LIVRE TROISIÈME
» nables maximes des quiélisles. Mais dès-lors » (ju'en vous justifiant pleinement sui- tous ces » faits, vous oterez tout sujet de douloi ou de » votre piété sincère, ou de votre lumue iiiteulitm » en faisant votre livre, on ne pourra plus l'en- )) tendre qne dans le sens où les saints ont entendu » ce que NOUS leur faites dire ou ce que vous « dites après eux.
» Vous ne pouvez point espérer ([ue Ton veuille » se peisuader ici que votre respect [uiur la Cour » de France, ou poui- les personnes ((ui en ont 1) la faveui-, vous empêche de répondre puhli- » quement et d'iniju-imer. Non ; car on dit dt'jà » fort hautement «pie c'est la seule crainte ipii » vous lelienl; ipie \ous voulez ménager niadanu' ») Guyon de peur quelle ne parle de vous , el » qu'elle ne décou\ie tous vos secrets. Il ne peut » point y axoir, disent-ils, de considérations Ini- » maines qui vous letiennent dans une occasion » si essentielle , et oîi il y va de tout pour vous. » Voilà rextrémité où votre silence vous réduit , » et je dois avoir cette fidélité de vous dire, ipioi » qu'il m'en coûte, ([ue votre perle est infailli- » ble , et pour le livre , et pour la réputation , et » peut-être même pour la doctrine, si Von ne vous » entend pas parler hautement, et avec la même » libej'té et la même assurance que nous avez l'ait » jusqu'ici.
» Soutirez, Monseigneuj-, (]ue je \ous le dise; )) \ous le devez encoie plus siu" les faits que sur )) la doctrine. Le juye peut suppléer le droit d'une » partie qui ne sait pas l'expliquer ou le défen- » dre ; mais il ne peut jamais , sous quelque pré- » texte que ce puisse èli-e, suppléei- les faits ; et ce » uest point assez <pie \ous les proposiez en par- « ticulier et en sccrt't , il faut les rendre publics , » afln qu'ils puissent servir de preuve. Le juge n'y » doit point avoii- égard que quand ils sont cei- » tains , et ils ue sont certains et avérés que lors- » qu'ils ont été connuuniqués à la partie , et qu'elle » n'a pas pu les convaincre de faux. Tout ce que w je dij-ois dans des conversations particulières , » ou même tous les écrits (pie je ferois lire en » secret, seroicnt inutiles et ne prouveroient rien. » 11 faut que ce soit vous-même qui parliez, et 1) qui parliez à \ os parties , en exposant la vérité » des faits dans des circonstances si exactes , » qu'eux-mêmes soient obligés d'en con\enir de » bonne foi, ou du moins ipi'ils \u\ puissent )>as » les contredire. L'est à vcnis à les faire taiie et à » leur feiiner la bouche. Lncorc i\ur fois, \()tic » silence dans cette occasion seroit r-egardé ici » comme une pleine et entière conviction de lout » ce qu'on vous impute, ou de tout ce qu'on veut » faire entendre conlre vous. .Ne pensez pas , je )' vous supplie , que qu.uid je parle ainsi, je suive » en cela mes smlcs lumières; c'i'st le sentiment » univer.sel, non-^eulemcnt de nos amis, mais » même des cardinaux. Us s'en sont assez expli- » qués; et ceuv mèiui-s qui voudi-oicnt nous être » les plus Qivoiables , ne ijourront plus s'empêcher » de regarder Notre liNre comme très-dangereux , » lorsqu'ils ne pourroient doute)' (jue vous l'ayez » écrit, comme vos parties le disent , pour favo- » riser madame Luyon ou ses écrits '.
'Li'Ur.Mlulijuilk'l \f,'i».(orresi).(le F<ii.li>ii,i. ix,p. ?(6i.
» Je réseiNc pour le dernier article celui de » votre réponse à M. de Paris. Le que vous me « dites de la disposition de la cour a l'égard de » vos amis, dont les intérêts nous sont bien plus » cbers (pie les vôtres, me touche el nie pénètre » tout comme vous; mais je ne sais s'il n'y a pas 1) encore plus à craindre pour eux, dans un si- » lence (pu nous condamne sans ressource à la » face de toute l'Ilglise, «pie dans une léponse » douce et honnêle ipii justilieia en même temps » Notre (loctiine et Notre personne. Plus on veut » les rendre responsables de toutes nos démar- » ches , plus il est certain (pie n ous les entrai- » nerez avec nous dans votre chute, lorsque vous « vous laisserez convaincre , par votre silence , de )) tous les égaiemens dont on veut a ous rendre >) suspect. La honte et la confusion d'une mau- .) vaise conduite , à la(pielle on persuada le pu- )) blic qu'ils ont eu part , n'est-ce pas une dis- » grâce certaine et sans ressource dans l'esprit du » ïioi , et celle ([ui pourroit davantage les aflli- « gcr '?.... Tous nos amis jugent a os réponses à » ^0118 les faits, si nécessaires , que je les vois déjà )) bien alarmés et tous alïligés de ce qu'elles re- » tardent si long-temps ; et vous voyez bien que » nos parties ne manqueront pas d'en tirer tous » les plus cruels avantages qu'ils pourront. Vous » vous êtes soutenu dans la doctrine, mais nous » succomberez dans les faits. Us ont déjà dit ces » propres termes: Pfous le verrons ^ ce tjrund ar- » chcci'LjUP, ce prélat si pieux. On va découvrir sa )) conduite; sou bel esprit ne le tirera pas de cet » embarras.
» Voilà l'état des choses que je vous exp.ose )) simplement ; vous en pénétrerez mieux que moi » toutes les conséquences, et v(js amis mêmes » s'en laisseront persuader. (Jue j'aurois souhaité » NOUS pouvoir cacher des détails si alïligeants ! » Mais dans une occasion où il y va de tout pour » vous, ne dois-je pas vous êtie fidèle jusqu'à la » mort '. Au milieu de toutes nos craintes et do » ces piofoiides lénèbres dans les([uellcs nous mar- « chons dciiiiis (pielipie teiiqis, nous voulons ton- » jours êtie fermes el constans à résister à la tem- » pète. On nous aveitit de toutes parts que notre )) cause est désespérée, et je dis avec confiance à » notre Seigneur : Domine, scdca nos ^ perinius; » Seigneur, sauvez-nous, nous périssons. J'espère )) pourtant: le juste peut être opprimé, mais la >» Nérité ne sauroit l'être. La bonne doctrine sera )' défendue, et poiiiNii qu'on la souti(!ime on ne « sauroit nous faire t(ji'nber. Plus je vous Nois en » dangei-, plus je me hât(.' de \ous secourir, et » je sens réNeiller dans mon cœur tout mon « zèle et toute ma tendresse : du moins je veux » prendre part à votre affliction comme les dis- ■» cipbs de Jésus-LhrisI : allons et mourons avec
Des motifs niissi impérieux ne permirent plus k Fénelon de se renfermei- dans le silence (|u"il s'étoit prescrit ; mais il lui étoit plus facile de se justifier (jue de publier sa justification. Il peint lui-même son embarras à ce sujet;, dans une lettre
> LelUe (lu :i juilicl 1098. Corresp. de Féiieldii , l i%, \>. 4.')9. — - lt/i(l. j). 460. — ' Du 19 juillet 1698. (orrei^p. de Fnieli'ii ,1. ix , j>. 470.
à Tabbé de Chanterac '. <> Vous conipronez bien » quapiès le coup qui a chassé quatie de ine^ ! amis , je nai plus personne pour faire répandre ). mes réponses à Paris , supposé même qu'elles » fussent imprimées : on trouve niau\ais que j'im- ). prime hors du royaume ; au dedans je suis ex- )) posé à d'étranges inconvéniens; je n'ose écrire » à personne à Paris , de peur de commet Ire ceux ): à qui j'écrirois. Peut-être même ne pourrois-je » plus ^ous écrire dans la pleine hberté d'un se- )- cret entièrement assuré. De votre pail , preue/ ). toutes sortes de précautions pour ne m'écriie » que ce qui pomioit être surpris. Nous n'avons . y dieu merci , aucun secret qui ne soit très-in- >j nocent et con^ enablc à des gens qui sont très- 1) bons catholiques et très-bons français. Au reste, >; quoi qu'il arrive , plus vous verrez l'orage croî- » tre , plus il faut élever votre voix avec une fer- » meté douce et modeste , pour demander exacte » et prompte justice dans ime vexation aussi lon- )) guc et aussi manisfeste. «
Il ajoutoit dans une autre lettre : « Il ne faut ). pas s'étonner des lettres qui viendront de Paris. )> On ne peut que me condamner (juand on allègue ;, une suite de faits atroces , rendus vraisemblables i> par des lettres de moi, et que je ne réponds » rien. Vous recevrez cette semaine ma Réponse à n la Relation de M. de Meaux. Le travail est très- » long; je n'ai pu avoir les ouvriers; il m'a fallu u ramasser des pièces et transcrire exactement mot >j pour mot de peur de chicanes. J'attends encore V un éclaircissement important de Paris \.. Pour- M \ u ({u'on approfondisse les faits, je ne crains rien, ). malgré tout l'orage dont je parois accablé... Quoi » qu'il arrive , j'adorerai Dieu , et je le bénirai ■» mille et mille fois de m'avoir donné en vous un î) ami selon son cœur, qui console le mien de 5. toutes ses croix. Je vous reverrai avec le même 5> attendrissement que si vous reveniez vjcto- )) rieux. '" »
Hépouse de Féiielon à la Relnlioii sur le Ouiétisnie.
Fénelon n'avoit eu connoissance de la fameuse Hdation de Bossuet que le 8 juillet; et sa réponse fut composée, inqjrimée^ et étoit parvenue à Rome le oOaoût. En l'adressant à l'abbé de Chanterac, il lui écrivoit * : " J'ai tâché de faire ma liépuiusr •» avec sincérité, et vous pouri-ez lemarcjuei' que >. je tire mes principales preuves de la Relation •» même de M. de Meaux. Je remeicie Divu de ce )) (pi'ii met dans Aoti'e ca-iu" et dans votre bouche ■>y pour moi: s'il veut que je succombe, il faut )) adorer ses desseins: une de mes plus sensibles » douleurs, c'est de penser à l'étal violent et anu'j- » oii votre amitié pour moi vous a mis. »
Ce fui donc dans l'intervalle de trois semaines, dans un moment où ses advejsaires venoient de publier quatre écrits frès-importans contre lui * ,
* Du 13 juin ICflS. Cvrresp. de l'éiidon , 1. i\ , p. AliG.
— - Du 2 aoùl 4698. Corresp. de Féiiehni ,1. i\ , \>. 'tiii.
— 3 Ibid. \>. '.95 cl suiv. — '' fhid. p. .^>0.-,. — -^ La L.-llr.! (le raifhcvi:'(iiio (le Paris, iim; LoUrc di- Bonsui-I , lu Hclaliiiii sur If i,)uitHifiiiic i>«i li; iiif'iuc, une liisli uilidii pastorale di> 1%'Vf'quP Je (.liarlio.
dans un temps où son cœur étoit brisé par le sentiment cruel d(! la disgrâce de ses amis , et par l'inquiétude encore plus cruelle d'entraîner dans sa chute le seul qui lui rcstoit à la cour, que Fénelon conserva assez de facultés et d'énergie pour composer ce chef-d'œuvre de discussion et d'éloquence. Aussi rien n'égala l'étonnement et l'admiration dont tous les esprits furent frappés à Paris , à Rome el dans toute l'Europe, en voyant la justification suivre de si près l'accusation. 11 y eut telle pi'ovince en France et telle contrée en Europe, où la Réponse à la Helation du Quiétisine pai'vint en même temps que la Relation elle-même. On ne savoit ce qu'on devoit le plus admirer dans cette Hépouse. La clarté dans l'exposition des faits ; l'ordre et l'exactitude rétablis dans Iciu- mai'che naturelle; chaque accusation détruite par des preu\es irrésistibles; le mérite si rare de mettre dans la justification plus de précision que n'en oITroient les accusations ; l'accord encore plus rare de la simplicité , de l'élégance et de la noblesse du style; l'art admirable avec lequel Fénelon avoit su, sans foiblesse et sans mollesse , metti'e à l'écart le cardinal de Noailles et l'évêque de Chartres, le Roi et madame de Maintenon , pour ne faire tomber ses traits que sur Bossuet seul qui l'avoit si cruellement olTensé : en un mot , celle profonde indignation d'une ame. vertueuse , qui se fait plutôt sentir qu'apercevoir, parce qu'elle conserve encore assez d'empire sur elle-même pour respecter, dans son adversaire , la dignité de son piopre caiactère : telles sont les foibles nuances qui peuvent offrir une image imparfaite de cette admiiable composition.
Fénelon s'étonne d'abord , dans sa réponse , de ce que Bossuet a transporté tout-à-coup, sur des faits, une discussion qui n'avoit été, jusqu'alors, agitée et traitée que sur des points dogmatiques.
« Malgré mon innocence ' , j'avois toujours » ci-ainl des contestations de faits, qui ne peuvent » arriver entre des évêques sans un scandale irré- » médiale. Si mon livre est plein , comme M. de » Meaux l'a dit cent fois, des plus extravagantes » contradictions et des eri-eurs les plus mons- » trueuses , pourquoi mettre le comble au plus » aflreux de tous les scandales , et révéler aux yeux » des Ubertins, ce ([u'il appelle un mullieureux » mystère ^ un prodige de séduction'.'' Pourquoi sor- )i tir du livre, si le texte suffisoit pour le faire ■» censurer? mais M. de Meaux connnençoit às'em- » barrasscr et à êti'e embarrassé sin- la dispute » dogniatiiiue. Dans cet embarras, l'histoire de » iiiadaiiie (Juyon pai'oit à M. de Meaux un spec- » tacle propre "à faire oublier lout-à-coup tant de .) mécomptes sur la doctrine. Ce prélat veut que » je lui réponde sui- les moindres circonstances » (le l'histoire de madame (iuyon, comme un cri- » mine! sui'la sellette répondioità son juge; mais )) (|uaiul je le presse de répondre sur des points » Ibndanientauxde la religion, il se plaint de mes » (pieslions et ne veut point s'expliquer. 11 attaque » ma personne, quand il est dans l'impuissance » de lépondre sur la doctrine : alors il publie sur » les toits ce (pi'il ne disoit qu'à l'oreille; alors il
lU'pniibC' h lu lUhitioii bui le (JuiOlisine.
LIVHK TROISIEME.
» a recours à tout ce qui est le plus odieux dans « la société humaine ; le secret des lettres niissi\es Ti qui . dans les choses d'une contiance si reli- » gieusc si intime, est le plus sacré après celui de » la confession, n'a plus rien d'inviolable pniir lui. » 11 produit mes lettres à Home; il les lait impri- » mer pour tourner à ma diflamation les j^ages de » la confiance sans bornes (|ue J'ai eue en lui ; w maison verra (ju'il l'ait iniitilementce (pi'il n'est )) jamais permis de l'aire. »
Fénelon monti'c ensuite que s'il a été ti'ompé par madame (iuyon, il a pu l'être très-innocemment sur les témoignages honorables que M. d'Arenllion , évèque de (ienève , avoit i-endus à sa pipiift à ses mœurs, depuis même (ju'on avoit voulu noircu- sa réputation. Il rapporte, à ce sujet, des expressions très-fortes d'une lettre de ce prélat ^ du 8 février lG9o.
Il va plus loin : il oppose à Bossuet Bossuet lui-même , qui , après avoir examiné six mois de suite madame (iuyon, après l'avoir eue sous ses yeux pendant ce long intervalle , dans un monastère de son diocèse, après avoir pris une connoissance approfondie de tous ses manuscrits les plus secrets, l'avoit autorisée à approcher habituellement des sacremens, et avoit lini, en condanmant les erreurs de sa doctrine , par approuver «ju'elle exprimât', dans mie déclaration authentique qu il avoit lui-même dictée, qu'elle avoit toujours eu l'intention d'écrire dans un sens très -catholique, ne comprenant pas alors qu'on en pût donner un autre.
« Si M. de Meaux ' , qui avoit une coimois- )) sancc détaillée des manuscrits les plus scci'ets » de madame Giiyon , de ces manuscrits dont il )> a rapporté , dans sa Relation , des fragmens si ï) remarquables , pour la représenter comme in- » fectée des principes les plus dangereux et les » plus extravagans, a cru cependant qu'on pouroit >' excuser ses intentions, comment moi, à (|ui tous » ces manuscrits, toutes ces visions^ tous ces pré- » tendus miracles étoient entièrement inconnus , » n'aurois-je pas eu le droit de présumer inté- )) rieurement en faveur des intentions de madame » Guyon, comme M. de Meaux en présimioit dans V des actes publics. »
Il rappelle également Tacte de soumission à M. le cardinal de Soailles, que madame Guyon avoit souscrit le 28 août I()9(j , dans lequel ce prélat l'admettoit à reconnoitre ses eri-eurs , m r.ccusant ses intentions, et la mainlenoil dans la i^rticipation aux sacremens.
« J'ai donc pu être trompé sur les intentions » de madame (iuyon •, comme Font été des pi-é- » lais si respectables qui étoient devenus ses supé- » rieurs naturels par son sc\jour dans leurs diocèses, » et qui dévoient être beaucoup plus instruits sur » les détails les plus secrets de sa doctrine et de 0 ses mœurs.
» Quant aux bruits qui courent contre les » mœurs de madame (iuyon depuis .son emprison- » nement , j'en laisse l'examen à ses supérieurs ; » s'ils se trouvoient véritables, plus je l'ai estimée, » plus j'aurois liorieur d'elle ; plus j'en ai été édi- » fié , plus je serois scandalisé de l'excès de son
' Kéjxuise
Ticl.ilioii 5U1- le <,)uiflisiiii'.
» hypocrisie. L'Eglise demanderoit un exemple » sili- cette personne qui auroit caché une si hojn lible dépravation sous tant de démonstratiou^ » de pjété.
» Je demaMile Hctuellemenl à M. de Meauv , de- » vaut Itieu, «ju'il m'explique précisément qu'est- » ce (pi'il est en droit de vouloir au-delà? Hu'y » a-l-il de clair parmi le> hommes, si tout ce qu'on » vient de voir ne l'est pas. Le but de .M. de Meaux » n'est pas de me laiix' condamner les livies df » madame (Juyon, mais de i)ersuader au publi<- » que je ne les' ai jamais condamnés jusqu'ici ; il » ne songe pas à me les faire abandonner, mais à » dire que je l'ai soutenue : c'est mon tort qu'il » cherche imuisa justilication. »
On \oit que Fénelon se ciovoit obUgé de suspendre encore son jugement sur les étranges accusations (pi'on avoit répandues dans le public contre madame (iuyon ; mais la force avec laquelle il provoipioii lui-même la punition de cette fennnesi elle éloit trouvée coupable, annonçoit assez son mépris pour ses vils détracteurs. Le noble dédain avec lecpiel il les bravoit ne leur permit plus d'attribuer son silence à la crainte d'être compromis par les avc.ix de madame (iuyon.
Nous ne répéterons point tout ce que dit Fénelon sur ce qui s'étoit passé pendant les confél'ences d'issy , sur la signature des trente-quatie articles , sur les circonstances de son sacre , sur son refus d'approuver le livre de M. de Meaux , sur la publication du livre des Maximes , sur le refus des conférences. Nous avons déjà rapporté tous ces faits à leur époque , sans dissimuler la diversité de quelques circonstances que les deux adversaires cherchoient à y mêler pour en tirer (les conséquences favorables. Mais on croit pouvoir alFirmer que , dans sa Réponse à la Relation sur le Quiélisme , Fénelon représenta toutes ces circonstances avec tant de candeur et de vérité . (pi'il laissa une entière conviction dans tous les esprits : trop heureux s'il eût été aussi fondé à tiiomplier sur la doctrine qu'il le fut à démontreil'innocence de sa conduite et la pureté de ses intentions !
Bossuet avoit prévu que Fénelon ne manqueroit i)as de lui rappeler son empressement à être son conséciateur , et que cet empressement étoit difficile à concilier avec l'opinion qu'il déclaioit avoir, dès ce temps-là, des sentimens erronés du nouvel archevêque de Cambrai. 11 avoit en conséquence cherché à prévenir l'eflèt de cette observation , en comparant son empressement à la siinte obstination des é\ê<iues d'Fgyple pour C(jnsacier Synésius , évêtjue de l'tolémaïde , malgré les ei-reurs <jue ce célèbre personnage déclaroit hautement professer et vouloir professer. Fénelon démontra que l'exemple n'étoit pas fort heureusement choisi ; (ju'il étoit bien évident que les évê(|nes d'Egypte ne se seroient pas obstinés à élever à l'épiscopat un homme qui , bien loin d'annoncer la docilité (pie Bossuet supposoit alors à Fi'uelon , aflèctoit de protester (pi'il resteroit attaché , jusqu'à la mort , à des opinions et à des habitudes contraires ;uix premières vérités du christianisme et aux règles les plus essentielles de la discipline ecclésiastique. Fénelon observoit ,
HfSrrMRE DE FîtNELOX.
mmï que tous les auteurs qui ont parlé de ce fait singulier, que les évèques ne s'étoient point arrêtés aux fi'ivoles protestations de Synésius , parce qu'elles n'étoienî qu'une pieuse ruse, assez usitée dans ce temps de désintéressement et de simplicité, pour échapper au fardeau de Tépiscopat '.
Bossuet avuit écrit , dans sa Relatum sur le Qniétisme : « Oser ois- je le dire? Je le puis avec ctjn/iance et à la face du soleil , moi ^ le plus simple de tous les hommes ., je veux dire le plus incapable de toute /inesse et de toute dissimulation^ ai- je pu remuer seul, par d'imperceptibles ressorts ^ d'un coin de mon cabinet^ parmi mes papiers et mes livreSj toute la cour, tout Paris, tout le roijaume , toute l'Europe et Rome même, pour exécuter le hardi dessein de perdre, par mon seul crédit , M. l'archevêque de Cambrai ? »
Ce mouvement oratoire pouvoit inspii'cr de rintérèt aux lecteurs. Bossuet étoit assurément bien éloquent ; mais il auroit fallu plus que de l'éloquence poin- persuader que, dans le moment où il écrivoit les paroles que nous venons de rapporter , il n'avoit pas, en elVet, à sa disposition tous les moyens de crédit et de puissance qui lui donnoient de si grands avantages contre l'arche- A èque de Cambrai , alors proscrit , exilé , loin de Paris et de la cour, persécuté dans ses amis les plus chers et n'ayant à opposer à des advei-saires puissans , (juc sa vertu, son génie et le témoignage de sa conscience. Fénelon n'étoit-il pas en di'oit. de lui répondre, avec une douce ironie ' : « Vous » avez recours aux plus vives ligures pour dépein- >' dre une séduction prompte et presqu'universelle >' en ma faveui-. ^ ous me permettrez de \ous diie " ce que vous disiez contie moi : Quoi, le pourru- >' l-on croire? Ai-je réuni d'un coin de mon cahi- » net, à Cambrai, pur des ressorts imperceptibles, » tant de personnes désintéressées et exemptes de » préventions? Que dis-je, exemptes de prévcn- » tiens? Ajoutons, qui étoient si prévenues contie »' moi a^ant d'avoii- lu mes écrits. Ai-,je pu faire ■» pour mon livi-e, moi éloigné, moi contredit, moi, » accablé de toutes parts, ce que Al. de Meaux )) dit qu'il ne pouvoit lui-même contre ce livje , » quoiqu'il fût en autorité, en crédit, en état de » se faire craindre. M. de Meanx a dit ' : « Les » cabales , les factions se remuent; /cv passiuns , ') les intérêts partai/enl le monde. » Quel intérêt ■» peut engager quelqu'un dans ma cause ? De ■» quel côté sont les cabales^ les factions ? Je suis » seul et destitué de toute ressource humaine : )) <|uiconque regarde un peu soii intérêt n'ose plus » me connoitie. M. lie .Meaux continue ainsi ^ . M De f/rands corps , tle (jrandcs puissances s'é- )) meuvent. Oîi sont-ils ces grands corps,? où sont » ces i/randes puissances dont la faveui' me sou- ). lient? C'est ainsi que ce prélat s'excuse sur c(> ». (juc le monde paroit partagé pour un livre ». qu'il avoit d'aboi-d dépeint coimne abominable )j et incapable de soullrir aucune saine explica- » lion ; et c'est dans cette conjoncture qu'il a « jugé à piopos de passer de la doctrine aii\ i> faits. .
- ' Hi'innisi' a la lUjlalioii mu li- yuiclismo. — '* lU'laliuu 1- le Ouii'lismi'. — ' Jhiil.
Voilà ce que répondoit alors Fénelon à ce singulier passage de la Relation de Bossuet.
Que n'auroit-il pas pu ajouter, s'il eût eu connoissance de toutes les pièces que les derniers é(Utcurs de Bossuet ont jugé à propos de publier '.
Fénelon termine sa réponse par ce défi remarquable • : '- S'il reste à M. de Meaux quelqu'é- „ crit ou quelqu'autre preuve à alléguer contre » ma personne , je le conjure de n'en point faire ,) un demi-secret pire qu'une publication abso- ), lue; je le conjure d'envoyer tout à Rome, afin )) qu'il me soit promptement communiqué par „ les ordres du Pape. Je ne crains rien , Dieu ), merci . de tout ce qui sera communiqué et exa- ,) miné juridiquement ; je ne puis être en peine » que des bruits vagues ou des allégations qui „ ne seroient pas approfondies. S'il me croit telle- „ ment impie et hypocrite, qu'il ne puisse trou- « \ er son salut et la sûreté de l'Eglise qu'en me ,, diffamant , il doit employer , non dans des liw belles , mais dans une procédure juridique , )) toutes les preuves qu'il aura. Pour moi , je ne » puis m'empêcher de prendre ici à témoin celui » dont les yeux éclairent les plus profondes té- » nèbres et devant qui nous paroitrons bientôt ; il ., sait, lui qui lit dans mon cœur , que je ne tiens )) à aucune personne ni à aucun livre; que je ne » suis attaché qu'à lui et à son Eglise ; que je gé- >; mis sans cesse en sa présence pour lui deman- )) der qu'il ramène la paix et qu'il abrège les jours » de scandale; qu'il rende les pasteurs aux trou- » peaux ; qu'il les réunisse dans sa maison, et qu'il w donne autant de bénédictions à M. de Meaux » qu'il m'a donné de croix. »
Impression produite par la réponse de Fénelon.
Il est difficile de se faire une idée de la révo- Iniion subite (lue la Réponse de Fénelon opéra dans tous les esprits. Plus la Relation de Bossuet avoit fait naître de préventions conti-e l'arche- Aèque de Cambrai, plus on fut étonné de la facilite avec laquelle il avoit dissipé tous les nuages , éclairci tous les faits et montré sa vertu dans tout son éclat.
Bossuet avoii fait valoir, avec tant d'art, sa modération et ses ménagemens pour Fénelon , dans les pi-emieis temps, qu'on sembloit plaindre ce grand honnne de n'avoir éprouvé que de l'ingratitude de la pail de son ancien disciple. Les lémoignages qu'il avoit produits de la déférence filiale que l'abbé de Fénelon avoit promise dans lant de lettres, à un prélat que^^on antiquité ': et ses grands talens a voient établi l'oracle de l'Eg^se de France,
I \ o^'ci Ls Idiiic;. M l'I Mi ili- ('/•'.iirrci^ de llo.'ixiicl. — i Hopipiisc il ]ii Iki'lalioii sur le Quicirsiiio. — ^ C'csl l'expres- >iiiii qu'iMii))l<iii' Uossuel, i-t que lui sinil (pomciil hasarder; .■lie (loiiil a la fois \k ciu-aclere auijusle de ctMli; ligure si noble tl si imi>osaiile, cl te génie anlique el fuli'iinel ((iii sembloit a\oir assislc & l'origini' des lenivs, \nmr révoli-r les secrets de la PioviderRC,el apprendre U la longue suite des générations les causes premières de lanl de révolulimis , qui ont changé si suuvi'iil la t'ai:r du riKiiicli'. '