‹ Œuvres complètes de Fénelon, archeveque de Cambrai. Précédées de son histoire littéraire (volume 2)Chapitre 307 sur 422 · LIVRE r.lNOUIEME · texte numérisé non relu

LIVRE r.lNOUIEME

vieillesse , et avec lequel il avoit même des relations de famille qui lui ispiroient de justes ménagemens; mais Home se montra bien plus sévèie pour venger Fénelon, que Féuelon n"avoit montré de zèle et damour-prupre pour se détendre. Le mandement de Tévèque de Saint-Pons , et les deux lettres qu'il avoit écrites contre l'archevêque de Cambrai , furent condamnés à Rome par un décret du 17 juillet 1709 .

Du P. Quesnel.

Ce n'étoit pas seulement envers ses collègues que Fénelon obser\oit ces mesures d'égards et de bienséance dont on ne de * roit jamais s'ecarlei- dans les discussions qui peuvent s'élever entre les ministres de l'Eglise, dans quelque rang qu'ils se tiouvent placés.

Le père Quesnel * , qui s'étoit déjà rendu fameux par son zèle ardent pour le jansénisme , et qui le devint encore plus dans la suite par tous les troubles dont il fut la cause ou l'occasion , venoit de publier une diatribe violente contre la bulle de Clément XL Ses écrits polémiques portoient l'empreinte de ce style amer qui se plaît à insulter aux puissances ,' lorsqu'on croit avoir à s'en plaindre. La vie errante et cachée à laquelle il s'étoit condamné depuis tant d'années , avoit encore ajouté k la disposition naturelle de son caractère , cette soi'te d'àpreté sauvage qu'on contracte danslasohtude, lorsqu'on y porte la crainte et l'inquiétude. Cependant il paroit que le caractère inaltérable de douceur de Fénelon avoit , par une espèce de charme, opéré une révolution dans le style habituel du père Quesnel. On remarqua, dans un écrit qu'il adressa à l'archevêque de Cambrai, des ménagemens auxquels on n'étoit pas accoutumé de sa part. Fénelon s'empressa d'accueiUir avec la plus indulgente bonté ces démonstrations réelles ou apparentes qui sembloient annoncer le désir de s'éclairer mutuellement ; il écrivit au père Quesnel j :

« Je commence ma réponse en vous remerciant » de tout mon cœur de vos honnêtetés. Quoique je » n'aie jamais eu aucune occasion de vous voir ni

' Depuis la publiiation di' la <leuxième édition de Vllistoire de Fénehui , nous avons oit- instruits d'une circonstame qui honore la mémoire et los religii'usos disposilinns de l'éTt^quc de Sainl-Pons. On a Irouvii ■du\ .■irchhes du Fatican,k l'i^poque de luur Iranslaiion a Paris, au titre de Clf'rneiit XI , trancia V, u. ao."»?, une longue letlre écrite au Pape par r.vOque de Saiiit-Pons au lit de la inorl,le2S fL-vricr «713. où il fondanine expressément le silence respectueux sur le fait et SU7- le droit ; et illud omne , ajoule-l-il, qualecumque esse passif, quod ishi co)istitutione[flniam Uomiiii Sabao(h) a f'esird Saiictitate dantnatum est , quarn et olim suscepi, et etimn nunc Ubeiiter suscipio. L'auteur de l'Histoire littéraire df bVnelon ne croit pas avec raison i|ue celle lettre ait pu kalisfaire le Souverain Pontife, {^ole des Edileuis.) — ' Pasquier Quesnel, ne à Paris le U juillet 4G34. entra à l'Oratoire en 16.57. fui obligé d'eu sortir en 1678, par le refu» qu'il fit de souscrire le formulaire de doctrine prescrit par sa congrégation eimlrc le Jansénisme , devint chef de ce parti apics la mort irArnaultl , et niouiul a Amsterdam le 2 décendire 1719, âgé de 85 an^ et quelques mois. — * Lettre de Féneliiriau pereQuesiK-l Corresp.de Fénelon, i,\li,Ç. m.

FÉNELON. TG.MB X.

» d'entrer en aucun commerce de lettres avec n vous, je ne puis oublier le désir que vous eûtes, rt il y a queltiues années, de me venir voira )i Caiiibrai. l'h'il h Dieu que vous fussiez encore » prêt à y venir ; je recevrois cette marque de 1) confiance avec la plus religieuse fidélité et avec )> les plus sincères ménagemens. Jr ni' l'ous par- » leru'.s mêmr cfps qurstiotis sur lesiiuelles nos senn timr lis sont si opposés, qw quand rons If coun ciriez; et j'espérerois de vous démontrer par » les textes évidens de saint Augustin , combien » ceux qui croient être ses disciples sont opposés » à sa véritable doctrine.

» Si nous ne pouriuns pas nous accoider sur les w points contestés , au moins tacherions-nous de. » donner l'exemple d'une douce et paisible dispute, ■ù qui n'altérerait en rien la charité.

» Vous voulez me montrer que je me trompe! » que vous lépondrai-je , sinon ce que saint Au- » gustin m'apprend à vous répondre . .1 Dieu ne » ne plaise, disoit ce saint et savant évèque, que je » rou'/isse d'être instruit par un prêtre. J'ajouterai » avec ce Père : Que je sais de bon gré à celui qui » ceut me détromper sur des questions où il croit » ne se tromper pas, et que je dois ressentir avec » affection les soins de celui dont je ne puis m'em- » pêcher de contredire la doctrine. »

C'est toujours avec ce langage qui sied si bien dans la bouche d'un évèque et d'un homme qui sait se respecter lui-même, que Fénelon écrivoit et répondoit à ses adversaires. 11 est pou d'évêques qui aient autant écrit sur les matières qui agitoient alors les c'^prits. La considéiation que de grandes vertus et de grands talens avoient acquise à l'archevêque de Cambrai, ses justes inquiétudes sur les dangers qui menaçoient l'Eglise , et le devoir de son ministère , ne lui permettoient pas de garder le silence ; mais s'il combat les opinions, il ménage toujours les personnes : les écrivains les plus célèbres du parti opposé avoient réuni tous leurs moyens pour aflbiblir ou éluder la force de SCS preuves et de ses raisonnemens ; souvent même, comme il arrive presque toujours dans toutes les discussions , ils niêloient les traits de la satire ou des allusions piquantes à la discussion des preuves et des autorités; Fénelon melt'oit à l'écart , dans ses réponses , tout ce qui lui étoit personnel , opposoit des raisons à des injures, et ramenoit toujours la question au seul but qu'il se proposoit , celui d'instruire et de persuader.

Le caractère qui distinguoit éminemment Fénelon, et qui semble lui appartenir d'une manière particulière, est celui de la candeur et de la modestie. Bien loin de solliciter l'approbation de ses amis et de ceux dont il réclamoit les lumières, il s'altachoit à provoquer leurs objections; jamais il n'étoit surpris de rencontrer une opinion différente de la sienne ; il recevoit avec autant de douceur que de reconnoissance les observations quelquefois sévères que ses amis les plus chers ne craignoient pas de lui transmettre. U étoit le premier à exiger de leur vertueuse amitié cette franchise austère ; il écrivoit à l'abbé de Langeron , : « Vos remontrances, mon très-cher enfant , me

• LeUre de Fénelon à l'abbé de Langeron, 20 juillet 1700. Corresp, de Feneliin, t. vu, p. 537.

» firent quelque légère peine sur-le-champ; mais •» il était bon qu'elles m'en tissent , et elles ne du- )) rèi-ent pas. Je ne vous ai jamais tant aimé : vous » manqueriez à Dieu et à moi , si vous n'étiez pas )) prêt à me faire ces sortes de peines toutes les )) fois que vous croirez devoir me contredire. Notre )) union roule sur cette simplicité , et l'union ne » sei-a parfaite que quand il y aiu-a un flux et re- » flux de cœur sans réserve. »

Ses amis ne lui laissoient point ignorer les interprétations ou les motifs (|iieren\ie et la malignité afVectoieut de donner à des démarches les plus innocentes ; il n'en paroissoit ni sin-pris ni affligé; et c'est dans ses lettres les plus intimes qu'on retrouve cette candeur louchante que personne ne sut jamais revêtir d'un style plus enchanteur. ^< Je ne suis pas assez présomptueux , écrivoit » Fénelon au père Lami >, poiu- espérer de ma » parole un si prompt changement dans les esî> prits : d'ailleurs, les honnnes n'ont pas assez de )' force sur eux-mêmes pour s'arracher, en trois )) heures de lectiue , des préjugés eni-acinés de- » puis tant d'années; il faudioit rompre les liens » les plus doux et les plus flatteurs, l'aire un aveu » infiniment douloureux à l'amour-propre , dé- » monter toutes ses pensées, et mourir, pour ainsi » dire , à toutes les choses dont on a \ écu ; il faut » attendre patiemment qu'ils se rapprochent peu )' à peu; des éclaircissemens doux et paisibles; )i point de disputes

» Pour ceux qui vont fouillei' dans mes inten- )) lions , je leur pardonne ; quand mômp ce qu'ils )i x' imaginent, serait vrai , la cfrité que j'ai dite )) en seroit-elle moiîis la vérité? J'ai tâché de leui- » dire des vérités nécessaires par les termes les » plus doux ; s'ils font contre moi des écrits in- '' jurieux, je tâcherai de ne répondie à des injures " que par des raisons. Laissez-les donc exhaler " leur chagrin , et ne vous fâchez pas par amitié 5' pour moi de ce qui ne me fâche nullement. Un » torrent s'écoule bien plus vif c quand on ne fait '> rien pour le retenir. Pi'ions pouiles esprits pré- » venus , ; et loin de nous irriter contre eux, ne » songeons qu'à les plaindre, (lu'à les attendre, » cpi'à chercher les inuyeusdeles guérir de leur » prévention. // faudroil n'être pas homme pour >' ne pas sentir combien il est facile de s'ençjager » dans l'erreur, et combien il en coûte pour en » revenir. »

Sfinlimons de fénoioii sur {'nii-Roval.

lude et de scandale. Rien ne devoit plus blesser toutes les idées d'un esprit aussi juste et aussi éclaiié, que le travers ridiiide de ([uelques rehgieuses qui s'étoient érigées en théologiennes , et qui se gloiàfioient de leur résistance à des décisions généralement admises dans l'Eglise. Cependant Fénelon voyoit avec peine que le gouvernement s'écartoif quelquefois de ces sages tempéramens qui lui paioissoient toujours préférables aux moyens de force et d'autorité : il écrivoit à M. de lîeauvilliers ■ :

« Ce qu'on a fait contre mada/ne la comtesse « de Gramont ^ ne me paroit pas assez mesuré : » dire qu'on a Port-Royal en abomination , c'est » dire trop , ce me semble, il suffisoit de lui re- » présenter cette maison comme suspecte *. Elle » a d'ailleurs obligation à ce monastère ; ell 'y » croit lien voir que d'édiliant ; elle a devant les >) yeux l'exemple de Racine , qui y alloit trèsi> souvent , qui le disoit tout haut chez madame )j de Maintenon, et qu'on n'en a jamais repris <■.>>

Lorsque cette maison fut entièrement détruite , en 1701), avec des circonstances odieuses trèspropres à révolter les esprits, Fénelon, qui avoil plus à se plaindre que personne de l'acharnement avec lequel les écrivains de ce parti cherchoient à le noircir, gémissoit avec ses amis sur une mesure aussi violente. Je lis, dans une de ses lettres au duc de Chevr(nise ^ , ces expressions remar- (juables : « Un coup d'au i.orité, comme celui qu'on 5) vient de faire à Port-Royal, ne peut qu'exciter )) la compassion publique pour ces filles, et l'in- » dignatiou contre leurs persécuteurs; » tant Fénelon éldil convaincu ipie les seuls moyens utiles et légitimes contre les erreurs de l'esprit, sont les secours de l'instruction et de la persuasion. 11 croyoit qu'un gouvernement est toujours dispensé de recourii- à des mesures de rigueur et de persécution , lorsqu'il a la sagesse et l'iiabileté de réserver sa faveur et sa protection aux honuiies paisibles, soumis et utiles.

Uouretir de Fénelon envers les Jansénistes et envers les Pintestans.

Ces principes invariables de Fénelon le rendirent également cher à tous ses diocésains , malgré la diversité des partis et des opinions. Aucun évèque de son temps ne s'est déclaré d'unie manière plus foile et plus décidée contre les parti-

Si on veut Ac. uoiivelit^s ]»reu\(s de la modération liabituelle de Fénelon et d(! son opp(jsiti(m constante à tous les moNcns violens , on les trouvera dans ses lettres les plus conlideutielles et les plus secrètes. 11 étoil certainement très-affligé de voir que le monastère de Port-Royal, (pii aiiroil pu offrir à la religion et à l'Eglise de grandes consolations, par le spectacle édifiant de la piété et delà l'égularifé, étoit devenu un objet d'iiKpiié-

1 \.r\Ur,U- l-rllrl, ./f !■ melon, l. \n, 11 25 mai 1705. tbitl.

2 Kli

( i ff

IIIKIIII

Kl h

l.;ir

une

<'i un

•inlirp 1099. (orn'sp. de FciicIdii, I. vu, ji. 220. n'Ili llaiiiillun , fi'iiiiiic ilo PliiliiH-rl , coiiilc de oiiiiii par les Mciiinircs ii;ij)''ini('s sous sou noiii. I 11' :i jiiiu 1708, !>g(''(' (le i>7 nus. — ^ W paroll, lii' (le iiuulanie île Mninlcnun , que la couilesse «le loil exposée a de justes reproches pur une exaltaspril de parli peu convenables i» une personne de son sf\e et de sou étal. « Madame la comtesse de Gramont » ne ijiirdi' plus de mesure là-dessus (sur le jansi'iiisme); elle » monlif sans l'ai.-dii , dans une ihamhre qu'elle » au eou- » vent de la Miidc-lcine, tous les pnilrails do .lansiMiius , de » M. Arnauld.deSaey.el autres. })[Lcllrf an dur dcISitriilles.)

— * Voyez, les Piiirs jtisli/ic<ilin:<, du livi e cinquième, n. il,

— •' Du -2', iiiivrinlprc l'ai'.». (.</.<■(/>. de Fàielun , t. vu, p. 29/4.

Page 1