LIVRE CINQUIÈME
C05TR0VJ:aSB DC JANSENISME.
Egards de Fénelon pour tous les étrangers.
On sera moins étonné du sentiment d'intérêt et de bienveillance que Fénelon inspiroit aux étrangers de tous les pays et de tous les états ,
LeUrc de Fénelon sur le roi Jacqnt-s '!!. Corresp. de Fe^ nelon, X, vu , p. 291.
Précis historique de la controverse du jansénisme.
En écrivant l'histoire de Fénelon , nous avons contracté l'obligation de parlei- de ses opinions et de ses écrits sur une controverse qui agitoit alors tous les esprits , ît laquelle il prit lui-même une
HISTOIRE DE FÉNELON
part très-active, et qui a laissé sa mémoire exposée aux ressentimens d'adversaires très-animés.
Nous ne nous sommes pas dissimulé que la tendance des esprits a pris, dans le siècle où nous écrivons, une direction entièi-enient étrangère aux discussions qui occupèrent si long-temps les plus grands génies du siècle de Louis XIV, et dans lesquelles ce prince se vit plus d'une fois obligé de faire intervenir tout ce qui paroissoit alors de plus respectable sur la terre, l'autorité de l'Eglise et la puissance royale.
Mais indépendamiueiil de ce que l'histoire de tous les siècles, dans la \ariélé prodigieuse cl sinirulière desévènemens, des opinions et des passions qui ont tour à toiu- occupé, agité et tourmenté les hommes, peut ofiriraux lecteurs allentifs des o])servations utiles [jour l'hisluire de Tespiit humain, il faut bien recoiuioilre que des quesiiuus devenue^ aujourd'hui si indifïérentes, doivent présenter un puissant intérêt , puisque , des hommes tels que Bossuet , l'ascal, Arnauld, Nicole et Fénelon . en ont fait l'objet de leurs études, et qu'ils ont \u, dans un grand siècle , les plus célèbres de leurs contemporains s'associer à l'ardeur de leui' zèle et à la chaleur de leurs discussions.
Nous devons cependant nous féliciter de trouver dans le calme ou l'indillérence qu'on a vu succéder aux divisions qui ont si long-temps troublé l'Eglise et l'Etat, l'avantage de pouvoir en faire le récit sans être sou|)(;onné d'un excès de zèle ou d'amertume. 11 est également consolant pour nous de penser que les opinions qui attirèrent alors les censures de l'Eglise, ne comptent presque plus de partisans , et que nous n'auions pas le chagrin d'exciter des ressentimens trop \ifs ou d'affliger des cœurs trop profondément aigi'is par des souvenirs déjà si loin de nous : mais nous n'en serons pas moins fidèles à la loi (\ne nous nous sommes imposée, de n'appuyer les faits que nous aurons à rapporter que sur les autorités les moins suspectes et les plus respectées de ceux mêmes dont elles contredisent les opinions.
Nous avons cru devoir lenvoyer ' aux Pièces justificatives le piécis histoiique de ce qui s'étoit passé en P>ancc au sujet des controverses du jansénisme , depuis leur origine jusqu'à la paix de Clément IX (en 1009). Celte itai\ parut suspendre pendant trente-quatre ans les divisions qui avoient si long-temps agité l'Eglise de Frnnce : ne ne fut qu'après ce long inlei\alle qu'elles se renouvelèrent avec plus d'ardeur. Ce fut alors que Fénelon se vit obligé , par le devoir de son ministère , d'élever la voix pour l'instrucliou de son i)euple et pour l'édificalion île l'Eglise , el ipi'il écrivit une grande partie des oiis i-.f^e-^ qui ont occupé les dernières années de sa vie.
Si, pendant ces trente-quatre ans, les cœurs et les es'prits ne s'étoieni pas eulièremenl rapprochés, ils avoient au moins eessé <le se combattre ; ils s'étoieni même réunis sur mi poinl également important |.oiw l'intérêt de l'E^ilise et la tranquillité de l'Etat : on vil alors paroitre jdusieurs excellens ouvrages qui avoient pour objet de lamener les Proteslans à l'Eglise cal lioli(|ue ; tout devoit naturellement fain? espérer qui- les disciples de
Jansénius , satisfaits de la Iranquillilé dont on les laissoit jouir, ne seroient point tentés de réveiller des disputes qui n'avoient plus aucun intérêt , et dont ils ne pouvoient attendre d'autre succès que celui d'entretenir un miséiable cspi il de division. Ils avoient perdu leurs plus habiles défenseurs ; Arnaud étoit mort ; les grands écrivains qui avoient illustré Port-Ro\al n'existoient plus; et l'union étoit entièrement rétablie entre Louis XIV et le saint Siège.
Rome, à la Aéiité, pendant ces trente-quatre ans , ne put toujours ignorer les manœuvres clandestines qu'on avûit mises en usage pour surprendre la bonne foi de Clément IX; mais on prit le sage parti de s'en tenir aux actps authentiques <iue les quatre évêques ' avoient publiés poui- attester la sincérilé de leur soumission; et on abandonna au jugement de Dieu et au témoignage de leur propre conscience , les auteurs des actes secrets qui étoient en contradiction avec leur conduite publique. Le gouvernement se conforma à l'exemple du saint Siège, et se contenta de réprimer les quatre évêques lorsqu'ils voulurent se pré'.aloir de leurs procès-vei baux clandestins pour éluder les engagemens qu'ils avoient contractés dans leur lettre au Pape. Ce fut ainsi qu'on obhgea l'évèque d'Angers (Henri Arnauld) à rétracter des ordonnances qu'il avoit hasardées, en conformité de la doctrine secrète de son procès-verbal.
D'ailleuis , ces quatre évêques étoient extrêmement avancés en âge ; leurs vertus sembloient demander qu'on les laissât descendre en paix dans le tombeau ; et on étoit bien assuié de leui- donner des successeurs disposés à arrêter peu à peu , sans secousse et sans violence , la contagion de leurs opinions.
Les alfaires de la régale , qui firent alors tant de bruit, contribuèrent aussi à faire oublier les querelles du jansénisme, en attiraul toute l'attention du gouvernement et de la cour de Rome. Par une singularité assez bizarre , ce furent ces mêmes é\êques, si opposés au jugement du saint Siège contre la doctrine de .Iau>énius, qui mirent le plus d'empressement à lecourir à l'autorité du Pape pour attaquer les oi-donnances de leurs métropolitains, et pour se défendre contre les prétentions du Roi dans la question de la régale. La controverse du cpiiétisme succéda aux a flaires de la l'égale , et occupa pendant plusieurs années la coin- de France, ceilu de Rome, l'Eglise gallicane et l'attention publi<pie. On fut aussi redevable de celte heureuse tranquilUté à l'habileté de M. de llarlay, archevêque de Paris, el à la modération du père la (ihaise, confesseur de Louis XIV ; il est viais(;uil)lable que les Jansénistes auroient C(»ntinué à jouir de l'oubli où on les laissoit, s'ils n'eussent pas ("té les premiers à renouveler avec éclat de fastidieuses discussions que leurs adversaires étoient disposés à laisser éteindre dans le silence , el dont le public étnii fatigué'.
En préseulant cette dernièie léllexion , ce n'est point par notre opinion personnelle «pie nous prétendons régler celle de nos lecteurs ; et
Je Pamiers, ilc llt-auvais cl d'An-