilciaf, du ;iO iiini I69H. C'orrcsp. de Fénelon, I. i.\, p. fii6.
xxxu.
Dilïérens érrits polémiques de Bossuet.
Avant même que Fénelon se fût engagé dans cette discussion particulière avec le cardinal de Noailles, il s'étoit engagé dans im combat bien plus terrible et bien plus opiniâtre avec Bossuet.
Les premiers écrits de Bossuet , que nous avons indiqués (page 101), avoient été suivis d'un grand nombi-e d'autres K 11 est impossible de méconnoître dans ces difiérens ouvrages , comme dans tous ceux de Bossuet , ce génie unique , qui trouvoit toujours le moyen de répandre de la chaleur et de la vie siu' les sujets qui paroissoient les plus étrangers aux grands mouveniens de l'éloquence. 11 s'y élevoit avec un noble dédain au-dessus des imputations vaines et calomnieuses , qu'on atVectoit de répandre sur les motifs qui le faisoient agir. « 0>';i"l il t^'L'"'^ Mi'i "•^' peuvent se persuader » que le zèle de défendre la vérité soit pin- et sans » vue humaine, ni qu'elle soit assez belle pour » l'exciter toute seule , ne nous fâchons point « contre eux , s'écrioit Bossuet ; ne croyons pas >) qu'ils nous jugent par une mauvaise volonté ; » t'A après tout , comme dit saint Augustin , ces- •» sons de nous étonner qu'ils imputent à des hom- » mes des défauts humains. »
Lellres de Fénelon à Bossuet.
Mais à peine faisuit-il paioitre un ouvrage, que Fénelon lui oftposoit les apologies les plus spécieuses. Ces apologies , toujours écrites avec une précision et une clarté qui sembloient initier tous les lecteurs aux secrets .de la théologie la plus sublime, se léiumdoient avec le j)lus grand succès , et inspiroient un intérêt général pour sa cause. Nous n'extrairons des réponses de Fénelon que les seuls traits (pu peuvent entrer dans un récit histoiique.
« Monseigneur, en Unissant votre dernier livre, » je me suis mis devant Dieu , comme je voudrois )) y être au moment de ma mort. Je l'ai prié ins- » famment de ne i>as peinietti-e (pie je me sédui- » sisse moi-niênie. Je n'ai craint , ce me semble , » (pie de me llatler , (pie de tromper les autres, )) (pie de ne pas faire valoii' assez contre moi tou- » tes vus l'aisons. IMùt à Dieu (jue je n'eusse qu'à )) m'hiimilier , selon votre désir, pour vous apai- » ser et Unir le scandale. Mais jugez voiis- )) même , Monseigneur , si je puis m'huniilier )) conire le témoignage de ma conscience , eu » avouant (pie j'ai voulu enseigner le désespoir » le plus impie sous le nom de sacrifice absolu de » l'intéiêt propre, puisipie Dieu , ipii sera mon » juge, m'est témoin que je n'ai fait mon livre » ([ue pour confondre tout ce ipii peut fiivoiiser » celte doctrine monstrueuse. »
' l>r iKirti iiiiirsIiotH' Irnrtniiis Irvs : I. Mijstici inlulo; II. Sclinht in liild ; III Qnkthmux ri-diviviis ,' 1li'.)8, in-8"; cl (Jnirsiliiiiciilii (le lu-lihux o cdrilatc inijicralis, Silioli» in lulo ad riilcein lns<:iri(d(i , in-8".