‹ Œuvres complètes de Fénelon, archeveque de Cambrai. Précédées de son histoire littéraire (volume 2)Chapitre 261 sur 422 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

sance , ont rarement le pouvoir de commander à l'opinion; elles peuvent tout au plus l'aire un moment illusion ù la ci'édulité. Fénelon n'eut pas de peine à démontrer rinconvenance d'un acte aussi irrégulier ; et le cardinal de .N( tailles eut besoin de se justifier à Rome , où l'on l'ut choqué, avec raison, de \oir une faculté de théologie s'établir juge d'une question dont le jugement ('-toit déjà déféré au saint Siège.

Rien n'est plus curieux pniu' un IccIimu- altcnlir, connue nous l'asdiis déjà l'ait re(nar(|ucr , que le contrasic delà correspundauce de l'abbé de Clianterac avec celle de l'abbé Hossuti. L'abbé de Chanterac croyoit ipie , dans ime controveise de doctrine , on ne devoit employer que des laisonnemens , des autorités religieuses et des formes canoniques. Ses lettres sont toujouis empreintes de cet esprit de piété, de science, de candeur et de simplicité. L'abbé Rossuet , au contraire , réilame sans cesse des coups de force et «l'autorité. Kn lisant sa correspondance, on seroit tenté de cioire qu'il s'agissoit d'une négdciation jiolitique du plus graixl intérêt puni' la puissance de la France et la gloire de Louis XIV, et non d'une question assez obscure , sui- la«{uelle les théologiens éloient partagés, et que le chef de l'Eglise hésitoil encore à décider.

On doit plaindre Bossiiet d'avoir cédé trop liicilement au\ impressions violentes d'un caractère aussi emporté que celui de son iie\eu. Les inquiétudes exagérées de l'abbé Bossuet, sin- le jugement du saint Siège, portèrent son oncle à provoque)des mesures d'autorité qui n'atu'oient jamais dû intervenir dans une contioverse de cette natin-e. Les partisans de Fénelon purent croire tpze l'évèque de Meaux mèloit à son zèle poui- la saine doctrine, un peu de ressentiment contre la personne de l'ai'chevèque de Cambrai.

Lettre de I.nnis XIV au Pape.

Quoi qu'il en soit, Louis XIV céda aux instances de Bossuet et du cardinal de Noailles , appuyées de celles de madame de Maintenon : il expédia un courrier extraordinaire au cardinal de Bouillon , avec la lettre suivante pour le Pape ■ .

« Très-saint Père , dans le temps que j'espé- )) rois, du zèle et de l'amitié de Votre Sainteté, » une prompte décision sur le livre de l'arche- » vèque de Cambrai , je ne puis apprendre sans » doulein- que ce jugement , si nécessaire à la paix » de l'Eglise , est encuT? retardé par l'artifice de )) ceux qui croient trouver leur intérêt à le difjé- I) rer. Je vois si clairement les suites fâcheuses de •> ces délais , que je croirais ne pas soulenii- di- » gnement le titre de fils aine de rEgli.se , si je ne » réitt'rois les instances pressantes (pie j'ai faites » tant de fois à Votre Sainteté , et si je ne la sup- » pliois d'apaiser enfin les troubles que ce li\ie w a excités dans les consciences. On ne peut at- » tendre présentement le repos «pie de la décision » prononcée par le r*ère commun , mais claire ,

' ŒtnitstlfHiKi^ii.'l, I. xii , |.. 74. FÉ.NELOX. TOME X.

» nette, et qui ne puisse recevoir de fausses inter- » prétations ; telle enfin qu'il convient qu'elle )i soit pour ne laisseï" aucun doute sur la doctrine, » et pour ariacher entièrement la racine du mal. » Je demande, très-saint Père, cette décision à » votie béatitude pour le bien de l'Eglise, pour » la tran(piillité des fidèles et pour la propre » gloire lie Voire Sainteté- : elle sait combien j'y » suis sensible, et combien je suis persuadé de sa « tendresse paternelle. J'ajouterai , à tant de » glands iiiolifs «pii doivent la déterminer, la » considération (pie je la prie de faire de mes » instances et du respect filial avec lequel je suis , » très-saint Père, votre très-dévot fils,

» Louis. »

\ cette lettre pour le Pape en éfoil jointe une autre très-dure pour le cardinal de Bouillon, par laquelle le Roi le rendoit , pour ainsi dire , responsable de révènement.

Lé Roi ùlc k Féiiflon le titre et la pHnsion de piécepkiir des enCants de France.

On ne se borna pas à un témoignage aussi éclatant des vérilabh^s intentions du Roi ; on crut (piil devoit montrer encore , par quelque coup (raiilorité, (pie l'archevêque de Cambrai étoit irrévocablement perdu dans son esprit , et que le retour à la cour lui étoit fermé à jamais.

Vers les pi-emiers jours de janvier 169iJ , Louis XIV se fit apporter le tableau des officiers de la maison des princes : il i-aya , de sa propre main , le nom de l'archevêque de'Cambrai , de l'état des appointemens aflectés aux fonctions de précepteur , ol lui en (jta le titre. On lui retira en même temps l'appartement qu'il occupoit en cette quahté au château. On est toujours surpris de voir un prince tel que Louis XIV , croire punir un homme tel que Fénelon , en lui retirant une pension. Pouvoil-il avoir oublié que ce même Fénelon avoit sollicité comme une grâce , ((uatre ans auparavant , la permission de verser cette pension dans le trésor royal pour les dépenses (le la guerre , et que Louis XIV avoit jugé peu convenable à sa dignité d'accueillir cet acte dt; générosisé.

L'abbé Bossuet désira au moins inutilement de voir M. de BeauviUiers enveloppé dans celte nouvt^lle disgrâce de Fénidon. .. Il me semble bien dan- » gereux pourle présent et pour l'avenir, écrivoil- » il à son oncle, de laisser M. de BeauviUiers dans >' la place qu'il occupe. » Si on l'en avoit cru , Louis XIV n'auroit fait usage de la plénitude de son autorité que pour écraser tous les amis de l'archevèipie de Cambj'ai.

On dut être d'autant plus étonné, à Rome, des nouvelles instanc(^s formées au nom de Louis XIV, (|u'on y procédoit avec beaucoup d'activité au jugement du livre de l'archevèipie de Cambrai. Les cardinaux de la congrégation du Saint-Ollici? s'assembloieut eii présence du Pape deux fois ja semaine cl soment Iimms. Dix congi(''gotions s'étoient déjà tenues dans le court intervalle du 19

novembre au 1 S décembre. Une assiduilé aussi constante , dans des hommes que leur âge et leurs dignités rendoient si respectables , et qui avoient d'ailleurs d'autres affaires à suivre et des dovoiis non moins importans à remplir , méritoit plutôt des éloges que les reproches que l'abbé Bossuet osoit se pe.rmettie sur leur lenteur.

Cependant le Pape voulut avoir égard à l'impatience que le Roi lui manifestoit dans une forme si expressive et si pressante. Il ordonna sur-le-champ aux cai-dinaux de redouble)- d'activité , et de tenir une troisième congrégation toutes'les semaines pour accélérer l'examen de la décision.

Lettres de l'abbé de Chanlt-rac à Fénelori . et de Féiielon k l'ablu' de Chanterac.

L'abbé de Chanterac, témoin de toutes les manœuvres des adversaires de Fénelon à Rome, instruit des vives instances du Roi pour obtenii' la condamnation de l'archevêque de Cambrai , ne se dissimuloit pas l'influence d'une autorité si imposante : il exposoit avec franchise ses inquiétudes à Fénelon. « Des personnes • , qui vous sont j) sincèrement attachées , me disent tous les jours » qu'il n'est pas i»ossible (jiie Rome puisse résister » aux instances (pie la Cour de France fait con- 5) tre vous. Le Roi ne demande pas seulement une » décision prompte , mais il demande en Ici mes >) précis la condamnation de votre li\re, comme » une chose nécessaire au reiMi-; et au bien de >) l'Etat • .... Il paroit probabli; (pie , si Fou ju- )i geoit à présent , la disposition des es|irit^s cl le » grand nombre des cardinaux de la cnngi'égaliou w du Saint-Oftice iroient à condanuier le livre par » les impressions que la Cour de France a don- » nées par la crainte du quiétisme , dont on voit » tous les jours ici des exemple-; et des tiisloiies « terribles, par le grand trouble (pie ce li\ le cause )> en France , et leseutiiiient de tant (FévcMpies (^,t ). de docteurs qui le jugent dangereux et tio]) » favorable aux (^)uiétistes. Toutes ces cousidé- » rations persuaderont à plusieurs (jne , quand M même la doctrine du livre ne seioit pas niau- » vaise dans le fond, et (pie les ex|»ressi()iis même » en pourroienl èfre justiliées par celle des bons ^) et saints auteurs qui s'en soiil servis , n(''au- » moins le bon ordre de l'Eglise deiuanderoit , >) dans les circonstances présentes , (pie Rome le » condamnât o«i le pi()liil)àt [loiir apaiseï- ces » troubles cl r('tablir la pai\ ' ... .l'allends avec «calme révénemeiil quel (pi'il puisse (Hre ; je )) l'attends dans cel esprit de soiiiiiission aux des- » seins de Dieu sur nous , <[ue vous me recoiii- » mande/, d'une manière si toiicliaiilt! cl (pii en )) effet (!st si digne d'une ame cluéliennc. Au mi- » lieu d'une si rude lempctc , qui elVraJe et (pii » épuise toute la prudence humaine , j(! voudrois » demeurer en silence auprès de notre Seigneur, » sans lui dire avec trop d'empressement : Sci-

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