‹ Œuvres complètes de Fénelon, archeveque de Cambrai. Précédées de son histoire littéraire (volume 2)Chapitre 259 sur 422 · MU · texte numérisé non relu

MU

brai , dites-vous , a déployé toutes les adresses de son esprit [Dieu l'a permis) pour me forcer à mettre en écidence le caractère de cet auteur. Vous ajoutez : J'ai affaire à un homme enflé df cette jine éloquence , qui a des couleurs pour tout, à qui nu^me les mauvaises causes sont meilleures qiw les bonnes . parce qu'elles donnent lieu à des tours subtils que le monde admire. Où estce qu'on a vu cette enflure? Si elle a paru dans mes écrits, je veux m'humilier; si j'ai écrit d'mi style hautain et emjiorté , j'en demande pardon à toute l'Eglise ; mais si je n'ai répondu à des injuies que par des raisons , et à des sophismes sur mes paroles prises à contre-sens, que par la simple exposition du fait, le lecteur pourra croire (jue ma souplesse n'est pas mieux prouvée que mon enllure de ca'ur. Continuons : Pour moi je n'en sais pas tant; je ne suis pas

])olitique Simple et innocent théohniien , je

crus Ailleurs, vous vous rendez le plus

beau de tous les témoignages par une des plus grandes figm'es : Quoi! ma cabale! mes émissaires! L'oser ois- je dire? je le puis arec confiance , et à la face du soleil . le plus simple de

tous les hommes Pendant que vous vous

donnez de si belles coulcui-s , vous ne cessez de m'en donner d'afireuses ; vous vous sentez obligé d'avertir sérieusement les Chrétiens de se donner de garde d'un orateur qui , semblable aux rhétlieurs de la Grèce , dont Socrate a si bien montré le caractère , entreprend de prouver et de nier tout ce qu'il veut , qui peut faire des procès sur tout , et cous âter tout-à-coup avec une souplesse inconcevable la vérité qu'il aura mise devant vos yeux 11 est aisé de voir qu'en parlant ainsi, vous pensiez à ces homnies qui , dans une place publique , se jouent par leui's tours de souplesse des yeux de la populace. Aussi finissiez-vous en disant : J'écris ceci pour le peuple., ou, pour parler nettement , afin que le caractère de M. de Cambrai étant connu, son éloquence , si Dieu le permet , n impose plus à personne C'est Aouc jusqu'au peuple que s'étend votre charité , pour me montrer au doigt comme un hnposteur qui lui tend des pièges ; pour vous , vous vous récriez que \ ous avez bebesoin de réputation dans votre diocèse ; tout au contraire , selon vous , le diocèse el la province de Cambrai ont besoin de se défier de moi connue d'un impie et d'un hypocrite.... Quelle indécence (|ue d'entendre dans la maison de Dieu , jusque dans son sanctuaire , ses principaux ministres recourir sans cesse à ces déclamations vagues (pii ne prouvent rien. Votre âge et mon infirmité nous feront bientôt comparoitre tous deux devant celui que le ciédit ne peut apaiser, et que l'éloquence ne peut éblouir.

» Ce qui fait ma consolation , c'est que , pendant tant d'années oîi vous m'avez vu de si près tous les jours, \ous n'avez jamais eu à mon égard rien d'ap[)i()chant de l'idée que vous vou lez aujom-d'iuii donner de moi aux autres. Je suis c^^ citer ami , cet ami de toute la rie, que vous portiez dans vos entrailles. Même après l'impression de mon livre , vous honoriez ma piété; je ne fais que répéter vos paroles dans ce pressant besoin. Vous aviez cru devoii" co?jseri;er

HISTOIRE DE FENELON.

e» de si bonnes mains In dépôt important de l'insfructioïi des princes ; vous applaudîtes au choix de ma personne pour rarclie\èc.hii de Cambrai. Vous m'écriviez encore, après ce temps-là, en ces termes : Je vous suis uni dans te. fond du cœur, arec le respect et l'inclinatio)i ([ue Dieu suit. Je crois pourtant ressc]itir encore je ne sais quoi qui nous sèparf un peu , et cela m'est insuppurtaljlr. Ilonojvz-vous, Munseigneui', d'mie amitié si intime les gens que vous connoissez pour fau\, hypocrites et imposteurs? Leur écrivez-vous de ce style? Si cela est , on ne sauroit se fier à vos belles paioles , non plus qu'aux leurs : mais avouez-le ; vous m'avez cru très-sincère jusqu'au jour où vous avez mis >otre honneur à me déshonorei', et où, les dogmes vous manquant , il a fallu recourir aux faits pour rendre ma personne odieuse.

» Loin de m'élonner de ce pi'océdé , Je l'ai pj-évu comme une suite inévitable de ^ os premières attaques. D'abord , vous vous êtes tout promis de vos talens , de voti'e autorité; à mesure que vous vous promettiez des succès plus prompts et plus faciles , vous les promettiez aux autres , et c'est par tant de promesses que vous les avez engagés dans des exti'émités si contraires à leur modération naturelle Vous

assuriez que mon livie n'étoit susceptible d'aucune saine explication ; vous pj'ometliez , de ce ton aftirmatif qui vous est natui-el , qu'au premier coup-d'œil Rome entière seroit unanime pour frapper d'anal hème toute ma dcjctrine. <„>ucl mécompte ! Plus «jn l'examine , pins elle trouve de défenseurs non suspects , qui ne m'ont jamais vu , qui ne me verront jamais , et auprès de qui je n'ai aucune recommandation (jue celle de mou innocence. Jamais li\ re n'a été si j'igoureusement examiné ; jamais on n'a fait contre aucun li^re, surtout en nuilière de spiritualité, tant d'objections subtiles et outrées.... 11 a donc fallu soutenir vos premiers efforts par de nou\eaux engagemens. Vous avez représenté au\ autres prélats qu'on ne pouvoit }>lus reculer, sans vous déclarer anteui' du scandale , et sans faire, ti iompher la cause de madame Guyon , que '\oi!s supposez toujours inséparable de la mienne. Au nom de madame Guyon , on frémit , et on vous laisse faire ; voiis passez des dogmes aux faits. Ma personne , selon vous , est encore plus dangereuse pa?' ses artifices que mon livre par ses eji-eurs. Le monde i.'ntier, d'abord frappé de lii nouveauté des faits, •-'t qu'on avoit présenu à loisii- contre moi, revient à mesure f[u'o!i lit mes réponses. Les faits s'évanouissent ; tout vous échappe : de tant d'esjtrits prévenus d'aliord , il ne vous reste qu'une troupe toujours prèle à vous applaudir, el qu'un ceitaiii unndire d'honnues timid(;s «pie vous en(r;iine/, malgré eu\ par le> moyens efficaces que luul li' nimide \oil, el qu'il est aisé de pri:ndre iIjuk I;i silo.iilidn où NOUS êtes.

» Il étoit natuj-el de craindre qu'à latin, ceux que \ous avez engagés'trop avant n'ouvrissent les \eux; Rmt-il donc s'étonner (pie vous ayez recours à Venclianteinrnt Y \/enclunUem,ent e.vj>li<jue lotil dans \c>li'e réponse. Selon votre be-

).- soin , vous faites Cvo\lye nia souplesse à mesure )' «jue vos preuves s'évanouissent. Plus j'emploie de » bonnes raisons , plus je raconte de faits déci- » sifs , tirés de vos propres paroles dans votre Re- )) lation, plus le lecteur en est touché , plus vous » vous récriez sur le charme. A vous entendre )) parler, on peui encoi-e moins résister aux puis- ') sans ressorts que je reunie dans toutes les na- ^' lions, qu'aux prestiges de mon éloquence. Si » peu que cette aiVaire dure , vous me représenw teiez bientôt comme le plus redoutable de tous » les hommes.... Où en ètes-vous, si vous êtes » réduit à pi'étendie sérieusement . pour vous » justilier, ([ue j'ai dans le monde plus de crédit )) que vous?.... C'est ainsi qu'en me reprochant :> d'être subtil, vous poussez la subtilité jusqu'à « l'excès absurde de vouloir prouver au monde » que c'est moi qui suis le plus accrédité de nous » deux. Que ne prouvei'ez-vous pas , si vous prou- » vez ce fait conti'e la notoriété publi<jue? »

Bossuet avoit accusé l'archevêque de Cambrai (V avoir donné les livres de madame Guyon à tant de gens, depuis qu'ils étaient condamnés , et de les avoir même donnés comme règle de conduite à ceux gui avaient confiance en lui. Fénelon avoit lépondu avec toute la simplicité et toute la fermeté d'un homme que sa conscience empêche de rien craindre ; Si je les ai donnés à tant de gens , il n'aura pas de peine à les nommer. « ^,>ue ré- )> pond M. de Meaux? qu'il ne' s'agit pas d'une » distribution manuelle ; qu'il \eut dire seulement )' que je les ai laissé lire; (pie j'ai approuvé qu'on » les lût , et ipieje m'arrête à des minuties. ()uoi! )) vous avancez un fait odieux, par lequel vous » voulez me noircir, cl ^ ons ne craignez pas de » dire que je m'attache à des minuties, en deman-

" dant la preuve de cette accusation! Nom-

)' niez une seule personise à qui j'aie donné ces » livres? Un autre que vous avoueroit son im- )) puissance , mais vous avez des j'essources iné- » puisables : donner, dans votre langage, ne veut •" A eut pas dire donner: il signifie laisser, et n'ar- » racher pas. Au lieu do preuves , vous donnez ;> des jeux d'esprit et une déiisiou maligne; vous » assurez que c'étoient mes livres favoris , livres •» chéris. Vos amis, diles-\ous, )i'atiroient pas » lu ces livres si vous les eussiez obligés à y ren noncer ; vous étiez leur directeur, ic }\'é[oiii le ): directeur d'aucun ; aucun d'eux ne m'a jamais » demandé conseil sur la lecture de ces Ii\res; » je ne sais ni (pii soiil ceux ([ui les ont lus, ni » ([ui sont ceux ipii ne les oui pas lus; jamais je « no les ai conseilK's à aucimd'eulr'eux. Ainsi un » fait, (pii devoil avoir laul de coijis dès qu'on le ■» saisit, s'évapore on raisomiemens ; d It> l'ai- )) sonnement poi'te à faux sur d'antres faits, qui )' disparoissoni conmie le pieniier. »

hossuet , (|iii reproeiidil à Fénebm de s'attacher n des minuties, avoit l'ail liii-iuème une observation ,isse/. minutieuse. Fénelon, dans sa lettre an Pape, a\(iil simplemeul iudi(iué à la marge les livres de madame (iuyon , au nombre de (juchpies autres (■'galemeiit censurés par le saint Siège. Quand on CCI a aux puissances, disoil Hossuet , on ve doit rien mettre par apostille. Fénolou lui iéi)ondoit d'un loii de gailé : (i ^oilà une lègle de cérémo- >j niai [Kiur la(piolle vous pouviez vous reposer

LIVKK TRotSn^ME.

)i sur le Papeinèmi'. Tant ([iril uo sera point nié- " content des marques do mon profond lespect , » ce n'est pas à vousàonèlreniéeontcn! poui' lui. »

FéneloM, dans sa Itépousc à Li Udation siir le Quù'lïsnir , sï'toit élevé avec la plus grande foire contre Tabus que Bossuel avoil fait des letti'es qu'il lui avoil éi'rites dans le sein de la confiance et de l'amitié. Bossuel lui i-eproclioit à son tour d'avoir- également l'ail usage de ses lettres. « Mais » pouvez-vous compaier, .Monseigneur, lépliqnoil ■■> Fénelon, voire pi'océdé au mien? i^)nand vous ') publiez mes lettres , l'csl pour me diflamer » comme un ipiiétiste, sans aucune nécessité. )' Quand je pul)lie les vôtres, c'est pour montre)- «que vous avez dc-si ré d'être moii consécrateur, » »'t qitf ruits III' Iruiirii'z plus oUrr cous et moi >i (jit'un je ne sa'is iiiioi\ auquel \ous ne pouviez •) rnème donner lui nom. Vous violez le secret » de mes lettres missives, et c'est poin- me perdre ; » je ne me sers des vôtres qu'après vous, non » pour vous accuser, mais pour sauvei- mon iu- ^' uocence opprimée. Les lelti-i-s que vous produi- )' sez contre moi, sont ce qu'il doit y avoii- de » plus secret en ma \!e, après ma confession, et » qui, selon vous, me fait le Moulan d'une 71011w velle Priscille. .Ui contraire , vos lettres que je » produis, ne sont point contre vous; elles sont >) seulement pour moi ; elles font voir que je n'é- » lois pas un impie et im fanatique. Pourquoi » mettez-vous votre honneur à me diflamer? Qui » ne sera étonné qu'on abuse lie l'esprit et de l'é- » loquence pour compai-er une agression poussée •' jusqu'à une révélation si odieuse du secret d'un )i ami, avec une défense si légitime , si innocente, » si nécessaire? »

On nous reproclieroif peul-ètre le silence que nous affecterions de garder sur un fait particulier, dont il résulta une espèce de scandale du genre le plus affligeant. On sait assez que , dans le cours des débals si animés, qui eureni lieu à cotte époque entre Bossuet et Fénelini, l'archevêque de Cambrai accusa l'évèque de Meaux (l'avoir révélé sa confession; mais il étoil bien évident qu'il n'étoit pas qju^stion d'une confession sacramentelle , et que Bossuet ne pouvoit pas se méprendre sur le véritable sens de cette expression, il est certain , et Bossuet n\'n disconvenoit pas , que Fénelon lui avrtit coiumuniqué \\n mémoire secret et détaillé sur toutes los dispositions intérieures de sa conscience; c'éloil sous le nom de confession que ce mémoire a\oil été présenté à Bossuet , et conmnmiquo au cardinal de Noailles et à M. Tronson. C'est toujours sous le nom de confession qu'il est rappelé dans des lettres de Fénelon à M. de ChoNrcuse, bien antérieui-os à l'époque où les évèueineiis nous ont conduits. Ainsi, Bossuet étoit ai-coul-jiné di'])uis long-temps à voir Fénelon appliquer le nom de confession à cel acte remaïquable de la couliance si louchante et de l'abandon si l'ntier ([u'il lui avoil montré quelques années auparavant. Il esl vraisemblable que si Fénelon eût continué à se <i'v\\r du mot de c«7i/>s.s-/o?i dans un iVritou dans tm mémoire particulier adressé à Bossuel, lîossut-t n'auroit point réclamé contre une ev|>ression , dont la %éiilable signification étoit déjà délerminée dans leurs relations antérieures; mais c'éloil dans un éciil

public adressé à l'Kglise el à toute l'Eiu'ope. Le public n'étoit point initié au secret de leur correspondance particulièi-e. Le mol de ronfession , prononeé dune manière absolue et sans aucune reslriclion , ne pouvoit, selon l'acception commune, otVrij- au pubhc que l'idée iVune confession sacramentelle. Bossuet étoil donc fondé à s'élesei- avec indignation contre l'emploi singulier el inusité, que Fénelon se permettoit d'une expression (pii pouvoit faire naître des soupçons du genre le plus odicniv. Il fallut don(- que Fénelon fit conuoilre au p(d)lic , que pai- ce mot de confession , il n'avoit prélendu i-appeler qu'un mémoire particulier, 011 il avoit exposé à liossuet , dans nn sicret de confession toutes les dispositions intérieures de sa conscience. Cette explication calma , dès le premier moment, l'espèce d'agitation qui s'étoit élevée à ce sujet. Mais il auroit beaucoup mieux valu que Fénelon n'eût pas rendu cette explication nécessaire , et qu'en parlant au public il ne se fût pas exposé à induire le public en erreur dans une matière aus.si grave.

.\ons linii-ons l'analyse de celte apologie de Fénelon par l'apostrophe qui la termine , et qui dut faii'e une grande impression sur Bossuet.

u ' Je laisse beaucoup de choses sans réponse )) particulièie, parce que les faits éclaircis déci- » dent de tous les autres , el que ceux dont j'é- » pargne la discussion aux lecteurs , ne devroient » être appelés- dans votre langage que des minu- » ties. Mais si vous jugez à propos de vous en » plaindre , je répondrai exactement à tout. Il ne » me reste qu'à conjurer le lecteur de relire pa- » tiemment votre Relation ?i\ ne ma Réponse, et » vos Remarques avec celte Lettre ; j'espère qu'il » ne reconnoilra point en moi le Montan d'une » nouvelle l'riscille, dont vous avez voulu ef- » tVayer l'Eglise. Cette comparaison vous paroit » juste et modérée ; vous la justifiez en disant )> qu'il ne s'agissoit entre Montan et Priscille » que d'un cuinmerce d'illusion; mais vos comn paraisons, tirées de l'histoire, réussissent mal. » (]omme la docilité de Synésius ne ressembloit » point à la mienne, ma prétendue illusion ne res- » semble point aussi à celle de Montan. Ce fana- )) tique avoit détaché de leurs maris deux femmes » qui le suivoient : il les livra à une fausse ins- 1) piration, qui étoit une véritable possession de » l'esprit malin, et qu'il appeloit l'esprit de pro- » phélie. 11 étoit possédé lui-même, aussi bien que » ces fenunes, el ce fut dans un transport de la » fui-eur diabolique , qui l'avoil saisi avec Maxin mille , qu'ils s'étranglèrent tous deux. Tel est » cet honmie, l'horreur de tous les siècles, au- )> quel \ous comparez votre confrère, ce cher » ami de toute la vie . que vous portez dans vos, )) entrailles: et vous trouvez mauvais qu'il se plai- » gne d'une telle compai-aison ! Non, Monsei- » gneur, je ne m'en plaindrai plus; je n'en serai •» affligé que poui- vous. Et qui est-ce qui est à » pliiindre. sinon celui (jui se fait tant de mal à » soi-même, en accusant son confrèi-e sans preuve? » Dites ([ue vous n'êtes point mon accusateur, en n me comparant à Montan! Qui vous croira? et ) qu'ai-je besoin de répondre? Pouviez-vous ja-

a.poii

Krniiniii

HISTOIRE DE FÉNELON

« mais rien faire de plus fort pour me justifier, ). que de tomber dans cet excès , et dans ces con- » tradictions palpables, en m'accusant? Vous faites » plus pour moi que je ne pouri-ois faire moi- » même. Mais quelle triste consolation quand on ., voit le scandale qui trouble la maison de Dieu, » et qui fait triompher tant (rhérétiques et de li- )) bertins! Quelque lui (|u"un saint pontife puisse » donner à "cette afVaire,je l'altends avec impart tience , ne voulant qu'obé.ir, ne craignant que » de me tromper., et ne cherchant (jue la paix. » J'espère qu'on verra dans mon silence , dans » ma soumission sans réserve , dans mon horreiu- » constante pour l'illusion, dans mon éloignement » de tout livre et de toute personne suspecte, que » le mal que vous avez voulu faire craindre est 0 aussi chimérique que le scandale a été réel , et » que les remèdes violens contre des maux ima- » ginaires se tournent en poison. »

Impression produite par cette Réponse. — JugenienI du chancelier d'Aççuesseau.

Fénelon, en envoyant cet écrit à l'abbé de Chanterac , lui mandoit ' : « J'espère que vous se- » rez content de ma réponse. Si on la trouve d'un » ton un peu plus fort que mes autres écrits, c'est » que je ne puis m'empècher de montrer de l'hor- » renr pour tant d'accusations horribles, et que )) certains lecteurs pensoient (|ue ma modération )) veuoit delà crainte de mon adversaire. Du resie, » on n'a qu'à comparer lui's cvpressions aux n siennes, on me trouvera bien patient par com- » paraison avec son àcreté. Vous poiirpz bien » juger , par les dates, i pie je n'ai mis que huit » jours à faire jna réponse; (•■"'est n'acoir pasperdu » un moment , et n'avoir pas été end)arrassé pour » trouver mes réponses. »

Les adversaires de l'archevêque de Cambrai furent frappés d'étonnement en voyant sa Réponse succéder si rapidement aux Remarques de l'évêque de Meaux; et le cardinal de Bouillon, admirateur sincère de Fénelon, disoit publiquement à Rome % H que c'étoit le plus grand eiVort de l'esprit hu- » main. >>

Il falloit que cette réponse eût fait une terrible impression sur l'abbé Rossuef. On peut î* peine transcrire les expressions qu'il o^e se |)ermettre eu parlant de Fénelon ' : « rVs7 une hrtr féroce i Fé- » nelon , une béte féroce ! ) (\u\\ faut pouisuivif » pour l'honneui- de répisc()|)at t-l de la vérité , j) jusqu'à ce qu'on l'ait terrass(''eel mise hors d'étal M de ne plus faire aucun mal. Saint Augustin n'a- » t-il pas poiusuivi Jiiliiui jusqu'à la mort ? Il » faut délivrer rKglise du plus grand euiiemi » qu'elle ait jamais eu. Je cr(tis cpren conscience , ,> les évêcjiies , ni le Roi, ne peuvent laisser .M. de ). Cambrai en repos. <■

Bossuet dut sans doult- rcgrettei- eu ce moment

d'avoir abandonné les points de doctrine oii il avoit un avantage réel, pour transporter la discussion sur des points de fait. Au succès extraordinaire ([u'avoit d'abord obtenu sa Relation sur le Quiétisme , avoit succédé un intérêt plus touchant en faveur de Fénelon ; les personnes pieuses, (jui s'affligeoient avec raison du scandale de ces violens débats entre des évèques , ne pouvoient se dispenser de convenir que l'archevêqne de Cambi-ai s'étoit vu dans la nécessité de repousser des accusations odieuses , pom- dérobei" la sainteté de son ministère à l'opprobre dont on vouloit couvrir sa personne.

Si notre qualité d'historien de Fénelon rend notre témoignage suspect , nous rapporterons celui d'un homme dont le seul nom est fait pour inspirer une entière confiance. L'opinion du chancelier d'x\guesseau doit avoir d'autant plus de poids , que ses principes , ses relations , ses préventions même , dévoient le rendre plus lavorable à Bossuet qu'à Fénelon '. « Le scandale étoit moins » grand tant que ces deux illustres adversaires ne » combattirent que sur le fond de la doctrine , et )i l'on pouvoit le regarder du mohis comme un » mal nécessaire ; mais la scène devint plus triste » pour les gens de bien , lorsqu'ils s'attaquèrent » mutuellement sur les ftiits , el qu'ils publièrent >) des relations conti-aires , où , comme il étoit im- » possible qu'ils dissent tous deux vrai, on vit avec » douleur , mais avec certitude , qu'il falloit que « l'un des deux dît faux ; et sans examiner ici de » quel côté étoit la vérité , // est certain nu moins. » que l'archevêque de Cambrai sut se donner , )) dans l'esprit du public , l'avantage de la vrai- » semblance. n

l'eut-être oserons-nous njouter an témoignage du chancelier d'Aguesseau , celui de Bossuet luimême; sans doute Bossuet ne pouvoit pas, ou ne \()uloit pas ron\('uir qu'il avoit accusé trop légèlenient rarcln'vècpie de Cambrai; mais au moins il fut obligé d'avouer que son adversaire s'étoit parfaileruent défendu. 11 disoit dans un écrit assez couit , (ju'il publia pende mois après', «que » ses paitisans ( ceux de Fénelon) cessent de van- » ter sou bel esprit et sou éloquence; on lui ac- )) corde sau'< jieiue qu'il a fait une vigouieuse et )) opiniâtre défense. Qui lui conteste l'esprit ? il )) en a jusiiu'à faire peur , et sou malheur est de » s'être chargé d'une cause oii il en laut tant. » 11 n'est pas moins ceitain que depuis la Réponse de F'énelon i\\i\ lie marques , Bossuet abandonna entièrement la ([uestion des faits ; il se borna à publier encore (piel(|ues écrits dogmatiques i)our accélérer la décision du saint Siège. On cessa même , dans le cours de cette dispute , de tiiii'e mention de madame Cuyon , et de lotîtes les piétendiies di'couvcrles (pi'on a\oit faites de son comlueice avec le pèic i,acombe. L'état de démence de ce religieux fut entièiciiu'iil constaté , et (»n |irit le paiti de laisser nia<iame (luyon à la Bastille, sans avoir pu se procurer le plus léger indice des désuidies dont on Favoit accusée.

Nous nous dispenserons de parler désormais de

1 I.rtlir ilu 7 novpmlnf IG08. Com'Kp. de t'énftou , I. \\, j, 573. ï (tuivres de lionsiiet , \. xil , y>. 4». — ^ l.iltre (le rahlii- Kt>sMÉi'l. du '>j novembre \{;')S. OÊùmes de Husmel, l. XM, \>. V.U

' M(''nioiies lUi il l'Kglisi' lie Kniine, les siijiKilures îles ili

FJVRE TROISIÈME.

<[uelques écrits tiui parment vcis la fin de cotte controverse ; ils ne pourroient plus otTric aucun intérêt dans une cause où la curiosité et laltention publique comniençoienl à s'épuiser par Tinépuisable fécondité des deu\ principaux adversaires.

Nous nous bornerons à dire ipie Tévèque do Chartres avoit publié, à la fin de Juin 1698 , unc^ Instruction pastorale. Son objet étoit de prouve)que Tarchevèque de Cambrai avoil varié dans ses notions sur l'Espérance , qu'il sembloif exclure de la Charité. On doit bien sentir que cette discussion , qui st^ réduisoit à une question de mots par la manière dont Fénelon s'expliqua, seroil aujourd'hui entièrement inditTérentc pour tous les lecteurs.

Fénelon ne s'éloit point pressé de lépondre à l'évêque de Chartres. On a vu qu'il avoil eu à suivre des démêlés d'une titille autre importance avec Bossuet et le cardinal de Noailles, an sujet de tout ct't amas de laits et d'accusations personnels, sous lesquels on avoit prétendu l'accabler. Il peint , avec son aisance et sa liberté d'esprit ordinaires , la singularité d'une position où il étoit obligé de combattre seul contre trois de ses confrères. " 11 me i-estc à répondre à M. de Chartres , » et j'espère le faire clairement ; mais on ne peut » pas faire tout à la Ibis. Us sont trois ; ils ont des >i secours el des facilités à l'infini. Je suis seul , » sans sec(turs, avec une santé Irès-foihle et épui- » sée encore plus par la peine d'esprit que par le » travail, enlui embariassé même pour l'impres- » sion '. 1)

Ce n'étoil en elVel (ju'avec des difficultés, des dépenses el des précautions infinies qu'il pouvoit trouver des impi'imeurs. Il éprouva même un autre genre de contradictions à l'occasion de sa Réponse à l'évêque de Chai'ties. Il en avoit envoyé un ballot de sept cents exemplaires à Paris ; M.'d'Aroenson, lieutenant de police, eut dos ordres pour les faire saisii' et ari'ête?'.

Au reste , l'énclon mil peu d'intérêt à donner une grande publicité à cette Réponse. Il ne l'avoif faite, (pie parce qu'il vouloit répondre à tout; il s'y étoit renfermé dans la discussion théologiqiiè ; il avoit évité d'y rien mêler qui put offenser un prélat qu'il estimoit sincèrement , et qui se montroit alors disposé à se rapprocher de lui. Bossuet voulut exciter l'évêque de Charti-es à réphquer à la Réponse de l'archevêque de Cambiai ; mais ce prélat avoit pris , comme le cardinal de Noailles , la ferme résohition de ne plus se rengager dans ce combat d'écrits. Alors Bossuet , dont la plume étoil infatigable, se déterminai y répondre lui-même sous le nom d'un théologien , ce qui mit Fénelon dans la nécessité de faire paroilre encore àeiix lettres en réponse à i;elle du lliéol(j(ji'en.

Lettre deFénelou a l'abbo (le C.hanlerac, 6 scpteiiibie 1698, Corresp. de Fénelon, t. ix , p. 516.

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