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De M. (1p Rainsay.
Un élève d'un genre bien différent s'étoit offert quelques années auparavant au zèle de Fénelon , et se montra digne d'un tel maître. 11 ne s'agissoit pas de déposer , dans le cœur jeune et flexible d'un enfant . ces premiers germes de l'eligion qni se développent avec facilité à la faveur d'une éducation vertueuse , lorsqu'aucuns préjugés , déjà enracinés, ne leur opposent de la résistance. 11 falloit ramener à la vérité un esprit perverti par les plus fausses idées , égaré par les efforts mêmes qu'il avoit tentés pour arriver à la vérité , en se consumant dans de vaines et frivoles recherches; et qui paroissoit se complaire dans ses illusions avec d'autant plus de confiance , qu'il se rendoit
Lellie .le Fciieliiii, |3 avril <713. Correxp. de Fénelon, 11, p. 460. — ^ IbiH. i>. 480.
le témoignage d'avoir cherché de bonne foi à s'éclairer.
.\ndré-Michel de Hamsay , chevalier baronnet eu Kcosse , is<u d'une ancienne famille de ce royaume, avoit été tourmenté , par l'inquiétude assez commune dans le pays où il étoit né , de .<numettre toute-; les religions et tons les systèmes de philosophie an tribunal de sa raison.
domine Ions les esprits ardens et téméraires , il s'étoit vainement consumé dans d'interminables discussions, ([iii n'a^oient ser\i (pi'à l'éloigner du but auipiel il tendoit. Cependant , comme il appurtoit de la bonne foi dans ses recherches , elles l'avoieul conduit assez facilement à reconnoilre les erreurs de la religion qu'il avoit sucée avec le lait, l/histoire impartiale de la ré formation d'.Mlemagne et d'.Angleterre l'avoil dégoûté de la doctrine de ces deu\ sectes : les emportemeiis de Luther et lespas.-ions honteuses de Henii VlU lui avoient paru oontiaiies à cette sainteté évangéliqiie qui doit annoncer une mission divine; et il avoit trou \é que de pareils apôtres ne ressembloient guère à ceux que Jésus-Christ avoit envoyés pour convertir les nations.
On auroit pu croire que ce premier pas veis la vérité auroit dû le ramener natiu-ellement à la religion que ces prétendus réformateurs avoient abandonnée. Mais en secouant le joug de ses premiers maîtres, il avoit seulement appris à mépriser toute espèce d'autorité ; et l'autorité que l'Eglise catholique reconnoil comme le fondement de sa croyance , révoltoit un esprit fier et indépendant. 11 ne vouloit obéir qu'à la raison c'est-à-dire, ne reconnoitre d'autre juge que luimême 11 parcourut toute r.\ngleferre et toute l'Allemagne ; il interrogea les philosophes et les docteurs les plus renommés de toutes les écoles et de toutes les sectes ; tous lui répondiient avec l'intrépide assurance d'avoir rencontré seuls la vérité, et tous étoient davis différens. Le résultat de toutes ces opinions contradictoires frit de le conduire du socinianisme à l'indifférence de toutes les religions , et de cette indifférence à un pyrrhonisme universel en philosophie comme en théologie.
Mais ce scepticisme ne pouvoit leposer ni satisfaire son esprit agité ; il sentit que cette raison , dont il étoit si vain et si fier, rencontroit sur chaque objet des obscurités impénétrables, et que sa lumière foible et tremblante ne pouvoit suffire ni pour l'éclairer ni pour le diriger. Un sentiment irrésistible lui fit enfin reconnoitre la nécessité d'une révélation pour servir de soutien et d'appui à la foible intelligence des hommes. Il crut d'abord trouver des caractères suffisans d'une révélation divine dans la profession de foi des égUses calvinistes, dont la simplicité apparente semhloit moins blesser cette fîère raison dont il étoit encore idolâtre et à laquelle il sacrifioit, sans s'en apercevoir, les inspirations d'un cœur sincère et vertueux. 11 passa en Hollande ; il vit un célèbre ministre français réfugié ' M. Poiret : ce fut en conférant avec un ministre protestant que M. de Ramsay devint catholique. 11 jugea que si les Protestans'étoient obligés de reconnoitre l'autorité de la révélation pour les points de doctrine qu'ils ont empruntés de la religion catholique , l'Eglise ro-
maine peut se croire également fondée à s'appuyer sur rautorité de cette même révélation , pour conserver les dogmes qu'elle a invariablement pi'ofessés depuis l'origine du christianisme. Les seules difficultés qui lui i-esloienl à résoudre se bornoient à l'examen de quelques textes d'un livre également reconnu comme divin par les deux communions , et dont le véritable sens ne pouvoit être abandonné à une interprétation arbitraiie.
11 étoit dans cette disposition en Hollande , lorsque le voisinage de Cambrai lui fit naître le désir de voir, de connoître et d'interroger Fénelon sur les doutes pénibles qui tounnentoient son esprit. Le nom de Fénelon étoit aussi célèbre en Angleterre , en Allemagne et en Hollande , qu'en France , et ses vertus disposoient tous les cœurs à croire à sa parole. M. de Ramsay vint à Cambrai en lTr'9 ; il fnt accueilli par Fénelon avec une bonté paternelle ; il lui ou\rit son cœur , et lui annonça le désir sincère de trouver auprès de liii la vérité qu'il avoit inutilement cherchée auprès de tant d'autres ; mais il ne lui dissimula
})as la résistance qu'il opposeroit à ses efforts pour e convaincre , et le peu d'espoir qui lui restoit d'être convaincu.
Fénelon donna de justes éloges à sa candeui- et à sa franchise , lui promit de s'expliquer avec la même sincérité , et s'en i-eposa sur le secours du ciel , bien plus que sur ses propres lumières, pour le succès de l'œuvre qu'il entreprenoit. 11 invita en même temps M. de Ramsay à loger chez lui , pour êtie plus à portée de s'entretenir sur ces grandes questions, dans les intersalles que ses occupations lui laissoient.
Ce fut sans doute une disposition particulière de la Providence qui oflrit à Fénelon ce premi r moyen de disposer le cœur du nouveau prosélyte à recevoir avec plus d'attrait ses instructions. 11 étoit impo'isiblc que le spectacle habituel d'une vie telle que celle de Fénelon ne commençât par inspirera M. de Ramsay une prévention favorable pour la religion . dont un évèqne aussi vertueux étoit l'organe et le ministre.
M. de Ramsay a rendu lui-même compte au public des entretiens qu'il eut avec l'archevêque de Cambrai et de l'heureuse révolution qu'ils opérèrent dans son esprit , en fixant invariablement toutes ses incertitudes. C'est dans le récit qu'il nous en a laissé , qu'on trouve un trait remarquable qui peint les viulens combats (lu'il eut ù soutenir avec lui-même dans ces moinens terribles de doute et d'anxiété, et qui confirme ce que nous avons dt'jà dit de la sincérité avec laquelle Fénelon avoit adhéré à la condamnation de son livre. « Dans le temps de cette agitation extrême, » écrit M. de Ramsay, j'eus une tentation violente » de quitter l'archevêque de Cambrai. Je com- » mençai à soupçonner sa droiture ; il n'y a\oit » (pruii seul moyen de surmonter mes peines , » c't'tnit (If lui en faire la confidence. Je lui de- » mandai donc une audience secrète ; il me l'ac- 1 corda : je me mis à genoux devant lui , et je lui » parlai ainsi : Pardonnez, Munseiiineur, à l'excès » de mes peines: rotre candeur m'est suspecte, et » et je ne saurais plus vous écouter avec docilité. » Si l'Eglise est infaillible , vous avez donc con-
■» damné la doctrine du pur amour en condamnant )' votre livre des Maximes des Saints ; si vous « n'avez pas condamné cette doctrine , votre sou- » mission étoit feintf. Je me vois dans la dure néa crssité de vous regarder comme ennemi ou de la 11 vérité ou de la chanté. A peine eus-je prononcé » ces paroles , que je fondis en larmes. 11 me re- » leva , m'embrassa avec tendresse et me parla » ainsi : L'Eglise n'a point condamné le pur amour » en condamnant mon livre : cette doctrine est enf) seignée dans toutes les Eglises catholiques ; mais r> les termes dont je m'étais .«ervi pour l'expliquer » n'étaient pas propres pour un ouvrage dogma- B tique. Mon livre ne vaut rien ; je n'en fais aucun " cas; c'était l'avorton de mon e.tprit et nidlement » le fruit de l'anction du cœur : je ne veux pas que » vous le lisiez. » On conçoit facilement combien tant de candeur dut ajouter de poids aux raisonnemens et aux preuves dont Fénelon appuyoit l'autorité des décisions de l'Eglise. 11 falloit bien qu'il portât au fond de son cœur la conviction de l'infaillibilité de ce juge suprême , puisqu'il appeloit sa propre condamnation en témoignage de la soumission due à son autorité.
Les travers de AI. de Ramsay ne l'avoient point conduit jusqu'à contester Fexislencc de Dieu ; et ce premier fondement établi amena facilement Fénelon à le convaincre de la vérité de la religion catholique.
C'est dans les écrits de M de Ramsay lui-même que l'on doit cliercher le résultat des longs entretiens qu'il eut avec Fénelon pendant six mois, et qui finirent par en faire un cathuliquc aussi éclairé qu'humble et soumis : il conserva , jusqu'à la fin de ses jours , cette tendre vénération pour la mémoire de l'archevêque de Cambrai ; et il entretint constamment avec tous ses amis , ses parens , et surtout avec le marquis de Fénelon , son petitneveu , les relations les plus intimes. 11 semble même qu'il ait eu la pensée et l'espérance de perpétuer sa reconnoissance , et de s'honorer luimême en attachant son nom , autant qu'il étoit en lui , à celui de Fénelon. Ce fut dans cette vue qu'il écrivit , en 1725 , une Vie de Fénelon , la première qui ait paru, et dans laquelle il fait entrer, avec trop de détail peut-être, le récit de ses rapports pei-sonnels avec l'archevêque de Cambrai. Lorsque le marquis de Fénelon publia , en 1717 , la première édition authentique du Télemaque , il plaça à la tête un discours de M. de Ramsay, sur la poé.sie épique , dans lequel l'auteur adopte les opinions singulières de Lamotte sur la poésie en prose , question aus^i subtib? (jue frivole , qui se réduit à une dispute de mots , et qui est aussi indifférente au mérite réel du Télémaque qu'à la gloire de son auteui-.
Le nom seul de Fénelon , long-temps après sa mort, protég(!a M. de Ramsay dans une occasion bien remarquable. 11 n'avoit jamais fait mystère de sa conversion à la religion catholique; il l'avoil même solennellement proclamée dans sa Vie de Fénelon , imprimée en 1723. Il avoit ensuite été chargé de l'éducation des princes , fils de Jacques 111 de la maison de Stuart ; et les intrigues, dont les petites cours ne sont pas plus exemptes que les grandes, l'avoient forcé d'y renoncer. II lit un voyage en Angleterre , en 1730 , avec un