‹ Œuvres complètes de Fénelon, archeveque de Cambrai. Précédées de son histoire littéraire (volume 2)Chapitre 267 sur 422 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

doit nu'iiie se manifcsU'r sous la forme d'un examen , qui atlesle que les dvcques ont reconnu dans le jugement du Pape la foi el la tradition de leuis églises.

Le bref présenloit é^aicinent i)lusieurs défauts déforme: la clause du/»/u/j;/o inatii , toujoiu-s si odieuse au\ jiarlemens, paroissoit siu-tout élever un obstacle invincible à lenregistremenl ; mais il rét;noit alors un concert si pai-fail entre le fiouvernement , le clergé et la niatiistiatuic ; Louis XIV savoit lem[)érer avec tant dail et d;- siigesse les macuiliipies idt'es de sa i)r(''r((uativc cl l'exercice de l'antorilé indéfinie , dont un long usage et le consentetnent t.icite de tous les ordies de TEfat l'a' oient ml-^ en possessicui, (pTon parvinl à concilier avec aulanl de «lignite tpie de modération , le respect dû au saint Siétic , les libertés de l'Kglise gallicane et les formes de la l(''i;islalion.

On convint daboi-d (pieraccefitatinii desé\è(pies précéderoit biute iulerseiiliun de l'iiiitorité l'oyale, qui ne devoil apparoifre que poiw assurer l'exécution du jugement canninipie des évètpies. 11 fut ensuite résdlu que le lîoi auloriseroit les archevèqnes à se l'éuuir aux évoques de lems métropoles, pour procéder à l'evamen et à racceptation du bref. 11 eût été peut-être plus régulier et plus conforme à la discipline de TK^lise de les convoquer en conciles provincianv ; mais il éloil enln'' depuis long-femi)s dans l'espril du gouvernement de laisser tonibei' en désnétude ces assendilées rraimenf canoniipies. l ne espèce de tradition ministérielle , fondée sur des in(piiétudes ou sur des considérations assez frivoles , s'opposoit à leur restauration. Ce fut l'ardicvêque de Reims ' qni, au défaut des conciles provinciaux , suggéra l'idée des assemblées métropolitiiines. Cette forme parut assez régulière, et n'offroit pas les inconvéniens réels ou prétendus des conciles ])i'ovinciaux,

MémoinMJeBossiietcnnlreleprnjetii'cnvoyerdescommissaires lin Roi aiii ass.^inblées iiiHlropolilaines.

Le clergé craignit un moment qu'on ne voulût introduire des commissaires du Roi dans ces assemblées ecclésiastiques. 11 est vraisemblable que quelque ministi'e avoit emprunté cette idée des missi dominici , mie les empereurs envoyoient quelquefois dans les anciemies assemblées d'évèques; mais ces assemblées éloient alors dans l'usage de délibérer sui- des intérêts civils ou politiques , et il étoil nalurel (pie les ministres du souverain y intervinssent pour inqiiimer à leurs délibérations la sanction de l'autorité royale. Bossue! rédigea et présenta au Roi, le 18 avril 1()95) , un mémoire ' qui démontroit qu'il seroit aussi irrégulier que peu convenable , que le Roi envoyât des commissaires dans les assemblées métropolitaines que Sa Majesté se proposoit de convoquer.

« Qu'est-ce que ces commissaires y feioient ? M disoit Bossuet. Ils n'y seroient pas pour déli-

» bérer avec nous, ni poiu- nous aider de leurs » lumières ; ils ne pourroient donc passer que ). pour des inspecteurs envoyés par le Roi, afin » de nous contenir, pour ainsi dire, dans notre «devoir, comme si Sa Majesté, se défiant de » ceiiv de notre oidre. croyoil devoir nous faire » tous veiller par des laïques, et ne pouvoit s'as- » surer de nntre fidélité (|ue par cette précaution , » qui nuus désbonorei-oit dans l'esprit des peuples » et aviliroil notre ministèie dans nos diocèses.... » Suivant nos maximes, nn jugement du I»ape, » en matière de foi , ne doit être publié en France » «lu'après une acce|)tation solennelle de ce juge- » ment , faite <ians une forme canonique, par les » arclievè(iiies et évéqnes du rovaume. Vne des «conditions essentielles à cette acceptation, est » ([u'elle soit entièrement libre, l'as.seroit-elle de » bonne foi pour l'être , si les peuples vovoient des » commissaires <lii Uoi dans nos assemblées? »

Louis XIV éloil baliiluellemeut dirigé pai- un senlimenl naturel de raison , el surtout par ce sentiment et ce respect des convenances qui n'est pas la partie la moins importante de l'art de gouverner. Il fut IVappé <lu mt-moire de Bossuet, et ou lenoiu-a à un j.rojel qui n'avoit aucun fondement raisoimable.

Bossuet avoit adopté asec d'autant plus d'empresscnienl l'idée des assemblées métropolitaines, qu'en donnant à l'acceptation du bref du Pape une forme légulière, elles sembloient ajouter une espèce d'éclat et de solennité à son triomphe per- .sonnel '. « Ce fut là sans doute l'acte le plus » sanglant de celte longue tragédie. Le corps épi-- )) copal, en mouvement dans toutes les provinces » deyoit naturellement donner aux peuples une » idée bien affreuse des se.nlimens de M. de Cani- )) lirai, et faire regarder son livre comme l'ou- )' vrage le plus pernicieux qui eût été publié de- )) puis plusieurs siècles. »

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