‹ Œuvres complètes de Fénelon, archeveque de Cambrai. Précédées de son histoire littéraire (volume 2)Chapitre 305 sur 422 · LIVRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIÈME

» aux moyens ualurds que la Providence dispose, » accomplit la prrnnn.'ur. »

On avoif objecté à Fénelou , «lu'il résulloit de son système cpi'on devoil reconnoilre poni- uriicle (le f'ii tout ce (pie TF^glise dticidc avec unu autorité infaillible. Il montre combien cette imputation étoit peu fondée par les aulorités mêmes (pfon lui opposoil, telles ipie celles di' jaini Thomas et de Itrllaiinin , qui enseifinenl <pie rKglise est infaillible sur plusieurs points quils sont bien loin do proposer connue des ailicirs dr fui.

« 11 y a ime dilTéreuce essentielle ' , dit Féne- » Ion , et que tout véritable théologien voit du » premier coui)-d'œil , eidre la indation iininr- » duilr de Itieu même , et la déclaration infniUi- » bip de celte assendjlée d'hommes qu'on appelle » VlùiUse. Il y a iuie diflërencc^ essentielle entre » Vinipirutioii des écrivains sacrés à qui la révéla- » tion inimrdinte a été faite , et la ximph assixtuncp » spéciale fpii a été promisi' à ri-^glise pour la pré- » server de l'erreur, (piaud elleju^e sur des te\- » tes orthodoxes ou hérétique'^. i/Eglise est spé- » cialomrnt h.<w'>7(V du Saint-Esprit , et par cette » atsistance , elle est \nfa ll.lili' pour garder le dé- « pôt ; mais elle n'est point inspiWr comme les » écrivains sacrés , elle ne rei,'nil point comme eux » une rérvlal ion immédiatr. Confondre des choses » si difi'érentes, c'est confondis les piemiers élé- » mens de la théologie. C'est VinfaiUdydité de l'K- » glise que nous avons proposée comme étant » contenue dans la rprélation , parce qu'elle est » promi'e et que la promis- e est une rvvélaiion « divine ; mais , quant au jugenjent de l'Eglise » qui condamne ou (jui approuve un livre ou une » proposition , ce n'est point une vérili' recelée en » elle-même, et ce jugement ne tient à \n.révéla- » tion que par Tinfaillibilité promise a l'Eglise. »

Après avoir clairement établi sa véritable opinion, et l'aNoir dégagée de tous les nuages dont on a\ oit préfendu l'obscurcir , Fénelon fait voir que cette opinion qu'on vouloit lui reprocher comme nouvelle , comme singulière , c(jmme exagérée , étoit celle que le clergé de France avoit solennellement professée sur la question même qui faisoil l'objet de la controverse. 11 cite, à ce sujet, les paroles bien remai-quables de la relation rédigée, approuvée et publiée par rassemblée de I606, sur le fait de Jaiisénius, relation confirmée par l'autorité et rapi)robation de louies les assemblées snisani(!s. L'assemblée de 1636 examinoit le mérite et la valeur de la distinction du fait . imaginée depuis peu par les disciples de Jansénius , poui- soustraire la doctrine de leur maitre à la condatinialion piononcée par hmocent X , contre les cinc] propositions. L'assemblée déclare * : « (Juelle ne s'engage pas maintenant à » traiter des bornes dans lesquidlcs doit être res- )) treinte la maxime (|ui a été avancée touchant » Terreur de fait : elle >'entend des ran'ies pricées » et spéciales, connue parle le pai)e sait Léon, i\m » sont traitées devant les conciles et les papes ; » mais il faut ajouter, pour l'instruction des foi- » blés , afin qu'ils ne soient tiompés en d'antres » occasions, qu'elle n'a point lieu aux (fuosiions

' Iiislrui'tioii paslorali' du 2 iictrs l'o.ï. (Jfuvîe.s de l'euelon,i. \\, p. 55. — ^ Pioct's-veihal de l'assemblée de <63P.

» (/(/ fait , qui est inséparable des matières de foi » OH des nururs yénérales de l'Eglise , lesquelles » sont fondées sur les saintes Ecritures , dont Tin- '- terprétation dépend de la tradition catholique , » qui se \éritîe par le tétnoignage des Pèjes dans » la suite des siècles. Cette tradition, qui con- » siste en fiit , est déclarée par l'Eçflife arec la » même autorité (jn'elle jnr/e de ta foi ; autrement » il arri\eroil qne toutes les vérités chrétiennes » seroient dans le douli; et l'incertitude qui est » opposée à la vérité constante et immobile de la » foi. »

11 est vraisemblable que si Fénelon se fût trouvé à l'assemblée de 1703, au moment oii le cardinal de Xoailles dénon(;a son opinion avec tant d'amertume , il se seroit boiaié à prier ce prélat et l'assemblét de vouloir bien se faire rapporter le procèsverbal de rassemblée de 1636 . et prendre lecture du passage que nous venons de citer.

.Vlais Fénelon ne se bornoit pas à démontrer que son opinion n'éloif ni nouvelle ni singulière : il établit , par deux jireuves de la plus grande force , qne V infaillibilité promise à l Eglisp et appuvée sur une assislanc- spéciale du Suint-Esprit pendant la longue durée des siècles, peut seule assurei' les fondemens de la foi et de la révélation , en même temps qu'elle préseive l'Eglise de toute eireur dans ses jugemens.

Les fondemens de la foi et de la révélation reposent sans doute, de l'aveu général, sur l'authenticité des livres saints ou plutôt des versions qui nous ont transmis le texte original.

'• Or, dit Fénelon, il est certain , de l'aveu de » tous les Chrétiens, que nous n'avons aucun texte 1) autographe , c'est-à-dire , t'-crit de la propre » main ou dicté par la propre bouche des auteurs » inspirés, pour aucune partie de la Bible , non » pas même pour celles tpii nous restent en leur )) langue oiiginale ; par exemple , nous avons » Tancien Testament en hébreu, qui est la langue » dans laquelle il a été écrit par Moïse , par les » prophètes et par les autres auteurs inspirés ; » mais les autographes ne se tronvent point sur K la terre depuis un grand nombre de siècles ; la » prodigieuse antiquité de ces livres fait qu'il n'en » reste , depuis cette première anticpiité , que des » copies de copies, très-éloignécs des originaux. » Les savans mêmes sont persuadés qu'il s'est » glissé beaucoup de fautes , par une si longue » suite de siècles , dans les exemplaires hébreux » tant de fois copiés, et que cet accident est arrivé » pai- la négligence ou par les divers préjugés de » tant de copistes. Presque tout le nouveau Testa- » ment a été d'abord écrit en grec ; et nous avons » cette édilion originale, mais nous n'en avons » aucun texte autographe. Ceux qui sont sortis » immédiatement ites mains des ajuMres et des » évangélistes ne restent plus dans le monde , et i> il y a déjà bien îles siècles fpi'ils étoient consu- .1 mes ou perdus. Il ne nous reste (|ue les copies î> ipiien ont été faites sur d'autres copies, en re- » montant jusqu'aux copies du premier siècle.

.) .Nous n'avons même que la version giecque )) de l'Evangile de saint Matthieu et de l'Epitre aux I) Hébreux , originairement écrits en hébreu. A » l'égard du texte original de ces deux parties du » nouveau Testament, non-seulement nous n'a-

)) vons pas les autographes de saint Matthieu et de » saint Paul , mais encore nous n'avons que des » copies de copies de la version grecque que quel- » que traducteur en fit autrefois 11 nous est donc » impossible de vérifier, par aucune voie naturelle » et humaine, 1° si les copies qui nous restent des » éditions de la langue originale sont conformes » aux autographes perdus, ou si elles en sont dif- » férentes ; 2*» si les versions des livres , qui ne » nous restent plus dans la langue originale , sont » à peu près correctes ou essentiellement diflerentes » de la signification des autographes.

» 11 faut néanmoins nécessairement que nous » ayons quelque texte de TEcriture, dont TEglise » puisse nous dire infailliblement : Voilà la vraie

V parole de Dieu. 11 est vrai que Tauthenticilé B d'un texte ne suppose pas toujours qu'il soit ab- » solument correct et exempt des défauts même » les plus légers. 11 suffit qu'il soit conforme à » Yautngraphe ou parole originale de Dieu dans » tous les points importans , et que les défauts lé- » gers qui y restent ne nuisent ni h la doctrine ni

V aux mœurs.

» Mais, afin que nous puissions recevoir un texte B comme authentique, il faut bien que nous soyons » assurés par une autorité infailUbl^, que ce texte, 7) qui est dans nos mains et que nous lisons comme » s'il éloit le texte autographe, est k peu près con- » forme au texte de ces autographes , dont il est » une copie ou une version.

«Il faut donc reconnoitreque l'Eglise estiH/«î///6/(' » en vertu Aen promesses, pour nous répondre d'un » texte authentique, c'est-à-dire, à peu près con- » forme aux autographes : il faut aussi, en ce cas,

V qu'elle soit infaillible pour décider s'il y a quel- » que version qui soit authentique , c'est-à-dire , ï> à peu près conforme à la langue originale.

» Or, il est évident que Vinfaitlibililé sur les » éditions et sur les versions embrasse un nombre » presqu infini de faits sur la grammaire et sur » la valeur des termes en chaque langue, pour » comparer les significations des textes, et que » ces faits sont bien postérieurs à la révélation.

Cette infaillibilité de l'Eglise , dans le jugement qu'elle prononce sur des versions de l'Ecriture sainte, éloit un argument sans réplique contre les disciples de Jansénius : ils reconnoissent en effet que le concile de Trente a eu le droit de prononcer avec une autorité infaillible que la \ rdgate est une version authentique, quoique la tradition ne nous enseigne point que l'authenticité delà Vvlgate soit révélée de Dieu. Personne n'ignore que , quelque ancienne qu'on puisse la supposer, elle est moins ancienne que les apôti-es qui ont fini la révélation. Sans cette autorité infaillible, inhérente à l'Eglise en vei-tu des promesses, tous les fondemens de la foi et de la révélation s'écrouleroicnt , puisqu'ils reposent entièrement sur l'authenticité des livres sacrés

C'est avec la même force de raisonnement que Fénelon démontre que l'autorité des conciles œcuméniques, qui f(»rment , après les livres sacrés, la règle la plus certaine de la doctrine et des mœurs , s'écroulcroit elle-même si elle ne reposùit {las sur l'infaillibilité attribuée par les promesses à l'Eglise subsistante.

(• En efièt, que de controverses et de discussions

" critiques ' ne pourroit-on pas établir sur l'his- ') toire et sur les règles de la convocation de chaque n concile, pour savoir si ce concile a été réellement 5) tenu, s'il a été bien convoqué, s'il a décidé li- » brement , et si le texte de sa décision a été tel >' qu'on nous le produit. »

C'éioit sur toutes ces questions de fait que les Protestans chei'choient à contester l'autorité du concile de Trente et de plusieui's autres conciles génér-aux , comme les disciples de Jansénius prétendoient contester l'autorité des décisions pi-ononcées par le saint Siège , sur la question de fait du livre de Jansénius.

C'est en s'attachant invar-iablement au principe de Vinfaillibililé de l'EgUse établie sur les pro;nesr.e-i, que Bellarmin. les deux savans évèques du nom de Wallenbourg, et Bossuel, dans sa correspondance avec Leibnitz . vengent l'autorité du concile de Trente contre les attaques des Protestans; Fénelon développe ensuite toute la chaîne de la tradition , depuis les premiers siècles jusqu'à CCS derniers temps', poiu' montrer que l'Eglise n'a cessé d'exer-cer cette infailHbditc qui lui a été attribuée par les prorneses, dans la décision de tous les faiti dogmatiques- , c'est-à-dire, sur tous les livres et tous les textes soximis à son jugement pour la conservation du dépôt de la foi.

Toutes les preuves qu'il a réunies , en parcourant la suite des monumens ecclésiastiques, ofirent le tableau historique le plus inlér-essant en ce genre, et décèlent une connoissance approfondie de la tradition. 11 s'étend en particulier sur le cinquième concile œcuménique tenu en 051 , qui condamna les tmi-i chapitres-, et dont le jugement lui four-nit une preuve sans réplique de l'infaillibilité de l'Eglise dans la condamnation des livres hérétiques.

11 fait également l'emploi le plus hem-tîux d'un raisonnement de Bossuet dans sa célèbi-e conférence avec le ministre Claude.

Bossuet demandoit au ministre Claude quelle espèce d'autorité il aitiibuoit aux synodes nationaux , lorsque les ministres protestans contractent d'avance, « derant Dieu, l'engagement de se sou- » mettre à tout ce qiri y seroil résolu. »

Le ministre répondoit que ce s-rment reposoit sur une foi humaine et non sur une/"/ divine.

( Mais, lui répliquoit Bossuet, celui qu\jure de j> se soumettre à la décision qu'on fer'a dans une » assemblée, y'wrc de croire de cœiir l'I de confesser » de bouche la doctrine qu'on y aura décidée. Or, » pour foire cette pr-omesse et la cx)nfir'mer par » serment, il f;iut que l'assemblée à qui on la fait » ait une promesse divine de l'assistance du Saint- » E^'prit. c'est-à-dire, qu'elle soit iiifaill'ble;on ne » pourroil faire sans témérité un pai'cil serment , » si on n'étoit fondé sur luie promesse absolue de » Dieu, qui nous assui-e même contre les infidéli- » tés des hoiumes , telle gue Jésus-( hrist l'a faite I) à son Egiiye. »

Fénelon concluoit de ce raisonnement et de ces expressions de Bossuet , que l'opinion de ce prélat étoit : l" que tout sfrnuvtt , en matière de religion, su|)posoit une croyance aussi sincère du C(Bur , qu'une profession publique et extérieure; 2° que

' Procès- vcrJ)al de l'assciiiblOc de 1050.

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