‹ Œuvres complètes de Fénelon, archeveque de Cambrai. Précédées de son histoire littéraire (volume 2)Chapitre 310 sur 422 · LIVRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIÈME

Maxime et saint Anselme n avoient pas cru déi'oijer à la dignité de leur ministèie et à la hauteur sublime de leurs talens, en descendam jusqu'au.v dernières classes du peuple , pour l'instruire des mystères mêmes de. la religion dans un langage et dans une forme appropiiés à son ignorance et à sa simplicité. Cétoit par cette méthode aussi paternelle (pi'apostolicpie que le christianisme a\oit ftiit <les progrès ia!>ides pai mi les nations les plnsétiangci'es à la culture des sciences et des arts; c'est ainsi qu'on éti. il pai\enu à formel' des chrétiens toujoni's prêts a sceller de leui- sang une doctrine dont ces utiles insliiictions avoient gravé la conviction dans Icni- esprit, et fait goûter la sainteté à leur cœru'.

Ce fut en se conformant à ces exemples autorisés dans l'Eglise , que Fénelon publia une instruction pastorale divisée en trois parties , et composée sous la l'orme de dialogues. Le succès des premiers dialogues l'encouragea à les étendre audelà des bornes qu'il s'étoit d'abord pi'escrites , et il étoit encore occupé de ce travail lorsqu'il fut surpris par la mort. 11 \enoi1 alors d'achever le dialogue sur la volonté île Dieu de murer tous les hommes par une rjrdce générale et suf lisante.

Deux jours avant sa mort il chargea son secrétaire de l'insérer dans la nouvelle édition qu'il s'étoit proposé de publier, et lui indiqua môme la place (lu'il devoit occuper dans ce recueil. 11 fut en etlèt imprimé la même année 171S; on prit seulement la précaution de le diviser en deux, pour se conformer à l'intention générale de l'ouvrage, et éviter de fatiguer l'attention des lecteurs. Ces deiix dialogues forment le douzième et le treizième de l'édition de 1715.

PUITE DE L AFFAIRE DU JANSENISME.

Lettre de Lamolte à Fénelon , l'"' janvier 1714.

Instruction pastorale de Fénelon . en forme de dialogue?.

Dans un temps où les controverses théologiques occupoient tous les esprits , Fénelon , toujours fidèle à sa maxime , que la religion conseivoit ou recouvroit bien plus sûrement ses droits pai- Finstruclicn que par la force, imagina de réduire toutes ces questions subtiles et abstraites à quelques notions si simples et si claires qu'elles pussent convaincre tous les hommes l'aisonnables dans les classes même les plus étrangères à ce gem-e de discussions. C'est ce qui lui fit naître l'idée de renfeiiner dans un certain nombi-e de dialogues, écrits dans un style simple et familier, toutes les coiitioverses agitées en France depuis soixante-dix ans, sur les matières de la grâce. 11 avoit obscr\é que les Pères de FEglise les plus l'cconnuandables p:^r leurs lumières et leurs vei'tus, a\ oient employé Mvec succès cette méthode contre les héréticiucs de leurs temps. C'est ainsi que saint Justin, martyr, saint Athanase, saint Basile, saint Grégoire de Nazianze, Sévère Sulpice, .saint Cyj-ille d'Alexandrie, Théodore et saint Chrysostôme, saint •Jéiôme, Cassien, saint Grégoire le' Grand, saint

On pourra juger quel fut le succès de ces dialogues par le témoignage d'un homme de lettres célèbre. On aura peut-être aujourd'hui de la peine à compiendie conmienl Lamotte ' a pu s'occuper a.ec tant d'intérêt de ces questions que beaucoup d'écrivains alVecleut de mépriser, sans avoir assulément son esprit , ses talens et sa céh'iwité. C'est dans une lettre (pi'il éciil à Fénelon, (ju'on observe Fimpression (jue tirent sui- Lamotte les dinloQues Ihéolugiques dont nous venons de parler.

« Monseigneur, j'ai lu votre instruction pastort raie ; jamais matière ne m'a ])aru mieux édair- » cie. J'y ai remarqué même que, pour ne point )) laisser de réplique à la chicane, vous ayez le » courage d'en dire [dus (ju'il ne faudroit à des n gens de bonne foi; (pie vous ne dédaignez pas » les objections les plus absurdes , parce qu'enfin )) on ne laisse pas de les faire, et (pie vous croyez y> (pi'il est de la charité de payer de laisons les » gens les plus déraisonnables. Se peut-il , Mon- )' seigneur (car j'ai mon zèle aussi sur celte ma- « lière), se peut-il qu'on donne au mot de hberté » un sens aussi forcé que celui ([ue lui donnent ') co\\\ que vous réfutez. Nous sommes donc, selon

> Aiiloiiic llimdard .1.' I.,iii..illr , no :i l';uis le 17 jiiiiMer IOT-2, iiuiil )o 26 liéi'omhri' 1731, iigc' de ."j9 ans.

HISTOIRE DE FÉNELON

» eux , comme une bille sur un billard , indifl'é- » rente à se mouvoir à droite et à gauche ; mais » dans le temps même qu'elle se meut à droite , » on la soutient encore indifférente à s'y mouvoir, « par la raison qu'on l'auroit pu pousser à gauche. » Voilà ce qu'on ose appeler en nous liberté ., une » liberté purement passive, qui signifie seulement » l'usage diiliérent que le Créateur peut lah-e de » nos volontés, et non pas l'usage que nous en » pouvons faire nous-mêmes avec son secours. » Quel langage bizarre et frauduleux! On croit, » en attachant ainsi aux mots des idées contraires » à l'institution générale , éluder les censures de « l'Eglise ; on parle connue elle en pensant tout » autrement , et l'on trouve mauvais qu'elle rejette » des enfans qui ne tiennent à elle (jne par l'hypo- » crisie des teimes. Pardonnez-moi, Monseigneur, » ces saillies théologiques.

» Encore un mot sur votre mandement , et je » rentre dans ma sphère. J'y ai été frappé sui-lout » d'un argument que a ous tkites sur l'autorité de » l'Eglise ; c'est d'elle seule que nous recevons » l'interprétation de l'Eciiture, à plus forte raison » celle des Pères. 11 ne s'agit donc plus d'alléguer » les textes des saints docteurs ; il ne faut qu'in- « terroger l'Eglise sur le sens qu'elle y approuve; » et quand on supposeroit que ce n'est pas le vrai » sens des auteurs, il n'en seroit pas moins la seule » règle de foi. L'Eglise a décidé, par exemple, que » l'homme peut lefuser son consentement à la )) grâce s'il le veut; il ne m'en faut pas davantage ; » c'est par cette seule parole que je dois exjdiquer » tous les livres des Pères sur la giàce ; et quel- » qnes difiicultés qui s'y liouvent, c'est le dénoue- » ment universel. »

Si celte lettre fait l'éloge de la sagacilé avec laquelle Lamotte avoit saisi des questions qui lui étoient si peu familières, elle peint en même temps la clai'té que Fénelon savoif lépandre sui' les matières les plus ahstj'aites. C'étoit là eu etVel une des qualités les plus remarquables de l'esprit de Eénelon ; et ce genre de mérite est d'aulanl plus étonnant, qu'un goût particulier l'attiroil de [uéféieiice vers les profondeurs de la mélapli\sii|ue. Celle disposition auroit dû natiu'ellenient cdiuniiiiiiipiej- à ses idées et à ses expressions celte espèce d'obscurité sublime qu'on est souvent tenté de reprocher à quebjues métaphysiciens, soit qu'ils s'égarent malgré eux en voulant s'élever jusqu'aux bauteuis inaccessibles (pie Dieu a interdites à riiik'Iligence humaine, soit que les esprits d'un oidri- inlérieiir ne puissent suivre l'essor hardi de leurs conceptions, l'énelon faisoit servir au contraire son génie métaphysique à simplifier toutes les idées , et aies traduire sous les signes les [dus intelligibles.

numens de la tradition , on prétendoit qu'il nianquoit de profondeur. Ce reproche étoit un véiitable éloge du talent qu'il avoit de faire disparoitie toutes les aspérités dont les sciences sont trop souvent hérissées; mais la voix publique vengeoit avec éclat l'archevêque de Cambrai de l'injustice de ses détracteurs ; on admiroit la beauté de ce génie lumineux , qui portoit toujours la clarté dans les questions les plus obscures , qui s'attachoit à substituer des notions simples et naturelles à des définitions vagues et arbitraii-es , des comparaisons sensibles et familières à des idées abstraites , et qui olli-oit sans cesse à la pénétration des lecteurs une méthode claire , facile , et dégagée de tout cet appareil plus imposant que nécessaire à la connoissance de la vérité.

C'étoit avec le même artifice et aussi peu de bonne foi qu'on alTectoit de supposer que Fénelon étoit attiré de piéférence vers le système de Molina par un penchant qu'il cherchoit en vain à dissimuler. Nous croyons au contraire avoii- observé (jue, parmi toutes les opinions que l'Eglise a abandonnées à la liberté des écoles, Fénelon n'en avoit embrassé aucune en paiticulier, paice qu'il n'en étoit aucune qui ne lui offrit des difficultiis presque insurmontables ; il n'avoit jugé ni utile, ni nécessaire, de chercher à les résoudre ou à les concilier , et il s'étoit sagement renfermé dans les limites où l'Eglise elle-même a cru devoir se renfermer; il s'étoit borné à combattre ceux qui s'en étoient écartés ou (pii vouloient s'en écarter, et il ne s'arrogeoit ni le droit ni la prétention d'interdire à ses inférieurs la liberté du choix parmi tant d'opinions que l'Eglise n'a cru devoir ni condanmer, ni approuver.

C'est ce (jn'il répondit de la manière la plus claire et la jdns précise au supérieur d'une comnuniauté, ([ui crut sans doute l'embarrasser en lui olViant d'enseigner à ses religieux l'une de ces opinions de préférence à l'autre.

<< Vous me demandez, mon révérend Père ', ce » que je \eux(]ue vous enseigniez à vos étudians; » pei niellez-moi de vous répondre que je ne veux » rien, et que je laisse à chacun toute l'étunduc » de libci'té que l'Eglise laisse à ses enfans. Eh ! 5) qui suis-je pour vouloir aller plus loin? Je me w borne à demander en son nom (pi'on n'enseigne » rien contre le concile de Trente , ni contre les » cini| conslilulions (pi'elle a portées sur les doc- >) Irines plus récentes. J'userois d'une autorité (pii » ne m'appartient pas, si je \oulois imposer une » loi sur les opinions libres dans les écoles catho- » liques; je ne veux ni ne peux condamner aucune » des opinions (pie l'Eglise ne condamne pas, et 5) il ii'esl nnllemeni nécessaire pour la piirelé de )) la foi de s'attacher de préférence à (pielqu'un » des systèmes (jui i>arlagent les écoles. »

Lettre de Fciicloii au supérieur d'une comuiunaulc.

Les adversaires de Fénelon furent déconcerb-s par le succès de la méthode aussi sinipU; (priiigi-nieuse dont il s'étoit servi pour se faire enlendre de toutes les classes de la société; ils l'accusèrent de n'èlre |)as théologien, pour se dispenser de lui ré[)ondre; et tandis (pie tous ses écrits attestoient l'étude appiofondie (pi'il avoit faite de tous les mo-

Projot d'un travail sur saint Augustin.

C'est dans cet cs|)rit d'exactitude et d'impartialité (pie Fénelon s'étoit occupé avec ardeur, pen-

('(urexii. de Fnwlon , I. \i

1). /(Oi

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