EST ÉTERNEL
11 n'y avoit pas trois mois que Fénelon aAOïl rédigé les plans de gouvernement dont nous venons de donner le |»ii''cis, qu'une maladie terrible , imprévue, inexplicable, enleva dans le court espace de quelques joui-s, le duc et la diuliesse de Bourgogne , et le duc de Bretagne leiu- fils anié ^ Un auroit pu croire, avant les événemens dont nous avons été nous-mêmes témoins , que jamais une
f>lus grande catastrophe n'avoit porté le deuil dans e palais des rois.
Ainsi périt à la tleiu- de son âge * un prince dont la mort fit couler les larmes de toute la France, et dont le nom n'est encore prononcé, après un siècle entier , qu'avec l'expression de la douleur , de l'amour et de la \énération.
<c Quel amour du bien ^i quel dépouillement de w soi-même ! cpielles recherches ! qucds huits ! » quelle pureté d'objet ! oserois-je le dire, quels >> etlets de la di\inité dans cette ame candide, » simple, forte, qui, autant qu'il est doimé à » l'homme ici bas , en avoit conservé l'image ! ï> Grand Dieu ! (piel spectacle vous donnâtes en » lui ! et que n'est-il peimis encore d'en relever » des pallies si secrètes et si suhlijues, (pTd n'y a )) que \ous<iui [Mussiez les donner et en connoitre » tout le prix! quelle iinilaliou de Jésus -Christ » SU)' la croix! on ne dit pus seideiuent à l'égard V de la mort et des soutlrances; son ame s'éleva )) bien au-dessus. Quel surcioit de détachement! » quels vifs élans d'actions de grâces d'être pré- » ser\é du sceptre et du compte qu'il eu faut » rendre ! quelle soumission , et cond»ieu jiar- » faite! quel ardent amour de Dieu ! quel perçant » l'égard sur son néant et ses péchés ! (piel ma- » gnifique idée de l'infinie nnséiicord(! ! <pielle » religieuse et humble crainte ! (juelle leiiqiéréc » confiance! quelle sage paix! quelles lectures!
< Voyez, los Piircsjuslijiialivcs du livre Iiiiilu'iiio, n. m, sur la déiouvpile K-ccnti! des rcslos de Fiiulmi. — ' l.a duchesse de HouigoRiic niouiul le M leviici-, ie dur de Itourg(.(îne le 48 levner, el le duc .le liiel,H,;Me le H iiKiis I7I-J. — 3 ^j. le due de lloui ijcijjiie u";i\()il «pie \ iui;l-iuiir uns. — * Mémoires de Saiiil-Siuiuu.
» quelles prières continuelles I quel ardent désir » des derniers sacremens ! quel profond recueil- )) leinent ! quelle invincible patience ! quelle » douceur! quelle constante bonté pour tout ce » qui l'approchoit ! quelle charité pure qui le » pressoit d'aller à Dieu ! la France enfin tomba )) sous ce dernier châtiment ; Dieu lui montra un » prince qu'elle ne méritoit pas ; la terre n'en » étoit pas digne; il étoit mûr déjà pour l'éter- » nité. »
Tels sont les accens lamentables que le désespoir et la douleur arrachoient à un homme du monde, témoin de ce triste événement; c'étoit dans la solitude, dans ces papiers, uni([ues et secrets déposilaiies de ses sentiinens et de ses regrets , que M. de Saint-Simon cherchoit à soulager son ame oppressée , en peignant le duc de Bourgogne sous des traits si purs et si attachans. Yoilà ce que pensoit de ce prince un homme connu par son inflexible rigidité, et qui craignoit tellement de flatter , que souvent il étoit injuste.
Ou doit nous pardonner de nous être étendu avec un intéiêt douloureux sur ce triste sujet. La vie et la mort du duc de Bourgogne ont été la vie et la mort de Fénelon.
Les mêmes lettres qui apprirent à Fénelon que madame la duchesse de Boiugcjgne n'étoit plus, lui apprenoient que la vie du jeune prince lui-même étoit menacée; il paroit cpie dès le premier moment, Fénelon prévit (pi'on avoit tout à craindre; il connoissoit cette ame passionnée, ce cœur profondément sensible, ce caractèi'e mélancolique, inaccessible aux vaines distractions d'un monde qu'il méprisoit , et qui ne trouvoit de charme et de consolation que dans le funeste plaisir de se nourrir de sa douleur.
Fénelon laisse percer sa vive incpùétude dans cette lettre si courte '. « Cecpii m'afflige plus, est » la maladie de M. le Dauphin ; il y a déjà qucUjue » h'iiips ({lie je crains pour lui un sort funeste. » Si Dieu n'est plus en fureur contre la France . » il reviendra ; mais si la fureur de Dieu n'est » point ai>aisée , il y a tout à craindre pour sa « Lie. Je ne puis rien demander ; je tremble sans » (pi'il me soit permis de prier. Mandez-moi la » suite d(! sa maladie ; vous sav(!z comme je m'y » intéii'sse ; hélas! hélas! Seigneur, regardez- » nous en pitié. »
Quelques sNmplomes un peu moins alarmans lireul desceudie une lueur d'espérance dans le c(i!ur de Fénidon. » Je commence a espérer, écri- )) \oit-il le 1() février', que M. le Dauphin ne » mourra point ; mais il me reste au fond du cœur » une secrète appréhension ((ue Dieu ne soit pas » apaisé conli'e la Fiance. Il y a long-temps qu'il » fraïqie , coiuiue dit le prophète , et sa fureur n'est point apaisée. »
Le duc de (Ihevreuse, trop porté à se flatter par cette sorte de conliance (pie des demi-connoissances en médecine * inspirent (pieliiuefois aux
' l.ellie <le reiiel.iu , la février \l\î. Conrsi). tic l'ciicloii, I. VIII , [i. 47. — ^ Ibid. — ^ « M. de Chevreuse, luujours » lr:in(|uille, l.iujours esi>(*raul, loujouis voyant loul en heau, » esNaya de nous prouver par ses raisonneuiens de physique H et di' niéderiiie, qu'il y avoil plus a espérer qu'il (laiiidre, » .ivie une lran(iuilli(e i|ui iiTeMéda. » {Mnii. i/c Saintbiiiioii , t. I".)