LIVRE CINQUIÈME
» 2" Que les constitutions des papes obligent » toute rEglise, lorsqu'elles ont été acceptées par » le corps des pasteuis.
» 5» Que cette acceptation , de la part des évê- » <]ues , se fait loujouis par voie de jugement. »
Après avoir [iroclanié ces maximes, l'assemblée déclaia :
» 1° C" L-lle acceploit et recevoit avec res- V pect , soumission et unanimité parfaite , la n constitution de notre saint père le pape Clé- « ment XI.
» 2"» Qu'elle écriroit à Sa Sainteté une lettre de '• remercimeut.
» 3° Qu'elle écriroit également à tous les évô- » qucs du royaume une lettre circulaire, pour les » exhorter à recevoir et faire publier ladite cons- « titution dans leuis diocèses par des mandemens w simples et uniformes, autant qu'il se pourroit, » et , pour cet ellet , de ne lien ajouter ni dimi- » nuer à la constitution. •■
Ce fut dans cette assemblée du deigé que le cardinal de Noailles se permit contre Fénelon im acte public d'hostilité qu'on a peine à expliquer et à justilier. 11 scmbloit que le souvenir de leur ancienne amitié , que le souvenir même de leurs divisions plus récentes auroit dû interdire au cardinal de Noailles uni." démarche aussi peu mesurée ; mais il est facile d'apci'ccvoir , dans cette conduite, cette foiblesse trop naturelle dont les hommes les plus \ertueux ne sont pas toujours exempts. Le cardinal de Moailles ne pouvoit oublier que , malgré la faveur dont il jouissoit depuis dix ans , Fcnelun s'étoit toujours refusé à faire des avances qui lui paroissoient incompatibles avec luie juste délicatesse. Un sentiment généreux auioit pu avertir le cardinal que cette faveur môme interdisoit à Fénelon des démarches qui pouvoient paroitre intéressées , et que c'étoit à celui qui jouissoit du crédit et de la puissance à faire les premiers pas. Quoi qu'il en soit , le cardinal de Noailles crut avoir trouvé une occasion favoi-able de montrer l'espèce de ressentiment dont il ne pouvoit se défendre.
Nous avons dit que l'archevêque de Cambrai avoit établi dans son Instruction pastoi-ale du 19 féviicr ITUi , que l'Eglise est aussi infaillible dans le jugenient des faits dormaiiques que dans les décisions de foi. Les opinions paroissoient assez partagées sur cette question, parce qu'elle n'étoit pas encore assez éclaircie des deux côtés. Le cardinal de Noailles crut qu'il pourroit facilement obtenir de l'assemblée du clergé de 170;} , une censure au moins indirecte du sentiment de Fénelon ; mais il s'en fallut beaucoup que celte espèce de dénonciation eût le .succès dont il s'étoit flatté. Quelques membres de l'assemblée crurent apei cevoir dans ce procédé un défaut de délicatesse qui les blessoit d'autant plus , que la conduite franche et sincère de l'archevêque de Cambrai , depuis la condamnation de son livre , contrastoit d'une manière sensible , suilout dans la circonstance actuelle, avec la mauvaise foi et les subtilités inépuisables du parti que le cardinal de Noailles éloit soupçonné de favoriser. Quelques autres évèques observoient que l'archevêque de Cambrai n'établissoit point son sentiment comme une croyance admise par l'Eglise , mais comme une
simple opinion qui lui paroissoit la plus conforme à la raison et à l'esprit des jugemens ecclésiasti- ([ues ; que de pareilles opinions pouvoient être défondues et combattues avec une égale liberté , tant tpi'il n'existoit aucune décision formelle de l'Eglise '.
Enlin , le cardinal de Noailles mêla à l'irrégularité de cette démarche une espèce de maladresse qui parut indi(iuer (|u'il ne faisoit que prêter sa voix au parti que Fénelon avoit si victorieusement attaqué dans son Instruction pastorale. C'est ce qu'on peut recueillir du récit au chancelier d'Aguesseau '. « Le cardinal de Noailles , en remet- » tant delà part du Roi la constitution du Pape à » l'assemblée du clergé, crut qu'il convenoit de • l'annoncer par un discours dans lequel on lui » reproche d'avoir parlé trop foiblemenl contre » Ips Jansénisti'fs , et trop fortement contre l'ar- » chevéque Je Cambrai et quelques autres éréques, » fauteurs de la doctrine de l'infaillibilité de VE- ■» ylise sur les faits dnçjrnatiques. On fut surpris, « en entendant son discours, que lui seul neût pas » aperçu le piège qu'il se tendait à lui même. Il » le sentit à la fin , mais il n était plus temps, et n l\,n verra dans In suite le dégoût que ce discours » lui attira. »
Ce dégoût, résultat forcé du mécontentement que son discours excita dans l'assemblée ^ , « fut 1) la résolution un peu humiliante de c )'<jurer » l'orage en le suppi'imant : conti-e Fusage, il » ne fut point imprimé dans le procès-verbal de » l'assemblée. »
.aussitôt que rassemblée du clergé eut accepté la bulle , le Roi fit expédier des lettres-patentes . en date du 31 août 1705, pour la faire enregistrer au parlement. Comme tout avoit été concerté d'avance entre la cour de Rome , la cour de France et les pricipaux magistrats, et que d'ailleurs la bulle ne lenfermoit aucune des clauses qui provoquent si souvent des modifications , l'enregistrement ne pouNoit éprouver et n'éprouva aucune difficulté. Ce fut le 4 septembre 1705 que M. Portail * , depuis premier président , porta la parole en qualité d'avocat-général. Son discours ofire les traces précieuses de cette antique gravité qui distinguoit la magistrature sous le règne de Louis XIV , et de cet heureux accord de la fermeté pour le maintien des lois du royaume, avec le respect pour l'autorité des premiers pasteurs dans les matières de religion. Eu un mot, on y reconnoit ce caractère de sagesse, de convenance et de modération que Louis XIV avoit imprimé à toutes les parties du gouvernement, et dont malheureusement on ne s'éloigna que trop souvent sous le règne suivant. M. Portail expliqua dans son réquisitoire le véritable esprit de la bulle , en disant << qu'elle condamnoit ce mystère équivoaue d'un silence purement extérieur et souvent de mau- » vaise foi, (pu ne va ni jusqu'à loucher le
• Le senlini'înt de Fénelon et celui «le l'asseniMee île 1703 sur lu quesl ion dont il s'afiit sont rapportés avec plus d'esaitilude (l;ins VHtsIoire lilléraire de Fénelon, et nous y renvoyons le lei'liur pour retliller le récit <lu cardinal de Bausset. {\ole des lidileiirs.) — ^ OEuvrcs du chancelier d'Aguesseau, I. xm , p. i233. — ' Ibid — * Antoine Portail fut nommé pPLMnier président du parlement du Paris , le 24 septembre 1724 , ol mouiul le 3 mai 1736.
HISTOIRE DE RENELOiN.
'' cœur , ni jusqu'à soumettre Tesprit ; plus pro- « pre à couvrir le mal qu'à le guérir; à perpétuer " l'erreur qu'à la détruire; qui n'atiede d'en ca- " cher le venin que pour le répandre plus libre- ■» ment dans les conjonctures plus favorables; et " qui ne fait consister l'obéissance due aux oracles ">' prononcés par l'Eglise , qu'à ne pas contredire " en public des vérités que l'on se réserve le droit " de censurer en secret. »
Opinion de Fénelon sur l'infaillibilité de l'Eglise dans le jugement des laits dogmatiques.
La manière franche et décidée dont Fénelon s'éloit exprimé sur l'infaillibihté de l'Eglise dans le jugement des faits dogmatiques , l'engagea dans une longue suite d'écrits et d'instructions publiés dans les années 1705 et 170G. On auroit tort de supposer que tout l'intérêt de cette controvcise s'est évanoui avec la question particulière qui l'avoit fait naître; il n'est point de question, ni de controverse théologique à laquelle on ne puisse 1 amener l'examen et la discussion de la nature, de l'étendue et des bornes de l'infaillibilité de l'Eglise. Les écrits de Fénelon sur cette matière excitèrent contre lui toute l'amertume du parti qu'il combattoit , et qui voyoit s'élever dans rarchevèque de Cambrai un adversaire aussi redoutable pour les disciples de Jansénius , que liossuet , qui venoit d'expirer , l'avoit été auti'efois pour les disciples de Luther et de Calvin.
Mais si les écrits théologiques de Fénelon ajoutèrent encore à l'opinion que l'on a voit depuis long-temps de ses talens et de ses connoissances dans les matières ecclésiastiques , quelques théologiens , qui pcnsoient conmie lui sur le fond de la question , parurent craindre qu'il n'eût excédé les bornes , au moins dans l'expxession de ses senlimens et de ses idées.
On se rappeloit que .M. de Péréfixe n'avoit exigé qu'u/ie foi itumairc , en demandant aux religieuses de Port-Royal de signer le formulaire. On a vu que Bossuet s'étoit pareillement réduit à leur demander» cette soumission et celte croyance )• pieuse , laquelle peut être souvent appuyée sur » une si grande autorité, qu'on ne peut là refu- >> sei- sans une rébellion manifeste ; soumission et •0 croyance pieuse , qu'il place au-dessous de la » foi , vertu théologale. » Mais en même temps Bossuet avoit évité d'entrer, (\uant à présent , dans la discussion de l'infaillibilité de l'Eglise sur les faits dogmatiques.
F'ius récemment encore , ou avoit vu l'évèque de Charlies, dont le zèle très-prononcé contre le jansénisme étoit assez généralement connu , s'exprimer dans sou mandement conti-e le Cas de conscience d'une manière dilférenle de celle de Fénelon '. <• Nous ne disuns pas, écrivoit l'évèque " de Chartres, qu'il faille croire de foi dirineun )j fait non révélé; mais nous snutenons (|ue la >' vérité de ce fait a une liaison étroite avec le
' L'illusln- hisldiifii) iirouvi; lui-imiuo |p|us bas qm? lu ilo-- Irinc (le Féiiolon ne «lifl'éroit pas , ou loiiil , dr celle do IV- Yt-quc de Charirrs. {i\ole des Editeurs.)
» dogme après la décision de l'Eglise. Nous disons >' qu'il est nécessaire que l'Eglise en décide sûrew ment pour conserver le dépôt de la foi. »
On concluoit de cette dillerence de langage que l'opinion de Fénelon étoit en contradiction avec celle des é\èques mêmes les plus ardens contre le jansénisme , et (|ue son imagination l'entrainoit toujours au-delà de la ligne où un exact th.îologien doit s'arrêter. Cependant , en lisant les nombreux écrits que Fénelon a publiés sur ce point de controverse , ou reconnoitra facilement que cette différence apparente ne consistoit que dans l'énoncé de quehpies expressions. Plus il a développé son opinion , plus il a su lui donner de poids et de force en l'appuyant de toute l'autorité de la tradition ecclésiastique et des raisons les plus con- Aaincantes.
Mais il faut d'abord connoitie exactement l'oi»!nion de Fénelon , que quelques écrivains ont affecté de dénatui-er.
C'est ainsi qu'on avoit prétendu qu'il vouloit faire de clut<iue texte nouvellement condamné un nouvel article de foi ^ en attribuant a l'Eglise une connoissancc surnaturelle , inspirée et uifuse de tous les textes.
Fénelon répond en deux lignes à cette imputation insensée , et il déclare ' : « Que l'infaillibilité » qu'il attribue à l'Eglise est cette infaillibité gé- » nérale qui n'exige ni connoissancc surnaturelle » ni inspiration infuse; et que^ loin d'avoir fait » de chaque texte un nouvel article de foi , il )) n'a pas même \ (hiIu , à cet égard , parler de foi » divine. »
Il explique connnent las promesses fuites à iE- (jlise., qui sont certainement d'un ordre sur)iaturcl , s'accomplissent cependant par des moyens naturels , ainsi qu'une multitude d'autres promesses surnaturelles ou miraculeuses, dont l'Ecriluie fait mention '. >< Dieu veille atin qu'il y » ait toujours des évèques valideinent consacrés, » <pii s'assemblent lihremenl au besoin, qui soient » suflisanmient insliuils et attentifs, et que nul » motif corrompu n'entraîne jamais contre la vé- » rite dont ils sont les dépositaires. Il peut \ avoir , >' dans le cours d'un examen , certains iriouve- )j mens irréguliers ; mais Dieu en sait tirer ce » qu'il lui plaît; il les amène à sa lin, et la con- » clusion «iu'il a promise Aient iurailliblenient au )) point précis qu'il a maniué. »
Fénelon distingue ensuite , avec tous les théologien ^, « l'assistance spéciale du Saint-Esprit » donnée à l'Eglise selon la j/romei-se , d'avec la » connoissance inspirée vA infuse telle que les pro- » phèles l't les apôtres l'on eue lors({u"ils ont écrit Il les livres sacrés. Cette connoissance, inspirée et » infusr , n'est point nécessaire à l'EglLse , lors » même (pi'elle décide sur les dogmes les plus '■ fondamentaux : il suflil qu'i'Ue ait seulement » une assistance spéciale de ipàce (pii la préserve » de l'eneur. Ainsi, d'un côté , Wxcn promet que )' l'Eglise ne se tiumpera point sm- les livres » <{u'elle condaimu' ; d'un autre côté, il la pré- » serve, par sa (jràcc , de toute erreur à cet égard. ); La promesse répond de la grâce; la grâce , jointe
' lll^1l (iclioti |<;isl
iieloii , I. IV, p. 5:i
.lu -2 a Ibid.
17Uj. (V:in
Ibid.