L.X.WVl
l.'iisseuiblée du clergé de 1700 î-e l'.iit rendre comple de loiile l'aflaire du livre de Fénelon.
Il y avait près d'un an que la condamnation du livre des Alaximcs des Saints étoit consommée par l'heureux concours de- puissances spirituelle et temporelle, Fénelon éloit enfin pai'venn à imposer silence à la haine , par la parfaite confoimité de sa conduite publique et privée avec les protestations qu'il avoit faites si souvent de son entière soumission au jugement du saint Siège, lorsque l'assemblée du clergé de 1700, qui se tenoit à Saint-(jerrnain-en-La\e , parut s'occuper encoi-e (piehpies momens de cette aflaire; maïs ce ne l'ut que pour obéir à l'usage établi dans le clergé , de rendre compte à chaque assemblée de toutes les affaires survenues dans l'intervalle de ses séances. Bossuet fut choisi pour présider la commission chai-gée de la liplation de l'affaire du livi-e dfS Maximes drs Saints : la modéi'ation qu'il montra dans le compte qu'il en rendit, justifia la sagesse d'un choix qui auroit pu paroitre suspect de partialité. On croit honorer la mémoire de Hossuet , en présumant que la dociiité de Fénelon , si contraire aux pronostics que la prévention lui avoit quelquefois inspirés, et la considératiun générale (ju'ime conduite si édifiante avoit méritée à rarche\êque de Cambrai firent peut-être regrettei' à l'évèque de .Meaux l'excès de vivacité où son zèle l'avoit porté en quelques occasions. On reconnoit sa grandeur et sa génélosité naturelles , dans la noble franchise avrc laquelle il déclare devant tous les évêques assemblés, (pie la véhémence avec laquelle il a combattu les erreurs de son collègue, n"a jamais altéré ses sentimens pour son caractère et sa personne.
^< 11 a été sagement observé ' , disoit Bossuet .) dans son rapport, que M. rarchevèc[ue de Cam- » brai, qui avoit le plus d'intérêt à rechercher 1) les moyens «l'alVolblir, s'il se pou \ oit , la sen- » tence qui le condamniiit , s'y est soumis le pre- » mier par lui acte exprès. On a remai-qué avec Il joie les noms illustres des grands évêques qu'il » avoit suivis dans ctHte occasion ; et , à l'exem- » pie du Roi, toutes les pi-ovinces se sont unies » a louei' cette soumis^^iou , montrant à Tenvi que )) tout Cf.- qu'an avoit dit par nécessité contre le
i Pio^ès-voibi»! df l'assoiubl'.' itii tiersé .It; 1700. Otluire^ de lio.tsucl , \. IX, i', 73».
as
HISTOIRE DE FÉNELON
» livre étoit prononcé .«ffjjs aucune alléralion rie In » charité. ' »
Ce fut un avantage réel pour la réputation de madame Guyon , que rassemblée du clergé eût confié ce rapport à Bossuet , qui s'étoit montré si prévenu conti-e elle. On y lit en efïet ces paroles remarquables, prononcées par Bossuet lui-même en présence de rassemblée du clergé. ' « Quant » aux abominations ciu'on regardait comme les » suites de ses principes ( de madame Guyou;.. // V n'en fut jamais question ; elle en a toujnur.^ » témoigné de l'horreur. » Ce fut à une déclaration si solennelle et si positive de rinnocence de ses mœurs, qu'aboutirent ces dénonciations odieuses auxquelles on avoit donué tant de publicité et d'éclat. Lorsque Bossuet prodamoit ainsi l'innocence de madame Guyon devant une assemblée du clergé , elle étoit encore prisonnière à la Bastille ; ses ennemis étoient tout-puissans et ses amis dans la disgi-âce ^
Les Jansénistes et les Prolcstans sont mécontens de la soumission de Fénelon. — Réponse de Fénelon àu P. Gerberon.
La soumission de Fénelon au jugement du saint Siège , et son inviolable fidélité à observer le silence qu'il s'étoit imposé, affligèrent également les Jansénistes et les Protestans. Les uns et les autres s'étoient flattés qu'une contestation aussi animée, entre deux grands évèques , pourroit aflbiblir l'autorité du saint Siège pai- quelques actes schismatifjues. Fénelon reçut lout-àcoup, par une voie détournée, une lettre du pèie Gerberon , religieux bénédictin , fameux à cette époque par son zèle aident pour le jansénisme. 11 proposoit à rarchi^vètiuc de (Cambial, de publier <li{Vérens écrits pour la défense de sa doctrine, depuis la censure qui en avoit été faite, sans que personne put jamais savoir que Fénelon y eût aucune part et en eût aucune connoissance '•.
Fénelon répondit à cette singulièie proposition, qu'il aimeroil mieux mourir que de défendre directement ou indirectement vn livre qti'il avait condamné sans restriction et du fond du
cœur par docilité pour le saint Siège 0"''' " '^-
toit ni juste ni édifiant quhm auteur coulât perpétuellement occuper l'Egiise de ses contestulions personnelles.... ; qu'il n'y avait plus pour lui . ni édification à donner, ni dignité à soutenir r(ue dans lin profond silence ■.
Dans le même temps, le fameux miiiislic Jtirieu répandoit son Traité historique de la Théologie. mystique " , comme une torche eiitlammée pour entretenir le feu d'une guerre près de séleindir : il y avoit recueilli avec soin loiil ce ipie la j»révention ou la haine avoit pu imagiuei' poui calomnier les motifs do Bossuet. Le jugement du Papti n'étoit pas encore prononcé , mais il alloit
1 \\,yL Us Pinvxjiisf,lirali,rs,Ui Wmv IihIm.. n. in.
i l'niris-verbal di; 1700. — ' Vi.\P7 l<'s l^h-n-s jiislijlcn-
<»r,"i ilii livre Iroisiénii', ii. \. — '• Corrcsp ilc t'ineturi . t. X, y. "il.— '••Viid. p. ."i-i. — •■• V(iy.'/ , >ur i m liail(\ I.'» Piti-L'i juMiJUiith-ts (lu iinv luiisKMiic, u. M.
l'être; et Jurieu se llatloit que Fénelon refuseroit dy souscrire; à peine mettoit-il la dernière main à Non ouvrage , qu'il apprit la généreuse soumission de l'archevêque de Cambrai. Dans l'excès de son dépit , le ministre Jurieu se déchaîna contre . Fénelon , avec le même emportement qu'il l'avoit A fait contre Bossuet. 7
La censure amèrt; d'un ministre protestant , qui ne soupiroit que la ruine de l'Eglise romaine, étoit U- plus bel éloge d'un évêque tel que Fénelon.
Ce n'est pas sans raison que le chancelier d'Aguesseau , en rendanl compte dans ses mémoires de la conclusion de l'aflaire du quictisme, a dit » : « Que la soumission de l'archevêque de Cambrai » est un exemple peut-être unique dans l'Eglise, 'X « d'une querelle de doctrine terminée sans re- ■ » tour pai- un seul jugement qu'on n'a cherche * » depuis , ni à faire rétracter ni à éluder par des » distinctions. La gloire en est due , ajoute ce » grand magistrat , à la sagesse et à la supério- « rite du génie de l'archevêque de Cambrai , qui » comprit tout d'un coup que le trop grand désir )) de se justifiei- nuit souvent plus qu'il ne sert; » et que , de toutes les manières d'effacer les torts » qu'on nous impute , la plus sûre et la plus ef- » ficace est de les laisser oublier et se perdre , » pour ainsi dir(! , dans le silence ; outre que l'ex- » périence qu'il avoit faite des jugemens des » hommes dans le cours de la dispute, auroit dû » lui faire sentir qu'il seroit toujours condamné « par plus des trois quarts dont il ne seroit pas » entendu. Il se contenta donc de protester en un >) seul mot, eu faveur de l'innocence de son cœur » et de la droiture de ses intentions dans la lettre I) qu'il écrivit au Pape, et il a gardé depuis un >) silence absolu sur sa condamnation , si ce n'est » pour déclarer encore qu'il y acquiesçoit. »
On ne nous soupçonnera certainement pas de vouloir affoiblir le mérite de la soumission de Fénelon, et l'heureuse influence qu'elle eut pour assurer la paix et la tranquillité de l'Eglise. Mais nous dirons (jue c'est surtout dans de pareilles circonstances que l'on doit observer l'admirable constituliou de l'Eglise catholique. Son divin fondateur, en lui donnant un centre invariable d'unité , a voulu qu'elle montrât sans cesse à toute la terie un chef visible, uu juge supérieur pour veiller à la stabilité de cet éditlce spirituel , en calmant par sa sagesse les tempêtes que les passions des hommes soulèvent contre la religion, et en extirpant les erreurs et- les nouveautés que resi)rit inipiietef malade des humains se plaît si soin eut à enfanter. C'est dans cette hiérarchie sacrée , formée par la i)arfaite union des pi-emiers [lasleurs avec le chef visible que Jésus-Christ a placé à leur tête, (^ c'est là , dit Bossuet, que con- » siste le sfiliil et le soutien de l'Eglise et de la « calholicilé. .)
A la suite de cetli' maxime si juste et si jirolonde de Bossuet , nous rapporterons une réflexion bien remarquable de Fénelon , au sujet de rinlaillibililé des jugemens de l'Eglise, réflexion (|ui peut recevoir une application particulière au jugement qui le condamna lui-même, quoicju'il n'eu ail fait usage que dans une cause qui lui etoit
F.IVUE TROISIEME.
rntièrcinent étrangère. « Dieu vfillc lotijoum , » dit Fénelon ' , afin qu'aucun motif conuinpu )) H entraitic jamais conire la venté ceux qui en )) sont Ira (Iriiositaires. Il peut y acoii dans le » cours (l'un cdonicn certains viuuvi'mms irrr- » iiuliers. Mais Dieu en sait tirer ce qu'il lui plait ; » il les amené à sa fin , et la ctincUision inuniisc » oient inf'aillil'te)iient au pnini jjrecis qu'il a. » marque. »
C'est parce que toutes les sectes, séparées de rEgiise romaine , manquent de ce centre d'unité , de ce principe d'ordre et d'autoi'ité pour régler les symboles de la crovance commune et la forme d'une discipline régulière , qu'elles finissent presque toujours par tomber dans rinditVérenoe de toutes les religions , lorsque le temps et les événemcns ont laissé refioidir la chaleur et l'esprit de contention qui lein- avoient donné naissance '.
LXXXVIU.
» l'autre de ses docteurs : elle peut donc, selon les » dillérentes circonstances , sans condamner la X doctrine des saints , rejetei- les evpiessioïis fau- » lives dont on abuse. »
Nous vovons , par plusieurs de ses lettres, qu'il éloil sans cesse occupé à réprimer le zèle indiscret de (pielques écrivains trop officieux. 11 mandoil à 1 uti d'eux ' : » Je ne puis consentir ') qu'on excuse même indirectement mon lure... n Au nom de Dieu , ne parlez de moi qu'à Dieu » seul , et laissez les honmies en jugoi- comme ils i> le voudront. Poui' moi , je ne cherche que le » silence et la paix, après m'ètre soumis sans ré- X serve. * »
Réflexions générales sur les résultais de la controverse du quiétifuie. — Mort de Bossuet , de madame Guyon , de l'abbé de Clianterac.
Sincérité do la soumission de Fénelon.
Non - seulement la soumission de Fénelon ne fut ni un trait de politique ni un silence respectueux ^ , « mais un acte intérieur d'obéissance r, rendu à Dieu seul : selon les principes catho- » liqucs, ajoutoit Fénelon , j'ai regardé le juge- " ment de mes supérieurs comme un écho de la » volonté suprême ; je ne me suis point arrêté » aux passions, aïK préjugés, aux disputes qui » précédèrent ma condamnation ; j'entendis Dieu » me parler, comme à .lob , du milieu de ce lour- )) hillon, et me dire : Qui est criai qui mole des « srnLenc''s avec îles discours inronsidcres'.'' Et je » lui répondis du fond de mon cœur : Puisque » j'ai parlé indiscrètement , je nai qu'à mi'tfre » ma main sur ma bouche et me taire, .l'ai ac- » cepté ma condamnation dans toute son éW.n- ') due. 11 est viai que les propositions et les cx- » pressions dont je m'élois servi, et d'autres bien T) plus fortes, avec bien moins de correctifs, se » trou^ ent dans les auteurs canonisés ; mais elles » n'étoient point propres pour un ouvrage dog- » matiqne ; il a a une différence de style qui con- » vient aux matières et aux personnes diflérenles. » Il y a un style du cœur et un antre île l'esprit ; « un langage de sentiment et un autre de laison- M nement. L'Eglise, avec une sagesse infinie, per- » met l'un à ses enfans simples ; mai-; elle exige
' iDslr. pasi. ilu 2 ninrs 1 70,'), eh . t ♦ . arl. i. Œurri'x de Pni. 1. 11.1, p. 10. — -Onpuulliri^dansHorniusUi longue l'nunn^ralioii dos sccles sorties ilululluTanisiiieel (lu c!ilviiiisnio:rauliur n'est pas suspect, il étoii prcitestiinl. Inulilenieul Calvin sévit avec une rigueur eilVayanle ronlie les apôtres et les disciples du sociiiianisnie ; il leur avoil appris lui-même à iifi s'urrcirr nia Vantorilé de rKtflisi-, ni à celle de lu tradition II nif pouvoil se (lissiuiulerquc les principes (ju'il avuit prnelautes et re\eniple qu'il avoil (luiine, conduisoieul au soeinianisnie p.ir une pente naturelle et des ronséquenees ueeessaiies. S'il sui>il l'impulsiiin violente de sou caractère dans les mesures rii^iiureuscs qu'il provoqua i-milre Servel.ou peut croire aussi qu'une inquiète prevov.mrc le porta a effr.iyer par la terreur tous ceux qui seroieni disposés à renverser lu foible barrière qui stipare le calvinisme du socinianisme. On a vu ensuite comment du socinianisme on arrivoil rapidement a l'iudiffcrenee de tontes les leligions. — ^ C'est ee que Feneluii luimême ;i dit a M. de n;imsav.
En finissant cette aflligeante histoire des démêlés de deux grands hommes , il seroit consolant pour nous d'avoir ta rapporter qu'ils revinj'ent aux sentimens de confiance et d'amitié qui les avoient unis si long-temps ; mais si nos manuscrits ne nous olVrent aucun térnoignagne à ce sujet , nous y trouvons au moins des preuves certaines de l'estime et du respect ([u'ils conservèrent toujours l'un pour l'autre. M. de Ramsay , qui a \éc\i plusieurs années dans la société intime de Fénelon, atteste qu'il l'a souvent entendu parler du génie sublime et des ouvrages immortels de Bossuel , a\ec le même sentiment d'admiration que ses contemporains ont transmis à la postérité. L'n jour même qu'on parut craindre de nommer Bossuet devant l'archevêque de Cambrai , il fut olVensé de celte réserve injurieuse pour luiluème. « Quelle idée peut-on avoir de moi, dil- ). il avec émotion , si l'on craint de prononcer, T) en ma présence , le nom d'un homme dont le » génie et les vastes connoissances honoreront à )) jamais son siècle, son pays, le clergé et la re- •» ligion. >
Nous ne pouvons également douter que Bossuet n'ait sensiblement regretté d'avoir perdu un ami tel que Fénelon Nous trouvons dans un manuscrit do madame de la Maisonfort , quebjiies lignes bien précieuses qui attestent la sincérité d'un sentiment également honorable pour l'un et poni Tnutre. C'est madame delà Maisonfort, lanciciine amie de F(Mielon , qui lui transmet ce>< dé- .. lail> touclians après la mort de Bossuet. * Ouel- » que temps après le jugement du Pape, .M. de » Meaii\ me paroissoit encore touché. Monseigneur, » de ce (jue vous lui aviez renvoyé son livre des >) Etats il'Oraison sans lui en dire votre senti- )) ment. M. de Cambrai , me dit-il un jour avec » émotion, it'avoit *iu'à m'indiqner seulement ce
» i jniU"! ICt>'.i. r.o/v.s/) fir l'éiieluii , I x, p. 30. — ■' Vo^e/, les PiiTex jimtijicalires du livre troisième, n. xi\.
— Sur l'Ostensoir d'or donne par Fénelon à l'église niélropolilaine de Cambrai, il faut lire la £)/sser/a«(0H qui se trouve dans VHixtnirc lilterair» de Fénelon et ou ce fuit est établi sur les preuves Us pluk convaincantes. {!\'otc des Fdilfurf.)
— -^ Minuirrit de iniidfime Je la MiisonfnrI.
HISTOIRE PE FÉNELON
^ <]u"il improuvoit dans cet ouvrage : jy aurois • volontiers changé plusieujs choses pom- avoir >' Tapprobation d'un homme comme hii. H étoit ■» de l'avis du public sur votre esprit; ii me dit >' un jour : C'est la grande mode de trouver beau- ■ coup d'espril à .M. de Cambrai; on a raison; il « brille d'espril ; il est tout esprit ; il en a bien 'j plus que moi. ■)
Mais une cijconstance encore plus intéressante que madame de la Maisonfort nous fait connoitre, 'luoique d'une manière assez obscuie , c'est la démarciie (jue fit Bossuet de son propre mouvemet , pou r se rapprocher de Féuelon ' . « Je de- " mandois sou\ent à Dieu , écrit madame de la >' Maisonfort ., qu'il vous réunît avant la mort : » le voyage que M. l'abbé de Saint-André ' /?/ en i> Flandre ^ à la prière de M. de Meaux , marque 1) le désir sincère quil avait de celteréconciliation ; " et les contre-temjjs qui empêchèrent le succès , ■» que mes prières ne méritvient pas d'être c.raucées. ^ »
Tout ce qui revenoit à Bossuet de la conduite de Fénelon , depuis qu'il avoit condamné luimême son livre , de la sagesse édifiante avec laquelle il gouvernoit son vaste diocèse ; de la tendre affection que lui montroient les heureux habitans de la Flandre ; les éloges unanimes que les généraux et les officiers faisoient de l'archevêque de Cambrai , en re> enant de l'armée ; l'espèce d'enîiiousiasme général qu'excitoit alors le Tclémaque^ quoique cet ouvrage fût peu du goût de Bossuet ; enfin, pour se servir des expressions de Bossuet lui-même, en parlant du grand Coudé, ce je ne sais qi'ui d'uchrcé (jup le malheur ajoute à la ceriu •i , tout contribuoit à lui faire regretter d'avoir perdu un ami si digne d'être , après lui, l'oracle el le modérateur de l'Eglise de France.
C'éfoit d'ailleurs \ei'S cette époque que Bossuet vcnoit d'éprouver, de la part de Louis X!V, un j-efus qui lui avoit été e.xtiêmement sensibli'. Son âge axancé et de cruelles infirmités lui inspirèrent la pensée de demander au Roi l'abbé Bossuet, son neveu, pour son coadjuteur. 11 présenta à ce prince un mémoiie , où il faisoil le tableau le plus touchant des douleurs et des souffrances (jui l'empêchoient de veiller aux besoins de son niocèse avec son zèle accoutumé. .Nous n'appiofoiidiions pas les motifs qui ne permirent
fias à Louis MV d'accorder, à un évêque pour cquel il avoit tant d'eslimo et de respect, une gract; qui ne sembloit être que la juste récotnnense de ses glorieux tia\ aux pour l'Églis.^ et pour l'Etat. Non-seulement Louis .XIV se refusa tonjours à nommei' raliju' Bossuet coadjuteur de Meaux , mais il paroil qu'il l'avoit iri-é\ocab!emcnt exclus de l'épiscopat. Ce ne fut que sous la régence, en 1717, qu'il dut à la faveui' du cardinal de Noailles, sa nomination à l'évêclK* de Troyes , à l'âge de S'j ans.
Bossue! mourut , le 12 avril 17(U, âgé de 77 ans. ' On i-é'pandnit le biiiit (pic Fi'nelon lui avoit
' Maniisciil (le iK.i.hiiiic ik li» Maisoiiforl. — ' Grniid-vicaii'c (le coiiliancc de IJossuct. — ^ Voyt)!, sur ce voyiigo rie l'abbc (le Sailli-André, ruisloire d(^ IIospucI , liv. mi. — * Ornisoii fuiicbii! du grand Cnndi^ — '' On trouveia aux Pièces j a si iji cal ires (Ui livre Irnisiciiii' , n. \ni , la rdalifjn
fait un service solennel , et prononcé lui-même son oraison funèbre. On prétendoit de même que Fénelon avoit déclaré, dans cette oraison funèbre qu'il avoit obligation à Bossuet de l'avoir tiré du l'erreur. LepèreLami, savant religieux bénédictin , s'adressa dii-ectement à l'archevêque de Cambrai , pour savoii- jusqu'à quel point ces bruits pouvoient être fondés. Fénelon lui répondit ' « 11 » est vrai , mon révérend Père . que j'ai prié Dieu » de bon cœur pour feu M. de Meaux; mais je n'ai » jamais songé à ordonner pour lui des prières " dans mon diocèse ; ce n'est point un usage >' établi entre les évêques , et vous savez que je » n'aime point l'affectation des choses extraordi- » naires : j'ai encore moins pensé à faire une " oraison l^unèbi-e de ce prélat. Pour le dis- » cours qu'on m'impute , je ne pourrois l'avoir " fait que contre ma conscience : jamais homme » n'eut dans le cœur une soumission et une do- » cilité plus sincères poui- le saint Siège ; mais " j'ai tout dit dans le procès-verbal de notre as- " semblée provinciale. Ceux qui ont tant d'em- >' pressement à répandre cette fable et à la sou- » tenir dans le public , ont leurs raisons pour le " faire ; je ne sais si leurs intentions sont droites " devant Dieu, o
Madame Guyon resta enfermée à la Bastille encore plus d'un an, après que Bossuet lui-même eut déclaré son innocence devant une assemblée du clergé (en 1700); elle fut ensuite exilée dans une teire de sa fille ' , après une captivité de sept ans. On lui permit enfin de se retirer à Blois ; elle y passa le reste de sa vie dans le silence , la letraite , l'exercice de toutes les œuvres de piété et de chaiité , sans laisser échapper la plus foiblc plainte des persécutions qu'elle avoit essuyées, ni le plus léger leproche contre ceux qui en avoient été les auteurs ou les instruments : elle s'étoit imposé la l'éserve la plus absolue sur toutes les matières de spirituafité qui lui avoient attiré tant de mai! leurs. On put regretter de n'avoir pas suivi , des l'origine , le plan que Fénelon avoit proposé . d(! la reléguer dans (pielque couvent éloigné , où elle auroit vécu tranquille et ignorée. Madame Guyon mourut à Blois, le 9 juin 1717, âgée de 79 ans. Au moment de mourir elle fit un testament . h la tète duquel elle inscrivit sa profession de foi , qui atteste la sincéi'ité de ses semimens en matière de religion et l'innocence de ses mœurs , malgié toutes les calomnies dont elle avoit été la victime.
Il nous reste peu de choses h dire du vertueux abbé do Chanterac. Ce tîdèle ami de Fénelon , associé aux soins de son administration , dépositaire do tous les sentimens de son cœur, témoin habituel de ses œuvres de piété et de ses ti'avaux dans l'exercice de ses fonctions apostolii|ues, partagea , avec Labbi' de Langeron , toute la confiance d'unann, d'un parent, d'un prélat qu'il vénéroit avec toute la piété que les prêti-es de la
d'un voyniie i[ue raidx' Ledieu , bftrclairc de Bossuet, lit ï Cambrai tinq mois après la mort de Tîossuet.
* Le v:t aoùl I70i. Corresp. de Fénelon , I. vu, p. 591. — * Marie-J«'miiie Guyoïi avoit (?pous(i en première noces Louis- Nicolas Kouquel. comte de Vaux, fils du sui iiit(M)dniit Fouquct ; elle se maria en secondes noces, le Mt fihiici- 1719,. «vw Maxiiiiilien-Heiiri de Béllmne, duc- d«' Sully.
UVKK inOISIKME.
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prirniHvc Eglise avoient pour leur évcquc. Les fragiiHMis de ses lettres que nous a\ons rapporti'cs ' , peuvent donner une idée de ses vertu-; douces, paisil)li-s et modestes. Nous avons eilé un ti-ait renianiuable de son ilésintéressenienl ". Avec un pareil earaetèro, Tabbé de (dwniterae devoit attacher peu de prix aux grâces et aux dii;iiilés Huxciuelles sa naissance et ses talens sembloicnt l'appeler. 11 niouiut en ITirJ, peu de temps après Fénelon. A cette occasion, nous consacrerons, dans le livie VIII, quelques ligites à Fabbé de fdianleiac.
11 étoit impossible d'éciire Thisloire de l'eneloa, sans faire connoitre tous les détails d'une controverse qui a eu tant d'influence sur sa vie entière. Nous avons pensé que Thistoirc ne doit être ni une satire, ni mi panégyrique; nous nous sommes bornés à exposer des laits publics, constans et généralement avoués. Nous les avons appuyés sui- les lémoiguages les plus authentiques et les moins suspects de partialité.
Il en résulte sans doute «pie ni IJossuet ni Fénelon ne furent tout-à-fait exempts de reproche. On regrette que Fénelon n'ait pas, dans l'origine, fait céder un sentiment exagéré de délicatesse à la paix de l'Eglise, et à l'opinion de ceux doses collègues qu'il aimoit et qu'il respectoit le plus. On voit avec peine Rossuet mêler des faits et des accusations personnelles à une conli'oversc doctrinale, qui auioit dû rester renfermée dans les bornes d'une discussion dogmati(iue. Mais doiton s'étonner que des hnniiiirs aient des défauts /jwmamsl' L'homme le plus vertueux est celui qui a le moins d'imperfections; l'honnue le plus fort, celui qui a le moins de foiblesse. La laison et la religion exeiroienl un empire souverain sur Tanie de Bossuet ; et la sévérité naturelle de son caractère le i-endoit peu susceptible de ces égards et de ces ménagemens, qu'il regardoil peut-ètie connue une foiblesse, lorsque les intéièts de la religion lui paroissoient compromis.
Mais combien la réunion des vei'tus les plus i-ares , l'élévation de caractère , la pureté des motifs, la supériorité de génie et de talens jettent d'éclat sin- le tableau de ce grand combat entre de tels hommes , et font disparoitre les ombres légères qui viennent se mêler aux rayons de leur gloire. L'Eglise , la France , l'Europe entière furent témoins de toutes les circonstances de cette mémorable conti'overse. Tous les contemporains de Bossuet et <le Fénelon ax oient lu les écrits si véhémens qu'ils publièrent dans la chaleur de leurs contentions. C'est cependant par le témoignage de leur siècle tout entier, que la gloire de Rossuet et de Fénelon est ariivée jusqu'à nous.
L'histoire de la controverse du quiétisme laisse fous les personnages qui y jouent un rôle avec le même caractère de grandeur que leur siècle et la postérité leur ont imprimé.
Fénelon, séduit pai- sa vertu, ne voit dans Dieu (|ue Dieu lui-même, et porte jusqu'à l'excès l'amour pur et désintéressé. Trop confiant en la pureté de son cu'ur, il ne croit pas se tromper, parce qu'il ne veut pas tromper. 11 rectifie dans ses défenses ce que le livre des Maximes des Saints peut ofl'rir
' Livres n el m. — '■' Pjgs "^•
d'inexact ou d'équivoque; il étoime l'Europe en lièii'. par la force, l'éloquence , la clarté, le courage, el surtout la candem' de ses nobles a|)ologics. Ro-suet sétoniie lui-uiêine d'avoir trouvé pour la première lois lui adveisaire digne de lutter contre lui. .lamais le S. Siège n'eut à pronmicer entre de tels liiimnies, entre de tels éxêqiies. .jamais on ne vil tant de M-iIns, de génie et de talens eu action el en oi)p()sili(iu. liossuet paroil devant cet auguste tribunal, eiiviromié de tous les souvenirs de cinqiiaide ans de L'Ioire, de travaux et de triomphes; mais il se coulie encore plus en la force de la vérit(', dont il fui toujours le plus intrépide défenseur. Fénelon a pour lui la renonnuée de ses vertus, les ressources de son génie, la conscience de la pureté de ses intentions. Toute l'Eglise attend en silence le jugement du premier Pontife. Fénelon est condanmé; Fénelon se soumet; sa gloij'e et sa \erfii i-estenl tout entières. Bossuet conserve loujoinssa place; il est toujours l'oracle de l'Eglise gallicane.
Louis XIV se montie tel ipi'il doit être. Il sait qu'il n'est point juge de la doefj'ine ; mais il doit \eillei' à ce qu'elle n'éprouve aucune atteinte. Il nedicle point à l'Eglise une décision, mais il demande qu'elle soit claire et piécise , pour prévenir les combats d'opinion ipii pourroient troubler la tranquillité de son roxaume. S'il s'afflige des lenteurs de la cour de Rome , s'il léclameavec fermeté un jugement qui puisse metti-e un ter-mc à l'agitation des esprits, s'il annonce même la détei-mination de suppléer' au silence du chef de l'Eglise , en faisant parler l'Eglise gallicane toute entière, il ne fait qire remplir les fonctions d'ftLt'qi^o extérieur ' ; il fait ci- «pi'ont toujours fait les empereur-s les plirs religieux el les plus soumis à l'Eghse. Aussitôt cpie l'Eglise a pr-ononcé, Louis XIV fait exécutei'son jrrgenreni avec l'appareil de toutes les formes pj-escr'ites par- les lois carroni<pies el les uraximes drr royaume.
Si de ces considéi'ations pei'sonnelles on s'élève à des vrres d'un iulérêt plus général et plus important , on rrconnortr'a que la controverse du quiétisnip , qui a pu inquiéter et affliger pendant un court intervalle les amis rie la religion et de FEglise, est deverme par ses lésultals un sujet de ti'iomphe el de consolation pour' l'Eglise ellemême; et norrs dirons encor-e avec lé chancelier d'Agriessearr " , » qne la vérité rr'a jamais i-em- » por"té une victoire si célehie , ni si complète sur » l'erreur ; (pi'arrcune voix discor-dante n'a trou- » blé ce saint concer-t , cette heureuse har-nrome » de l'Eglise.... '' ; que la soumission del'arche- » vêqire de Cambr-ait frrl un exemple, peut-être » unique dairs l'Eglise , d'rme querelle de doctrine " terminée sans retour' pai' im seul jugement , 1) qu'on n'a cherché depuis rri à faii'e rétracter ni » à éluder- par- des distinctions, et (pie la gloire en '; est due à Fê>ei.on. »
Ou'on rre s'afflige donc pas d'avoir vu reproduire l'histoire d'une contr-ovei'se qui a laissé des souvenii's si honor-ables et des résultats si heureux. Si janrais (ce qu'à Dieir ne plaise) , l'Eglise éprouve
• Voyez, niisluire de Bossuel au sujet du Mémoire de l.'iids \ll . au Pape. — - Réquisitoire de 1699. — 8 Méiiioirws du (-hauielier d'Aguesseau.
HISTOIRE DE FÉNELON
le malheur de voir renaître des divisions parmi ses premiers pasteurs, sur des points de doctrine, souhaitons de n'y voir jamais en action , ou même en opposition , qu'un évèque aussi vertueux que Fénelon , un digne successeur des Pèi-es de TEglise tel que Bossuet, et un roi aussi éminemment roi que Louis XIV ; la rehgion , l'Eglise et l'Etat seront toujours en sûreté et en horuieur.