SES ÉCRITS. SA CORRESPONDANCE
Dispositions de la Cour envers Fénelon.
Fé.nklo.n avoit été condamné : Fénelon s'étoit soumis ; l'Eglise avoit applaudi ; l'Europe avoit admiré; la vérité avoit triomphé dans le jugement du Pape, et la vertu dans l'obéissance de Fénelon.
Dans l'espèce d'enthousiasme général qu'excita cet heureux dénouement d'une controverse trop vive et trop animée entre les deux plus grands évéques de l'Eghse de France , peut-être se livjat-on trop facilement à l'espérance de voir Fénelon rendu à la cour, à ses fonctions , à son ancienne faveur. Cette illusion pouvoit être celle d"un grand nombre de personnes portées à juger par sentiment et par cet amour vague de tout ce qui paroit juste, noble et généreux; mais elle ne pouvoit être partagée par ceux qui a\ oient une connoissance plus approfondie de la coui", des passions et des intérêts qui y dominoienl.
Nous l'avons déjà dit : Louis XIV avoit plutôt de l'éloignement que du goût pour Fénelon ; il pouvoit être satisfait de sa soumission , sans comprendre qu'elle pût exiger de grands ellorts et de grands sacritices. (ie prince avoit une conviction si pjofonde de l'obéissance due aux jugcmens de l'Eghse en matière de doctrine, qu'il auroit été aussi étonné (jue révolté de la résistance de Fénelon ; sa docihté n'étoit à ses yeux qu'un simple devoii- et un acte de justice; elle ne pou\oit même elfaceientièrement , dans l'espiit d'un prince si délicat sur la religion , h; tort ou le malheur d'avoir professé une doctrine flétrie pai' un jugement solennel.
Madame de Mainlenon étoit plus capable d'apprécier le méiite de la conduite et des sacrifices de Fénelon dans un génie si difficile; mais elle lui avoit fait trop de mal , elle avoit trop oirensé l'amitié pour se paidonner à elle-même les loris où sa foiblesse l'avoil entraînée. Fénelon auroit jtu oublier qu'elle avoit manqué à la délicatesse ; elle ne pouvoit l'oublier elle-même; et elle ne put consentir à revoir un ancien ami , dont les regards ou le silence auioient accusé son caiaclcre ou son cœur.
Bossuet ne pouvoit se dissimuler que sa Relation sur le Quiétisnw auroit pu compromettre la lépufation de Fénelon dans les points les plus graves, si la réputation de Fénelon avoit pu jamais être compromise dans un pareil genre. La religion et le temps pouvoient seuls guérir les plaies d'un cœur si profondément blessé.
Le cardinal de Noailles savoit que Fénelon étoit en droit de lui reprocher ses variations , et il lui étoit moins facile de les expliquer que d'éviter une explication. Il échappoit à la difficulté de justifier ses procédés , en tenant toujours Fénelon éloigné de Veisailles et de Paiis. D'ailleurs, sa famille redoutoit pour lui , auprès de madame de Maintenon , un homme tel que l'archevêque de Cambrai : cependant il auroit été assez porté à se rapprocher de Fénelon , si Fénelon eût paru faire les premieis pas ; il employa même , pour y parvenir, un moyen trop peu digne de son caractère, et plus propre à indisposer ^arche^ êque de Cambrai qu'à le ramenei- '. « Il voulut in-^inuer à Fénelon que » la nécessité seule l'avoit , malgré son penchant M naturel , léduit à se déclarer contre lui : il s'étoit » même flatté que l'espoir de i-ecouvrer ses hon- » neurs et son ancienne faveur l'inviteroit à re- 1) courir à son appui et à solliciter, pour ainsi dire, » son indulgence ; enfin , il voulut le lasser par .. ces petites contradictions de détail, souvent plus » pénibles et plus fatigantes qu'une persécution » éclatante. Fénelon avoit fait élever à ses frais , » pendant tout le cours de ses études théologiques, » un ecclésiastique de Paris qu'il se proposoit de )) placer à la tête du séminaire de Cambrai : le » cardinal de Noailles i-efusa à cet ecclésiastique » l'autorisation nécessaire pour se consacrer au » diocèse de Cambrai ; il a^ oit cru , par celte me- » sure assez peu usitée entre des prélats de ce « l'ang, obliger Fénelon à lui écrire le premier » poui' lui demander l'agrément qu'il avoit refusé ; n mais Fénelon aima mieux se priver des utiles» » services qu'il a voit attendus de cet ecclésiastique, " que de faire une démarche qui lui paroissoit en- » core moins convenable par la forme même qu'on 1 employoit. »
De tous les adversaires de Fénelon , l'évêque de Chartres étoit peut-être celui qui auroit vu avec le moins de peine son retour à la cour : il n'avoit ni l'ambition de la gloire, ni celle des honneurs et des places. Sévèrement attaché à tous ses de-
' Nous pininiiiitous ces détail;, d'uno Ullrc laliiie ilc 1702, qui nous pamU t^lr,- de l'abbé rto Cliiiiiturac au cardinal Gabriflli. !( Si'd ([uô l'Ius innorouli pI affti"to nulisliti laus oni- » iiiuiii bdiiorum iiii|i('n(îi(ur, vb plus exliiiiulalur adversa- » riiiruiii inili0natiii. Nuu( vfiè couimlur ipsuni , rnodô tôt )) icruiiMiis fcssuiii iid îc trahm-, iiioilô inaiii quâdain pacis » cl liiinoris spe hiitaru, ut |iers(>!'il4 illorum beiiigiiitale j) omnibus peisuusuni sit oos non nisi c\ uifîculi iicressitate » aspiMius rgissi". Prfftrrca voilent ut ipsf aiilislis taudem )) aliqu^indô. iiuasi lesipisf eus . poruin palrociiiiuiii et auli- » cuiii raviireiu captarc viderelur. Hinc D. raid. Noallius » non ità pridoni donegavil abscedfudi lici nliam cuidani » iloctori Surboniru. quoni arciiicpisinpus nnster iCauiera n ii'iiiis; suis siiniplibus, piT lotuni ^ludioiuni runiculuin » ju S.nbona' cxerciliis l'oveial , et in reRendo clericoruin n scniinniio adjulnreni accirc voluil. Olialur autem Parisiis » d(r(ior ille , (|ui Cameiaci pernecessurius csset. Id aulcin, » ev iudusirift faclum putant , sciliccl ut archiprœsul negan tum doctiiri c\iluni a domino cardinali pelere roperelur. » C^inrsji, (Je l'énfloii , I. Vll.f. -iSi.