‹ Œuvres complètes de Fénelon, archeveque de Cambrai. Précédées de son histoire littéraire (volume 2)Chapitre 297 sur 422 · I.IVRK OrATRIÉME · texte numérisé non relu

I.IVRK OrATRIÉME

sauf-conduit du roi Georges II ; il y fut accueilli avec distinction comme rélève et Tanii de Fcnelon. Ce titre lui valut llionneur d'être reçu membre de la société royale de Londres ; il parut désirer, quoique catholique, d'être admis au nombre des docteurs de Tuniversité d'Oxford , ce qui étoit sans exemple depuis la réforme. Le comte dWrran , frère du duc dOrmond et cliani;elier de Tuniveisité d'Oxford , écrivit à cette académie , après avoir pris les ordres du Roi , pour l'autoriser a recevoir M. de Ramsay comme docteur honoraire ; mais , le jour même de linstallation , deux membres de l'université formèient opposition , et firent valoir contre lui sa qualité de catholique romain , et son ancien titre de gouverneur des cnfans du prétendant. Le docteur King , principal du collège de Sainte-Marie d'Oxford, prit alors la purolc: il évita adroitement de rappeler les rapports personnels que M. de Ramsay avoit eus avec des princes ennemis de la maison régnante d'Hanover. Il se borna à faire l'élogt'des ouvrages de M. de Ramsay . qui respirent les principes les plus pui-s de la vertu et de la morale ; enfin, pour étûufî'er en un seul mot toutes les oppositions et toutes les réclamations , il s'écria ' : Je vous présente l'élcre (lu cjrand Fénelon ; ce seul titre répond à tout : quocl instar omnium est , Fenelonii magni archi-pr(vsulis Canuracensis alurnnum prœtiputo vohis. A ces mots , presque toutes les op])0sitions cessèrent , et M. de Rarnsay fut admis à la pluralité de quatre-vingt-cinq voix contre dixsept 2.

Pu P. Lami.

Nous ne devons pas oublier de compter au nombre des amis respectables avec qui Fenelon entre tenoit une correspondance habituelle , le père Lami ' , leligieux bénédictin. Nous avons parmi nos manuscrits un grand nombre de leurs lettres; et celles de l'archevêque de Cambrai attestent la confiance avec laquelle il le consultoil sur les sujets les plus intéressaus , et le pi i\ qu'il attachoit à son opinion et à ses senlimens.

Le père Malebrai che , comme nous l'avons déjà dit , avoit hasardé dans son Train- delà yature et de la Grdc , des idées singulières qui furent vivemtnt combattues par Arnauld , et qui parurent même si dangereuses à Bossuel et à Fénelon , qu'elles auroieut attiré sur ce célèbre oratorien une censure publique et solennelle , si la modération de son caractère et la pureté de ses sentirnens n'eussent été un préservatif contre les écarts de sou imagination. Le père Lami , qui passait pour celui de tous les relinieux Iwnédictins qui écrivait le mieux en français, publia quelques écrits contre le Traité de la Nature et de la

' MainiM lits. — *M.(le Raiiisin iikuiiuI U Saiiit-Gorni.iineii-Lay»' le C mai 1743, âgé du 57 ans. — ^ Doin François Lami, n^ «laiis le diocèse de Chtirlroi , en IBlJr. , qiiilti h profesîidn des armes pour entrer dans U cungréynlion de Suiiil- Maur. ml il fut reçu en <659, Il l'àje de 23 ans. 11 esl connu p!ir (dusieiirs ouvrages estimables, parmi l>-âqueh on dislingue son Traité de la connoUsanL-e de soi-même, en 6 vol. in-i-2.

Grâce , ; le père Malebi anche se crut obligé d'y répondre; et cette opinion d'un homme aussi paisible et aussi modeste que Malebranche , prouve assez qu'il jugeoit le père Lami un adversaire capable do l'entendre et digne de le combattre.

Mais les supérieurs de la congrégation de Saint- Maur , qui voyoient avec peine s'engager entre un de leurs religieux et un t'crivain aussi justement célèbre que le père Malebranche , une controverse dont il étoit difficile de prévoir les suites , imposèrent silence au père Lami. Il est vraisemblable (|ue Malebranche ne fut pas instruit de cette circonstance , puisqu'il continua à écrire contre son adversaire pour la défense de son système. C'est h cette occasion que Fénelon mand'oit au père Lami : « .le ne comprends pas comment » le père Malebranche veut écrire contre un au- » teur à qui on a fermé la bouche. L'amour- >' propre , bien éclairé sur ses intérêts ( s'il y en » avoit un tel au monde i . suffiroit pour ne pren- » drejamais un aussi mauvais parti. Je vous trouve » fort heureux de n'avoir qu'à vous taire en <> obéissant =, »

H ajoutoil dans une aulic lettre ^ : « C'est peu » pour un chrétien d'avoir raison ; un philosophe >) a souvent cet avantage ; mais avoir raison , et » souflrir de passer pour avoir tort , et laisser •) triompher celui qui a tout le tort de son côté , » c'est là vaincre le mal par le bien... On fait plus » pour la vérité eu édifiant , (ju'en disputant » avec ardeur pour elle. Prier pour les hommes » qui se trompent , mut mieux que de les réfuter. h

On a repi'oché à Fénelon de s'être abandonné avec trop de facilité aux illusions d'une perfection chimérique , et d'avoir donné trop de confiance à des personnes <pii s'étoient présentées à lui comme prévenues de grâces extraordinaires. Mais ses lettres mêmes au père Lami nous font voir toute la sagesse et toute la fermeté avec laquelle il com[)attoit cette disposition dans ceux qui avoient trop de penchant. 11 ne néglige pas même de peindre les circonstances extérieures qni induisent souvent en erreur les imaginations vives et pieuses , en transformant en réalité de simples apparences. L'homme le plus difficile sur les opérations extraordinaires de la grâce , ne pourroit qu'être satisfait des explications simples et naturelles qu'il emploie poui- prévenir l'illusion. Cependant c'étoit dans le secret d'une correspondance intime , et en écrivant à un reUgieux respectable, trop porté peut-être à ce genre de spirituaUté dont ou avoit fait un reproche à larchevèque de Cambrai , qu'il s'efCorce de rectifier les écarts de son imagination , en le ramenant à des idées plus saines et plus exactes.

Mais on doit observer en même temps combien ces conseils de la raison sont ennoblis et sanctifiés par le caractèn' religieux et la profonde conviction de la toute-puissance d'un Dieu qui se manifeste quand il lui plaît et connue il lui plaît.

'• Il n'y a (pie les sens et les passions du corpa

' L'iiuleur de i'/liffuirf litlt-rnirr de Ffnelon prouve tre<hi.n q4ie la conU-nvcisc entre Malebranche et le V. Lami ne ronloil pas sur /« nature et la ijracv, niais bien sui- Yarnour desinti'Vfssc. Voyc» l'analyse du QniiUisinc. Mote des Editeurs.] — 2 If lire du 13 décembre 4 700. Corresp. de Fénelon, I. vu , V. 538. — 3 Ibid. . p. 342.

HISTOIHE DE FKNRLON.

» qui amortissent les opérations de notre aine en )> cette vie à Tégard de Dieu , quand notre vo- » lonté tend uniquement vers lui '. La morl qui » rompt tous nos liens , nous met dans l'entière » liberté de voir et d'aimer. ... En attendant cette » pleine délivrance , tout ce qui inqwse silence » aux passions tumultueuses , à l'imagination vo- » lage et aux sens qui no4is distraient , sert beau- )' coupa nous occuper de Di(>u , lorsque notre viai » fond est tourné vers lui. La nuit même est très- » propre à ce recueillement; aucun objet extérieui' » n'interrompt ni ne partage alors notre attention. » .\insi , quand l'imagination se trouve calmée » par une suspension des choses qui l'agitent , on » peut éprouxer une très-paisible et très-pro- » fonde union d'amour avec Dieu sans aucun don » miraculeux. Je ne dis point ceci pour excluie les » grâces extraordinaires ; à Dieu ne plaise , je n'en » veux nullement juger ; mais je croirois que sans » aucune impression mii-aculeuse , la grâce ordi- » naire , quand elle e:»l forte, et quand l'ame est » mise en libeité , comme je viens de le dire , » peut suffire poiu' prodiiiie une très-grande nc- » cupalion de Dieu et de ses mystères. »

Le père Lami mourut à Saint-Denis , en 171 1 , âgé de soixante-quinze ans. « 11 fut regretté , tant » pour les lumières de son esprit que pour la » bonté de son cœur, la candeur de son caractère » et la pureté de ses mœuis. »

On ne peut douter que Fénelon , qui avoit si long-temps entretenu avec lui une correspondance de confiance , de goût et d'amitié , n'ait donné des regrets sincèies à sa mémoire. 11 put se rappeler alors une réflexion aussi sensible que religieuse . que l'on retrouve dans une de ses lettres au même père Lami. « jNotre situation est triste ; » mais la vie entière n'est que tristesse , et il n'y » a de joie qu'à vouloir les choses tristes que Dieu » nous envoie '. »

xxx-viii.

Du cardinal Qnirini.

La réputation de Fénelon altiia en France plusieurs étrangers illustres , que le seul désir de le connoître et l'ambition de mériter son amitié conduisirent à Cambrai. Nous devons com.pter parmi eux le célèbre cardinal Quii'ini ', si rccommandable par sa vaste érudition et par les qualiti'S encore plus précieuses de .son ame et de son caractère.

Le cardinal Quirini avoit plus d'un rappoit avec le cardinal Sadolet , si connu dans le seizième siècle. L'un et l'autre furent chéris et respectés de leurs contemporains , par leur goût pour les sciences et les lettres, par leur attachement sincère à l'Eglise, dont ils éloient les principaux ornemens . par la douceur , l'indulgence et la charité qu'ils moniroicnt à ceux mêmes dont ils

' l.oMr.' (Il- Ffiiil.,11 ;iu \\ l,;inii. .H« novfuibre <70k. Corresp. de linulnn, I, mi, p. il 15. — * Leltn; au nu'-int' , 4 atuil J7tO. — * Aiifji'-.Maiic Quiniii, noble vénilipn, \\6 en ■I680,iriiboii[ ii!li(!icu\ îii^n^clK'Uii.i-nsiiile évC'quo de Brcsiij, cftnliiial fl biblioUiécauciluValican, niurl le 9 janvier 1755, ûgt lie 7.') ans.

combattoient les erreurs. L'un et l'autre séparoient les personnes des opinions , et possédoient le talent d'adoucii- la controverse sans en attbiblir la force. Les auteurs protestans ont comblé d'éloges le cardinal Ouirini, comme les auteurs luthériens ne cessèrent de vanter la douceur, la modération et l'urbanité du cardinal Sadolet. Le cardinal Quirini , encore simple religieux, voulut parcourir toute l'Europe, pour connoitre lui-même tous les savans distingués de son temps. 11 possédoit à fond les ouvrages de tous les écrivains célèbres qui vivoient alors , et il vouloit les entretenir pour s'initier au\ secrets des travaux dont ils s'occupoient , avant même que le public piîtles apprécier et les juger. 11 quitta l'Italie , dont il avoit conquis par sa vaste érudition lous les trésors et toutes les richesses , et il visita l'Allemagne , la Suisse , la Hollande , l'Angleterre et la France. 11 s'arrètoit partout où il y avoit un homme célèbre à entretenir ou un manuscrit précieux à consulter; il se croyoit récompensé de tant de soins et de peines par le bonheur d'avoir acquis un ami de plus , ou d'avoir fait une découverte utile à la religion et aux lettres.

On peut bien penser qu'un homme qui mettoit un empressement si estimable à connoître tout ce qui méritoit d'être connu . désiroit passionnément de voir Fénelon. Nous avons dit que le cardinal Quirini avoit beaucoup de conformité avec le cardinal Sadolet , dont la mémoire étoit encore chère à tous les amis de la vertu et des lettres. Nous pouvons ajouter que la même conformité se retrouvait eiitre Fénelon et le cardinal Quirini , par les grâces de leur esprit , l'urbanité de leurs mœurs , et cette douceur inaltérable qui leur concilioil les suffrages des adversaires mômes de l'Eglise romaine. Le cardinal Quirini a consigné dans la relation de ses voyages les plus petits détails de ses i-apports avec Fénelon , tant il attachoit de prix aux témoignages d'estime et d'aflection qu'il reçut de l'archevêque de Cambrai '.

« Je regardois , dit-il , Cambrai comme le » principal but de tous mes voyages en France ; » je ne craindrai pas même d'avouer que c'étoit » vers ce seul point, ou plutôt vers le célèbre » Fénelon , que j'étois alors si vivement attiré » dans un royaume (pie j'avois déjà parcouru. » Avec quelle sensibilité, avec «piel attendrisse- » ment je me rappelle encoi-e la douce et tendre » familiarité avec laquelle ce giand homme dai- » gnoit m'entrelenir , et recherchoil même mon » entretien , quoique son palais fût alors rempli M d'une foule de généraux fiançais et d'officiers » en chef envers lesquels il remplissoit tous les » soins de la plus magnifique et delà plus géné- )i reuse hospitalité. J'ai encore présentes a ma » pensée toutes les graves el importantes réfle- » xions (pii faisoient le sujet de nos entretiens )) et de nos discussions; mon oreille recueilloit » avec avidité toutes les paroles (|ui sortoicnt de » la bouche de Fénelon ; ses lettres sont encore » sous mes yeux , et attestent la pureté de ses » sentimens el la sagesse de ses principes ; je les

* rdiunienlaiiiis liisloiii us di' i'iIm Quiiiiiuin. itlrixio' , 1719, etc. 4 Vi cap. 7t , p. 82, elc.

perlini'iitibus ad canl.

in-8".) i" pars, lib. i,

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