‹ Œuvres complètes de Fénelon, archeveque de Cambrai. Précédées de son histoire littéraire (volume 2)Chapitre 295 sur 422 · I.IVHK nîJATrilÈME · texte numérisé non relu

I.IVHK nîJATrilÈME

le bonheur de porter son nom. Si un pareil spectacle peut arracher un sourire, ce sera sans doute un sourire d'admiration , en le voyant apporter, dans cette éducation , le même intérêt, la même suite , et plus d'indulgence peut-être (pie dans celle de M. le duc de Bourgogne.

i< La lettre du petit page est arrivée ce matin , » elle pai'oit faite sans conseil et très-originale ; il » écrira mieu\ dans dix ans; mais j'en suis fort con- » tcnt pour aujoMi'dhni. .. J'ai commencé à faiiv « connoissance a\ec le pclit cadet '; il me paroit » penser un peu , sentir et vouloir : l»ieu veuille » que nous y trouvions de l'étotVe pour faire un » homme. Les hommes travaillent , par leur édu- » cation , à foi-mer un sujet plein de courage et » orné de connoissances. Ensuite, Dieu vient dé- » truire ce château de cartes; il renverse ce courage »> humain; il démonte cette vaine sagesse; il dé- » couvre le foible de cette force ; il obscurcit , il » avilit , il dérange tout; son ouvrage e^\. d'anéan- » th' le nôtre , et de souftler sur le nôtre pour l'a- » néantir; il nous réduit à croire avec joie qu'il est » tout et que nous ne sommes rien; il ne nous reste » que cet aveu, et cet aveu même n'est pas à nous; » il est à chaque moment emprunté de lui.

» Le petit page est actuellement dans ma cham- » bre, où il s'accoutume à être; il fait connoissance » avec les Grecs et les Romains. Jespère qu'il » pourra se former et devenir un bon sujet ; je » l'aime de bonne foi. Je ne sais point s'il aura ce » qu'on appelle de l'esprit ; mais il paroit avoir le » sens droit , du sentiment et de la bonne volonté.

0 Le petit page est un bon enfant •; il travaille, » dans la petite bibliothèque , avec un vrai désir » de nous contenter ; mais il n'a eu aucune cul- » tui-e d'esprit , et tout est à commencer. Quand » les fondemens dim sens droit et d'un cœur sen- » sible au bien ont été posés par la main de Dieu , » les hommes élèvent bientôt l'éditice Je n'espère » pas de pouvoir lui donner toutes les façons dont » il auroit besoin; vous savez combien ici elles vous » ont manqué à vous-même ; mais vous savez M aussi que c'est beaucoup pour les enfans d'avoir » vu de près des gens qui cherchent de bonne foi » la vertu et qui tâchent de la leur rendre aimable.»

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