‹ Œuvres complètes de Fénelon, archeveque de Cambrai. Précédées de son histoire littéraire (volume 2)Chapitre 311 sur 422 · LIVRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIÈME

fiant les dcrnicrcs années de sa vie, d'ini ^Maïul travail snrsaini Augustin. Les disciples de l.utlier, de Calvin et de .lanséninsa\oienteheiclié àappuu'ileurs erreurs de la puissante auloi ité de ee Père de l'Eglise ; il n'avoit pas été diriieile de montrer combien ses véritables sentimens étoient opposés à la doctrine de tous ces novateurs; mais Fénelon a\oit lemarqué que les auteurs mêmes des systèmes ttdérés dans les écoles catholiques, s'ari'ogeoienl (piclquelbis avec trop d'indiscrétion la prétention exclusive de marcher sous la bannière de saint Aui,'ustin, et de dénoncer leurs adversaires connue les héritieis et les successeurs des héiéticjues qu'il avoit combattus.

I,'ol)jel du travail de Fénelon otoit d'exposer les véritables sentiniens de saint Augustin ' , sans aucune acception <le système ou de parti; d'établir K's vérités inconti'stables qu'il a en le mérite et la gloire d'éclaircir et de ti\er avec plus d'exactitude et d'attention qu'aucun antre Père de l'I^glise , et <jne le consentement unanime de l'Eglise a consacrées par son autorité; de séparer de ces vérités incontestables les opinions pirticulières à ce grand homme , ipi'il n'a lui-même piojjosées que comme de sinqiles opinions , et que l'Eglise n'a point ratifiées par des décisions foinielles; enfin de montrer con)ment les théologiens même dt!s écoles catholiques se rapprochent ou s'éloignent de la doctrine de saint Augustin , et combien les uns et les antres sont peu fondés à usui'per le titre de ses seuls et lideles interprètes. La mort arrêta Fénelon dans le cours de ce grand travail ; nous n'avons pas même pu recouvrer les matél'iaux qu'il avoit réunis pour l'exécution de ce projet. On ne sauroit trop déplorer cette perte ; il eût été intéressant d'observer connnent un génie aussi claii- et aussi lumineux que Fénelon , et qui a\oit eu la sagesse de se préserver de toute prévention systématique , auroit élevé à saint Augustin tm monument vraiment digne de ce Père de l'Eglise , en dégageant sa doctrine de toutes les interprétations subtiles et arbitraires (|ue l'esprit de parti a voulu donner à quelques-unes de ses expressions.

Suite des allai les de l'Eglise de France.

Cependant les esprits s'aigrissoienl , et la chaleur des controverses entretcnoil dans l'Eglise de France une fermentation inquiétante qui importunoit le gouvernement, et qui afdigeoit les hommes sincèrement religieux.

Si , comme le chancelier d'Aguesseau le fait entendre, le cardinal de Noailles ne fut pas tontà-fait étranger à la rédaction et à la publication du Cas de Conscience , on eut tout lieu de regretter qu'un prélat dont la piété , les mœurs et les saintes intentions étoient dignes des temps aposlolicpies, n'ait pas été doué de la sagesse et de l'habileté de conduite de son prédécesseur, beaucoup moins édiliant que lui. Le cardinal de iNoailles étoit , par caractère , doux , paisible et

LeUics de Fénelon au duc de Clicvreuse et au pere Laiiii.

modéré; mais sa maladresse fut telle, qu'il fit précisément ce qu'il falloit pour mettie tous les (îsprits en mouvement et en opposition. M. de Hai'lav a\oil fait ol)seiver le silence à tous les partis, en ne p;irlanl jamais du xtlcnrr respectueux', et le cardinal de iN'oailles invita indiscrètement tous les piulis à parler et à écrire , en agitant on en laissant agiter la (picstion du silc7ice respectueux. Mais à ce incmier sujet de disputes qu'il avoit si impiudemuient fait renaitre, succéda un incident malheureuv dont il fut dans l'origine la cause involontaire, et (jui ouvrit toul-à-coup cette longue suite de scènes scatidaleuses qui ont occtquî l'Eglise et l'Etat pendant cinipiante ans, et qui ont inllué an moins indirectement, si l'on en croit ro()inion assez plausible d'un grand nombre de )tersonnes, sur les scènes bien plus déplorables qui ont marqué la (in du dix-huitième siècle. Nous serons heureusement dispensés d'en faire le récit, parce (]u'elles ne connnencent itoin- l'histoire ouk l'époque où finit la vie de Fénebtn : il suffira d'en raconter l'origine et la paît (jue Fénelon y prit peu de temps avant sa mort.

Du livre des Réilcvions morales du P. Qiiesnci.

Le père i^uesnel de l'Oratoire, dont nous avons déjà parlé, avoit écrit en 1G71 des lUjlexions ■morales sur le Nouveau-Testament; ce livre ne formoit d'abord qu'un petit volume «7i-12, qui ne renfermoit que les(juatie Evangiles, avecquel- ([ues courtes ré'lexions. L'onction et la piété qui y étoient réj)andues, suffisoient pour disposer le peuple à goûter les saintes maximes de la religion et de la morale chrétienne, et paiurent à M. Félix Vialart ' , évèquc de Chàlons-sur-Marne, dignes de son approbation ; il en recommanda la lecture au clergé et aux fidèles de son diocèse. Ce prélat jouissoit d'une grande réputation dans l'Eglise de France, et sou témoignage étoit un titre honorable pour le livre et pour l'auteur.

Le père Quesnel, encouragé par ce premier succès, en fit paroilre une seconde édition en 1687 ; il joignit aux quatre Evangiles tons les autres livres du Nouveau-Testament , et donna beaucoup plus d'étendue aux réflexions dont il avoit accompagné le texte sacré. Cette seconde édition parut en 5 vol. m-12, et eut encoie plus de succès que la piemière. A cette seconde édition succéda bientôt une tioisième beaucoup plus volumineuse par toutes les paraphrases que le ,père Quesnel avoit ajoutées à ses premières réjlexions ; elle parut imprimée à Paris en 1G95, divisée en -i vol. »n-8° , et sembloit offrir ces mêmes sentiments de piété propres à conduire les âmes religieuses dans les voies de la perfection chi'étienne. Cette édition de 1695 fut revêtue de l'approbation formelle du cardinal de Noailles, alors évêque de Châlons.

JMais lorsqu'en 1(599 on voulut imprimer une

1 l'('li\L Vialart de Herse, né à Paris le 5 scplembrc ICI 3, TiDuiiné en 1640 a l'évéclié de Chàlons-sur-Marne , sur le refus de M. Olier, fondateur de la congrégation de Saint-Sulpicc. Ce prélat mourut le 10 juin 1680, âgé de 67 ans.

HISTOIRE DE FENELON.

3iiatrième édition de ce mr'nie livre, le cardinal eNoailk's, devenu archevêque de Paris, paru! hésiter un moment s'il rautoriseroit de son approbation. La triste célébrité que le père Quesnel avoit acquise depuis quelques années par son ardente opposition à toutes les décisions de l'Eglise contre la doctjine de Jansénius, avoit attiré sur lui l'attention publique , et devoit naturellement faire craindre qu'il n'eût mêlé à des réflexions trèssaines et très-pieuses des maximes et des principes favorables h la doctrine qu'il professoit. Le cardinal de Noailles n'ignoroit pas que plusieurs théologiens s'étoient déjà prononcés contre les opinions dogmatiques que le père Quesnel avoit cherché à insinuer dans cet ouvrage ; c'est ce qui le détermina à soinnettre cette nouvelle édition à l'examen des membres de son clergé qu'il étoit dans l'usage de consulter; mais soit que les examinateurs ne crussent pas devoir juger à la rigueur les expressions d'un simple livre de piété, soit qu'ils fussent eux-mêmes favorables aux opinions du père Quesnel, ils n'y trouvèrent rien de répréhensible , et le caidinal de iXoailles au • torisa cette nouvelle édition, en permettant qu'elle lui fût dédiée.

Lettres de madame de Maintenon au cardinal dcNoailles.

Si le cardinal de Noailles eût obéi en cette circonstance, connue en beaucoup d'autres, aux sages inspirations de madame de Maintenon, il auroit piobablenient évité d'ofVrir à ses amis et à ses ennemis ce nouveau motif de le rcpii'senter comme livré, malgré des senlimens et des intentions très-pures, aux intrigues d'un parti qui abusoit de sa foiblesse et de ses pré\entions. Madame de Maintenon, qui prenoil le plus tendre intéiêl à un prélat dont elle honoioit la vertu, qu'elle avoit placé elle-même à la tète de l'Eglise de France , et dont elle avoit pour ainsi dire adopté la famille , avoit chej'ché à le prémunir de bonne heure contri; les dangers de sa position , et plus encore conti'c les dangers de son propre caractère. Dès le commencement de son épiscopat , elle lui avoit donné les conseils les plus utiles ; toutes les lettres qu'elle lui écrivit à ce sujet respirent la modération et l'impaitialité, et annoncent une connoissance du monde et de la cour 3ui durent faire regretter dans la suite au cariual de Noailles de n'avoir pas suivi les conseils d'une amie aussi éclairée et aussi dévouée.

« Que \ous manque-t-il ', Monseigneur, pour » travailler utilement? Il n'y a contre vous qu'un n soupçon ; et ce soupçon, est-il si impossible de )) l'effacer? Tout ce ([u'on dit contre vous se lé- » duit à la protection secrète que vous accordez 7) au parti janséniste ; personne ne vous accuse » de l'être. X'ouflriez-vous être plus long-temps » le chef et le martyr d'un corps dont vous rou- )- giriez d'être membre? .\e leverez-vous pas cet » obstacle , le seul qui nuise au bi(;n auquel vous » paroissez destiné? Quant aux moyens, vous les

« Leitrf .lu 17 ft-viin «701.

>: connoissez mieux que moi. On ne vous accuse « point d'être quiétiste . ni tous ceux qui vous ;- environnent ; pounjuoine vous laverez-vous pas )) aussi bien du soupçon de jansénisme? Jamais » les Jésuites n'ont été plus foibles qu'ils le sont ; 51 le père de la Chaise n'ose parler, leurs meil- /' leurs amis en ont pitié; ils n'ont de pouvoir » que dans leur collège; je le vois sou\ent; je y ^ois la force que vous auriez si ce nuage de » jansénisme pouvoit enfin se dissiper. On est »> averti que vous avez des commei'ces directs et » indirects à Rome avec des gens qui y ont été ■'} les plus achainés pour Jansénius et contre le 1) Roi '. Croyez, Monseigneur, que tout lui re- » vient , et qu'il n'a aucun tort de vous soup- » çonnei'. Ce n'est point sur les discours de votre » pèie la Chaise ; le bonhomme encoi-e un coup " n'a nul crédit. On (le Roi) est piévenu d'es- )' time pour vous ; on croit votre \ ertu sincère ; » on la regarde avec respect ; on me permet mèm-C '> de vous donner les avis que je vous donne sur » vos commerces à Rome : grande marque de con- » sidération pour vous... Paidonnez-moi, Mon- " seigneur , mes libertés ; vous en voyez la cause : >' j'aime le Roi ; j'aime le bien public ; j'aime » votre personne ; voilà ce qui me rend si sen- » sible ; je mourrai apparemment avant vous ; je 5) voudrois, en mourant, laisser le roi entre vos « mains. »

Soit par foiblesse de caractère, soit par un penchant trop marqué pour un parti qui cherchoit à le llatter, le cardinal négligea malheureusement de suivre des conseils aussi conformes à la raison ([u'à son intérêt personnel. 11 semble qu'il auroit dû les accueillir avec d'autant plus de confiance , qu'il ne pouvoit pas plus se méprendre sur la véritable alfeclion de l'amie qui les lui donnoit , que sur l'appui qu'il devoit attendre de son crédit et de sa faveur. D'ailleurs la marche que madame de Maintenon lui traçoit étoit dictée par les convenances mêmes du caractère dont il étoit revêtu et de la place qu'd occupoit; il ne {•ouvoit en résuher que les plus grands avantages poui- la tranquillité de l'Eghse et poui" le succès de son administration ecclésiastique. Elle ne lui proposoit point de se livrer à un parti préférablemont à l'autre; elle se boinoit à désirer qu'il parût s'éloigner de celui vers lequel on le soupçonnoit d'être un peu trop entraîné; c'est ce qu'elle lui fait encore entendre dans une auti-c lettre >.

c( On ne vous propose point de violences contre » eux; il n'en faut jamais que contre ceux qui » refusent hautement de se soimiettieà ce qu'une » autorité légitime a décidé. Quant aux autres, » il faut, -Monseigneur , les ramener par la dou- >> ceiu' et le bon exemple. Vous pouvez leui' mon- » tier av ec une doctrine pure cette morale sévère » dont ils aiment à se parer, et qui met dans n leur parti plusieurs persomies qui cherchent ■n Dieu et (|ui ignorent (ju'il n'est jamais dans les » cabales. Je donnerois de mon sang poiu- en- » tendre dire : M. le cardinal est bien décidé u contre les Jansénistes. Je voudrois que vous

» Dims les ndaii-cs do la Hàjuk.

24 ntlobre «708.

La inOnic au mêuK",

Page 1