Ibid
les emportemens. Madame de Maintenon écrivoit au duc de Noaille? (11 juillet ITOfi) : « M. le duc de » Bourgogne est extravagant ; car on ne peut ap- » peler autrement la passion qu'il a poui- sa femme; » et je ne crois pas qu'on en ait Jamais vu une si » désagréable pour celle qui la cause et pour les » spect'ateurs; je n'en parle point en personne pré- » venue contre lui , car jamais je n'ai eu plus su- » jet de m'en louer. «
11 paroit que l'empressement ti'op passionné que M. le duc de Bourgogne montroit en public pour madame la duchesse de Bourgogne , avoit fait sur les courtisans la même impression que sui- niadame de Maintenon. Fénelon en fut instruit , et écrivit à M. de Chevreuse ' : « On dit qu'au lieu » d'être attaché à madame la duchesse de Bour- » gogne par raison , par estime , par vertu , et » par fidélité à la religion, il i)aroit l'être par pas- )) sion , par foiblesse et par entêtement , en sorte » qu'il fait mal ce qui est bien en soi. Voilà ce » que j'entends dire à divers gens ; je ne sais ce » qui en est, et je souhaite de tout mon cœur que » ceci soit faux ; mais je crois devoir vous le con- » fier en secret. I.e soin que le bon duc (M. de » Beauvilliers) a de le cultiver, ne vous dispense » nullement d'ajouter vos soins aux siens. Si vous j) agissez de concert, vous pourrez tour à tour in- » sinuer tout ce que vous verrez de convenable. » On s'use moins en se relayant pour dire la vé- » rite. »
Fénelon éciiNit directement à M. de Beau\illiers une lettre , ([ii'il pouvoit sans alléctation mettre sous les veux de M. le duc de Bourgogne , pour l'éclairei'sur les dangers de l'espèce d'ivresse avec laquelle il s'abandonnoit à ime passion même légitime ; et ses avis expiiment la réserve qui convenoit à un homme de son état sur une pareille matière.
«« Soutenez, entretenez les sentimens du jeune n prince pour madame la duchesse de Boui-gogne, » et gardez-vous bii'U de lui inspii-cr du relVoidis- » sèment; mais re[)rés('ntez-lui tout ce (|ue Dieu » demande dans les aniitiés les i>lus légitimes, ce » qui est nécessaire pour sa santé , sou repos, sa M réputation, enfin ce qui est utile à la princesse » même qui est encore si jeune. »
Mais les instructions détaillées que Fénelon chargeoit M. de Beaiivilliei-s de transmettre à M. le duc de Bourgogne sur un olijet encore plus iniiioitaiit, méritcut une attcnlidii lurliculicre. (»ii jugcia si les principes religieux qui! lui avoit inculqués, et les règles de conduiie (pi'il lui a\oit presciites , n'étoient pas aussi éclairées (pie raisonnables, et s'il est possible d'y aperce\oir la plus légère empreinte de ces i)rétendues minuties , et de cette dévotion exagérée, (pi'on altiibuoit à l'éducation (ju'il avoit reçue.
« J'entcMids dire <|ne M. le duc de Bourgogne » augmente ses prati(pi("s de piété. C'est pour moi » un grand sujet de joie de voir la grâce dominer » dans son Cff'Ui-. Ou(! ne peut-on pas es|i('rer , » puis(pie le d('-sir de \)\;\\\v à Dieu sui'inonte en ,. lui les liassions de la jeunesse et renchantenient ., du siècle corrompu ! Je rends grâce à Dii-ii de
t L.-Uro du
féviicr 1711. Curnaii. de l'ciiclo
» ce qu'il lui a donné ce courage pour ne rougir « point de l'Evangile. 11 est essentiel qu'un prince » de son rang fasse publiquement des œuvres qui » excitent les hommes à glorifier le Dieu qu'ils » adorent.
» Mais on prétend que M. le duc de Bourgogne w va au-delà des (euvres nécessaires pour éviter » tout scandale, et pour vivre avec régularité en » chrétien. On est alarmé de sa sévérité contre cer- )) tains 'plaisirs', on s'imafjine même qiCil veut cri- » tiqupr les autres et les former selon ses vues » scrupuleuses. On raconte qu'il a voulu obliger )) madame la duchesse de Bourgogne à faire le » carême comme lui , et à se priver de même pen- •' dant ce temps de tous les spectacles. On ajoute » qu'il commence à retrancher son jeu , et qu'il » est presque toujours renfermé tout seul. Enfin , » on pi'étend qu'il a refusé à Monseigneur de le » suivre à l'Opéra pendant le carême.
» En écoutant de tels discours , j'ai compté sur » l'exagération du monde , (pii ne peut souflrir la » règle , qui la craint encore pins dans les grands » (pie dans les particuliers , parce qu'elle y tire 1) plus à conséquence. On y appelle souvent exces- » sif en piété, ce qui est à peine sufli.sant ; mais je » cra'nuirois d'un autre côté que ce prince ne se » tournât un peu trop au-r pratiques extérieures , » qui ne sont pas d'une absolue nécessité. Voici » mes pensées que je vous propose , sans les don- » ner pour bonnes.
» 1" Je crois que M. le duc de Bourgogne ne de- » vroit pas gêner madame la ducliesse de Bour- » gogne ; qu'il se contente de laisser décider son » médecin sur la manière dont elle doit faire le ca- » rème. 11 est bon de renvoyer ainsi toutes choses » aux gens qui ont caractère et autorité pour dé- » cider. On décharge sa conscience, on satisfait à » la bienséance , on évite l'inconvénient de passer » pour i-igide réformateur de son prochain. Si ce » prince veut inspirer de la piété à la princesse , » il doit la lui rendre douce et aimable ; écarter » tout ce (pii est éi)ineux , lui faire sentir en sa •) personne le \)v\\ et la douceur de la vertu simple » et sans ;i|i|)ièl , lui montrer de la gaité et de la .) coniiilaisance dans toutes les choses (pii ne re- » lâchent rien dans le fond, enfin se proportionner » à elle et l'attendre ; il faut seulement prendre » garde de tomber, en tendant la main à autrui. » 2" 11 ne doit donuei' au imldicde spectacle sur X) la piélé (pie dans les occasions de devoir, où la » règle soutl'riroit , s'il ne la suivoit pas aux yeux » du monde. Par exemple, il doit être modeste et » recueilli à la messe , faire librement ses dévo- » lions toutes l(!s fois (pi'il lui convient de les faire » pour son avancement spirituel , s'abstenir de » toute ino(pierie , de toute cnuxersation libi'e , » imposer silence là-dessus aux inférieurs jiar son rt sérieux, \r<\v sa retenue; tout cela lui donnera !» beaucoup d'autoi'ité ; mais (piand il l'ait ses dé- » \otions hors des giaiids jours, il peut choisir les » heiucs ci les lieux ipii dérobent le plus cette » action aux yeux des courtisans ; du ivste, il ne » doit jamais donner aucune démonstration de ses » sentimens; ou les sait assez. La seule régularité fi pour les devoirs généraux, et sa retenue à l'égard 1) du mal, décideront suffisamment pour l'édifi- » cation nécessaire.