‹ Œuvres complètes de Fénelon, archeveque de Cambrai. Précédées de son histoire littéraire (volume 2)Chapitre 266 sur 422 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

mais on ne fui eiitièromcnl tian(iuilU' cl satisfait à Home, que loi-siiue l'al)l)é de Cliaiilerac eut été autorisé à annoncer , au nom de i'atclievc(|ue de (Cambrai , une adhésion siniple et absolue, et une iileine soumission au Jiii^ement du saint Sié^e.

Aussitôt (|U(' l'abbé de (ilianlerac eut remis au Pape la lettre de Kéiielon , cl sou mauderuent du 9avril, Inimceut \11 s'empressa de les transmettre à la conuréj^ation des cardinaux, li y joi^^nit éj;alement ia lettre ' de remeicimeut (jue le Hoi lui avoil écrite, au sujet de son bref de condanmation.

Les cardinaux éprouvèrent nue sensible consolation à la lecture de ces lettres, l'ai" un bonlieur bien l'are dans les annales de l'Ej^lise, ils voyoient leur jui;emenl consacré par rappi(tl)alion d'im monarijue puissant (pii l'avoil sollicité avec ardeui-, et par l'adliésiun d'un arcliexèipie illustie , dfint la \ertu em|)ruutoit un U(iu\el éclat de son biunble el voloulaiie soumission. Ceiiv d'eiili''eu\ i|ui n'a\ oient exercé (|u"avec douli'ui- un ministère rigoureux , diuent s'applaudii- d'avoii- assez bien auguré des principes religieux de Fénelon , l)0ur présumer «pi'il sacrilieroil sans peine , à la paix de l'Kglise, les seutimeus (jiii dominent si souvent la pinpait des iiommes.

La juste impression (|ue pnxhiisirenl sur tous les cardinaux la lettre el le mandement de l'airhevè(pie de (Cambrai , les porta à \olei' unanimement que Sa Sainteté seroit invil(''e à faiie une réponse honorable à ce prélat.

Le Pape se fit im sensible plaisir de déféi'er au vœu des cai'dinaux , en cherchant à donner à Fénelon les témoignages les plus honorables de sa bienveillance et de sa satisfaction , et il chargea le cardinal .\lbani de l'exécution de ses ordres. Le cai'dinal Albani se trouvoit heureux d'avoir à remplir un ministère si conforme à son vœu personnel et à ses sentimens d'estime pour Fénelon , el il prépara, au nom du pape, un bref lempli des expressions les plus flatteuses.

Mais l'abbé Bossuet , toujours tidèlc à la haine , envia cette foible consolation à Fénelon. A ])eine le jugement avoit-il été rendu , (pi'il s'étoit occupé à le h'ustier d'un témoignage (jue la justice réclamoit autant que la bienséance. 11 osa même exprimer à son oncle ' le xœu indécent de fairi; intervenir le nom du Roi, pour interdire au Pape la liberté d'écrii-e à un arclievè(pie docile et soumis. 11 ji'am-oil pas même borné ses vues, s'il en eût été le maître , à priver le Pape de la liberté d'adresser à Fénelon (juelques expressions vagues et insignifiantes. 11 inspiroit à son oncle l'idée de le faire dépouillei- de l'aichevèché de Cambrai \ 11 est difficile de savoir jusqu'à ([uels excès son caractère haineux raïu'oil porté, s'il eût eu autant de pouvoir que de malveillance.

-Mais il rénssit au moins à inlimidei- le Pa|)e et les cardinaux par la crainte de déplaire au Roi, et à faire changei' les expiessions les ])lus essentielles du bi'ef (pi'on se proposoil d'écrire à l'archevè(pie de Cambrai, pI (fiii rtait déjà tiirëlé et ininnli'. Ce n'étoit jtas tout-à-fait sans i-aison (pie

' liii (•> ;uiil 1C03. — - V.iy./. s 'S li'Miis (l.'s i.l l'I -2.'» UKHs lu90. Ctiirifs </c /idssiu'l , l. Ml, \t. 148. — ^ Vciyoz sa k'Uie du 24 mars iii^9. Œuvres de Bossuet, l,XM,i). 151.

l'abbé Bossue! craignoit qu'on n'y eût inséié des expressions qui tendoient à justifier les intentions et les sentimens persomuds de Fénelon; car le l'ape av<iil déclaré haulemenl eu plusieurs occasions, depuis le jugement (hi li mars 109!) '« que » ni lui , ni les cardinaux ii'avuient tntemlu cun- » (Idiinii-r 1rs ( .iplicalions 'pie l'archcvihixie de. » ('(iinbi'di iiruil dttimi'cs de son iirri'. »

Taudis (pie rab])é Bossuet employoit des manœuvres et des intrigu(^s pour enqjècher le r*ape (le (lonner «pichpies téutoiguagt!s de satisfaction à raiche\è(pie de Cambial, Fi'ueloii écrivoit à l'abbé de Cliaiilerac • : « .\i' demandez pour nioi » au l'a[)e, ni louanges, ni bons offices.... Si ma » patience, mes insiriictions et mou exemple ne )) pcHivent pas me soutenir au milieu de mon trou- » peau, de vaines louanges ne me soutiendroient » pas. .le lie soiihaile point un bref |jour ma répu- » talion , car elle ne me paroit pas noircie parmi >) les gens neulics. .le \ois même ipie (oui ce dio- » cèse demeiire édifié (le ma conduite et bien dis- » posé pour l'noi. De plus, je crois (pi'il faut se » laisser dans les mains de la l'rovidenc(; quand il 1) lui j)laît de nous humilier. Je ne veux donc point » (pie vous lassiez la moindre démarche poui' un » bief avec (pu-bjuc louange vague sur ma sou- » mission ; mais si on se porte de soi-même à l'ë- » crire , j'en serai bien aise , parce que ce sera une )) acceptation authenli(|ue de ma soumission, api-ès » laquelle je pourrai lesplrer en repos. »

l.e seul intérêt qui occupoit alors Fénelon , étoit riinpalience d'être réuni à l'ami vertueux qui avoil lanl souflèrt pour lui. Toutes ses lettres à l'abbé de Chanterac , de|)iiis le jugement du 12 mars , respii-ent celte touchantes alVection et celte tendre sollicitude que la jeconnoissance exaltoit encore avec une sensibilité plus pénéfrante. « Il » me tarde beaucoup (jue vous soyez parti de » Rome ' ; c'est un séjoiu' trop amer pour vous » dans les circonstances présentes. Il n'y a qu'une » seule chose (pii me consoleroit de voir votre re- » tour nHardé ; ce seroit , si les eaux de Baies , » dans le royaume de .\aples , poux oient guérir » vos jambes ; cette raison seroit plus forte que » toute autie. Peusez-y bien, mon cher abbé , je » vous en conjure , et ne ménagez rien là-dessus. » Votre refour fera ma plus sensible consolation. » Je ne vous dois pas moins que si les plus grands » succès avoient suivi votre travail. J'ai compris » tout ce que vous avez fait et souffert ; je vois » bien que vous ne nous en avez mandé que la » moindre pailie. Ma reconnoissance , ma con- » liaiK-e , ma vénéi-alion et ma tendiesse pour » vous sont sans bornes. Venez au plus tôt, afin » ((ue nous nous consolions dans le sein du véri- •» table Consolateur; nous vivrons et nous mour- » idus n'étant qu'un cdiiii' el uneame.... Ma .sauté » sesoullenl '> ; ma paix, au milieude tant d'amér- )) lûmes, se coiiserve aussi. Je vouJrois bleu cpie » ma cous(jlaliou servit à vous consolei'. Consei- » vez-v(jus , mon cher abbé ; si vous venic^z à me » maïKjuer , ma croix seroit trop pesante pour ma

• l.rllir (II' l'ahlM. ,!<• rii:iiilri:ic. — ^ 11 ;iMil ii>9\). Cnrsij. cir Fnieloii , I. |\ , p, TiiC. — -^ \.i-\\ir ,!,■ |-',.|i,.l,iii ;. l'j|,|„. ,1.' Chi.hl.Tir, -27 H::n.. ICM). f'./vrs/;. ,/,- l-\,itl„i, , I. i\, p. 718. — '' Li'Ui.'s (l.■^ :i 1-1 17 luiil KV.iy. Cn.caii. de Fciielon, l.i.\, p. 728, il l. X, p. 7.

HISTOIRE DE FÉNELON

» foiblcsse. Dieu sait combien je crois lui devoir » de ce qu'il m"a donné un tel bien. Vous avez fait » pour moi cent fois plus que je n'aurois osé at- » tendre. Dieu a permis un mauvais succès ; mais » il saura bien en tirei- sa gloire ; et que voulons » nous autre chose V Nous tacherons de servii- » Dieu ensemble et d'édifier ce diocèse. Venez , » venez le plutôt que \ous pourrez. »

Bref (lu Pape k Féiiolon.

Cependant le cardinal Albani avoil représenlé au Pape que c'étoit trop assujettir le saint Siège uu\ sentimens des cours étrangères, que de leur montrer cette excessive timidité ; qu'il étoit indécent qu'un Pape n'osât pas écrire à un archevêque, sans convenir avec les princes de ce qu'il devoil lui écrire '. Le Pape parut honteux luimême de sa trop grande circonspection, et se détermina tout-à-coiip à ordonner qu'on remit le bref à l'abbé de Chanterac. Mais ce bref étoit si uuitilé, si différent de celui qui avoit d'aboj'd élé proposé et admis, que les ministi-es du Pape coiivenoient eux-mêmes que l'archevêque de Cambrai étoit dispensé d'y attacher une grande \aleiu". Voici ce bref « :

« Vénérable fière, salut. Nous avons reçu avec )) une grande joie les lettres du mois d'avi-il der- » nier, que votre fraternité nous a adressét^s avec )> un exemplaire du mandement p;ir lequel , adlié- ,) rant humblement à noire couilaumarioii apos- )> toliquc contre le livre par vous publié, et contre » les vingt-ti'ois propositi(»iis qui eu ont élé e\- » traites, vous avez adressé notir décret avec luie «prompte obéissance et un esprit soumis , aux » peuples confiés à vos soins. V(»irs avez parfaite- » ment confirmé, par cetti' nouvelle pi-euve de » votre afléction sincèir. et rie voire obéissance , » que vous devez à nous et à notre sièg(\ l'opinion » que nous avions, il y a long-temps, de votre fra- » ternité. Nous ne n(ius promellions rien moins » devons, qui nous aviez fait comioitre daire- » ment votre bonne xoloiité, dès ic leuqis ipie, de- » mandant avec humilité d'être coirigé par cette ,) Eglise, mère et maîtresse, vous avez ouvert les n oreilles pour rece\oir- la parole de vérité , et » pour apprendre par notre jugement ce ipie „ vous et les autres deviez penser de votre livre » et de la docti'ini! «iii'il contient. Après avoir ,) donné ainsi dans le Seigneui- les éloges dus au » zèle avec lequel vous vous êtes soiunis très- » volontairement à noire décision |ionli1icale, nous » prions Dieu, de la plénitude de notre cœur , de >, vous donner ses grâces et de vous protéger dans )) les travaux que vous entreprendrez poiu- la con- » duite de votre troujicau , et d'accomplii- vos ,) vM'UX. Nous vous accordons, \éuéral)le frère, ,. notre bénédiction aposloli(pie avec beaucoup » d'affection. I.e \-l mai, la huitième année de » notre |)ontificat. »

«Quelque insignifiant <pie lût ce bref, il ne laissa

pas , ajoutoit l'abbé de (Jianterac ' , de causer' un dépit extrême aux ennemis de M. de Cambrai. 11 suffisoit que le Pape lui eût écrit, ne l'eût pas traité iVliérétiquc , et qu'il fût content de sa soumission , pour qu'ils fussent au désespoir ; ils paloissoienl irrités et confus comme si on leur eût fait un ouli'age ; ils auroient voulu (pu* le Pape eût rejeté son mandement. In procédé aussi révoltant (it im})ression sur piesqne tous les cardinaux qui avoient condamné Fénelon , et ils se peisuadèrenl plus que jamais que l'arae de toute celte afiaiie n'avoit été qu'un désir et un dessein secret de perdre l'archevêque de Cambrai. Us s'ouvi'irent alors avec plus de confiance à l'abbé de Chanterac , et le chargèrent de mander de leur part à ce prélat , sans les nommer jusqu'à son retour auprès de lui, qu'ils lui cimseilloient d'observer le plus profond silence, quelque prétexte que ses adversaires pussent employer ou proposer, pour le forcei- de s'expliquei- davantage, étant difficile qu'en voulant e\]diquer sa pensée et ses véritables sentimens, il n'tMiiployàt quelques expressions dont ils voudioicnt abuser, poiu' les interpi-étei' dans un mauvais sens ; que le Pape étant content de sa soinnission , condamnant tout ce que le Pape avoit condamné, personne n'avoit plus le droit de lui demander ni rétractation , ni evjilication; que cette fermeté à ne leur plus répt)ndre les déconcerteroit autant qu'elle lui feroit honneur. Tous les cardinaux , à l'exception d'un seul le caidinal Casanale'', chargèrent en même temps l'abbé de Chanteiac d'assurer l'archevêque de Cambrai de leui' estime , de leur respect , de leni' vénération, et de lui déclarer qu'ils se Irouveroient heureux de lui en donner des pieuves dans toutes les occasions, u On ne peut plus louer » qu'ils l'ont fait , écrivoit l'abbé de Chanterac • , « votre soumission, votre mandement , vos lettres » au Pape et toute votre conduite. L'approbation » même de votre livre n'auroit jamais pu, selon »eux, vous attirei' autant de gloiie , ni autant » d'eslime. Les cardinajix m'ont dit là-dessus des » choses si fortes et si particulières, que je dois V les léserver à nos conversalions. »

L'abbé de Chanterac quitta Rome , pour retourner à Cambrai, le irî mai 1(599.

Dininilli'-s siii' la foniu

■.'iil;,linii ilii biot en Fiance.

Cependant on éloit occupé à Versailles à i-églei- la forme dans laipielle on accepleroit en France le bief de condamnation du livre (li\s Maxinips des Saints. Celte accei)tatioii présentoil des difficulté-; a^scz graves poiu- le f(»nd et potu' la lorme. Le gouvernement et le. clergé de France vouloient maintenir l'exécution de la célèltre dé- (laialion de l(ÎS2. Luc consétiuence nécessaire de celte déclaration , est de ne regarder un jugement du saint Siège comme une lègle de doctrine, qu'autant qu'il est précédé , acconqwgné ou suivi de racce[)laliou du corps épiscopal. Cette acceptation

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