‹ Œuvres complètes de Fénelon, archeveque de Cambrai. Précédées de son histoire littéraire (volume 2)Chapitre 289 sur 422 · I.IVRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

I.IVRE QUATRIÈME

'>'> se faire un point d'honneur de faire piévaloii' » son jugement. J'ai jugé comme j'ai cru devoir » le faire ; vous êtes trop éclairé et trop équitable » pour trouver mauvais qu'un métropolitain sup- » plée doucement ce (pi'il croil que i'K^lisc le » charge de suppléer. De mon côté, je n'ai garde » de souffrir impatiennnent (jue mon confrère )' fasse corriger, par mon supérieur-, ce que je » puis avoir fait de trop en (pialilé de métropoli- » tain. En ce cas , nous pouvons donner l'exemple » d'ime conduite doiu-e , paisible et édilianle , » quoique nous pensions diversement. Je ne serai » nullement peiné quand \ons prendrez le parti » de vous pourvoir par les voies canoniques ; nous » n'en garderons pas moins Tuiiion paifaite qui » doit être inviolable enlie nous; j'espère que » vous ne cesserez point de m'honorer de votre » bienveillance , comme je veux èti-e le leste de » ma vie , avec un attachement et un respect » sincère.... »

11 paroit «pie l'arclieNèipie de Cambrai se crut obligé en cette aflaiiT, de réformer la sentence rendue par Tévèque d'Ai-ras, et que ce prélat eut la foiblesse d'en savoir mauvais gré à son métropolitain ; c'est ce (ju'on peut présumer par une lettre que Fénelon lui écrivit peu de mois après ;

« Jamais personne , Monsiiigneui' ' , ne fut plus » éloigné (pie moi de vouloir exercer un pouvoii' » arbitraire. J'y suis très-opposé, même pour le » diocèse de Cambrai, et je ne tente jamais d'y » faire »pie ce qui m'esî réglé par la loi ; il est » vrai que je puis me tromper; mais j'ai pris , ce » me semble, les plus grandes précautions pour » me défier de moi-même. D'ailleurs je ne puis » m'empècher de me rendie ce témoignage, qui; » depuis seize ans je n'ai perdu aucune occasion » de vous montrer les plus grands égards , au-delà « même de toutes les mesuies ordinaires. Si les » chemins étoient plus sûrs el les temps plus traii- •) quilles, j'irois avec plaisir à Arras pour avoii- )' l'honneur de vous voir. Monseigneur, et pour •» vous expliquer les fondemens sur lesquels je » pense , à mon grand regret , autrement que » vous : j'ai maintenant ma maison pleine de ma- » lades de la première condition de l'armée , et j'y » ai de phis mon neveu • , qui a été très-dange- » reusement blessé depuis (juelques jours ; j'es- » père trouver un autre temps moins ti'îste et » plus sûr. »

Alfaire dos céréiiionios ohinoisf.'i.

Lorsqu'on se rappelle que Fénelon avoit été condamné par le saint Siège , on est sans doute étonné de voir ce prélat , si peu de temps après sa condamnation , jouir à Rome d'un crédit et d'une considération qui invitoient ceux mêmes qui s'étoient déclarés contre lui, à implorer son

> Lollre tle Fpih'1..ii I» I'.vi'(|h.' .lAnM-i. 5 sc|il<'nilne (71). Correxp. de Fénelon, I. vin, |i. -417. — * Le niari|uis <k' Ff'ni'lon , ]epuis aniliiissadciir de KiiiiiC4! en IlolUiidc. Ft'nelon avoil eu oe nioiiiont recueilli iliuis son pulnis luus les généraux el officiers blessés dans dilférenlos uilions très-meur- Iri^rrs qui vcinucnl d'uvdir liun en Fhuidre.

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appui auprès du Pape et du sacré collège. Fénelon , du fond de sa solitude de Cambrai , exerçoit à Rome et dans l'Europe , une espèce d'autorité d'opinion qu'il ne devoit <|u'à sa vertu et à sa renuimuée.

Les supérieurs des missions étrangères de Paris avoient dénoncé au saint Siège les Jésuites de la Chine, comme coupables d'idolàtiie , par la tolérance (ju'ils accordoient à de certains honneurs (pie les Chinois sont dans l'usage de rendre à leurs ancêtres et à la mémoire de Confucius; ou phit(îtc(>tte controverse n'éioil qu'une suite de celle (pii s'étoit élevée quarante ans auparavant entre les Jésuites et les Dominicains : le pupe Alexandre Vil ' avoit heureusement réussi à la terminer par son décret du 23 mars 16.%; mais elle venoit de se renouveler avec plus de véiiémeuce et d'aigreur. Les supérieurs des missions étrangères de Paiisy étoient inlervciuis, et leur opinion formoit un préjugé d'an tant plus imposant contre les Jésuites, (pi'on ne pouvoit les soup(;onner de cette rivalité de corps ([u'on reprochoit aux D(»mhiicains. La réputation de vertu el de piété dont joiiissoient MM. Tiberge et Brisacier, supérieurs des missions étrangères , devoit encoie ajouter un nouveau poids à leur témoignage, liistinils, par leurs relations à Rome , de la singulière estime (pie le Pai)e et la plupart des cardinaux avoient pour l'archevêque de Cambrai, connoissanl d'ailleurs son amitié pour les Jésuites, ils parurent craindre que ce prélat ne fût consulté par le saint Sii'ge sur celte controverse, et que son opinion ne leur fût contraire ; ils lui adressèrent leurs mémoires , leurs griefs et leurs demandes , en réclamant son appui et son suffrage. Fénelon avoit vu sans doute avec peine s'élever une. discussion qu'il éloit difficile de saisir avec une exacte pi-écision , parce qu'elle exigeoit une connoissance profonde des usages, des maximes et de la langue d'une nation lointaine, séparée du reste du monde par des barrières presque insurmontables. La question étoit d'ailleurs (obscurcie par une multitude de faits et d'assertions contradictoires; il jugeoit avec raison que l'effet naturel de cette dispute étoit d'offrir à un peuple méfiant el ombrageuv , le spectacle d'une division scandaleuse sur les points les plus essentiels de la religion à la(pielle on prétendoit le convertir ; il ne falloit (]u'im degré de pénétration très-ordinaire pour prévoii' que son résultat inévitable seroit la ruine totale de la religion chrétienne dans la Chine; elle étoit principalement redevable des progrès (prelle y avoit faits au zèle éclairé des premiers Jésuites (pii y avoient pénétié, et dont l'ingénieuse industri(! etoit parvenue à en faire connoitre et goûter les maximes les plus sublimes à l'empereur et aiiv lettrés de la Chine, en mêlant à leurs instructions religieuses l'appât des sciences hiimaiiu^s. L'événement avoit justifié cet heureux et innoceni artifice ; et un enipereur sage, humain et ("clairé, avide de c^es sciences curieuses qui maïKpioient à son empire, avoit approché la religion chn-tiennede son trcjne ; en avoit admis les ministres dans son palais et

1 Fabio Cliiiîi, ne il Sienne le 16 février 1599, élu pape le 7 avril U..55, après la iiiorl d'Innocenl X (Paniphili), niouruj le 22 mai 1607, ûgé de soixanle-huit ans.

HISTOIRE DE FENELON.

avoit favorisé le succès de leurs desseins religieux, par la bienveillance i;t la protection la plus éclatante. Fénolon gémissoit de voir près de s'écrouler ce grand ouvrage, éle\é avec tant de soins et de

{teines , cimenté par le sang de tant de martyrs et es travaux de tant d'hommes apostoliques, qui alloient à six mille lieues de leur patrie conquérir des chrétiens par la mort , les souiïiances et la privation de toutes ces douces atlections qui attachent li's hommes à leurs familles et au pays qui les a vus naître '.

Mais Fénelon étoit en même temps trop pénétré de l'esprit de soumission dû à 1 autorité de l'Eglise, pour se pei-mettre de préjuger ime qtiestion portée au tribunal du saint Siège. Sa réponse aux supérieurs des missions étrangères de Paris, exprime en même temps son regret de ce que Ion a agité avec trop de chaleiu cette controverse, et sa ferme résolution à adhérer d'avance au jugement que l'on attendoit de Rome.

« Messieurs, il est vrai ' qu'on m'a écrit pour » me demander ma pensée sur les bruits qui ont » été, dit-on, répandus à Rome , que la lenteur du « Pape à juger la question du culte de la Chine » impatienloit l'Eglise gallicane, et cmpèchoit la n conversion des nérétiques. J"ai répondu selon » ma conscience , et voici à quoi se réduit ma rc- » ponse. 11 me semble ([ue le moins qu'on puisse «attendre d'un Pape pieux, ferme et éclairé , » c'est qu'il ne voudra, par aucune c nsidération D humaine, ni prolonger le scandale, ni tolérer )) un seul moment Tidolàtrie si elle est bien prou- » vée; ainsi, j'attends sans impatience sa déci- » sion , le croyant également éloigné de toute r> précipitation et de toute lenteur. 11 est naturel » qu'il veuille s'assurer de la vérité des faits que » les parties rapportent si diversement. 11 s'agit » des mœurs des Chinois, très -éloignées des » nôtres , et de l'intention que ces peuples ont en » faisant des cérémonies sur lesi[uelles on dispute ; » il n'appartient qu'au juge de décider si les in- » formations sont suffisante-; ou non pour pouvoir » prononcer. Pour moi . Messi''iirs , qui ue coii- » iiois ni If-s »tœurs ni les iyihntinns des Chinois, » je no sriis ce nu il faut désirer. Quand le Pape » aura jugé , je concluerai qu'il a trouvé les faits » suffiscàmment éclaircis; ipiand , au contraire, » il retardeia le jugement, je supposerai qu'il » n'aura point trouvé les preuves concluantes. A » l'égard des hérétiques de France , je dois les » connoitre, ayant été l'haigé de leur instruction » pendant tou'te ma jeunesse, tant à Paris qu'à » la Rochelle el ailleurs. Je ne doute pas que le n grand t'clat Je cette alfaire n'ait attiré leur at- » tention : mais leur disposition n'est pas de » chercher ce qui pourroit lever le scandale et )) faciliter leur réunion avec l'Eglise catholique . » au contraire, ils seroient ravis de pouvoir dire » à ceux (pii veulent les convertir , que l'Eglse » romaine est enfin cornaincue, par son propre » u\eu, d'avoir autoiisé, depuis environ cinquante

» ans , par le décret du Pape , l'idolâtrie mani- I' feste des Chinois; mais leur critique ne doit, ce » me semble, ni avancei* ni retarder le juge- » ment. Il nes'açiil (/uc du fond de ce culte, qui « ne d-iit pas être toléré un seul moment s'il est » idoltltre , et auquel il faut bien se garder de don- » ner aucune atteinte pour complaire aux héré- » tiques , si les preures de l'idolâtrie n'ont rien » de concluant. Voilà, Messieurs, ce que je pense » sans prévention ni partialité : vous savez que » j'ai toujours aimé et révéré votre œuvre et votre -) maison. Je conserve poui- vos personnes toute » l'estime qui est due à votre mérite et à votre >^ piété; c'est avec ce sentiment très-sincère que » je veux être... »

Le père de la Cliaise a^oit consulté Fénelon , et presque tous les é^èques de France, sur cette même controverse des cérémonies chinoises , et la démarche que MM. Tiberge et Brisacier avoient faite auprès de lui, n'avoit eu pour objet que d'obtenir en quelque sorte sa neuti-aUté entre eux et leurs puissans adversaires.

Fénelon avoit répondu au père de la Chaise avec la même impartialité qu'aux directeurs des missi )ns étrangères , et sa réponse développe avec beaucoup de sagacité les rapports délicats el intéressans que pouvoit offrir l'examen de la question des cérétnonies chinoises. U eût été sans doute à désirer que dans l'origine, au lieu delà chaleur et de l'ameitume uue les deux partis avoient apportées dans cette cliscussion , ils eussent recherché avec la même sollicitude et le même calme que Fénelon toutes les considérations qui pouvoient servir à expliquer, à modifier ou à faire proscrire l'usage de ces cérémonies.

« Mon révérend Père, écrivoit Fénelon au père ■>' de la Chaise ■ , puisque vous me pressez de » dire ce que je crois des bruits que vous m'as- » surez qu'on répand à Rome , je vais le faire sin- « cèrement.

» 1° Je ne comprends pas qui est-ce qui a écrit » à Sa Sainteté même que toute l'Eglise gallicane n se soulentit contre le saint Siège , sur sa lenteur » à condamner les opinions des missionnaires de » /(/ Chine, et que si elle ne cas.^oit promptement » le décret par lequel .\i.f..vandrf, VII, pour fa- » cililer le progrès^ avoit réglé les cérémonies » qu'on pouvoit ou qu'on deooii y conserver, cela •'1 causeroil toujours le plus grand obstacle qu'on » trouve aujourd'hui à la concersion des héré- » tiques de France. Pour moi. je serois-très-fàché » (ju'on crût que je suis soulevé contre le saint » Siège , sm- la lenteur du F*ape en cette occasion ; » et il me semble qu'on fait tort aux autres évô- » ques, quand on leiu- altrihue un tel sentiment. u On connoit mal l'autorité de l'Eglise mère et la ») sage fermeté du Pape , quand on espère lui faire ). ainsi la loi. 11 ne s'agit eu cette affaire, comme «nous Talions voir, d'aucim point doctrinal, » mais seulement d'ime lics-importante question » de fait sur des missions dont tous les ouvriers

' Les ••v.ii.-iiniis n'diil que II op roiinmic 1rs jii<!lrs ciainli» (\p F<''iiflnii. r,i:ile inalhi'un-usc dispute ii sm vi ilf motif ou .le )ii<^if\t(! uu< saiifllanlrs pfTK'ciitii'ns qui ont arr^'lt' tnul-îiitMij) l<". progrès du chrisliaiiisine dans la Chine. — ^ Lonie de FCnelon aui sup«'iieurs des inissiulis étrangères de Paris, 5 octobre 1702. Correp. de Finelon , l. vu, p. 559.

' Lettre de Fénelon iiU pi; L'»riginul de celle lettre se ville de Grenobli'. Nous n'en av.

depuis la publication do notre se de Fénelon. Corresp. de Fénelon ,

de la Cliaiso. Sepleiiibre 4 703.

ouve b la biblinilièque de la avons eu eommunication que seconde odilion de VHhtoir* p. 557.

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