‹ Œuvres complètes de Fénelon, archeveque de Cambrai. Précédées de son histoire littéraire (volume 2)Chapitre 291 sur 422 · LIVRE QUATRIÉMK · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÉMK

lOri

son successeur. On ne se soucioit guère que; ces thèses fussent soutenues, ot on auroit bien mieux aimé un refus de les soutenir, pour décrdditer feu M. lé-èquc de Chartres, M. le duc de BeaTiviliiers , et toutes les personnes bien intentionnées dont le riédit incommodoit certaines gens. Voila le fait.

» 2" Le Pape a eu la bonté d'ignorer la thèse du neveu de feu M. lévètiue de Chartres, quand il lui a accordé ftivorahlement ses bulles ; Sa Saintelé n'auroit-elle pas pu , par la mf me bonté , ignorer aussi celle de M. Tabbé de Saint- Aiguan ?

" 3" Avant l'assemblée du clergé de 1682, où les quatre propositions furent données comme la règle de la doctrine en France, et même avant toutes les contestations des pontificats précédens, l'usage de la faculté de Paris étoit que chacun soutint en liberté l'une ou l'autre des opinions opposées. Ainsi , M. l'abbé de Saint- Aignan n'a fait que suivre cette ancienne liberté dont Rome ne se plaignoit point autrefois. En pai'lant ainsi , je dois excepter l'indépendance du temporel de nos rois , qu'on ne laissoit mettre en aucun doute.

» i" Un grand nombre d'honntMes gens sans science , auxquels les adversaires du saint Siège en imposent par toutes sortes d'intrigues et d'artifices , ne cherchent qu'une mésintelligence entre le Pape el le Roi.... On rend Home odieuse, en disant qu'elle ne peut souffrir qu'on révoque en doute .«ton infaillibilité, à laquelle elle veut aHarher inséparablement sa puissance pour détrôner les rois ; on s'efibrce de donner au Roi et à tout ce qui lensironne, les ombrages et les préventions les plus fàcheu.-^es. Sa Majesté est modérée , pieuse , attachée au saint Siège par la plus sincère religion ; mais on tâchera de lui ftîire entendre que son autorité seroit ébranlée par les foudemens , si on ne réprimoit pas les entreprises des Cltramontains. Rien n'est si dangereux qu'un prétexte si plausible dans la conjoncture présente.

» 5° Quoique le Roi jouisse , Dieu merci, d'une très-bonne santé , les malintentionnés pour Rome regardent l'âge de ce prince , qui a soixante-quinze ans ; ils' comptent que si ce grand appui de l'Eglise venoit à nitus mancpier , ils seroient aussitôt en pleine liberté de lever la tète pendant les orages d'une minorité , pour secouer le joug du saint Siège, ou du moins pour en énerver absolument l'autorité. Ce funeste événement est infiniment à craindre; j'ose dire qu'il est de la profonde sage-se d'un si grand pontife , d'éviter jusqu'au moindre prétexte d'ombrage et de division dans une conjoncture si périlleuse. Ce seroit un grand malheur pour l'Eglise que la perte d'un roi si zélé survint dans un temps de division , oii le gros de la nation fran(;aise seroit indisposé contre Rome. C'est un cas singulier qui semble demander une condescendance toute singulière ; c'est le refus de cette paternelle oondescenilance que les malintentionnés cherchent pour indisposer et pour

y^ prévenir toute la nation ; c'rst ce qui peut ré » pandre les semences secrètes d un schisme , pou » /'■»• temps que udus ne saurions prévoir qn'acec n crainte et doulew.

» Vax vous présentant ces réflexions, et en vous » invitant , mon révérend Père, à les mettre sous » les veux du Pape, j'aime mieux être indiscret et » paroitre tel , que diî négliger aucun des moyens » d'union et de concert entre un si pieux pontife » el un roi si zélé pour la religion , surtout la » cimjuncture étant si périlleuse.

» Au reste , je ne songe nullement à paroîtje » dans cette grande allaire qui est au-dessus de » moi , ni à me faire aucun mérite de mes bonnes •>■> intentions pour la paix. 11 me suffit de repré- » senter , dans le plus grand seciet , mes (bibles » pensées à un pontife qui est plein d'indulgence » el qui m'honore de ses bontés : je le fais avec » le phi s profond respect et avec la confiance la » plus filiale. Je lui demande i)ardon, avec la sou- » mission la plus parfaite , si je ne demiure point » cans mes bornes en un si pressant besoin de » parler pour la sûreté de l'Eglise. J'ose dire que » je n'aime point les partis foibles et timides, où w l'on hasarde tout en laissant voir au monde >• qu'on n'ose rien hasarder. Je sais combien les » esprits audacieux se prévalent de telles condes- » cendances , et que c'est ce qui le^ enhardit poui- « les plus dangereuses extrémités. Je n'ignoie pas » qu'il y a certains points indivisibles et essen- ^' tiels sur lesquels on ne peut ni reculer ni cou- » niver , parce qu'on perd tout si on ne sauve pas » tout , mais il est rare que dans le plus gruml » nombre des discussions on ne puisse trouver un y. juste tempérament.

'1 J'espère , mon révérend F^ère , que vous vou- )' drez bien vous prosterner poui- moi aux pieds » du vicaiio de Jésus-Christ; je m'y prosterne i> moi-même en esprit et du fond du cœur, pour » le supplier très-respectueusement de m'écouler, w en cette occcasion , avec la patience du boa » pasteur et la tendresse du père commun. »

Cette lettre fit la plus forte impression sur Te^prit de Clément \1 ; il voulut même la garder poiu- se mieux pénétrer des sages réflexions qu'elle renfermoit ; el il n'hésita plus à accorder à l'abbé de Saint-Aignan les bulles de l'évêché de Beauvais; c''est ce que nous apprenons par la réponse du religieux à qui Fénelon s'étoit adressé , dont nous avons l'original entre les mains '.

< Monseigneur , j'ai eu l'honneiu- de lire au » Pape ce que Votre Grandeur a piis la peine de » m'écrire sur les difficultés (ju'on faisoit à .VI. » l'abbé de Saint-Aignan. Ce qui regardoit M. de » Beauvilliers fil nliisir au Pape, déjà in-ti'uit (hi " rare méi-ilode ce seigneur . SaSainletc- fut tou- » chée des sages réflexion^ que Votre Grandeur >' faisoit sur les conjonctures pivsentes et sur les >> périls ;i venir; el par cette raison , elle retint >' la lettre a^ec promesse de me la lendie. Je » communiquai la même lettre à M. l'abbé de •■ Lin-y , qui fut très-sensible au zèle de Votre '■< Gi-andein- poui- son oncle. La chose s'est passée

Paul GnJel-dos-M:i •26 seplembre Ae l\

(■'que i!.' Chartres, qui mcur niK^o 1709.

' ÏA'lIro .lu nh/Ton.l pt-ic Dftiibcnlon h Ft^iflon , 9 ;rplenihn> I7U. Corrcsprtndanc» de Fnwloti , p. I'3'J.

HISTOIRE DR FÉNELON

V très heureusement ; le Pape a proposé lui-mèine

M au consisloiie M. l'abbé de Saint-Aignan pour

>> révèché de Bcau\ais, et on lui a obtenu le

» gratis. »

Conseils deFéneloD à l'archevêque de Rouon , Coiberl.

F«*nelon ne refii^oit jamais son crédit au vœu de ramitié , lorsque la justice ne s'opposoit pas au penchant de son cœur ; mais il pensoit aussi que le de\oir le plus sacré de l'amitié étoit la vérité ; il avoit souvent observé que la foiblesse ou une molle complaisance coûte à nos amis des erreurs et des fautes, dont un peu plus de franchise ou de fei-meté aûroit pu les préserver : il ne craignoit pas de leur adresser des conseils toujours utiles, et quelquefois sé\ères, pour leui' épargner des regrets ou des remords.

11 eut occasion de faire usage de cette règle de morale , dont l'application est toujours si difficile et si délicate , envers le propre frère de mesdames de Beau\illiers et de Chevreuse. Fénelon fut instruit que M. de Colbert ' , archevêque de Rouen, s'étoit laissé séduire par l'idée de reconstruire , sur un plan plu-; élégant et plus moderne, son château de Gaillon, antique et majestueux monument de la fortune du cardinal d'Amboise^. M. de Colbert , élevé à Versailles , au miheu des nouvelles et magnifiques créations de Louis XIV et de Mansard, trouvijit que l'archilecture gothique du quinzième siècle oflVoit un contraste barbare avec l'architecture noble et gracieuse dont l'Italie avoit offert des modèles à la France , depuis que deux leines , du nom de Médicis , y avoient apporté le goût des arts.

L'archevêque de Rouen n'avoit pas sans doute imaginé de consulter Fénelon sin- des plans d'architecture; mais Fénelon fut instruit de ses projets , et il n'attendit pas que l'archevêque de Roiien lui en parlât poui- hii en faire sentir les i-onsé([ueuces , les dangers et même le défaut de fonvenance. La lettre qu'il lui écrivit renferme en peu de mots tout ce que la raison , le bon goût et la coimoissance du monde peuveni ajouter aux maximes de la morale chrétienne, pour détourner un évèque d'une entreprise qui pouvoit compromettre sa foilune et sa tranquillité. On n'a jamais peint avec plus de force, de grâce et de vérité, les suites déplorables de la facilité avec laquelle on s'abandonne trop souvent à la séduction des architectes et au danger de ces ruineuses fanfai- .sies, dont on ne connoil jamais l'étendue ni les bornes, parce <|ir<in finit par s'élfundir soi même après avoir ou l'impi'udence de s'\ cngagei'. Des exemples doMii'sti(|ues, (|ue Fénelon lui rappeloil.

lilv .lu niHMl <;.i1Imii. , I lui iioiunii' niiiiliuli'Ui ili'

friTi? «lu lllill(|ui^ lit" Si'isjiiei:

HdUi'ii en (6hn, dcvinl niilicMM(Uf liluluiif en 10'Jl. p:ir In mon <li' sou picdi'ccsxfui FiMiKitis (II- UciUXfl dt; Mciiaxi, l'I Moiiriil (.'Il 1707. — ^ t.ir(n{!is , CHriliual il' Aiiibnist; ,• iiassa il.- rarilicvirh.- (|r Nu liimiie a n-lui il.- R<mii'II l'ii t\V% . iti'viiil i.niiiii'i iiiiiiisin' ilf Louis XII, U'k;iI pfipi^liul rupraim', et iiiuui'ul iMi 1510. u|<<' 'ii'uleiiU'Ml lie riiii|uaiil<- mis, au muiiieiil ou lii loiluii.'. qui Tnvoit luujuuis siiv i si liouieusonionl , «oniblxii lui fiimui lliv la pupauii.'.

dévoient faire sentir, à M. de Colbert en particulier , la force et la sagesse des considérations qui! lui présentoit. Fénelon , après avoir établi les règles inviolables que l'Eglise a consacrées sur le légitime emploi des re\enus ecclésiastiques, ne craint pas de faiie entendre à M. de Colbert , avec une franchise tempérée par la giàce et la délicatesse qu'il savoit mêler aux vérités les plus austères , « que le public auroit le droit de s'é- » tonner qu'il ne se trouvât pas logé avec assez » de grandeur et de magnificence dans un palais » bâti par le cardinal d'Amboise , dans les jours )' de sa toule-puissance, et long-temps habité par » des ministres, par des cardinaux et même par » des princes du sang '. »

Féiiilon est consulté sur une question délicate.

Ce n'étoit pas seulement à des évèques que Fénelon adressoit des conseils aussi purs que désintéressés ; nous voyons qu'avant même qu'il fût arche ■êque de Cambrai, on avoit une telle confiance en la justice et en la délicatesse de ses principes, qu'on recouroit à ses. lumières sur des établissemens de famille , aussitôt que les droits delà conscience paroissoient compromis ou intéressés. .Nous en trou.ons un témoignage remarquable dans un mémoire écrit en entier de la main de Fénelon. On y voit comment cet homme, qui offroit toujours'la religion sous les formes les plus douces et les plus attrayantes , qui s'attachoit toujours à prévenir le découragement et le désespoir, en donnant à la miséricorde de Dieu autant d'étendue qu'à sa justice , s'armoit d'une inexorable sévérité lorsqu'il s'agissoit des maximes de la morale et des règles de la probité. Il est permis de douter que ceux mêmes qui aflectoient le plus de rigidité , eussent porté la rigueui- au même degré que Fénelon.

>ious croyons inutile de rappoiter ce mémoire, qui ne concerne que les intérêts de deux familles particuhères. Nous dirons seulement qu'il s'agissoit d'une alliance entre deux maisons de la cour, dont Tune devoit la plus grande partie de son immense fortune à l'abus qu'un ministre puissant avoit fait de son crédit, pour s'attribuer des droits et des avantages qui paroissoient avoir excédé l'intention du sou erain et les limites où sa bienfaisance doit s'arrêter. Fénelon fut consulté par celle des deux familles qu'un scrupule délicat alarmoit sur les inconvéniens d'une alliance , dont les avantages étoient balancés par l'obligation de renoncer à des biens injustement acquis.

Ce mémoire oflVe des détails curieux sur cette question particulière , et donne l'idée des scntimens religieux rpii dominoient alors dans les familles les plus pui.ssantes : on y voit conmient une juste et estimable délicatesse les porloit à soumettre l'ambition même aux règles de la conscience et de la morale.

Féjielon s'v montre aussi exact qu'impartial dans la discussion des faits et des circonstances

' Correxp. rft rciieloii ,

F-IVRE QLATRIbLME.

qui n'admettent aucune excuse légitime , ou (|ui peuvent atténuer le \ice oiiginaiie d'une fortune tiaiisuiise ensuite à des liéritiers léL'itinies.

Il établit d'abord en principe ' ^ qu'il \ a une » extrême diiVérence entre les enlans de .\.... , « nourris dans Ti^inoranee des faits el dans Tus- » time de leur pèie , qu'ils peuvent supposer tresn juste, cl un étran<rer qui veut bien s'exposer » au risque d'entrer dans le- charges d'une suc- <> cession si suspecte, i.a seule opinion publique , " dit Fénelon, engage à examiner <le piès ; et le » seul doute , dans l'examen , suffit pour arrêter » un homme de bonne foi. »

Fénelon épuise jus(iu'au scrupule toutes les suppositions qui pou voient olVrir à la conscience de grands dangers et de graves embanas ; et il indique les précaution^ les plus sages pour éviter d'introduire , dans une famille vertueuse , des richesses cibtemies par des movens violen? ou abusifs.

Telle étoit l'opinion de la vertu el de la sagesse de Fénelon , que ses amis ne prenoient aucune détermination sur leurs intérêts les plus chers , sans la soumettre à son avis et à son appiobation -. » Jamais liaison ne fui plus forte ni plus » inaltérable que celle de l'archevêque de Cam- » brai avec .MM. de Beau milliers et de Chevieuse , » et toute celle sociéié qu'il dirigeoil du fond de ■>■> sa letraile. Celle liaison étoit fondée siu- une w confiance intime el lidele , qui elle-même l'étoil, » à leur avis, sur l'amoui- de Dieu et de la reli- » gion. Us étoient presque lous gens d'une gi-ande )' vertu el de beauccmp d'esprit ; tous ne vi voient » et ne l'cspiroienl que pour Fénelon ; ils ne pen- » soient el n'agis.soienl que sui- ses pj-incipes ; ils » reccvoienl ses avis en tou^ g nres , comme les » conseils de la sagesse même. Les duchesses de » Beauvilliers el de Chevreuse partageoient la » tendre %énération de leui-s maris poui- l'arche- » vêque de Cambrai ; et tous les quatre, iniime- »> meut unis par ce lien commun que sa disgrâce » n'avoit fait que fortifier, n'étoient qu'un cœur, ') une aine , un senUment, ime pensée. »

.Nous aurons occasion d'en ofl'iir des preuves bien inléressanles , lorsque nous rapporteions la correspondance manuscrite de Fénelon sur les affaires politiques. Nous nous bornerons ici à donner l'extrait dune de ses lettres au duc de Chevreuse, sur le mariage <k' son petit-fils; elle fera voir le talent singulier de Fénelon pour manier les cœurs, les caractèies et les esprits, en les dirigeant toujours vers le goût de la \e)tu el les conseils de la raison. Les avis qu'il donne au duc de Chevreuse peuvent s'adresser égaleniunt à tous les pères et à toutes les mères qui se retrouvent dans des circonstances semblables ; ils peuvent du moins contribuer à piévenir le'; suites le> plus funestes de ces mariages prématurés , dont le moindre inconvénient est de donner à des enfans le titre de chef de famille, sans leur en dormer la sagesse et l'expérienci! ; el de les soustraue à l'autorité paleinelle , au moment où elle pourroit influer le plus utilement sur leur bonheui-. Cette contradiction <les institutions sociales , avec le

' Œuvres de fcin-loii , i , Sainl-Siiiioi).

i). iOVt.

cours ordinaire de la nature . place quebjuefois les jeunes gens (Mitre la tentation de faire le dangereux c^sai de leur indépendance , et celle pudeur e><limable qui les aveitit inlérieincment que le respect el la raison leiu' interdisent ce que la loi leur accorde.

Le diic de Chevieu-e \enoil de nuuier le duc de Luynes '. .son pelit-lils, à peine âgé de quatorze ans, à mademoiselle de Bourbon-Soissons , qui n'en avoit (juc treize. Fénelon éciivoil à ce sujet au duc de Chevi-euse ' : .< .le suis diarmé de » toul ce que vous me mandez de votre joli petit •• mariage , qui est encore tout neuf. Dieu , béiiis- » sez ces entans ! Je ne vois rien de meilleur que •» de les observei' sans gêne ; de les occuper gai- • Kent, de les iuslruire chacim de son coté, de » régler leur société aux heuies pul)li<iue5 des » repas el des couveisations de la famille. Si la >' paix vient, vous [>ourriez faire vovager M. le >' diic de Luynes ; mais il faudioit trouver uu » homme bien sensé «pii lui fit remaïquer toul ce >' que les pays étrangers ont de bon el de mau- « vais , pour en faire une jii^Ie comparaison avec " nos muMU'S el notre goiiveiiiemenl. Il est lion- " teux de voir combien les |iersounes de la plus >■> haute condition, en France, ignoienî les pays "étrangers oi:i ils ont néaiuuoins vovagé, et à » quel point ils ignorent de plus notre gouveine- >' ment et le véiilable état de nolie nation.

» Poiu' la jeune diicliesse, je crois que man dame la duchesse <1(! Chevreuse doit la traiter » fort doucement . ne se presser point de la re- » prendre sur ses défaids , parce qu'il faut d'abord ■>■> les voir dans leur étendue, et lui laisser la » liberté de le< montrer. Knsuile \iend)ont peu » à peu les avis . aulreiiienî on lui fermeroit le » cœur; elle se cueheroit , on ne verioit ses dé- » fauis qu'à di-mi. 11 faut gagner sa confiance, lui » fau-e seutii- de famitié, lui faire plaisir dans les » choses qui ne lui nuisent pas, la bien instruire » sans la prêcher ; et , après rinslruclion , s'at- ■» tacher aux bons exenq)les jusqu''à ce qu'elle <) donne on%erture pour lui parler de la piété; » alors le faire sobrement , mais avec cordialité , » el la laisser toujoms dans le désir d'en enten- » die plus qu'on ne lui en auia dit. Il faut de '5 bonne heure l'accoutumer à compter, à exa- » minei' sa dépense , à la régler , à voir les em- » barras et les mécomptes des revenus. 11 faut » lâcher de lui trouver des compagnies de jeunes M personnes sages et d'un esprit réglé , qui lui » plaisent , qui l'amusent , et qui raccoutument » à se distivtire sans aller chercher et sans regret- » ter de plus grands plaisiis.

» II est extrèment à désirer qu'il n'y ait jamais » ni jalousie ni froideur secrète entre les deux » familles qui se forment dans la vôtre. Les inté- » rets sont réglés ; il ne peut y avoir de délicatesse « que par rappoit aux iraiteinens que vous ferez

' CharUs-riiilipix' .r\ll..Tl , .lut ,1.- luynes, lUJ.rio le -24 fivriiT I7t0, «veo Lmiisi'-l^onliiic-Jiutiia'liiie de Hourbon- Soissons . lillc iiliK'-c de Louis-Honri , légitimé de Bnurbon- Soissons, el (rAiigéliiiue-Cunétjondc deMontmoiency-Luxenib>urg; elle niniirul en sa viiisl-qualriènic aiiiice , le M janvier 1721. Ce Louis-Henri étoit fils naturel du dernier comte de Soissons do la maison de Bourbon , tué a la bataille do Marfée en 1«M. — - Cornsp. de Fénelon, t. vu, p. 309.

HISTOIRE DE FÉNELON

» aux deux familles et aux procédés journaliers » quelles auront entrVlles. C'est sur" quoi vous » devez veiller en bon père de famille , de concert >' avec madame la duchesse de Chevreuse : un >' rien blesse les cœurs et cause des ombrages ; » l'union ne se rétablit pas facilement dès qu'elle V est altérée. >j

Ses inquiétudes i:our ses amis.

Plusieurs années s'éloient écoulées depuis la condamnation de Fénelon , et on devoit croire que sa soumission et le profond silence qu'il s'étoit imposé , avoient cabné ses ennemis et dissipé tous leurs ombrages. Cependant il ne lui étoit encore permis de jouir qu'en tremblant des consolations de ramitié ; il avoit toujours à craindre qu'on ne fit un crinje à ses amis de leur fidélité pour lui ; et il repoussoit avec une attention inquiète et délicate un grand nombre de personnes qui se montroient plus empressées de venir partager son exil de Cambrai , qu'intimidées parie danger de déplaire à la cour.

11 écrivoit à l'abbé de Langerou , le 1^'' Juillet 1700 : « 11 n'y a que quinze jours que j'ai prié •" bien sérieusement M. de Blainville '■ de ne point » venir cet été à Cambrai. Tojt ou non , je l'ai •» fait. {)uc\\e apparence de lui mander .<itôt après )> tout le contraire? Que poujioit-il penser? Apiès )i tout , le Roi est certainement indigné contre » moi , et le fait assez voii-. M. de Blain ville n'est ■» pas dans la même position que vous cl .M. de « l.escbelle ; il est actuellement domestique du )) Roi, et un de ses grands-officiers. Doit-il aller 1) Aoir un honime contre lequel le lioi pai'oit si >' indigné? je vous le demande? Mais je suppose » que je me sois trompé , en décidant qu'il ne doit >' pas venir , sur quoi paroilrois-je toul-à-coup >i changer ? »

« Si vous croACz ', écrivoit-il à l'abbé de Reau- >' mont son neveu , en 1702 , que l'aigreur soil •>' augmentée contremoi, examinez avec C. H. P. L). » (madame de lieauvilliersj, si les gens qui nous » sont chers doivent s'abstenir de venir nous voir : y. je ne veux causer de peine à aucun de nos bons » amis, ('/ je crains nU' me pour la ppnsion de voire )) su'iir (madame de Chevry).

La rigueui- avec laquelle on avoit liaité tous ses amis' et tous ses parens , pouvoit justifier ses iiupiiétudes, et donne une idée des excès oii la haine j)eut porter des honunes passionnés.

La haine veilloit avec un tel acharnement sur Fénelon , que plus de ti-ois ans apiès le jugement de son procès , il avoit encore à redouter qu'on

• .luIcs-Arniiiinl île Cnlbcrl , inarijuis tif lîlaiiiville , liniU- Ii:iiil-Béiiéral des années, gi'a"''-"'i'"'"c ^''s l'i^rf^nionics de Fiaiiro ; il iiiouiul cii 170V , <les Mcssuifs (lu'il nvoit m-uis à la balailli! d'Hoclislfl. Uc son iiiariajïo avec iiiadfinoi'i'llo (lo UiH hechouard, il in; laissa qu'uiio Mlle unique, uiai iti' au ronilf <li; Maure, son cousiti-gerniain, effalenieiit île la maison (le Ku.heeliouanl Le niaixiuis deUlainville l'ioil fils du grand Ccdherl, el frère du marquis de Seigiulay, dt- rariliev('(|ue (11' Uouen , des duchesses de Cliovieusi- , de Heauviliiers el de Morleinarl.— ? «6 mai 17(12. (on-rs/i. de Inirlon, i. vu, p. 42».

ne lui enlevât la consolation de vivre avec ceux de ses plus fidèles amis ; que des titres anciens cl sacrés paroissoient attacher inviolablem.ent à sa personne et à ses malheurs. 11 en ctoit encore réduit à écrire à l'abbé de Langeron ' : « Tout » rn'alarme pour vous ; je crains que dans l'excès » d'aiçreur où l'on est , on ne prenne quelque » parti d'autorité contre vous poui- me causer la » plus grande douleuj' , pour épouvanter ce qui w me reste d'amis , et pour me déconcerter. Au » nom de Dieu , ne paroissez en aucune affaire si y> petite qu'elle puisse être; il ne leur faudroit qu'un i> très-léger prétexte. Vous savez que la passion , » quand elle a l'autorité , ne gaide point de me- » sures. Je vous écris par la ^ oie de M. de Janson, » qui revient de l'armée. »

Ce que Fénelon étoit en amitié.

On ne connoîtroit que bien imparfaitement l'ame de Fénelon , si on ne la cherchoit que dans ses ouvrages imprimés ; c'est dans des lettres qui étoient destinées à ne jamais voir le jour, dans ces lettres écrites avec tonte la rapidité et tout l'abandon d'un cœur qui se montre tel qu'il est, parce qu'il croit n'avoir rien à cacher, qu'on pourroit surprendre ses foiblesses si elles ne révéloient pas au contraire tout ce que l'ame la plus noble , la plus douce el la plus sensible peut offrir d'aimable et d'atlachant.

C'est là qu'on voit combien Fénelon méritoit d'a\oir des amis, par l'idée qu'il se faisait de l'amitié telle qu'elle doit exister entre des cœurs vertueux. « Les bons amis, éciivoit-il au marquis » de Fénelon sou neveu ', sont une ressource dau- )i gereuse dans la vie; en les perdant on perd » trop. Je crains la douceur de l'amitié. Oh ! tue » nous serons heureux si nous soi»mes un jour u tous ensemble au ciel devant Dieu , ne nous » aimant que de sou seul amour, ne nous ré- » jouissant plus que de sa seule joie , el ne pou- )) vaut plus nous séparer les uns des autres! VsXr> tente d'un si grand bien est dès celte vie notre fl plus grand bien ; nous sommes déjà heureux au )) milieu de nos peines par l'attente prochaine de » ce bonheur. Qui ne se réjouiroil pas dans la val- » lée des larmes même, à la vue de cette joie cé- )) leste et éternelle? Soutirons, espérons, réjouis- )) sons-uous

« Nous avons passé ici (à (Jiaulnes) quatre jours )> en repos, liberté, douceur, amitié et joie. 11 n'y » a que le paradis oii la paix, la joie et l'union ne >i gâtent plus les honnnes »

» Les gens qui aiment pour l'amour de Dieu, n aiment bien plus solidement que les autres. Une » amitié de goût et d'amour-propre n'est pas de » grande fatigue, et elle est de grand entretien; » l'expérience vous eu convaincra '. »

C'est encore dans une autre de ses lettres à son neveu, que nous liduvous celte pensée si déli-

* 1,1'llie du 17 oïlidjre 170'i. Cvnesp. (le Féiuloii , I. \m, p. r.i;5. — 2 Lettre du 19 avril 1713. lOiit. , \>. 'tOl. — ^ L'ilre d'avril 1713 Ibid,

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