LIVRE CINQUIÈME
» le condamner ; et enfin la joie que le cardinal n avoit de vuii- son jugement contiiiné par celui « du Pape , dont il avoit reçu le hrcï le même )) jour qu'il avoil publié sa censure. Bien des gens » crurent , selon le chancelier dWguesseau , qu'il » auroit pu reuNerser la plirase, et dire qu'il acoil » publié mi censure le intiiif jouv qu'il ainit re^u .) te. br,-!. »
H est vrai que le cardinal s'éloil donné beaucoup de mouvement pour obtenir le désaveu des docteuis qui avoient signé le Cas Je Comcience, et qu'il \ avoit réussi ; tous s'étoient en elTet rétractés, a Texception d'un seul. 11 avoit été puissamment secondé , dans le succès de cette négogocialion, par Bossuet qui vivoit encore. L'opinion de ce grand honmie ', sur l'iusuffisance du silence respect ii'ux , n'éloit ni secrète ni équivoque ■ ; il étoit également excité par le désir de tirer le cardinal de Noailles du mauvais pas où il s'étoit imprudeuïment engagé ; mais il étoit affligé de voir quelques esprits inquiets , dont ce prélat étoit environné, se prévaloir de sa foiblesse pour ressusciter des disputes assoupies depuis si long-temps. Bossuet mouiut au commencement de l'année suivante , le 1:2 a\ril 170-4 ; et ce l'ut le plus grand de tous les malheurs pour l'Eglise de France. 11 est vraisemblable <jue l'infei venlion de son nom et de son autorité auroit suffi pour prévenir les éclats fâcheux qui suivirent sa mort.
Louis XIV fit adresser à tous les évèques le bref du 12 février 1703, qui condamnoit le Cas de Conscience. La lettre des secrétaires d'Etat porloit : ■> Que le Roi n'avoit ilen plus à cœur que » de s'opposer fortement au renouvellement des » tioubles que les propositions condamnées de » Jansénius avoient excités , et que Sa Majesté avoit M si heureusement apaisés. »
Quelques évoques^, en recevant, pour ainsi dire . des mains du Roi, le bref du Pape , se persuadèi'ent ou se laissèrent persuader que l'intention de Sa Majesté étoit qu'ils lui donnassent la plus grande publicité , et ils appuyèrent les ordonnances qu'ils rendirent contre le Cas de Conscience sur l'autorité de ce bref.
Mais le chancelier de Pontchartrain , le premier président de Ilarlay '* , M. d'Aguesseau et les principaux magistrats du parlement de Paris , représentèrent au Hoi combien il étoit contraire aux maximes lerucs en France, de donner im caractère d'autorité aux bulles et aux rescrits de la cour de Rome , avant qu'ils eussent été revêtus de la sanction de l'autorité royale et de toutes les formes prcsci-ites par les lois et les usages du royaume.
Louis XIV se rendit à ces observations ; il laissa au parlement la liberté d'exercer son ministère ;
1 \'>\ci s« liilie aux if ligiouscs (!•■ Poil-Koyal. — - On voit iliiis un mémoire nianusrrit (!e M. de Cliainpfluur. ovi'(|ue de la Rorliclle , que Bossuet sVloit élevé de la manière la plus forte contre le Cas de Conscience, dans plusieurs lelli'CS qu'il lui avoit éciili's a ce sujet. — 3 Les evéques de Clcrmont . de Sarlal, d'Apt et de Poitiois. — * Achille de Ilailay, d'aliurd conseiller et procureur-fiénéral au parlement de Paris , devint ]>reniier président de celle conipjRnîc li- 13 novenibre 1689, par la démission de M. deNtivion,cn exerça les fonctions jusqu'en 1707, qu'il donna lui-même sa démission , et mourut le 2:î juillet ITI2, àjjé de 73 uns.
mais le chancelier d'Aguesseau nous apprend à cette occasion une anecdote qui prouve jusqu'à quel point Louis XIV portoit la surveillance et l'allention dans tous les détails de l'administration. Ce prince parut craindre que Ftisprit de corps (Ht la jalousie du pouvoir n'exagérât le zèle de ses magistrats, et ne leur permit pas de renfermer letu's expressions dans cette mesure d'égards , de décence et di- respect que les premiers ordres d'un Etat doivent toujours observer entr'eux; il exigea formellement que le premier président , le prociiretir-général et l'avocat-géneral missent sous ses yeux, avant de les présenter au parlement , les pntjels des conclusions , du réquisitoire et de l'arrêt , se réservant d'en retranclier tout ce qui lui paroîtroit blesser le respect dû au caractère épiscopal. Les mêmes ordres furent adressés aux procureurs-généraux des parlemens d'Aix et de Bordeaux.
C'est dans ces détails presque indiiïérens et «pii échappent toujours à l'histoire , qu'on abserve avec quel ait et ([uelle sagesse Louis XIV sut , jusqu'au dernier moment , retenir dans ses mains les rênes du gouvernement et tous les fils de l'administration : c'est cependant ce même monarque que quelques écrivains du dix-huitième siècle ont voulu nous représenter comme toujouis gou- \evné et même comme incapable de gouverner.
Instruction pastorale de Fénelou sur le jansénisme.
Fénelon connoissoit les lois et les maximes du royaume , et savoit les respecter , quoiqu'il ne dissimulât pas son opinion sur l'abus que les magistrats en faisoient trop sou\ent par ciilte espèce de rivalité dont les corps ont tant de peine à se défendre. On n'eut point à reprocher à Fénelon de montier un zèle précipité , ai de mêlei- à des actes de juridiction ecclésiastique la plus légère irrégularité dans les formes. La i)lupart des évêques de France avoient déjà condanmé le Cas de Conscience , lorsque rarciie\ê(|iie de (iandjrai fit entendre sa voix. Ce ne fut que le 10 février 170i qu'il publia une instruction pastorale, dans laquelle il évita de parler du bref du Pape ; mais cette instruction pastorale rengagea dans une longue suite décrits du même genre , parce qu'il y établit quelques principes sur lesquels les sentiniens étoieul parta-iés. D'ailleurs cette instruction pastorale embrassoit des objets Irès-étendus; elle ofTroit un tableau historique et dogmatique de toute la controverse du jansénisme , depitis son origine jusqu'à l'époque oti . après un long calme, on voyoit de nouvelles tempêtes s'élever avec plus de violence que jamais. La cidéltrilé de l'auteur , le mérite de l'ouvrage, la méthode sinqile , claire et nouvelle qui s'y faisoit remarquer , la mttdération qui en formoit le caractère dominant, fixèrent en un moment l'attention universelle. Ce fut ce qui engagea les plus habiles défenseurs du parti qu'il combattoit , à léuiiir toutes leurs forces contre cehii de leurs adversaires qui leur paroissoit le plus redoutable.
M. de Saint-Simon dit dans ses Mémoires que le silence auroit dtl être le pai-tage d'un évèque
HISTOIRE DE FÉNELOX.
<jui avoit eu le malheur d'errer et d'être condamne ; il nous semble au contraire que l'édifiante soumission de Fénelon lui donaoil plus •m'a tout autre le droit de faire valoir laulorité de l'Eglise. Si la modestie lui défendoit de se proposer lui-même pour modèle , ses instructions contre l'erreur acquéroient encoie plus de force pai- le silence même qu'il gardoit sur la religieuse docilité dont il avoit oflért l'exemple.
Fénelon commence cette instruction pastorale I»ar fl.ver le véritable état de la question. 11 est nécessaire de rapporter ses propres paroles, pour montrer jusqu'à quel point l'ignorance et lamau- \ aise foi ont dénaturé les faits les plus simples et les plus clairs.
« L'Eglise ' , dit Fénelon , n'a jamais prétendu >) décider que l'intention ppisounelle de Jansénius » ait été d'enseigner les hérésies pour lesquelles » elle a condamné ce livre ; elle ne juge point des » sentimens intérieurs des personnes. Ce secret 1) des cœurs est réservé à Dieu ; quand elle parle » du sens d'un auteur , elle n'entend parler que » de celui qu'il exprime naturellement par son ') texte.
» L'Eglise n'a pas même décidé que cette com- )> binaison de lettres , de syllabes et de mots qui » composent précisément les cinq propositions , » se trouve insérée dans le texte de Jansénius.
» Tous les actes ecclésiastiques ne parlent de- >' puis cinquante ans que iVextrait , iVabrégé d'u- ^> pinions j de dogmes , de doctrine contenue dans » le Hure , et jamais des cinq propositions comme » insérées mot pour mol dans le texte de Jansé- » nius. Ainsi les cinq propositions ne sont don- )) nées que comme l'abrégé du livre, et le li\re » est donné comme l'ouvrage où le sens des pi'opo- » sitions est plus amplement expliqué. »
Fénelon fait voir ensuite conunent chacune des cinq projtositions , c'est-à-dire cliiicune des erii'urs réduite sous la forme d'une proposition , se liniivc jin'sentée , développée, inculi[ué(' dans les didérentes parties du li\re et dans l'ensemble de i'ouviage. 11 montre avec la dernière évidence, que si le s\stêmc des disciples de Jansénius, au sujet de la distinction di( fait et du droit et du */lence respectueux, étoit une fois adopté, il n'éioit aucune héiésie , il n'éloil aucun hérétique (|ui ne fussent en *h-oit d'éluder a\ec les mêmes suijtilités les jugemeus et les anathêrnes de l'Eglise.
« lu jugement du saint Siège », reçu unani- » mement de toutes les églises, est autant revêtu V de l'autorité de l'Eglise que les canons du cou- )> ciie de Trente, cpii anathématisent les levtes )) où la doctrine des Prolestans est recueillie. Si •i on perniettoit aux disciples de Jansénius d'c'luder )' par la distinction du fuit et du ilroil les huiles >' (jui ont été reçues par le consenlenienl de lout(!S )) les églises, fous les Prolestans pourroient se » sci'vii' d'un exemple aussi décisif pour éluder par » la même distinction tous les canons du concile )) de Trente ; ils ne niancjnei'oieiit |ias de dire ipie » le concile s'est lionipé sur la vraie signilicatiou » des textes ; ils rejeteroient les anathêrnes sur » des sens forcés et étrangers aux textes analhé-
» matisés , pour rendre la décision vainc et illu- )) soire ; ils diroient que les canons du concile , 1) aussi bien que les bulles des papes, ont pris les » textes à contre-sens ; ils se retrancheroient daiîs » un silence respectueux pour le fait du concile » dans ses canons , comme les défenseurs de Jan- ') sénius s'y retranchent pour l'erreur de fait qu'ils » imputent aux bulles à l'égard du livre de cet « auteur. »
Lès Jansénistes prétendoient qu'il existoit une glande difièrence entre leur cause et celle des Piolestans ; que ces derniers ont été condamnés par un concile général , tandis que les cinq propositions ne l'ont été que par les bulles des papes. Fénelon leur enlève cette dernière ressource par l'autorité de saint Augustin , dont ils se disoient les disciples et les défenseurs '. « Faut-il asscm- " bler un concile, disoit saint Augustin ^ pour » condamner une hérésie évidente, comme si au- » cu7ie hérésie n'avoit jamais été condamnée que » par un concile assemblé ; mais plutôt il est arrivé » très- rarement qu'il ait été nécessaire d'en assem- » bler pour de telles condamnations. Il y a eu )) incomparablement plus d'hérésies qui ont mé- » rite d'être rejetées et condamnées dans le lieu où » elles ont pris naissance, et qui de là ont été C07ii> nues dans tout le reste de la terre comme decant ); être évitées. Soit que l'Eglise parle dans une as- » sendilée générale , ou que , sans assemblée gé- » nérale , elle s'unisse au premier siège dans une » décision qu'il a faite, elle est toujours la même » Eglise à laquelle le Saint-Esprit est promis. »
Fénelon ajoute au sujet de saint Augustin un raisonnement qui nous a paru concluant contre les disciples de Jansénius. Ils mettoienl toujours en axant la conformité de la doctrine de leur maître avec celle de saint Augustin , que l'Eglise a souvent adoptée^ comme la règle de ses décisions sur les matières dt; la grâce. « Mais comment se » fait-il ^ , disoit Fénelon , que vous ayez une si » grande déférence })our l'autorité de l'Eglise lorsw qu'elle approuve saint Augustin, et que vous la » rejetiez lors(iu'elle condamne Jansénius? Ou » l'appiobation de l'Eghse fait la principale au- )•' lorilé rlc la doctrine de saint Augustin , ou elle « n'ajoute aucune autorité à ses opinions ; si elle » n'ajoute aucune autorité à ses opinions, vous y> n'avez pas plus le droit de vous appuyer de ses » sentimens , (pie de ceux de tout autre Père de » l'Eglise. Si, au contraiie , la doctrine de saint » Augustin emprunte sa principale autorité de » l'approbation de l'Eglise, pourquoi voulez-vous » que l'Eglise n'ait pas autant d'autorité lors- 11 iju'elle condamne Jansénius , que lorsqu'elle ap- » |»rou\e saint Augustin? L'l''.glise ne i)eut pas être t» moins inl'aillihle pour condamner les textes hé- 11 reliques (pie [>oni' approuver ceiiv tpii sont purs )) et orthodoxes. «
Fénelon rappelle ensuite tout ce qui s'étoit passé au sujet de la paix de Clément l.\. 11 observe avec raison « qu'il faut d'abord^ mettre à part )) toutes les letlr(js missives des particuliers , tous » les raisonnemens des négociateurs, et tous les )> motifs imputés aux personnes qui ont eu quel-
170*. cf I
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