‹ Œuvres complètes de Fénelon, archeveque de Cambrai. Précédées de son histoire littéraire (volume 2)Chapitre 301 sur 422 · I.IVRK CINni:iP.ME · texte numérisé non relu

I.IVRK CINni:iP.ME

nous serons toujours fidèles à la règle que nous nous sommes prescrite , de n'emprunter janjais que les témoignages les moins suspects de partialité.

'< François de Ilarlay ', arche\èque de Paris, w prélat d'un génie élcNe et pacifique , dit le >' chancelier d'Aguesseau , capal)le de faire hon- » neui- à TEglise par ses talens, et de la conduire >' par sa prudence , se conduisait lui-nièuie asec >; tant d'habileté , (pi'il réussissoit i)resque tou- » jours également à contenir la vivacité de ceu\ » qu'on appeldit Jansénistes, et à éludei', au UKjins >' en glande partie, les coups des Jésuites, ilavdit » eu grande part à la paix de l'Lglise; il savoit >: ce qu'elle avoil coûté de peines et de fi'avaux ; » et comme la distinction du fuit et du droit en » avoit été la base, ilsentoit (jue ce fondement ne )i pouNoit être ébranlé sans que tout l'édifice fût '-menacé de sa ndne. Les confesseurs du Roi, » plus laisonnables alors , ne s'éloignoient pas de » de ces vuespaciliques ; et le père la Chaise, dont >' le règne a été le plus long , étoit un bon gen- M tilhonnuequi aimoil à vivre en paix et à y laisser » vivre les autres , capable d'amitié, de recon- » noissance , et bienfaisant môme autant (|ue les » préjugés de son corps pouvoient le lui peiniel- » tre. Le trouble (jue causa, en 1076, ime or- » donnante de l'évèaue d'.Angers (Henri Arnauld) )) et l'arrêt du conseil qui le condamna , fut léger » et dépende durée. L'archcxè(ine dePai'is étouf- » foit d'abord, autant {pi'il le pouvoit, toutes les » semences de discorde; persuadé, couinie tous » ceux qui sont propres nu gouvernement, que ja- » mais une aflaij'e n'est plus aisée à terminer (jue » dans le moment de sa naissance , et qu'il est )) incomparablement plus aisé de prévenir les » maux que de les guérir. Les Jésuites le laissoient » assez l'aij'c ce qu'il vouloil , d'autant plus qu'il » avoit toujours Ihabilefé de les mettie dans sa » confidence et de paroilie agir de concert avec n eux ; il n'étoil pas même haï des Jansénistes les » plus sensés; il avoil su parer adroitement des » coups qu'(ni vouloit leur porter. Ses manières )• aimables et engageantes éloient comme \\\\ » chai-mc qui calmoit ou (|ui susj)endoit les fu- » reurs des parfis contiaiies ; en travaillant ainsi » pour sa gloire et sa tranquillité persoiuielle , ■n M. de Harlay travailloit aussi pour la relij:i(ja, 1) qui s'altère toujoui-s dans les disputes et qui « ne prospèie véritablement que pai- la charité. "Ainsi, par un de ces év éncniens qui foui sentir " le prix des (jualités propres au gouvernement , » on vit l'Eglise en paix sous le règne d'un aichc- » vêque plus attentif à donner de bons conseils » qu'à édifier par la suintetc de sa \ie ; et on l'a » vue toujours agitée sous la conduite d'un prélat >' respectable par l'innocence et la pureté de ses >' mœurs. »

» Les premières années de l'épiscopat de M. de » Noailles, son successeur, se passèrent assez tran- » quillement. Ce prélat avoit d'abord adopté le " plan le plus sage, celui de conserver une exacte '' neutralité entre les deux partis, de tonibei' à » droite et à gauche sur fout ce qui pourroit bles- )• ser la vérité ou troubler la paix, el de se faire ou

' OEuMi'silu (liaïuoliiT d'Ayucsifaii , t. xiii, \k loi.

» respecter ou craindre des i\cx\\ côtés , par l'éga- >' lité de sa justice.

" Les Jansénistes l'éprouveront les premiers , >• par t' indiscrétion </»'//« curent dr rompre un )• silence force , qui cipendant leur acoit été si » aidutdire , et par Timpatience de recouvrer une » liberté prématurée «pii devoit être pour eux le » préliminaire d'une plus dure servitude. Leur » père Gerberon ' s'avisa de faire paroitre une » Exposition de la i'oi catholi(iuc , (tans laquelle » on prétend (|u'il renouveloit les erreurs con- » damnées dans les ciiKj fameuses propositions. w Au jiremier bruit de ce livre, les disputes se lal- » lumèrent , les deux partis s'émurent , et l'ar- » chevê<jue , obligé d'interposer sa nouvelle au- )' torité pour éloull'er la discorde renaissante, » voulut le faire par une ordonnance de l'année ). \ (>{)(> , ipii ne satisfit aucun des deux partis, et » dont ils tirent ou l'éloge ou le blâme par une >' conliadiclion pirsque égale. »

In nouvel incident vint donner une nouvelle activité à cette ardeur de disputes qui avoit été si heureusement comprimée pendant trente-quatre ans. On vit paroitre, en JG99 , une espèce de libelle, sous le titre de Problème ecclésiastique, dans lequel on opposoit Louis- Antoine de Noailles , évèqne de Chàlons (en 109*)), à Louis-Antoine de Noailles, archevêipie de l'aiis 'en 1090). L'outeur avoit l'air de demander, avec une modestie apparente oii la malignité dominoit, à qui Ton doit croire de l'approbateur des liéflexions morales du père Oue.vuol, ou dn censeuv c\c V Exposition de la Foi.

Le soui)(;on tomba d'abord sur les Jésuites; le cardinal de Noailles en parut convaincu et eu conçut le plus vif ressentiment " ; « mais le véri- » table auteur de cet ouvrage fut enfin démasque « quelques années après. Dom Thierry de Viaixnes, » bénédictin , et janséniste des plus outrés , qui » fut mis à la Bastille par ordi-e du Roi , avoua >' dans la suite que c'étoit lui qui avoit composé )) \e J'rnlili'nic ccclésiastiijue .»

Les Jésuites puient juger, par la facilité avec laquelle le cardinal de Noailles les avoit présumés coupables , et [)ar l'evlrènie difficulté qu'il eut de leur ti'Mioigner le regiel de s'être trompé , com- Itien ce prélat étoit indisposé contre eux.

Le cardinal de Noailles, sans contentei- les Jansénistes , avoit assez laissé iipercevoir coniliien il étoit opposé aux Jésuites, pour que les premiers se crussent assez forts pour le faire déclarer en leur faveur par un coup d'éclat, i[ui ne tendoit à rien moins qu'à lenouveler toute la controverse dnlivicde J.iiisénius, et à remettre en question tout ce qui avoit éti' décidé.

On iua[irinia, en 171)4 , le fameuv Cas de Conscii'uce i : ( On y su|)posoil nu confesseur embar- >' rassé de répondre aux questions qu'un ecclésias- )) tique de province lui avoit proposées , et obligé •) de s'adresser à des docteurs de Sorbonne pour » se guérir de scrupuh's (jii vrais ou imaginaires.

' Il y a i. i (Miviii (Ir. la iiail .lu . linKclitT d'A(i[ui'ssi>au ; l'i .rp".si!ion de la foi csl <lt! Marliii de Baicos, iiovcu de l'abbé de Saint-Cyrati. — * OFiivres du chancelier d'Aguesseau, I. \in, p. 201. — * l.aulcui- du Pr»Mi-me csl inconnu. {Sole, des Edilcttrs.] — '• Méninircs itu chancelier d'Aiîuesscau , I. xui, p. iOO.

HISTOIRE DE FÉNELON

» Un de ces scrupules louloit sur la nature de la » soumission qu'on devoit avoir pour les consti- » tutions des papes contre le jansénisme ; et l'avis •» des docteurs portoit , qu'à l'égard de la question >' de fuU , le sile7Kt respcctueiia- suffisoit pour n rendre à ces constitutions toute l'obéissance qui » leur étoit due. Un très-grand nombie de doc- >i leurs, à qui la consultation fut présentée, ne « sentirent ni les pièges qu'on leur tendoil , ni les >^ conséquences de leurs décisions ; il y en eut » enviion quaiante qui souscrivirent^ sans beau- " coup de réllexion, à la décision qui leur fut » présentée et qui devint bientôt publique.

» Des ennemis du cardinal de INoailles ' répan- » dirent alors, et l'on a souvent répété depuis, ■» que ce cardinal n'avoit ignoré ni la coiisultaw lion ni la i-éponsee des docteurs , et qu'il avoit 3) approuvé ou toléré leurs avis. Mais j'ai toujours » eu de la peine à croire , dit le chancelier d'A- » guesseau , «lue ce fait pût être véi-itable ; et » quelque grande que soit la sécurité de ce pré- » lat , dont le caractère paisible est rarement » troublé par la prévoyance de l'avenir, il ne )) paroit pas vraisemblable qu'il eût porté assez » loin sa tranquillité pour ne pas sentir , dans le •» premier moment, l'orage que le Cas de Cons-

M cience alloit exciter Mais comme on ne vit

» point qu'il se donnât aucun mouvement pour » en arrêter le débit dans son diocèse , ni pour le » flétrii- par une censure , on ne manqua pas de » lui faire un crime de sa lenteur, qui passa d'a- ■" bord pour une preuve de connivence. «

11 résulte de ce lécit du chancelier d'Aguesseau, qui n'a jamais été accusé d'être tiop favorable aux Jésuites, que la cour de Rome , Louis XIV et ses ministres, l'archevêque de Paiis (M. de Harlay), et le père de la Chaise , confesseur du Roi , avoient laissé les Jansénistes jouir de la plus grande tranquillité pendant trente-quatie ans; qu'il ne lenoit <|u'h eux de conserver toujours celte existence paisible ; qu'on évita même de les inquiéter tant qu'ils n'attaquèrent par aucun acte public des décisions solennelles de l'Eglise , acceptées par tout le coi-ps des évêques et conlirmées par les lois de l'Etat. 11 en résulte encore que ce fuient les Jansénistes eux-mêmes qui allèrent cbeicher, pour ainsi dire, la persécution, en bravant dans trois circonstances remarquables " , par un

' Si l'on iieul ajoulfr foi à des iMcrcs mninisciilcs que nous RVons filtre les mains, ce soupçon ii'(^loil pas loul-à-fait (Unué (le fondeiucnl. On y lit : « que le riMclinal de Houlllun » racoiiloil à M. ChiilnitUe, à Rome, que, iia>,sai.l jiar lu M Suisse en 17H jioiir se reihlrc à Uonic , il y vil li' ducteur » Pelil-l'ifd , qui lui di(, que le curcHiiul de Moail/cs, qui n l'aïuil fiiil exiler, lui avinl fait faire les chofcs pour lesn quelles il iinil e.rilé. Le ducteur Hourlct , qui a\oit ^'It? » éRalemenl exile jiour avoir porl<* \f Cas de ('onsrience h » signer aux quaranli; docteurs, *lanl venu u la Uochelle en » 4743, dit a M. de Fiilieriu, alors trésorier de la R.i. Iielle, » que c'vtoil par l'ordre du cardinal de Nuailks lui-iiunie )) qu'il avait J'ai! celle démarr'ie. » Les historiens même du parti janséniste mit ciril et impriniti, du vivant menu- du cardinal, « qu'on savoil trts-e<-rlainenient que le Cas de » Conscience fut montre iai M. le cardinal de Noailles, et que » quelques doctrurs , avant de le sifiner, consuiltjrent Sun n Eniinenee.qui trouva bon qu'ils le sicnassenl. y)o»?TH qu'ils p ne la commissent pas. » (Histoire du Cas de Conscience, avertissement, p. Mil.) — * C«-la n'est exact (|u'autanl que J'auteur >\{i Proljh'mc seroit un janséniste. (Ao/cc/ts I,'rf//ci<;'s.)

éclat scandaleux, l'autorité civile et ecclésiastique.

C'est une observation qui n'a point échappé , dans le temps , aux magistrats chargés du ministère pubhc.

M. Joly de Fleury ' , avocat-général au parlement de Paris, disoi'l , dans son réquisitoire du 9 mai 1703, au sujet du Cas de Conscience : <. Les » évêques ne peuvent avoir trop d'attention ni de » vigilance pour réprimer tous les efibrts de ces » esprits inquiets qui veulent agiter élernellevicnt » des questions danf/ereuses sur une condamnaw tion justement prononcée , rompent ainsi le si- » lence dans le temps même qu'ils protestent de h » garder^ et troublent la paix de l'Eglise , sous »• prétexte de l'affermir. «

M. Dudon tenoit le même langage au parlement de Bordeaux , le 27 juin J703 : -< U ne faut pas » s'étonner si un pasteur vigilant (l'évêque de >> Sarlaf) s'élève contre ceux qui voudroient encore » troubler la paix de l'Eglise, et qui croient, dans » des ouvrages anonymes , pouvoir parler tmpu- » nément de tout ce qu'ils disent eux-mêmes qu'on V doit taire. ■»

A peine le Cas de Conscience fut-il connu à Rome , que le pape Clément XI le condamna , avec les qualifications les plus sévères , par un bref du 12 février 1703, et écrivit en même temps au Roi pour lui porter ses plaintes de la témérité des docteurs de Paris, dont la décision tendoit à faire renaître toutes les anciennes contestations.

Le cardinal de Noailles se trouva alors extrêmement embarrassé • ; « et prévoyant qu'il ne » pourroit se dispenser de suivre l'exemple du » Pape, il crut apparemment qu'il lui seroit plus » honorable de le prévenir ; mais il ne prévint que » l'arrivée du bref en France, et non pas le bref » même, puisque le bref étoit du 12 ( férier), » et que l'ordonnance de ce prélat n'éfoit que du » 22; il y eut même, ajouta le chancelier d'A- » guesseau en plaisantant , des chronologi>tes trop « exacts , qui prétendirent qu'il y avoit quelque » erreur dans la date de cette ordonnance , et que >) la nouvelle du bref, qui étoit sur le point d'ar- M river, le lit rétrograder de quelques jours, aûn » que cette censure parût l'ouvrage d'un zèle libre » et indépendant, plutôt que d'une complaisance >i forcée et d'une espèce de servitude. Quoi qu'il >) en soit , on vit p^iroitre , presque en même » temps, et le bref du Pape et le mandement du » cardinal de Noailles , qui, sans en faire ici un » plus long détail, eut le sort de presque tous ses )' autres ouvrages, c'est-à-dire d'aliéner les Jan- » sénistes sans lui gagner leurs adversaires.

» Il prit en même temps le parti d'écrii-e une T) grande lettre au Pape, oii pour se justifier du »> reproche que Sa Sainteté avoit semblé lui faire » de sa (top grande indulgence, il lui expliquoit 1) les circonstances de cette aflaire , la censure qu'il » avoit prononcée , la soumission et la réti'acta- »> lion de presque tous les docteurs qui avoient eu » rimpriiilence de signer le Cas de Conscience, » rarrêt (jm' le \\n avoit rendu le o mars , pour

' (iuilliuimo-Fr.inçipis Joly de Fleury . axncal-RrnCial nu pailuineiit de Paris en 1703 , et piocureur-f;eii(?ral au liK'mc )>aiieinenl ci) 1717, se démit île celle charge en 4 7A6, et nioiirul le 22 mars 175ti, <lans sa 8t« année. — * OEuvres du chancelier d'Acuesseau, t. xin , p. 203.

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