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Les exàiiiinateiirs du livre <ie Fénelon à Rome sont partagé» d'opinion.
Pendant ipie les écrits se inultiplioient en France , el s'y succédoient avec une rapidité dont Home étoit peut-être aussi fatiguée qu'étonnée, les examinateurs étoienl enfin parvenus à terminer leur examen le 25 septembre U)98, après .soixante-quatre congrégations, à un grand nombre desquelles le pape avoit assisté en personne. .Mais ils se trouvèrent , à la fin de cet examen , aussi partagés d'opinion qu'au commencement. Sur dix exaininateui's , cinq déclarèrent que le livre de ï Explication des Atari mes îles Saints ne méritoit aucune censun- ; et les cinq autres prononcèrent qu'il renfermoit un grand nombre de propositions répréhensibles.
Le pai'tage des théologiens de Rome , après un examen de près de quinze mois , devoit naturellement opérer une espèce de /in de noîi recevoir contre les adversaires de l'archevêque de Cambrai ; il est vraisemblable qu'on n'auroit point dérogé , en cette occasion , aux usages et règles adoptés par le tribunal du Saint-ltffice , si des considérations impérieuses n'eussent donné une autre direction à la marche accoutumée de la Ceur de Rome '. Mais les vives instances de Louis XIV , à qui Bossuet avoit réprésenlt" la doctrine de l'archevêque de Cambrai comme sidjversioe de la religion, et capable de troubk'i' la paix du royaume , forcèrent Innocent Xll à porter l'examen définitif du livre des Maximes à la congrégation des cardinaux du Saint-Office.
Fénelon éciit à madame de Mainlenon.
Lorsque Fénelon fut instruit que les congiégations des examinateurs étoient terminées , et que le partage étoit déclaré , il crut pouvoir hasarder avec honneur une démarche de paix et de conciliation auprès de madame de Maintenon. Il mit à l'écart tous les sujets de plainte qu'elle lui
1 M. If. cariliiial Maury, dans sa Notice sur Fénelon, rapporte que madame de StHignt^ disoit , k l'occasion det A(mO\és de Bossuet el de Fi^iielon : « M. de Cambrai défend » bien la cause de Dieu: mais M. de Meaui défend mieu». » celle de la religion ; il doit gagner a Rome. » Il n'est pa* facile de deviner le mot de cette espèce d'éniRme. Madame de Sévigné s'expiimoil ordinairement avec plus de Daturel cl de simplicité. Mais d'aillaurs ce ne peut ètri> quff par distiaclioii (lue M. le cardinal Maury attribue ce mot a madame lie Scviyiié; madame de S<'\ iniie éluil morte au mois d'avril (69t), avant les déuiéles (U Bossuet el de F(.*nelou au sujet du livre des .Vuxinifii dis .'iaitils , qui ne parut qu'a la lin de janvier 1697, et pai- conséquent long-temps avant que l'all'aire eût (^tc portée a Home. Le mot que M. le cardinal Maury attribue a madame de S('vi8n^ est de niadame de (Jiignan, sa tille, et rappelle eu eflel pour l'espression lu prétention ou le |h>ùl qu'où lui supposoit pour le fond et pour les quesliiiiis miMiipliVi^iiiuis. Ce mot se trouve dans un Mi^moire qu'illi- a icril sur le Onirlixiiie , et que Gronvelle a iUM^é diiUs si'U e'Iiliiiii des l.ttli't's de niuduiiie de Seciyile,
HISTOIRE DE FËxNELoN.
avoil donnés. 11 \ouliit lui montrer, par une conduite pleine do candeur et de franchise que son cœur, toujours fidèle au souvenir de ses anciennes bontés , ne conservoit aucune amertume de ses derniers procédé-;. 11 lui faisoit observer dans cette lettre ' , •> que ce livre , qu'on lui avoit représenté » comme incapable de toute explication catho- » lique, et pour les impiétés duquel ses confrères M avoient ciii le devoir pousser à toute extrémité, n avoit paru aux cinq principaux théologiens , » choisis pai' le Pape dans le sein de FEglise ro- » maine, non-seulement su'^ceptible de meilleures » explications , mais encore si pur et si correct , » qu'il navoit selon eux aucun besoin d'être ex- » pliqué. Il est vrai , Madame , que cinq autres » sont contre mon livre; mais la voix, publique V décide que , nmlgré leur méi'ite , ils n'ont pas le
» poids des premiers La règle inviolable du
» Saint-Office, qui est le plus rigoureux de tous les » tribunaux en matière de foi , est qu'un livre y> demeure justifié, à moins que la pluralité des » voix n'aille à le condamner. Cette règle est » décisive en ma faveiu' ; ce préjugé me justifie )' par avance , Madame , aux yeux de toute la
» chrétienté Quelque événement que Dieu
» pei'mette , on ne verra en moi que docilité pour » le Pape, mon supérieur; que zèle, soumission )) et reconnoissance sans bui'nes pour le Roi , mon » maître; que respect, attachement et reconnois- « sance pour vous , Madame ; qu'amour de la paix » de l'Eglise; qu'horreur poui- toute nouveauté, » et qu'oubli de la rigueur avec laquelle mes » confrères m'ont attariué. Quoique je les regarde » tous selon Dieu , et dans l'esprit de la vraie fra- » ternité , je ne puis m'empècher de les distinguer » un peu les uns des autres.
» 11 ne me reste , ^ladanie , que deux choses » à vous représenter . la première est que , si le » Pape me condamne , je tâcherai de porter ma » croLx sans murmure et avec un cœur soumis ; » et que si le Pape veut bien suivre les règles » communes, comme je lespère , pour me justi- » fier, je serai pour mes confrères dans la même » situation que s'ils ne ni'a\ oient jamais attaciué. » La seconde chose est que toutes les croix dont » on tâche de m'accabler, ne me sont point aussi « pesantes que celle de vous avoir causé tant de )> déplaisir. Puis-je me plaindre de ce que vous )' avez ci"u trois irrands préiats plus que moi seul, » et que Vous avez préfi'ié la sûreté de l'Eglise » à ma réputation particulière? En considérant » les impressions que vous avez reçues , je conclus » qu'il étoit naturel que vous allassiez plus loin, » et qu'il faut qu'un reste de bonté vous ait rete- » nue. C'est ce que je ressens, et que je ressen- )) tirai toute ma vie, comme je le dois. Je prie •' Dieu de tout mou cœur. Madame., qu'il vous ■n console autant que je vous ai afflisjée m;ilgré 0 moi , et qu'il vous donne sesgràces les plus aboii- » danles pour remplir ses desseins sur vous. »
Ln langage si doux et si modéré , une attention si délicate à éviter tout ce qui pouvoit rajtpeler à madame; de Maiiitcnoii , la légèreté avec la<pielle elle étoit sortie de sou caractère , en fai-
' Du iii. is lie (11, pniln-. IC'J8. C'irresp. de Fiiwloii , \. i>. 610.
saut elle-même les honneurs d'un livre ^ si ofl'ensant pour un ancien ami, dut loucher une ame naturellement sensible à la noblesse et à la générosité. Nous n'avons [)oint sa réponse à cette lettre , et il est bien \ raisemblable qu'elle n'y a point répondu : elle n'étoit phis à temps d'arj'èter la marche d'une affaire qui avoit fait tant d'éclat et dont on attcndoif à chaqiu^ instant le jugement définitif. D'ailleurs , on étoit parvenu à persuader à madame de Mainlenon ' , « que, si l'archevêque » de Cambrai n'étoil pas condamné , ce seroit un ) fier protecteur pour le quiétisme. »
Innocent Xll auroit sincèrement désiré d'épargner la flétrissure d'une censure à un archevêque dont il honoroit les voi-tus et les talens ^ 11 apporta beancoiip de lenteur à la décision qu'on désiroit avec tant d'impatience; et il eut l'attention de donnei- à ces lenteurs le motif honorable de la solennité qu'exigeoit l'importance de la cause et le mérite des grands évêquesqui attendoient son jugement. H vouloil toujours se flatter qu'à la faveur de ces délais , quelqu'événement propice le délivreroit de la nécessité de prononcer.
Soixanle docteurs de Sorbonne signent nue censure de douze piopositions du livre des Maximes, le 16 octobre 1698.
L'abbé Bo.ssuet , dans la vue de balancer l'impression qui résultùit , en faveur de Fénelon, du partage des examinateurs de Rome , suggéra , au cardinal de .Noailles et à son oncle , l'idée de faire paroitre en France une censiue prématurée du livre de l'archevêque de Cambrai. On publia donc tout-à-coup à Paris une censure de soixante docteurs de Sorbonne , qui condamnoit , avec certaines qualifications, douzes propositions extraites du livi-e des Maximeft. Mais ce qui est assez remarquable , c'est que celle censure fut rédigée par M. Pirot, le même (jui avoit lu le manuscrit de Fénelon, qui a\oit fait les changemens adoptés par l'auteur, qui avoil jugé le livre correct et utile, et avoit dit publiquement que c'étoit i//i licre d'or. Cet acte, l'ouviage d'un seul particulier, fut ensuite présenté à chaque docteur séparément , au nom du cardinal de Noailles , avec l'invitation de le souscrire et en laissant à peine le temps de le lire. Celte censure ne fut d'abord signée que d'environ soixanle ou soixante-dix docteurs ; mais le mouvement une fois donné , un grand nombre d'autres docteurs y joignirent leurs signatures pour plaire à l'évèque diocésain. Celte petite manœuvre ne produisil pas tout l'effet et n'eut pas le succès qu'on en avoil espéré. On eut lieu d'observer en cette occasion , comme eu beaucoup d'autres, que ces sortes de signatures, surprises à la complaisance par l'intrigue ou la puis-
' I.a Kclalion df Hos^Ul■l — ^ |.,.||ie .l.> niiiiliiuii' ,!i; ^^lilll<■n^lll au r:inlin:il de Noailles, 7 uoùl 1697. — ■',Oii nipporlr (îi'n(*ralcinPiil <|)i(Mlaiis lo oouvf de relie lontruver';!'. Il' pape liinncciil Xll cNiirinci i-u ci-s Icrniis snn opininii pcisoiiiifllc : Erriiril ('ii>iutiiceiii:i!i exvt!s.\ii amorin Del .- pcc- ■avil Melilensia ilefectu ainorls proximi. « L'archevêque de i> ("anilirai a l'rn^ par evci-s d'oinnur de Oieu ; l'eveque de
]iar delaul
ilii proihaiii. »