LIVRE QUATRIÈME
une espèce d'élonnement le ton habituel do liberté, de politesse et d'égalité qui régnoit dans Tintéjieur de cette maison , sans que les parens et les amis de rarchevèque de Cambrai se permissent jamais la plus foible démonstration de hauleui- ou de supériorité envers qui (jue ce fût '. J \i ai trouvé en vo.rite . écrit-il , phis de modestie et de inideur qu'ailleurs ^ Innt dans la personne du ma'itre , que dans les neceu.v et auhes.
Rien ne peut être comnaré à la politesse noble , facile et naturelle , dont larchiîvèque de Cambrai faisoit les honneurs de sa table et de sa maison. Tout étranger ipii y éfoit admis éloit toujours placé à sa droite, «luel tiue tut s(in titre et son rang, surtout si c'étoit un ccclésiasticpic. Fénclou ne se séparoil jamais du lidèle abbé de Chanterac, qui éloit toujours placé à sa gauche. Après diner, on se réunissoit à sa grande chambre à couchei-, qu'il n'habitoil jamais , et qui étoit uniquement consacrée à la représentation. Il faisoit mettre audessus de hii tout étranger qu'il rece\oit , fût-ce un simple ecclésiastifiue. 11 passoit envii'on une heure à s'entretenir avec cette société intime, uniquement composée de parens , d'amis ou d'ecclésiastiques, qui le chérissoient comme leur père, et le vénéntient comme le modèle de toutes les vertus qui honoient le plus l'hiuiianité. Cette distraction, si simple et si iimucente, n'étoif pas môme entièrement peidue poui' les dcoirs de son administration. On mettoil devant Fénelon une petite table, et ses secrétaires et ses aumôniers lui présentoient à signer les difVéreiites expéditions qu'il avoit ordonnées; ils recevoient en même temps ses instructions .sur les détails dont ils étoient chargés. Il se retiroit ensuite dans son cabinet, oîi il restoit renfermé jusqu'à huit heures el demie , lorsque le temps ou la saison ne lui permettoit pas de se promener, ou qu'il n'étoit pas obligé d'assister aux oflices divins , au\ exercices de son séminaire, ou aux diflérens bureaux d'administration qui étoient sotnnis à sa surveillance.
Un peu avant neuf heni-es , on se réunissoit pour souper. Fénelon ne se jicrmettoit le soir que l'usage des œufs ou des légumes, dont il ne faisoit même que goûter.
.\vant dix heures du soir, il demandoil si tous ses gens étoient rassemblés ; on les faisoit entier dans sa grande chambre , et là , en leur [)iésence et en celle de toute sa famille, et de tout ce qui composoil sa snaison , un aumônier lisoit la fornnile des prières du soir, et le prélat donnoit ensuite sa bénédiction
La seule distraction de Fénelon , au milieu de ses travaux , de ses peines , de ses souvenirs , peutêtre de ses legrets , éfoit la promenade ; il ne connoissoit point d'autre amusemeid, ni d'autre lécréation ; c'étoit le seul plaisii- ([u'il piomettoit à ceux de ses })areus et de ses amis qu'il invitoit à venir partager sa iciraite. Toutes ses lettres particulières expriment la satisfaction si puie et si douce qu'il épmuvoit dans cette utile et innocente distraction. « Nous avons eu ne beaux jours, » écrivoit-il à l'abbé de Beanmont; nous nous » sommes promenés; mais vous n'y étiez pas ».... « Je fais des piomenades toutes les fois que le
» temps et mes occupations rac le permettent ;
» mais je n'en fais aucune sans vous y désirer
<) Je m'amuse, je me promène, je me trouve en » paix dans le silence devant Dieu. Ùli! la bonne » compagnie! on n'est jamais seul avec lui ; on Il est seul avec les hommes qu'on ne voudroit )> point écouter. Soyons souvent ensemble, mal- 1) gré la distance des lieux '. l'ar le centre qui » rapproche et qui unit toutes les lignes , il n'y a » pas loin de Cambial à Barège; ce (jui est un ne
» peut être distant Je passe en paix mes jours
)) sans ennui, et le temps étant tnq» court pour » mes occupations, j'aurois im plaisir d'amitié qui >) me manque, si je vovdis quelques persoimes » absentes ^ ><
Ce goût lui étoit connnun avec Cicéron , qui laisse si souvent transpirer dans ses lettres le plaisir qu'il Irouvoit à se reposer des agitations de Rome, à l'aspect des beautés sinqdeset touchantes de la nature; c'étoit en se promenant avec ses amis, et en y mêlant d'utiles entretiens , qu'il retrouvoit ce calme et celte espèce de fiaicheur que le silence et l'air de la campagne semblent apporter à l'esprit et au corps , souvent fatigués par les études sérieuses et le travail trop sédentaire du cabinet. Fénelon mèloit toujours , à l'exemple de Cicéron , des sujets d'entretiens utiles et agréables à la douceur de se retrouver avec ses amis dans ses courses champêtres. Tous ses contemporains attestent >< que personne ■' ne possédoit » mieux (|ue lui l'heureux talent d'une conver- » sation aisée, légère, et toujours décente; que )) son connnerce étoit enchanteur , et que sa piété « facile , égale , irelfarouclioit jamais , et se faisoit » i-espccter; <|ue jamais il ne \ouloit avoir plus 1' d'esprit que coux à qui il parloit; qu'il se met- •» toit à la portée de chacun , sans le faire jamais )) sentii-; en sorte qu'on ne pouvoitle quitter sans )) chercher à le retrouver. »
Coisque dans ses promenades il rencontroit des paysans , il s'asseyoit avec eux sur le gazon , les interjogeoit , les consoloit. Souvent il alloit les visiter dans leurs cabanes ; lorsqu'ils lui otiroient un repas champêtre , il l'acccptoit avec plaisir , et se mettoit à table avec leur famille.
11 paroît que la j'évolution , qui a dénaturé tant d'idées moi-ales et fait nn'connoître tant de vertus n'a point entièrement etl'acé les traces profondes que les vertus de Fénelon avoient laissées dans le cœur des Flamands. Des transports de joie ont éclaté naguères à Cambrai , au moment où l'on a retrouvé ses cendres que l'on croyoit dispersées par la tempcle de la révolution. On doit accueillir avec de justes éloges cette expèce d'expiation des cruels outrages faits à la mémoire de tant de bienfaiteurs de l'humanité , (jui , sans avoir laissé un nom aussi éclatant (jue Fénelon, avoient des droits aussi sacrés à lu recnimoissance et à la piété publique.
' Le iiianiuis <!e Friicloii cloil alois à Hiiiriîc [miup guérir (les sililes J'uiic blessure qu'il avoit rei;ue à l'aniiru. — * Vovi-i laCuncbpontlaïuedeFénelou avec su famille. Œuvres deFcii., t. vil. — ' Mémoires di' M. de Saiut-Siuiun.
' Manuscrits. — =* .\u marquis tic Fénelon.
HISTOIRE DE FENELON.
Ses visites dans son diocèse.
Fénelon faisoit les visites de son diocèse avec une assiduité que les troubles de la guerre n'ont jamais pu suspendre. Ce fut à sa réputation personnelle , à réclat de ses malheurs , k Tadmiration de toute l'Europe pour le télémaque , et à rintérôt qu'inspire un grand honune dans la disgrâce , qu'il dut la liberté de. parcourir toutes les parties de son diocèse occupées par les armées ennemies. Les .anglais , les Allemandi , les Hollandais rivalisoient d'estime et de vénération avec les habitans de Cambrai poui leur archevêque. Toutes les diflërences de religion et de secte , tous les sentimens de haine et de jalousie qui séparoient les nations, disparois.soient en sa présence. 11 fut souvent obligé de tromper l'empressement des armées ennemies , pour échapper aux honneurs qu'elles vouloient lui rendie. 11 icfusa les escortes militaires qu'elles lui oflroient pour assurer le paisible exercice de ses fonctions religieuses ; et , sans autre cortège que quelques ecclésiastiques , il traversoit les campagnes désolées par la guerre. Son passage n'étoit remarqué que par les bienfaits et les consolations qu'il apportoit au milieu de tant d'infortunes, et par la suspension des désordres et des calamités que les armées traînent à leur suite. Les peuples respiroient au moins en paix pendant ces intervalles trop courts , et les visites pastorales de Fénelon pouvoient être appelées la trêve de Dieu.
Sermons de Fénelon.
Fénelon prêchoit régulièrement les carêmes dans quelques-unes des églises de sa ville ; et , à certains jours solennels , dans son église cathédrale. Les sermons d'une année ne revenoient jamais dans les suivantes. Il donnoit aux mêmes sujets une forme nouvelle , sans avoir jamais besoin de se copiei'. 11 n'y avoit pas une des paroisses des villes et des campagnes qu'il n'eût visitée, et où il n'eût accompagné sa visite d'une instruction pour le peuple.
Principes de Fi^'nelon sur l'éloquence de la cliaire.
Il a exposé , dans ses Dialoijupf' sur V Eloquence (h. la ( hairc , l'idée qu'il s'étoit faite du ministère de la parole évangélique . et il l'a justifiée par les considérations les plus plausibles. {Mielipu; opinion (pie l'on adopte sur ce sujet , il esl au moins bien certain (pi'il n'a l'ail qu'exprimer un sentiment dont il éloil convaincu, et auquel il s'esl conformé toute sa vie.
Fénelon pensoit (|ue les prédicateuis ne doivent point composer des discours (jui aient besoin d'être appris et débités par cœur. « Considérez, dit-
n il ', tous les avantages f{u "apporte dans la tribune » sacrée un homme qui n'apprend point par cœur. 1) 11 se possède, il parle naturellement, il ne parle « point en déclamateur , les choses coulent de » source ; ses expressions (si son naturel est riche » pour l'éloquence) sont vives et pleines de mou- » vement. La chaleur même (jui l'anime, lui fait » trouver des expressions et des ligures qu'il n'au- » roit pu préparer dans son étude. L'action ajoute » une nouvelle vivacité à la parole , ce «[u'on » trouve dans lu chaleur de l'action , est autre- » ment sensible et naturel ; il a un air négligé et » ne sent point l'art. Ajoutez qu'un orateur habile » et expérimenté proportionne les choses à l'im- » pression qu'il voit (ju'elles font sur l'auditeur ; » car il voit fort bien ce qui entre et ce qui n'en- )) tre pas dans l'esprit , ce »}ui attire l'attention , )> ce qui touche le cœui-, ce (jui ne fait point ces » effets. 11 reprend les mêmes choses d'une autre » manière ; il les revêt d'images et de compaiaisons ') plus sensibles , ou bien il remonte aux principes ') d'où dépendent les vérités qu'il veut persuader; » ou bien il tâche de guérir les passions qui em- » pèchent ces vérités de faire impression. Voilà le « Aéritable art d'instruire et de persuader; sans » ces moyens , on ne fait que des déclamations n vagues et infructueuses. Voyez combien l'ora- » leur qui ne parle que par cœur est loin de ce » but. Représentez-vous un homme qui n'oseroit » dire que sa le(,'on ; tout est nécessairement com- )' passé dans son style. On peut dire de lui ce >' qu'on disoit d'isocrale : Sa composition est meil- » leure à être lue qu'à être prononcée. D'ailleurs, w quoi qu'il fasse , ses inflexions de voix sont uni- » foinies , et toujours un peu forcées. Ce n'est » point un honune qui parle; c'estun orateur qui » récite ou qui déclame ; son action est con- » trainte ; ses yeux , tiop arrêtés, marquent que » sa mémoire travaille, et il ne peut s'abandonner » à un mouvement extraordinaire , sans se mettre » en danger de perdre le til de S(jn discours. L'au- » diteur , voyant l'art si à découvert , bien loin » d'être saisi et transporté hors de lui-même, ob- » serve froidement tout l'artifice du discours. »
Fénelon ramène à cette occasion ' un passage de saint Augustin , qui dit : « (^ue les prédicateurs » doivent parler d'une manière encore plus claire » et plus sensible que les autres, parce que la cou- M tunic et la bienséance ne permettant pas de les )) interroger , ils doivent craindre de ne sepropor- ') tionner pas assez à leurs auditeurs ; c'est pour- » quoi, ajoute saint Augustin, ceux qui appren- » nent leurs sermons mal à mot , et qui ne peuvent » répéter et éclaircir une vérité jusqu'à ce qu'ils )) remarquent qu'on l'a. comprise, se privent d'un » grand fruit. On doit voir par-là, observe Fé- » nelon , que saint Augustin se contentoit de préh parer les choses dans son esprit sans mettre » dans sa mémoire toutes les paroles de ses ser- » nions. )■
Mais ce passage de saint Augustin indi(|ue également <|ue , du temps inèuie de ce l'ere , un i^raiid ii()nd)re de pn-dicatcuiN composoient et récitoieiit pai' cuîur leurs sermons.
Fénelon convenoit ipic, pom- pouvoir exercer
Dialcgues Mir i'i'luciuemo de la th.iirc. — ' Ibid.
LIVKE QUATRIÈME.
avec succès le ministère 'le la paiiilo , sans le secours de la mémoire et d'une composition préparée ', « il falloil inie méditation sérieuse des » premiers principes , une connoissance étendue » des mœurs, la lecture de l'antiquité, de la force
>> de raisonnement et d'action .Mais, ajoutoit-
« il , quand même ces qualités ne se tronveroient » pas éminemment ilans un homme , il ne lais- » seroit pas de faire de bons discours , pourvu » <{u'il ait de la solidité d'esprit , un fond* raison- » nable de science, et (fuelque facilité de parler. » Dans cette métlutdc, connue dans l'autre, il n >' auroit divers degrés d'orateurs. »
11 n'étoit pas moins opposé aux divisions et sous-divisions généralement adoptées dans les sermons. 11 prétendoit • « que ces divisions n'y in- » troduisent qu'un ordre apparent; qu'elles des- » sèchent et gênent le discours ; qu'elles le cou- » peut en deux ou trois parties, qui interrompent » l'action de Toiateur et l'etlét ((u'elle doit pro- » duiie ; qu'elles forment ordmaiiement deux ou " trois discours ditlérens . (|ui ne sont unis que » par une liaison arbitraiie. » 11 rapporte k ce sujet , « que les Pères de l'Kglise ne s'étoient point » astreints à cette méthode , que saint Bernard , " le dernier d'enti'eux, marque souvent desdivi- » sions , mais qu'il ne les suit point, et qu'il ne >' partage pas ses sermons ; que les prédicati(^ns » ont été encoi-e long-temps après sans être divi- >> sées, et que c'est une invention très-moderne, » qui nous vient de la scolastique. »
Fénelon auroit désiré (jue les prédicateurs s'attachassent davantage à instruire les peuples de l'histoire de la rehgion ^. « Dans la religion, disoit- » il , tout est tradition, tout est histoire, tout est » antiquité. La plupait des prédicatem-s n'instrui- » sent pas assez , et ne prouvent <}ue foiblement , " faute de remonter à ces sources.... On parle tous » les jours au peuple, de lEcriture, de l'EgHse , » des deux lois , du sacerdoce de Moïse , d'Aaj-on, » de -Melchisédeeh , des prophéties , des apê)t]-es , » et on ne se met point en peine de lui appren- » dre ce que signifient toutes ces choses , et ce «qu'ont (ait ces personnes-là. On suivroit vingt » ans bien des prédicateuis , sans apprendre la » religion comme on doit la savoir. » 11 auroit » vouhi « qu'un prédicateur expliquât assidûment » et de suite , au peuple , outre le détail de l'E- >) vangile et des mystères, l'origine et l'instilu- « tion des sacrcmèns, les traditions, les disci- » plines , l'office et les cérémonies de l'Eglise. » Par-là, on piémuniroit les fidèles contre les » objections des hérétiques ; on les mettroit en » état de rendre raison de leur foi , et de toucher » même ceux d'entre les hérétiques qui ne sont » point opiniâtres. Toutes ces instructions afl'er- « miroient la foi , donneroient une haute idée de » la religion , et feroient que le peuple profiteroit »' pour son édification de tout ce qu'il voit dans » l'EgUse ; au lieu qu'avec l'instruction superli- » cielle qu'on lui donne, il ne comprend presque » rien de tout ce qu'il voit, et il n'a même qu'une » idée très-confuse de ce qu'il entend dire au pi-é- » dicateur.... On leur donne dans l'enfance un
1 Diologui's sur rtSlnquenciî île la rhaiic. — ^ Ibiil. — » Ibid.
« petit catéchisme sec ', et (ju'ils apprennent par » cu'ur sans en comprendre le sens ; après quoi » ils n'ont plus , pour instruction , que des ser- » mous vagues et détachés. -
Eéuelon fait des obstirvations également curieuses sur l'usage assez moderne de fonder tout un sermon sur un texte isolé •. << Cet usage vient » de ce que les pasteurs ne pai-loient jamais au- » trefois au peuple de leur piopie fonds ; ils ne » faisoient qu'expliquei- les paroles du texte de » l'Ecriture. Insensiblement on a pris la coutunje » de ne plus suivre toutes les paroles de l'Evan- 1) gile ; on n'en explique plus qu'un seul endroit , » qu'on nomme le texte du sermon. Si on ne fait » pas une exjdication exacte de toutes les pai'ties » de l'Evangile , il faut au moins en choisir les ^> pai"oles qui contiennent les vérités les plus imw portantes et les plus proportionnées au besoin » du peuple ; mais il arrive; souvent qu'un pré- » dicateuj- tire d'un texte tous les sermons qu'il » lui plait ; il détourne insensiblement la matière » pour ajuster son texte avec le sermon qu'il a » besoin de débiter. »
Il auroit voulu ^ « que le prédicateur , quel » (lu'il fut , fit ses sermons de manière qu'ils ne » fussent point foit pénibles, et qu'ainsi il pût » piêcher souvent ; qu'en conséquence les ser- » mons devi-oient être courts , afin que le prédi- » caleur put , sans s'incommoder et sans lasser le » peuple , prêcher tous les dimanches après l'E- » vangile. 11 rappelle l'exemple de ces anciens >) évêqnes , (jui étoient fort âgés et chargés de >) tant de travaux , et qui ne faisoient pas autant >) de cérémonie que nos prédicateuis pour parler » au peuple au milieu de la messe , qu'ils disoient « eux-mêmes solennellement tous les dimanches. » Il paroît regrettei- qu'on ait changé l'ancien » usage de l'Eglise qui plaçoit le sei-mon à l'office » du matin , immédiatement après l'Evangile ; au » lieu , ajoute-t-il assez naïvement , que le som- » metl surprend quelquefois aux sermotis de l'apres- » midi *. »
^ C'éliiil cf cli'laul (l'instiuclinn ^urilsunli' ]pour le phig grand noiiihio des fldHcs , qui ïivoit frappé iXn bonne heure Bo«uet el Féiielf^n ; et ce fut à leur sollicitation que l'abbé Fleury composa son Caléefiisine historique, qui a si parfaileluenl rempli toutes leurs vues. — - nialofîues sur l'éloquence de la chaire. — ' Ibid. — * Fénelon rapporte qu'il s'endoruiit une fois à l'un de ces sermons de l'après-midi, et qu'il fut réveilla brusquement parla véhémence avec laquelle le prédicateur éleva tout-à-coup la voi\. Il crut d'abord que c'étoil pour faire entendre avec plus d'allenlion le morceau le plus éloquent de son discours; point <hi tout, c'étoil pour avertir simplement ses auditeurs que le dimanche suivant il précheroit sur la pénitence. « Cet avertissement fait avec tant » de fracas, m'auroit fait rire, dit Fénelon , si le respect du » heu et de l'action ne m'eùl retenu. » [Dialogues sur l'éloquence de la chaire.) — Fénelon etoit apparemment un |ipu sujet a s'endormir au\ sermons de l'après-midi. Il raconloil au maréchal de MaulKmrg Mean-Heelor Dufay), qui se Irouvoil à (ambrai pondant la ({uerre de la succession, qu'il fut une Un> aponlrophé en diiire, dans la chapelle de Versailles, en présence du Roi el de loute la cour, par le père Séraphin, capucin , prédicateur célèbre k celle époque , par la simplicité cl l'omiion évangélique qu'il melloit dans ses sermons. L'abbe de Fénelon dormoit: le père Séraphin s'interrompit, el dit a haute voix : « Reveillex cet abbé qui dort, el n qui n'est peut-èlre au sermon que pour faire sa cour au Roi. » Louis XIV, tonte la cour, el Fénelon lui-même, ne purent que rire d« l'apostropha un peu brusque du bon religieux.
HISTOIRE DE FÉNELON
Lorsque Fénelon semble ainsi regretter quelques anciens usages , auxquels on en a fait succéder d'autres qui lui paroissoienl moins utiles , il est bien éloigné de donner son opinion comme une autorité ; il paroit même craindre qu'on ne veuille traduire de simples réflexions comme une censure. « Ce n'est pas à nous , dit-il , à régler la » discipline ; chaque temps a ses coutumes selon « les conjonctures : respectons toutes les toléw ranccs de TEglise ; et , sans aucun esprit de » critique , formons , selon notre idée , un vi-ai » prédicateur. •>
N'oublions pas noiis-inèn)es que loisque Fénelon exposoit ainsi ses idées sur l'éloquence de la chaire , il ne faisoit que se rendre compte à luimême de ses propres sentimens sur l'objet que s'étoit proposé l'Eglise par le ministère de la palole évangélique, et sur la méthode la plus propre à recueillir tous les fruits (ju'elle avoit droit d'en attendre. 11 n'avojt point écrit ces Dialoguefi pour le public, et . quoiqu'il les eût composés dans sa jeunesse , on ne les a impi-imés qu'après sa moit. On ne peut donc lui supposer l'intention d'avoir voulu critiquer les abus qu'il crovoil apercevoir dans la méthode de quelques prédicateurs , ni la frivole prétention de produire im système nouveau et singulier ; il ne faisoit qu'exprimer ce qu'il pensoit et ce qu'il sentoil ; il étoit si convaincu qu'un prédicateur devoif se bornei à méditer profondément son sujet , sans s'astreindre à la composition d'un discours écrit et récité de mémoire , qu'il s'est conformé toTite sa vie aux maximes qu'il s'étoit faites sur l'éloquence de la chaire, et qu'il a établies dans ses Dialogues.
\iV.
Maiiusci'ils originaux des serinons de Féncdon.
Nous avons les manuscrits oiiginaux d'un trèsgrand nombre de ses sermons, ou plutôt des plans de ses sermons; car il ne faisoit que jeter sur le papier les traits principaux ; ces traits sont même indiqués avec une telle rapidité , que la plupart des mots s'y trouvent écrits pai- abréviation ; ce n'étoient point des appuis qu'il plaçoit poui- assurer la marche de son discours, c'étoicuit plutôt des barrières qu'il opposoit à son étonnante facilité : il paroissoit craindre de s'abandonner à la fécondité de son imagination , qui lui offroit une trop grande abondance d'idées '.
Le peu de sermons qu'on a imprimés de Fénelon ne sont que des discours assez rapidement écrits, qu'il avoit composés dans sa jeunesse pour quelques ciiconstanc(;s paiticulières , et non pas de véritables sermons.
1 Nniis avDiis fourni a l'tsliiiiiihlf ('•(iilcur ii<-> Sfrniniis thuisis de l-ciiilon, imprimi'-s l'ii 1803 \>:ir la SiK'i.-le lyim(îi;\vliiiiu<r , If pl.iii (l'un lit? ces st-rnions. On l'y trouvera inijirliiK:- avec Ih plus jurldile e\acliluile, sur un plan flgur(' conforme au manuscrit original.