LIVRE TROISIÈME
gjossiLTemonl que vous avez été trop réservé en gardant le silence. Qui est-ce qui me parlera, sinon vous, (jui êtes l'ancien de noire |)r(>viiice? Il n'v a rien, Monseigneur, que vous ne nu; puissiez dire sans aucun inénagenienl. QiKmpie je sente ce qui vient d'être fait , je dois néanmoins vous dire (pie je me sens plus en paiv ([U(; je n'y étois il y a quinze jours. Toute ma conduite est décidée. Mon supérieur, en décidant , a déchargé ma conscience ; il ne me reste plus (|u'à me soumettre , à me taire, et à porter ma croix dans le silence. Oserois-je m»us dire (jue c'est un état (pii porte avec lui la consolation pour un homme droit, qui ne veut regarder que Dieu, et qui ne tient point au monde. iMon mandement est devenu , Dieu merci, mon unique ailaire, et il est déjà fait. J'ai tâché de choisir les termes les plus courts, les plus simples et les plus absolus.... Il seroit déjà publié, si je n'attendois les ordres du Roi que j'ai demandés à M. de Barbezieux, pour ne point blesser les usages du royamne par rapport à la réception des bulles et autres actes juridiques de Rome. Voilà, Monseigneur, l'unique laison qui relarde la publication de mon mandement. 11 coûte sans doute de s'humilier ; mais la moindre résistance coûtcroit cent fois davantage à mon cœur ; et j'avoue que je ne puis comprendre qu'il y ail à hésiter en uiie telle occasion, On soulVre; mais on ne délibère pas un moment ' . »
tioTis, précisément dans la même forme et avec les mêmes qualifications ^ simplement ^ absolunirnl , cl sans aucune restriction ; de plus nous iléfendons sdus la même peine à tons les fidèles (i(! ce diocèse de lire et de garder ce livre. » Nous nous consolerons , mes très-cheis fières, de ce qui nous humilie , pourvu que le mi-
> nistère de la parole, (pie nous avons reçu du Seigneur pour- votre sanctilication , n'en soit pas alToibli , et (pie nonobstant l'humiliation du pasteui- , le troupeau croisse en grâce devant
I Dieu.
» C'est donc de tout notre cœur que nous vous exhortons à une soumission sincère et à une docilité sans réserve , de peur qu'on n'altère insensiblement la .simplicité de l'obéissance due au
I saint Siefic . dont nous voulons, moycimant la
> grâce de Dieu, vous donner l'exemple jusqu'au 1 dernier soupir de notre vie.
» A Dieu lie plaise qu'il soit jamais parlé de
nous , si ce n'est pour se souvenir qu'un pasteur
1 a cru devoir être plus docile que la dernière
> brebis du troupeau , et qu'il n'a mis aucune ) borne à sa soumission.
» Je souhaite, mes très- chers frères, (jue la I grâce de notre Seigneur Jésus-Christ , l'amour < de Dieu et la communication du Saint-Esprit ,
> demeurent avec vous tous. Amen. »
FRANfjois , Archevêque., duc de Cambrai.
Fénelon pulilie son mandement d'' soumission au jugement qui le conilamne.
L'cvè(iup d'Arras , louché de tant de vertus et de candeur , s'empi-essa de répandre des copies de cette lettre dans le public; elle y excita la plus vive sensation, et cette impression devint un svntiment univervel d'admiration, lorsqu'on lut le mandement de Fénelon. 11 le publia le IJ avril I()it'.), des le lendemain du jour où il en avoit re(;u la. permission du Roi par le minislèie de M. de Rarbezieux,
« Nous nous devons à vous sans réserve , mes » très-chers frères, puisque nous ne sommes. plus » à nous , mais an ti'oupeau qui nous est conlié : )) aussi nous nous regardons comme vos ser\ iteurs » pour l'amour de Jésus-Christ. C'est dans ccl es- » prit que nous nous sentons obligés d'(3uvrir ici » notre cœur, et de continuer à vous faire part « de tout ce (pii nous touche sur le livre intitulé : Explication des Maximes des Saints. Entîn noire » très-saint père le Pape a condamné ce livre avec w les vingt-trois propositions (jni en ont été ex- » ti"viles par un bref daté du 12 mars 161)'J , qui est maintenant répandu partout , et que vous » avez déjà vu.
» Nous adhérons à ce bref, mes chers fièrcs , » tant pour le texte du livre que pour les vingt- » trois propositions , simplement , absolument et » sans ombre de restriction. Ainsi nous condam- » nons tant le livre que les vingt trois proposi-
' Cviresp. de Fénelon , t. i.\ , p. 726.
Lettre do Fénelon au Pape.
Fénelon , avant d'adresser officiellement son mandement au l'ape, lui avoit écrit en ces termtis :
« Très-saint Père ,
» Ayant appris le jugement de Votre Sainteté » sur mon livre , mes paroles sont pleines de dou- » leur, niais ma soumission et ma d(jcilité sont » au-dessus de ma douleur. Je ne parle plus de )) mon innocence , des outrages (pie j'ai reçus , » et de tant d'explications données ])our justitier » ma doctrine. Je ne parle plus de tout le passé. » J'ai déjà préparé un mandement que je me pro- » pose de publier dans tout mon diocèse, par ie- » (juol , adhérant humblement à la censure apos- » tolique , je condamnerai mon livre avec les » vinqt-trois projjositions qui en ont été extraites, » simplement , absolument et sans aucune ombre » de restrielion, et défendrai sous les peines por- » lées par le bref, à tous les fidèles de ce diocèse, » de lire ou de garder ce livre.
» Je suis résolu , très-saint Père , de publier )) ce mandement dès (pie j'en aurai re(;u la per- )) mission du Roi, et je ne dilTérerai pas un nio- » ment à répaïub-e parmi toutes les Eglises, et » même parmi les héréti(pies , ce téinoiqnaqe d,'. » ma soumission intime et entière; car jamais je » n'aurai honte d'être corrigé par le successeur » de Pierre , qui lui-même est chargé de conlir- » mer ses frèies. Que le livre soit donc à jamais » réprouvé pour conserver la forme du langage
HISTOIRE DE FÉNELON
» orthodoxe. C'est ce que j'exécuterai dans peu » de jours. Je n'emploierai pas l'ombre de la plus )) légère dislinctiun , qui puisse tendre a éluder y le décret ou à vCexcuser le moins du monde. » Je crains, comme je le dois, de causer quelque » sorte d'embarras à Votre Sainteté , <|ui est assez » occupée parla sollicitude de toutes les Eglises; » mais lorsqu'elle aura reçu avec bonté le man- » dément que je dois bientôt mettre à ses pieds, » pour être un ijarje de ma soumission absolue , » je supporterai tous mes chagrins dans le silence; » je sciai toute ma vie avec un souverain lespect » et un dévouement parfait de cœur et d'esprit. »
On aura sans doute peine à croire que des expt-essions aussi précises , des témoignages aussi éclafans d'une soumission intime , entière et absolue , aient pu laisser à lîi malveillance l'apjtarenced'un prétexte pour calonmier les ititentions de Fénelon. On épi-ouve iinnlontairement une espèce; d'indignation , en voyant l'abbé Phélippeaux traduire cette lettre ' comme une soumission apparente et forcée. 11 s'étonne de ce que Fénelon parle de sa douleur , des outrages qu'il a reçus , de la pureté de ses intentions , de ses efforts pour justifier ses sentimens par ses explications.
Le même abbé IMiélippeaux ne trouvoit dans le mandement de Fénelon , dans ce mandement dont toutes les expressions pailent à l'ame et au cœur ', qu'un langage sec et plein de paroles vagues, qui poucoient n'exprimer qu'une soumission extérieure et forcée.
Mais on doit vanter la douceur et la modération de l'abbé Phélippeaux , en comparant son style à celui de l'abbé Bossuet.
« Jr me suis procuré une copie île la lettre de y> M. de Cambrai au Pape. Je vous avoue (lu'au » lieu d'en être édifié , j'en fus scandalisé an derï) nier point. Il ne me fut pas difticile d en décou- » i.rir tout l'orgueil et tout le ienin ; et il me » semble qu'il n'y i\ qu'à la lire sans passion pour » en être indigné ^. »
On s'afflige de voir liossuet lui-même partager jusqu'à un certain point cotte prévention 4. « La » lettre de M. de Cambrai à M. d'Arras est ici «prise fort diversement. Iji cabale l'exalte, et » les gens désintéressés g trouvent beaucoup d'am- » biguité et de faste. »
Bossuet se inontie encore jdus sévère poiu' le mandement de Fénelon (jue pour sa lettre à l'évèque d'Arras *. « On est très-étonné (pie M. de » Cambrai , très-sensible à son humiliation , ne
» le paroisse en aucune sorte à son eireiu-
M qu'il veuille ((u'on ne se souvienne de lut que » pour reconnoilre sa docilité , supérieure à celle » de la moindre brebis du troupeau: c'est-à-dire » qu'il vc-uf ([u'on oublie tout , excepté ce (lui lui » est a\antageii\. Fiilin ce niaudenieiit est tiouM- 1) fort sec, f't l'on dit qu'il est (riin homme qui « n'a songé qu'à se mettre à couvert de Itonie » sans avoir aucune vue d'édification.»
• Rolalion du Oui'^tism.-. — ^ il.iil. — » LfUie de l'abM Bossufl à son oncle, .'i m.ii ti 09. 'tinrcs de Jtossiiet, t. mi, j>. 180. — '• LiMtie do UosMi.l, 12 ovril 1fi99, Œiirrex (h- /longuet , t. xo , |>. 103. — •> L»'Uic de UossucI li son iiptiu, 17 avril ItiUO.
Jugement du clianceliei d'Aguesscau.
Mais ces réclamations , concentrées parmi le très-petit nombre de personnes qui avoient uris une part si active à la condamnation de l'archevêque de Camiirai , furent étouflées par la voix unanime de Home , de la France , de l'Europe , de toute la chrétienté. Le mandement de Fénelon est resté dans l'opinion de ses contemporains j et delà postérité, comme le monument le plus I honorable de sa gloire. >
Le chancelier d'Aguesseau peut être regardé comme un digne interprète de l'opinion publique. « L'archevêque de Cambrai fécrit ce grand ma- J » gistrat '), qui avoit combattu comme un lion I 1) poui- la défense de son ouvrage, tant (pi'il avoit J » espéré de vaincre , ou du moins de n'être pas ') vaincu , prit en homme d'un esprit supérieur » le paiti de se soumettre d'abord comme la plus » humble brebis du troupeau. Ce fut fexprcssion » dont il se servit dans l'acte de sa soumission ; il )) n'attendit pas même que le Roi eût fait lamoin- » dre démarche pour autoriser le bref dans ses » états, quoiqu'aucun décret de la cour de Rome » ne puisse y être reçu sans l'aveu de son sou- » verain. 11 fit , en prévenant cet aveu •, une de » ces fautes heureuses qu'il n'appartient qu'aux » grands hommes de hasarder ; et ne pouvant plus » éviter la condamnation de tous ses confrères, il » se hâta de s'assurer au moins l'honneur de s'être » condamné le premier. Son mandement court et )) touchant consola tous ses amis , affligea tous ses » ennemis , et démentit la prédiction faite par l'é- » vêque de Meaux dans la chaleur de la dispute , y) que si V archevêque de Cambrai étoit condamné, )> on verroit bientôt renaître la distinction du fait « et du droit, et toutes les autres subtilités dont » on ne fait que trop d'usage dans les discussions » théologiques ^ »
Seconde lettre de Fénelon à l't'vèinie d'Arras.
Féuflon eut tout lieu de s'applaudir d'avoir ex[)rimé dans les termes les plus simples et les j>lus précis son adhésion au jugement qui le condanmoit. C'est ce qu'il fit observer dans une seconde lettre à ré\è(pie d'Arras ; ce prélat l'avoit probablement instruit des réflexions critiques de Hossuet. « Lu vérité , je n'ai rien tant à cœni- que » d'aller droit jusipi'au dernier soujur de ma » vie (o serai aussi ferme contre mon livre.
' N'iiiioiiT., du cliancflicr d'Aeucsscau , I. xui, \>. 181. — -On a vu ([iK! Friiclon n'avoil publié son Miaiidcincnt (lii"iii>rcs avoii- icru r.iulorisalion du Roi. — ^ Lorsque le uiaiidcnicnl dr Frinclon fut réimprinii^ a Liuivaiu , le docteur Steyacrt, en autorisant cette ri^imiiressinn en (|unlit(* dp cen- M'ur, lU une a|)j)lication lieureusc d'un passage de Tacite, a i'eveniple de soumission qu« rarchevi''i|uc de Cambrai venoit de donner : Pru quo eieuipliim iiuœrimiis, id olim pm ixoiijihi cril.; ce (|ue nous sommes aujourd'hui en \>eine d'autoriser par dck exeinplo* , en sera un poui' la posteritt'.
LIVRK TROISIEME.
« que j'ai été ferme jusqu'au fleinior niornont de » la controverse pour soutenir ce qui me parois-
» soit devoir le justilier le n'ai voulu dans
.» mon mandi'menl sup|>rimer que les choses ijui » auroient pu servii- à m'excuser envers mon >' troupeau. Il m'a paru (|ue cette brièveté rendoil » mon acte jilus simple, plus humble , plus pré- » cis et plus décisif. Si je lu'y fusse étendu da- ■>■> vantage, quelle ciiti(iue n'eùt-on pas fait de » mes paioles les plus simples , les plus innocen- » tes et les plus soumises '.»
LWV.
L'évêque de Chartres fclicile Fénélou stirsa souniissiun. — Réponse de Féneloii.
Aussitôl ([ue l'évêque de Chartres eut eoiinoissance du mandement <le Fénelon , il s'empressa de fiiire les avances à un confrère vertueux qu'il avoit toujouis tendrement aimé , (ju'il n'avoit combattu qu'à regret , et qu'il n'avoit jamais cessé d'estimer; il lui écrivit : « Monseigneur, je » suis ravi de /;/ .•ioumission parfditc que vous té- )) moignez au bref de Home. J'ai toujours pris » tant de paît k ce qui vous touche, que je ne » puis vous exprime)' assez combien mon cœur » est touché de l'action tuimble et généreuse que » vous venez de f.iire. Je l'ai toujours attendu de- » voti-e piété. Je prie Dieu de fout mon cœur , )) Monseigneur , (ju'il achève en vous ce qu'il y a » fait par sa grâce , en vous soutenant jusqu'à la » fin dans les sentimens que vous faites paroitre » à toute l'Fglise,' du plus sincère retour, et » qu'il vous comble de plus en plus des consola- » lions que vous méritez '. »
Fénelon lui répondit : « Monseigneur , je reçois » dans le moment la lettre que vous m'avez fait » l'honneur de m'écrire , et je me hâte de vous » en faire mes très-humbles remerciniens. Quoi- » (jue j'aie tâché de ne regardei- que Dieu dans » ce (jue je \ iens de faire , je suis néanmoins fort » aise , Monseigneur , de voir par les termes dont » vous \ous êtes servi , combien vous l'approuvez. )) Trouvez bon , s'il ^ous plait, que je prenne la » liberté de me recommande!" à vos prières , et » que je \ous assure de la sincérité du respect » avec lequel je serai toute nia \ie •'. »
11 eût été à désirer que les deux auti-es prélats eussent prévenu Fénelon par des avances aussi franches et aussi religieuses ; ils avoient tous les honneurs de la victoire; il étoient en possession du crédit et de la faveur; et, selon les règles de la délicatesse et de la généj'osité, ils ne pouvoient que s'honorer eux-mêmes en faisant les premiers pas.
Le caidinal de Noailles fut probablement )-etenu par cette espèce de timidité qui lui étoit naturelle, et peut-être aussi par le souvenir de quelques procédés dont il craignoit que Fénelon n'eût trop fidèlement gardé la mémoire.
' (orri'sp. de Féiitloit , 3 JbiJ.
Ibicl. p. 16.
Crtiidiiiie do nossuel. — Leliie de M. Beauvillieisà Fénelon. — Réponse de Fénelon.
RosMict crut beaucoup faire en allant chez M. de FJeauvilliers, jteu de jours après l'arrivée du bref de Home, lui déclarer « qu'il avoit vu avec » peine une lettre de M. de Cambrai au nonce , » dans la(juelle ce prélat l'accusoit de répandre de » tous côtés (jiic sa soumission ne seroit qu'ap- » parente et extérieure, rjue cela étoit bien cloi- » gné de sa pensée , et tpi'il souhaitoit que .M. de >' Cambrai en fût instruit, afin de prévenir ceux )) qui tàchoient de l'aigrir contre lui. » Comment Hossuet pouvoit-il croire ([u'iuuî di-marche aussi insignifianfe, apiè^ des procédés aussi véhémens , pouvoit suffire pour guérir les plaies d'un cœur aussi sensil)le et aussi délicat que celui de Fénelon?
Cependant M. de Beauvilliers se crut obligé d'eii rendre compte à son ami. .Nous avons encore sa lettre, écrite <le sa main; elle achèvera de faire connoitre le caractère et l'ame de cet homme respectal)le '.
« M. de Meaux sort de chez moi , il y a environ I) une heure; il m'a fait compliment sur la sou- » mission que j'avois nianiuée au décret du Pape » sur votre livre , et de la diligence avec laquelle, « suivant (}u'il est ordonné aux fidèles , j'en ai » remis entre les mains de M. rarclie\è([ue de » Paris rexeniidairc que j'avois eu lors de Tim- » pression. Je lui ai lépondu (jue c'éfoit la suite » naturelle de la disposition oîi j'avois toujours )) été d'ac<iuiescer pleinement à la décision du » saint Siège , et i[ue je ne faisois en cela que ce » qui est d'obligation pour tout fidèle. J'espère , » mon cher archevêr[ue , que vous serez et paroî- » trez , à la face de toute l'Eglise , dans la même )) soumission. (Pardonnez- moi le mot d'espérer; )) il ne signifie pas assez , et on doit , je crois , » pour vous faire justice , mettre qu'on est cer- » tain.)
» \ propos de soumission , M. de Meaux m'a » chargé de vous mander que ^ dans une lettre » que vous avez écrite depuis peu à .M. le nonce., » vous lui aviez imputé d'avoir répandu que votre » soumission lie seroit qu'apparente, et point in- » time, ni sincère. 11 dit qu'il n'a jamais tenu à » qui que ce soit un discours semblable ; qu'il se » le reprocheroit , et aurctit tort devant Dieu et » devant les hommes d'avoir de vous un pareil » sentiment. Comme rien ne l'oblige à cette ex- » plicatioii , surtout à présent que la chose est » jugée , je ne vois que la vérité seule qui doive » l'obliger à parler comme il fait , et à s'adresser » à moi pour me prier de vous l'écrire.
» Je souhaite, mon cher archevêque, que vous » r-etrouviez le calme après d'aussi rudes et » d'aussi longues tempêtes que celles que vous » avez essuyées , et je prie Dieu d'être votre force » et votre consolation. »
1 Lettre de M. de Beauvilliirs à Fénelon, -27 mais 1699. Corresp. de Fénelon, t. ix , p. 718.
H[STf>IRE DE FÉNELON.
La réponse de Fénelon est leinaïqnable ..
«J'ai reçu ^otre lettre, mon Ixin due , asee » une extrême consolation ; tout ce qui me re- ') nou\elle les marques de votre amitié adoucit 1) ma peine. Ce que vous me njandez que vous )> avez fait pour obéir au Pape , en vous défaisant » de mon livre , m'édilîe et ne me surprend pas. » Je connois votre attachement à une obéissance » simple , et je ne poui-rois vous rcconnoitre à une » autre conduite. Vous sa\ez bien que je n'ai ja- » mais estimé , ni toléré aucune piété qui n'a pas » ce solide fondement.
» Pour moi , je tâche de porter ma croix avec » humilité et patience. Dieu me fait la gi-àce d'être » en paix au milieu de l'amertume et de la dou- » leur. Parmi tant de peines , j'ai une consolation » peu propre à être connue du monde , mais bien » solide pour ceux qui cherchent Dieu de bonne » foi; c'est que ma conduite est toute décidée, » et que je n'ai plus à délibérer. Il ne me reste » qu'à me soumettre et à me taire ; c'est ce que » j'ai toujours désiré. Je n'ai plus qu'à choisir les » termes de ma soumission ; les plus courts , les » plus simples, les plus absolus , les plus éloignés » de toute restriction , sont ceux que j'aime da- ') vantage. Ma conscience est déchargée dans celle » de mon supérieiu- : en tout ceci , loin de le- « gardei- mes paities, je ne regarde aucun homme ; » je ne vois que Dieu , et je suis content de ce » ([u'il fait.
» (Juelquefois j'ai envie de rire de la crainte « que certaines personnes zélées me témoignent » que je ne pouriai peut-être pas me ivsou'die à » une soumission. Oiiebpietnis , je suis iui[K)rtuné « de ceux qui m'écrivent de longues exhortations » poui- m'engager à me soumettre; ils ne parlent » que de la gloire qui se trouve dans cette humi- » liation, et de l'acte liéroique que je ferai. Tout » cela me fatigue im peu , et je suis tenlé de dire ') en moi-même : Qu'ai -jr donc fait a tous ces )) f/ens-là pour leur faire penser que j'aurai tant » (le peine à préférer l'autorité du saint Siéqc à » mes faibles lumières , et la paix de l'EjiHse à » mon livre? Cependant, je vois bien qu'ils ont » raison de supjwser en moi beaucoup d'imper- ') fection el de ré|iugtiauce à faire un acte humi- )' lianl. Ainsi je leiu- |)nrdonne sans peine, et je » \ais même jusqu'à leur savoir très-b(in gré de » leurs craintes et de leurs exhortations.
» l'our ce qui est de la peine dans un acte de » pleine et absolue st>umission , je dois vous dhv. » simplement <|ue je ne la sens point (hi tout. » L'acte a été dressé dès le lendemain de la nuu- » oelle reçue; mais j'ai cru devoir le tenir en sus- » pens jus(pi'à ce (pie je sache la forme de procé- " der. Les bulles ne sont reconnues en France » qu'après «prelles ont pass('' au parlement. Je ne » s;iis s'il finit garder la niêiiie foiiiie pour un >' bn;!' (pii conlient un jugement doctrinal contre " un aicb(!vê(pie. Dans le doute, je susjiens mon » mandement ; car i)ersonne , (|uoi (pi'on en puisse » dire, n'est |)lus zélé françiiis que moi. Dès ipie » j'aurai su la règle, mon acte paroilra. Vous ') remarcpierez , s'il vous piaîl , que je n'ai i-ecii
>,ltrp,Mi>o .||. K,.,i(1hi, a M.,1,. li.Mnvillins, '2« mais I (;;)'.». Oirn-si,. i/r l-riirl,,!! , |. i\, |i. 7;iO.
» le jugement du Pape , ni de Rome, ni de M. le » nonce; mais enfin , je ne perdrai pas un nio- » ment, dès que je serai assuré de ne point blesser » les usages de France; je n'ai de consolation » <iu'à obéir, et si on m'avoit connu tel que je » suis à cet égard-là, on n'auroit jamais eu les )) \ aines alarmes qu'on s'est laissé donner.
» Pour M. l'évèque de Meaux, j'avoue qu'il » m'est impossible de concevoir comment il a pu » vous dire (ju'il auroit un reproche à se faire » devant Dieu et devant les hommes, s'il mettoit » en doute la droiture de mon cœur et la sincé- » rite de ma soumission. A-t-il déjà oublié toutes » les duplicités atfreuses qu'il m'a imputées à la » face de toute l'Eglise , jusque dans son dernier » imprimé? Quinze jours ne peuvent pas ni''avoir » changé en un honnête homme. Mais il n'est pas » question d'appronfondir ses paroles , et j en » laisse l'examen entre Dieu et lui ; nous n'avons » plus rien à démêler entre lui et moi. Je prie » Dieu pour lui de très-bon cœur , et je lui sou- » haite tout ce qu'on peut souhaiter à ceux que » l'on aime selon Dien. »
On voit en effet , par la correspondance de Bossuet a\ ec son neveu , qu'il auroit été assez disposé à renouveler des combats d'écrits avec Fénelon , et même à attaquer ce mandement comme insuf- Jlsant; mais il ne put s'empêcher d'être frappé de l'applaudissement universel avecle([uelce mandement avoit été reçu à Paris , à Rome , dans les pa\s éliangers, à Versailles même. Il ne pouvoit plus d'ailleurs se flatter du concours du cardinal de Noailles et de révê({ue de Chai'trcs ; l'un et l'autre, satisfaits d'être délivrés honorablement d'une contioverse à laipielle ils n'avoient pris part qu'avec une répugnance marquée, n'éloient plus disposés à prêter leur nom et leur ci'édit à Bossuet. Madame de Mainlenon elle-même étoit excédée depuis long -temps de cette interminable guerre.
Ce changement de scène se laisse apercevoir dans une lettre de Bossuet à son neveu '. « Mal- « gré tous les défauts du mandement de M. de » Cambrai , je crois ([ue Rome doit s'en contenter, » parce qu'après tout , l'essentiel y est ric-à-ric , )) et que l'ohéissance y est ponipcus<'nient élaléc. 11 » faut d'ailleurs se rendre facile, pour le bien de » la paix , à recevoir les soumissions de M. de » Cambrai , et à finir les aflaires; ainsi , ces rcn flexions » seront pour vous el pour M. Phélip- » peaux seulement, o
l'ionic aiiplaudil l\ la smiiiiission de Fénelon.
Le l'ape et loiile l'Kglise romaine atleiidoient , n\ec autant d'imp.ilicnce ipie d'iinpiiétude , la j'ésoliition (pie preiididit l'archevêque de Cambrai sur II' bref (pii le coiidamnoit. On étf)it , à la vérité, rassuré pur la i)iélé si connue de Fénelon, et par les promesses solennelles «pTil avoit si souvent doiiiK'cs (le sou (dM'issaiice el de sa soumission;
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