L.Wl
Mémoire de Louis XIV au l^ape.
Le mémoire fulminant que Louis XIV adressa au Pape, et qui n'arriva à Rome qu'après la conclusion de cette grande afltiire, dut montrer aux caidinaux et au Pape à quel point on avoit réussi à prévenir ce prince contre l'archevêque de Cand)rai.
« Sa Majesté apprend , avec étonnement et avec » douleur ', qu'après toutes ses instances et après » tant de promesses de Sa Sainteté, réitérées par » sou nonce , de couper promptement jusqu'à la » la l'acine , par ime décision précise , le mal que » fait dam tout sun royaume le Hure Je l'arche- » véque île Cambrai; loi'S([ue tout sembloit ternii- .) né, et que ce livre étoit reconnu rempli d'erreurs » par tant de conijréijations de cardinaux et par le » l'apc lui-même, les partisans de ce livre propo- )> soient un nou\eau projet (jui tendoit à rendre ^- inutiles tant de délibérations et à renouxeler >i toutes les disputes.
» Le biuit répandu dans Rome, de ce projet, » le lait consister dans un certain nombre de ca- » nous qu'on d(»nneroit à examiner aux cardinaux, » dans lesquels on établiroit la saine doctrine » sur la spii'itualité, laissant le livre en son entier. » Cette discussion, plus difficile que toutes celles » ({ui ont précédé sur la censure des propositions , " ou se fcroit précipitannnent et sans l'exactitude » retpnse dans un ouvrage si délicat, ou rejctteroit » cette alTairc dans de nouvelles longueurs dont » on ne sortiroit jamais ; et cependant le mal , » (pii demande les reiuèdes les plus efficaces et les » plus prompts, iroit toujoui's en augmentant , «connue il a fait, jusqu'à l'infini. On verroit 1) naitre tous les jours de nouvelles difficultés et » de nouveaux incidens, par le): .subtiles interpré- » tatïiins d'un exprït fécond en inventions, comme » il panai dans tous ses écrits.
» Ainsi, loin de terminer par mi seul coup , en » pronon(;aut sur le livre et sur sa doctrine , » comme il a été tant de foi« promis , les disputes )i qui mettent le feu dans son royaume , Sa Majesté
' PiClalion de l'abbL' Pludippcaux.
(•/, l. XII , p. Mi.
HISTOIRE DE FÉNELON
■» les \ erroit croître sous ses yeux, sans que le Pape, « à qui il a eu recours avec une révérence ef •» une confiance filiale . daignai y apporter de ro- » mède.
» Ce qui étonne le plus^ c'est qu'on ait ce ména- » yement pour un Hure reconnu mauvais et pour » un auteur qui voudrait se faire craindre , encore )) (ju'il ait contre lui fous les écéqucs du royaume » et la Sorbonne , dont deux cent cinquante doc- M leurs viennent encore d'expliquer leurs senti- » ment s.
i> Sa Majesté ne peut croire que, sous un poiiti- •» lîcat comme celui-ci , on tombe dans un si lâ- » cheux affoiblissement ; et l'on voit Lien que Sa •» Majesté ne pourra recevoir ni autoriser dans son y royaume que ce qu'elle a demandé et ce qu'on » lut a promis : savoir^ un jugement net et précis » sur un livre qui met son royaume en cov}bust'ton, » et sur une doctr'uip qui le dïosc ; toute autre de- » cisioH étant inutilf pour finir une affaire de celle » importance et qui tient depuis si long-temps » toute la chrétienté en attente. Il est visible que » ceux qui proposent ce nouveau projet , à la tîn » d'une alTaire tant examinée, ne songent pas à » l'honneur du saint Siège , dont ils ne craignent » pas de compromettre l'autorité dans un abîme )) de difficultés , mais seulement à sauver un livre » déjà reconnu digne de censure.
» 11 seroit douloureux à Sa Majesté de voir » naître parmi ses sujets un nouveau schisme . « dans le temps ([u'elle s'applique de toutes ses » forces à éteindre celui de Calvin; et si elle voit » prolonger^ par de^uiénagemens qu'on ne com- » prend pas , une aj^ire qui puroissoit être à sa » fin , elle saura ce qu'elle aura à faire et prendra y> des résolutions rnnvenablrs ; espérant toujours » néanmoins que Sa Sainteté ne voudra pus la » réduire à de si fâcheuses extrémités. »
Si nos lecteurs se sitnt familiarisés avec le langage et le style de Bossuet dans cette controverse , ils auront pu le retrouver dans le mémoire que nous venons de transcrire et auquel Louis XIV ne fil que pi-ètei- son nom '.
Ce mémoire n'eut au reste aucune intluence sur la décision du Pape ; elle étoit déjà prononcée lorsqu'il parvint à Home.
L'assesseur du Saint-Office étant \onu rendre compte au Pape de la délibération des cardinaux dans leur séance du 8 mars , Innocenl Xll parut éprouver <juelque peine de voir rejeter •, aussi unanimement , un piojcl qu'il croyoit également pi'opre à assuiitr la s;iiiu; doctrine et à mettre à couvert la réputation il'iui arclievè(pie recommandable •\ Mais ce ponlifc étoit trop judicieux pouirésister au sentiment unanime des cai'dinaux qu'il avoit appelés lui-même au partage de sa sollicitude pastorale. Il ordonna en conséquence à l'assesseur de porter , des le lendemain U mars , à tous les cardinaifx , le projet de di'cret, et d'indiqno' une congrégation cxtraordinaitc \u)\\v It; mercredi il mars; on y (it une nouvelb! et deinière lecture du bnsfde condamnalictn (h\ lixre de ï/ùridicati<in
1 IlossuctiM) convient liii-iii^nic dans sa Liillre a son neveu, du 16 mars 1099. — '^ Lcllie de l'abbe Rossiiet, du 10 inaiK 4 699. — * Voyez les PU'i.tk jii.itiJicatiiTH du livre troisième, n. VII.
des Maximes des Saitifs. Le Pape avoit fait en même temps distribuer des aumônes et ordonner des prières publiques dans toutes les églises de Rome, pour implorer les lumières du Saint-Esprit , et pour annoncer toute la solennité d'un jugement important dans l'ordre de la religion.
Inuoceiit XII condamne le livre de Fénelon.
Enfin, le jeudi 12 mars 1099, le Pape, après avoir dit la messe de grand matin , se rendit dans la chapelle de son palais de Monte-Cavallo , où tous les cardinaux de la congrégation du Saint- Office étoient assemblés; on y lut, selon les formes ordinaires , le décret convenu et arrêté , et le Pape le signa. 11 fut imprime le jour même, publié et affiché , selon l'usage , dans les principales places de Rome. Le cardinal de Bouillon et l'abbé Bossuet dépêchèrent des courriers extraordinaires pour en porter la nouvelle au Roi et aux trois prélats.
Ce décret étoit rendu sous la simple forme de bref'. 11 exposoit , dans un récit très-simple et très-abrégé , ce qui s'étoit passé à l'occasion des bruits lépandus en France sur la mauvaise doctrine de ce livre , de l'examen qui en avoit été fait d'après l'ordre de Sa Sainteté , par plusieurs cardinaux et théologiens. Le Pape déclaioit ensuite : « Qu'après avoir pris les avis de ces mêmes » cardinaux et docteurs en théologie , // condarn- )) noitet réproueoit ., de son propre mouvement ^ le » livre susdit , en quelque langue et version que » ce fût , d'autant que, par la lecture et l'usage M de ce li\re, les fidèles pourraient être - insensi- » blement c(;nduits dans des erreurs déjà condani- » nées par l'Eglise catholique; et aussi comme con- )) tenant des propositions qui , dans le sens des » paroles, ainsi qu'il se présente d'abord, et se- » Ion la suite et la liaison des sentimens ', sont » téméraires, scandaleuses , mal sonnantes, oflèn- » si\ es des oreilles pieuses , pernicieuses dans la » pratique et même erronées respectivement. » Le bref rappoiloit ensuite vingt-trois propositions' extraites du livre des Maximes des Saints; le Pape les déclaroit soumises respectivement aux (lualifications énoncées. Le surplus du bref exprimoit les dispositions d'usage pour les livres condamnés. Non-seulement le Pape et le plus grand nombre des cardinaux s'étoienl refusés à comprendre parmi les (pialilicalions celle (Vhérétique et même celle (Vuppruchante de l'hérésir ", niai'^ ils avoient lejeté la clause usitée dans ces sortes de décrets , (jui condamne au feu les livres censurés.
Dans le premier tiionient , Bossuet fut si satisfiit d'avoir ohleiui la condamnation de l'archevêque de Cambrai; il avoit observé si sensiblement combien on comnieiicoil à se fatiguer à Versailles
' Niiye/. les l'irirs jnsti/iralirra ihi livre troisième, ii. viir. — '• Dans lu Irailuelion lie ce bref, imprimée t. xv de l'édition des OKuvres de Bossuet dedoni Déloris, on a mis peiivciil rir?, au lien de poiirroieiif i'tre , ce qui forme un sens dillerent dan> le style des censures. — •'' Le même traducteur a ajouté W ilrs inii.riines , mot» qui ne se Irouvent pas dans le brel. — ' l.ellie de l'abbé liossuel , du 17 mars 10119.
LIVHK TUOISIÈM]-:.
dr cette interminable discussion , cl avec quelle, injpaticnce le cardinal de Noailles et Tévèque de • Chartres suuiùroieni après une décision ([uelconque; HossucI étoit lui-mènic si in<|uiet du succès depuis le projet dos canons ^)rop()sés par le Pape , ([u'il s'ap[)laudit d'abord Ires-sincèreuicnt d'ètie enlin arrivé an tenue de tant de travaux et de sollicitudes '; mais il laisse ensuite apercevoir dans ses letties \ que des l'étlexions ultérieuress l'avoient rendu plus mécontent des méuageniens que le Pape avoit montrés pour rarclievèque do r.nnhial dans ce décret ; enfin il écrixit à son no- \eu le 10 avril (KiiM)) : .< Il est inutile de parler » davantage du bref; on le recevi"i comme il est , >' et on le fera valoir du mieuv ({u'il sera possible. » On trouve ce paiti plus convenable (juo d'enta- » mer de nouvelles négociations, et de s'exposer à » voir pcnt-èli'O alloiblir encore le jugement en » le faisant réformer. »
On peut se tiiire une idée de toutes les difficultés que les adversaii-es de Fénelon avoient eues à rem|)ortei- la victoire, par (luelques expressions do ia lellre du père Roslet ', en envoyant au cardinal de Noailles le bref do condanmation.
« Monseiguenr , j'envoie à votre Grandeur (a » peou du lion qui nous a fait tant de peine, et qui >) a étonné tout le monde par ses ruijissemens con- » tinaels , durant plus de vingt mois. Le Pape , » louché de compassion, vonloit qu'on supprinicàt » le nom de l'auteur; mais on lui fit entendre » que cela no se pouvoit pas , puisque l'auteur )> même s'étoit nommé et manifesté à tonte l'E- » glise.... .Je regarde le succès de l'alTaire comme « un miracle de la divine Providence ; car , selon » les règles de la sagesse humaine , elle ne do- » vroit pas si tôt ni si heureusement finir.... J'ai ■>' un peu de peine de ce que le jugement no soit " pas en forme de bulle , quoiqu'un 6/e/ soit » essentiellement la même chose. C'est en vérité » beaucoup que l'on ait obtenu cette décision : » attenlis circumstantiis *. »
Lettre de l'abbé de Cliauterac à Kénoloii, l't mars iODG.
L'abbé de Chanterac apprit en ces feiines à Fcnelon le jugement qui le condanmoit ^ :
« Voiei , Monseigneur, le temps de mettre en )) pratique ce que la religion vous a jamais fait » comprendre de plus saint dans la parfaite con- » formité à la volonté de Dieu. Voici le tenq^s , si >' je l'ose dire , et pour vous et pom- ceuv rpii » vous sont uniSj d'être obéissant à .Jésus-Christ )) jusqu'à la mort, et à la mort de la croix , afin » que ceux qui vivent ne vivent plus à eux-mêmes. » Vous avez besoin de toute votre piété et de toute » la soumission que 's ous avez si souvent promise
• Voyez une lellre de lidssuel , du 30 mars tCO'J. I. \ii , p. 153."— 2 Voyez .elle du 6 avril I69'J. Ihid. — •* C'éloil un religieiu uiiiiiiiie , que le cardinal de Noailles employa à lloni'' coniniu son agent dnns eellc aflairc. — '* Lotirc inédile du P. Roslcl au cardinal de Noailles, 13 mars 109'.>. — * Curresp. de Fénelon , l. ix , p. 709.
» iui Paj)e dans vos lettres , pour possédei' votre » Hiue avec patience, on lisant le bref qu'il vient '. de donner cl de publier contre votre \\\rc. II sc- )> loit iiuililc (le vous dire ici certaines circons- " lîincos ipii oui iucompagné cette décision , et » (piine serviroient<prà la rendre plus accablante. « Le zelc de qaelquex particuliers alloit jusqu'à » croire rendre service à Dieu , en demandant en- » core d'autres choses plus jlétrissaïUes et d'un >. plus (jrantl éclat , et le Pape a cru faire beau- » coup poui- NOUS, de leur résister là-dessus. On » a cru que je dovois le voir, non-seulement pour » l'assurer de votre soumission à son jugement , » mais encore pour d'autres choses dont je pourrai » peut-être vous rendre compte à la fin de cette » lettre. Quelle différence entre ce qu'il dit en >> particulier, et (lue son bief fait entendre au pu- " blic ! ^ous no saurions être tons ensemble si » affligés, comme il le paroissoit lui seul, de ce » <|u'il pouvoit y avoir de pénible pour vous dans » le jugement qu'il venoil de rendre; il en parois- » soit changé à n'être pas reconnoissable. Il me » dit plusiens fois qu'il vous connoissoit pour un » grand archevêque , très-pieux , très-saint , très- >' docte, piissimo , sanfissimo, dottissimo : ce sont » SOS piopres termes ; car il parloit itahen. .Je ne » dois pas vous dire ici ce que je lui répondis.
» Tous vos amis , Monseigneur , croient que n \ous devez recevoir ce bref avec une parfaite » soumission, telle que vous Pavez promise, sim- » p/e et sincèie; ils sont persuadés même, que plus « elle paroitra simple , plus elle sera agréable à » Dieu et aux honmies. Il semble que notre Sei- » gneur vous destine autant à édifier toute l'Eglise )) par votre soumission , qu'on veut faire croire » qu'elle a été scandalisée i)ar Notre livre. Ce seul » exemple donnera une plus giande idée de la » perfection des vertus chrétiennes , que tout ce » que vous auriez pu dire de plus saint sur la i-e- » ligion. .Je n'ai point balancé à dire que vous » lempliriez exactement toutes vos piomesses , » parce que j'ai toujours été pénétré de ces paroles » si touchantes que je vous ai entendu dire plu- » sieurs fois : Je ne me compte pour rien^ ni moi, » ni mon licrc ; et je sais combien vous vous êtes » appliqué à legarder dans toute votre conduite » l'auteur et le consommateur de la foi , qui par » le seul plaisir de rendre gloire à Dieu, sait sup- » porter sa croix et mépriser la confusion. Jésus- » Christ attaché à la croix , exposé aux divers ju- » gements des hommes , et abandonné de son M Père, me paroil aujourd'hui, Monseigneur, le » vrai modèle «pie la i-'eligion vous propose à imi- » 1er, ce (jue le Saint-Esitrit veut former en vous. » C'est principalement dans des états semblables » à celui où la Providence Nient de vous mettre , » <iue le juste vit de la foi, et que nous devons être » fondés et enracinés dans la charité de Jésus- ') Christ. Qui est-ce qui nous en séparera? jamais » je n'ai été si étroitement uni avec vous pour » l'éternité. Je no vous <iuitte point , et je trouve )i môme quelque consolation à demeurer ferme et » tranquille îui pied de n otre croix , pour donner » cette marque publique de la confiance (piejai tou- » jours eue en votre piété. »
HISTOIRE DE FÉNELON
Résignation de Fénelon.
Fénelon étoit déjà instruit du décret rendu à Rome contre son livre , avant que les lettres de Tabbé de Chanterac lui fussent parvenues. Le comte de Fénelon, son frère, étoit parti en poste de F'aris pour lui en porter la première nouvelle, et il étoit arrivé à Cambial le 2o mars , jour de TAnnonciation, au moment où l'archevêque alloit monter en chaire pour prêcher sur la solennité du jour, nuelqu'affecté qu'il fût d'une décision si contraire à son attente , la religion conserva \m tel empire sur cette ame vertueuse , (ju'il se recueillit seuleiuent quelques instants pour changer tout le plan du sermon qu'il avoit prépaie ; il le tourna sur la parfaite soumission due à l'autorité des supérieurs. La nouvelle de la condamnation de Fénelon avoit déjà j-apidement circulé dans la nombreuse assemblée qui l'écoutoit. Cette admirable piésence d'esprit , ce mouvement sublime , ce calme religieux , qui attestoit d'avance la soumission de l'archevêque de Cambrai , et qui en étoit l'engagement solennel , tirent couler de tous les yeux des larmes de tendresse , de douleui-, de respect et d'admiration.
Fénelon n'hésita pas ; il n'avoit pas hésité un seul moment ; il ne connoissoit pas encore le dispositif du jugement qui le condamnoit, et il s'occupuit déjà de rédiger l'acte public de sa soumission. C'est ce que nous voyons par la lettre qu'il éciivit à l'abbé de Chanterac , aussitôt qu'il eut appris del'aiisqiic Rome l'avoit condamné '. « .l'altends >; la bulle i)our mesmer sur ses paroles celles du » mandement que je ferai. Si je puis l'avoir par » Paris, je ne perdrai pas un seul moment pour » adresser mon acte, et je tâcherai de le laiie le » plus simple et le plus court qu'il pourra Tètie. » Les usages de France , (lu'on me feroit un crime » iirémissii)le de violer, ne me permettent pas de » ])ublier mon mandement de soumission à la )' bulle, (|u'elle n'ait été enregisli'ée au parlement. 1' En tout cela , et dans tout mon procédé , je veux » montrer ce i\m est sincèie en moi, c'est-à-dire ■» un cœur qui n'a aucun ressentiment, un sincère » lespect pour le saint Siège , et une soumission » sans resfi'iclionà son jugement, ([uebiue rigou- » reu.v (]u'ilsoit.... Mon jdan est > : l^de donner pai' » pui'e religion à Rome la plus sincère soumission; )) 2" de ne songer à en tiici- aucim jiarli d'aucun » côté; ô» d'èlre toujours dans un désir ardent de )) ne déplaire plus au Roi , mais de ne point faire » des démarches (pii devroient lui i-endre ma con- » duite suspecte, et me rendre indigne des grâces )) dont il m'a comblé; A° de donner dans toutes )) les occasions toutes les marques possibles d'un )) cwuv sans liert('' ni l'essentimenlà l'égiu-d de mes )) parties, mais sans mettre jamais en doute la » pureté de mes sentimens pour les apaiser, et )) sans soulfrir aucune négociation à cet égai'd. » A cela i)rès, je les |iréviendrai sans ré[)Ugnan(e
' LcUn- (lii 27 mais 1009. forirsp. dr l-nirliin , I. i\ , ji. 717. — - l.cUre au iin^inc , :{ avril 1G'J!>. Currcs/). ilr
» de la manière la plus humble et la plus paci- » tique. »
Fénelon , craignant que les délibérations de la cour poin- la réception légale du bief du Pape ne traînassent en longueur, ne voulut point laisser Rome , la France et l'Europe incertaines de sa soumission au décret du saint Siège. Il étoit aussi impatient de la proclamer , que d^utres auroient pu être disposés à l'éluder. 11 s'étoit empressé d'écrire au marquis de Barbezieux, secrétaire d'Etat, et de lui env oyer un mémoiie pour le Roi , par lequel il demandoit d'être instruit des intentions précises de Sa ]\lajest(! , pour savoir s'il devoit reconnoitre le bref par son mandement avant que le parlement l'eût enregistré. La cour, encore inceitaine de la forme (ju'elle adopteroit pour l'acceptation d'un bref qui offroit plusieurs irrégularités contraires à nos usages , ne se hâta point de répondre à l'archevêque de Cambrai; et ce ne fut qu'au bout de huit jours que M. de Barbezieux lui écrivit : « Qu'en réponse à son mémoire , le Roi )> lui avoit ordonné de lui mander qu'il ne pou- » voit trop tôt finir la fâcheuse aflaire dont il y » étoit parlé. »
Mais Fénelon n'avoit pas même voulu attendre la réponse du ministre , pour faire connoître à Rome la sincérité de ses dispositions. Il s'étoit ernpressé d'envoyer à l'abbé de Chanterac une lettre l)Our le Pape , et une copie du mandement qu'il se proposoit de publier ; mais il lui reconuiiandoit de ne point les remettre officiellement au Pape, jusqu'à ce qu'il eût reçu l'approbation de la cour '. 11 avoit lieu de craindre « que ses )' parties ne le fissent pnsser pour un mauvais » français, si on savoil (pi'il eût reconnu un juge- » ment de la cour de Rome , sans y avoir été )) autorisé par le Roi. » 11 vouloit seulement «pie l'abbé de Chanterac donnai à Rome une connoissance assez publique de ses dispositions , pour (pie le saint Siège et l'Eglise romaine fussent parfaitement convaincus de sa soumission. 11 ajoutoil : Il Je crois que vous trouverez le projet du » mandement si simple , si net, si absolu, «{u'on » ne peut équitablemeut souhaiter qu'il aille plus » loin ; je n'y ai même rien mis de tout ce qui » i>eut justifier ma personne. »
i-p(lip (le Fénelon à rtivèquc d'Arras.
rt'uelon profita également d'une occasion assez naturelle ipii s'oIVrit à lui , pour (pi'on ne pût avoir eu France la plus légt'i-e incertitude sur ses intentions.
L'évê(|uc d'Ai-ras » , son suilraganl, lui avoit écril , dès (pie le jugement du Pape avoit été coinm , une lettre pleine (rinlèrêt et de respect , dans l;i(|uelle il ovjtrimoit a\ec une espèce de réserve la ferme contiance où il étoit de son entière (tbéissance. Fénelon lui fit la léponse suivante :
« Pei'metlez-ni(»i , Monseigneur, de vous dire
1 Ij'Ui.' (!.■ Vruf\ou il r.ililu' (le Chaiilcrar. i avril IG99. (orri-sp. ,lr Fhirini, , I. ix, p. 730. — ^ Guy (le Sève de Udilii'chinuiil , iininiiiea l'cvi'olié d'Arras en 1670, se d(?mit en 1721.