‹ Œuvres complètes de Fénelon, archeveque de Cambrai. Précédées de son histoire littéraire (volume 2)Chapitre 275 sur 422 · I.IMIK OLATRIEME · texte numérisé non relu

I.IMIK OLATRIEME

sui' toutes les .ifluiiTs ^ôncralo-^ ou paiticiilièits , et jamais il u'n est quesiion du Téléntu<iut\ .Nou> a\ons rappoito le fia^uient d luif de ses lettit-s à M. de (.lievreuse, de 1701 , où il en est dit un mot , et ce mot ne nous apprend lien sur répocjue à laijuelle il coiiunenea à soeeiipei- de la composition de cet ouMUfie.

Nous a\ons dans nos manuscrits le Commencomerit d'une lettre latine de Tahlu' de Glianleiac au cardinal (liihrielli, écrite sous les yi-ux de Fénelon, et peul-ètie sous sa dictéi'. Celle lettre auioil \m nous donner île L^iaïuies luiiiières au sujet du TcléniiKftw; mais los rranmens qu'on en a couseivcs finissent piéciséinenl au moment où l'on auroit pu comioiiie exactement l'histoiie de cet ouvrage, et en qmd temps il l'écrivit.

Après avoir parie en délaU de ce qui s'étoit passé à un vi(yai:e que M. le duc de. t'.ouri^ogue avoit fait à Càinhrai en 17()-J ', h il me reste, » écrit l'ahhé de Clumterac, à parler en pende » mots, à Voire hlminenoe, ilu Tfh-incKiue. Notre » prélat avoit aniiefois comp<»sé cet i>uvrage en » suivant à peu près le même plan ([u'Homère » dans son Iliade et son Odyssée , ou Virgile dans » son Enéide. Ce livre pourroit être regardé » comme un poème; il \\) manque (jue le rhv- » thme. L'auteur avtwt voulu lui donner le charme u et l'Iiarmoaie du style poétique, pour gravei- » plus piofondément dans lespril du jeime prince, » son élève , les leçons les plus pures et les plus » gra\es de Part de régner, en llattanl son oreille. » A Dieu ne plaise qu'on puisse le soupçonner » d'avoir voulu écrire une satire sous la forme » d'un poème.... » (l,e reste manque.)

l'n mémoire écrit de la main de Fénelon lui-même nous ofire des détails encore plus précieux an sujet du Téléinaijiie. Ce mémoire paroit avoir été écrit en 1710, dans un temps où les amis qu'il avoit encore à la cour se tlattoient de pouvoir l'y faire rappeler. Us se persuadoient que la mort de Bossuet , celle de l'évèque de Charlies , et la décadence de la faveur du cardinal de Noailles, avoient écarté les plus grands ob.stacles à son retour. On doit s'étonner qu'ils ne soupçonnassent pas (jue la plus forte opposition viendroit de madame de Maintenon , toujours toute-puissante auprès du Roi ; mais Fénelon dans ce mémoire conjure instamment ses amis de s'épargner des soins inutiles et des tentatives indiscrètes (jui ne pomroient que les compromettie. « Pour moi, écrivoit Fénelon ', je n'ai aucun he- » soin ni désir de changer ma situation. Je com - » mence à être vieux et je suis infirme; il ne faut » point qui' mes amis se conunettent jamais ni » lassent aucun pas douteux pour mon compte. » Je n'ai jamais cherché la cour ; on m'y a fail » aller. J'y ai demeuré pendant près de dix ans " sans m'îngérer , sans laire un seul pas pour » moi , sans demander la moindre grâce , sans

' Adlim iupi'iMiiil |iaiii:i .If Ifii-lliiulio ilieeinla. Hoc upiis iiilisips instar |li:iili>i jiil Odyssi-.p mil .Eiifidos olim stripseral . ila ui pnpinali iiihil praMor iiiolruni deessi; viilcrcliir. Id miU'iii veluli i-Himoti lii>.> r.il ut rofjii pu. -ri auris (i.•lllulcl>ll^, sensiiii inilillan.'l piiiissiina il j;ia\issiiiKi lir ailiiiiuisliatione rogiii prik'ci'pla. .Alisit vorft ui ponnatis >ipoiii'i satyrain scri-,

bfro vuliU'i'il ('(irn:^iJ. Je l\tielon , l. m;, p. 'tVS. —

* Correfjj. de Ft/ielon , I. vii, p. Stii.

» me mêler d'ûncunc afiaire, et me bornant à » répondre selon ma conscience sur les choses " dotit t»n me parloil. Ou m'a renvoyé; c'est à >• moi à demeurer en paix dans ma place. Je ne '> doute point (|ti'otitre l'alVaire de mon livre con- » daimii-, on n'ait employé contre moi dans l'cs- )' prit «lu Uoi la pcdifiqt'ie dti Telémaque, mais )) je «lois soiiIVrir et me laire. I>'un côté. Dieu " m'est lémoin »|ue je n'ai écrit le livre condamné » «lue |)our rejeltif les erretirs et les illusions du '1 «luiétistne. » Fénelon entre ensuite dans qtiel- «[ues det.iils au Mijel de son livre des Maximes de^ Sanil.s ; mais nous a\oiis déjà éptiisé i;elte matière dans la |taili«î du quiétisme , et il continue r » Pour Telé.naque , c est ime narration fabuleuse " en fortne «le poème héioïcjtu- , comme ceux » dliomère et de Virgile, où j'ai mis les princi- » pali's actions «pii coti\ieimenl à un prince que " sa naissance «.lestine à régner. Je l'ai fait daîii> » un temps un j'cUds chniiiié des inaxjiies de con- •> fance et de boulé dont le lioi me combloit ; il » uni oit fallu que j'eusse été non-sexdemenl l'hornine » le jjliis impat , mais encore le plus itisensé , povr » y i-indoir faire des portraits saltri'ittes et iunu- » lens -.j'ai horreur de la seule pensée d'un tel des- » sein. 11 est vrai que j'ai nus dans ces aventures » lûiUes les vérités nécessau'es poui' le gouverne- » ment , et tous les défauts qu'on peut avoir dans » la puissance souveraine ; mais je n'en ai marqué ■» aucun ai)ce une affectation qui tende à aucun » portrait ni caractère. Plus on lira cet ouvrage ^ » plus on verra que j'ai tonlu dire fout sans pein- » dre personne rie suite ; c'est même une naira- » tion faite à la hâte, à morceaux détachés, et » par diverses reprises : ?/ y auroit beaucoup à » corriger ; de plus , l'imprimé n'est pas conforme n à mon original. J'ai mieux aimé le laisser pu- » roitre. informe et défiguré , que de le donner tel » que je l'ai fait. Je n'ai jamais songé qu'à amuser )j M. le duc de Bourgogne et à l'instruire en l'aw musant, sans voidoir jamais donner cet ouvrage » au public. Tout le monde sait qu'il ne m'a >. échappé que par Finfidélité d'un copiste ; enfin, » tous les meilleurs serviteurs du Roi qui me con- » noissent, sa eut quels sont mes principes d'hon- M neur et de religion sur le Roi , sur l'Etat et sur » la patrie ; ils savent quelle est ma reconnois- >, sance vive et tendre pour les bienfaits dont le » Roi m'a comblé ; d'autres peuvent facilement » être plus capables que moi ; mais peisonne n'a » plus de zèle sincère. Ces préventions contie mes » d.'ux livres, qi^i'on atu-a, selon les apparences , » dotiaées au Roi contre ma persoime , pourroient » conmicttre mes amis s'ils parloient en ma fa- « veur ; je les conjure donc de ne rien hasarder, » et de ne s'exposer jamais à se rendre inutiles ail «bien de l'Eglise, pour tai homme qui. Dieu » merci, est en paix dans l'état humiliant où Dieu )' l'a mis. ->

On H dit , et on a paru croire assez généralement , que le Telémaqne avoit servi de sujets de thèmes à M. le duc «le Bourgogne pendant son éducation , et que «le la réimion de ces thi'-mes on en avoit ensuite formé l'ouvrage tel qu'il a paru. Cette conjecture ne nous paroit appuvée sur aucun fondement ; nous avons un recueil considérable de sujets de thèmes écrits de la main de

HISTOIRE DE FKNELON.

Fénelon el de M. le duc de Bourgogne , el nous n'en trouvons aucun qui ait rapport aux yirentares de Télcmuquc. Il suffit d'ailleurs de lire le Tidêmaqnr pour juger que c'est un ouvrage suivi et le résultat d'un plan combiné dans toutes ses parties , quoiqu'il n'ait été composé que par morceaux détachés , dans les moniens de liberté que des dev oirs et des occupations indispensables pouvoient laisser à Fénelon ; il est également facile de sentir qu'il ne pouvuit être mis sous les yeux du jetme prince à qui il étoit destiné, qu'au moment où il seroit assez avancé pour connoitre et éprouver le danger de ces passions si ordinaires aux rois , et si funestes à leur vei1u et à leur bonheur. M. le duc de Bourgogne n'a\oit pas encore quinze ans lorsque Fénelon fut éloigné de lui pour toujours. 11 nous paroit vraisemblable qu'il avoit composé le Tilénutque dans l'intention de le i)résenter à M. le duc ne Bourgogne à l'époque de S(jn mariage , et au moment ou son éducation auioil été entièrement finie. C'étoit assurément la plus belle leçon et le plus beau présent que pouvoit l'aire un précepteur à un jeune prince destiné à régner.

Les nombreux manuscrits qui existent encore du TélémacjHr , et dont plusieiu-s sont de la main de Fénelon ou avec des corrections de sa m;iin , attestent é\idemment qu'il a voulu composer nu ouvrage suivi , propre à inculquer à M. le duc de Bourgogne les maximes de morale qui conviennent le plus auv princes , et les principes de gouvernement les plus favorables au bonheur des peuples.

S'il est permis de foimer quelque conjecture sur l'époque précise où Fénelon composa le Téh'maqni-. nous serions > portés à croire que ce fut vers IfiOô et 1694. Les progrès extiaordinaires de M. le duc de Bourgogne , les sentimens généreux et passionnés qui formoieni déjà son caraclèie , perniettoient à Fénelon de prévoir que son jeune élève, dont l'esprit et l'imagination se montroient si sensibles au charme du style et aux ingénieuses fictions de la mythologie , seroit capable de saisir

1 Depuis l.'i pri'iiiioïc l'iliiioii lir VHisIdiif <lv Féiii-lnn . nous avons appris, (i.-iv le U^inoii(iii)(;t' '!>'• Bossuoi liii-in<>iiii' *, ([iic FiJnelon lui avoit communiqué U preniiiTc partit' manuscrilp du Télrviarpie. Ce fait remarquablP proiivi- la justfssR cl la Térilé lies fonjectui-ps qui- nuus venons d'exposer. Il en n'-sulte: fiiue Fénelon sVtnil occupi- lie i-onii>osi"r li> Télrnintinf d('s 1693 ou 1694, c'esl-a ilire. dans un temps où il moiitrnit encore a Bossuet une coiifliinii- s;(nti i-.^erve. Il n'est ijutrr vraisenihlable qu'il ail conlinU"'- a entretenir Bossuet de 8CII traviuix lillcraireti dans les temps (|ui suivirent. Leur confiance mutuelle commenta a «éprouver (pielque altt'ralion dès 169.'»; el leur» éludes et leurs Iraviiuv se portèrent presque exclusivement sur les question» subtiles i-l abstraites qui devinrent l'objet de leur controverse. 2" M en rf^sulte eiuore qu'en 1693 et 169*. l'enelon ne pouvoit pim seulement ;ndir la pensée de faire la satire dn Louis XIV en eirivai.l v..n

Télfinaqvc. Il tHoil ulois, lomiiie il le dit lui-liie , . oiiibl(»

de téinoignacch d'eslinir et tb' lioiilr ili cf prince ; ri la candeur même avec lii<|uelle il communiqua cet ouvra(|e « RcshUet , montre iisseï combien une toile penstH' ('toil loin de son cœur et de son esprit. Ponrroii-on imaginer que si Fénelon avoit eu lu plus fnible intention d'oH'enier la gloire de Louib \IV, d'une manière même indirecte, il eût us«ocie Bossuet a une pareille coiilldeuci' ?

' Manuscrit de I.cdieu,

les grandes vérités présentées sous une forme si attrayante.

Nous ne pouvons raisonnablement supposer que Fénelon se soit occupé du Tviémaque dans les années 1697 et 1698 '. Oe fut à cette époque que ses longs démêlés avec Bossuet . et Finstruction de son procès, l'obligèrent de se livrer à des études , à des recherches , à une cori-espondance très-ac tive et très-étendue, et à la composition de ce grand nombre d'écrits ou'il fut obligé de publier pour sa défense. En ell'et , lorsqu'on a sous les yeux le recueil immense des lettres qu'il écrivit au sujet de celte controverse, et qui forment peutêtre la plus petite partie de celles qu'on a pu conserver; lorsqu'on parcourt les nombreux manuscrits qu'il composa pour la justification de ses maximes et le développement de son système , el dont il n'a donné qu'un foiblt- extrait dans ses réponses à Bossuet ; lorsqu'on pense qu'au milieu de ce travail forcé il se livroil avec un zèle ardent el l'assiduité la plus exemplaire à tous les devoirs de sa place el à toutes les foiu'tions de son ministère, on a peine à concevoir comment, malgré la prodigieuse facilité dont il étoit doué , il a pu troinerle temps el la liberté d'esprit nécessaire pour suffire à tant d'objets ditTérens. Il faut encore se rappeler que son cœur , conuTie il le dit souvent dans ses lettns, étoit trop profondément alTecté des malheurs de ses amis , pour qu'il piit s'occuper à chercher des consolations ou des distractions dans ces douces et riantes images de paix, de bonheur et d'innocence qu'on retroiive si souvent dans Trlcntaqur.

On nous dispensera sans doute de parler du mérite d'un livre sur lequel l'admiration semble s'être épuisée depuis plus d'un siècle, et sur lequel tout ce qu'on poiirroit dire a déjà été dit. Hue pourroit-on ajouter au jugement qu'on en porta dès le premier monnent où il parut ? Si le hnnheur du genre humain pmtroit naître d'un poème , il naîtrnit du Tét-'/naque , a dit l'abbé Terrasson. Trop heureuse la natinn pour qui cet oucraqe pourra former quelque jour U7i Télémaque el un .l/^'N^ir, écri". oit M. de Sacy , en signant en 1716 l'approbation de la première édition correcte du Télémaque. („)uel plus magnifique éloge pouvoit-on faire d'un livre que Fauteur avoit composé pour l'insliuction des rois et le bonheur des peuples'/ Nous nous bornerons à une seule réflexion sur l'enthousiasme général qu'excita le Télémaque^ et qui servira peut-être à en expliquer les causes.

Lorsque les autetu's de In réforme avoient voulu, au commencement du seizième siècle, renvi'rser l'autorité de l'Eglise romaine , ils fiwent conduits, pour le succès de leurs innovations religieuses , à renverser l'auiorité des to\% et à ébranler les piinci|)es de tous les gouvernemeu'^ ; ils lièient leur syslêmu politique à leurs idées théologiques. Ce fut alors iiu'on vit naifre toutes ces théories turbulentes (le la souvi'raineté du peuple, empnmtées de quelques petites villes de

' D'ailleurs l'iho'lon vont iW nous npprcndre qu'(7 nvoii relit Télémaque ditiis nu tcm/n on il étoit rhunné des marques de 'imjldiice et de Ijonlé doit le Roi te cmibhit ; el les choses a\ oient déjà bien cliiinijé eu 1C97 et 1098.

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