‹ Œuvres complètes de Fénelon, archeveque de Cambrai. Précédées de son histoire littéraire (volume 2)Chapitre 346 sur 422 · LIVRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SEPTIÈME

» pour lui, ni pour ses amis , sans prévention et » sans cabale; ipie, pour ses sentiniens de religion, » il tfen vouloit avoir d'autres que ceuv du saint » Sii'se; (pi'il ne lenoit à rien d'extraordiiialiv, et " qu'il auinit liorreur de ses amis nièini', silaperw ce\oilen euxquelipie entètenieni, ou arliliie, ou " goût de nouveautés. »

M. de Beauvilliers eut eu ellel un eutietien particulier avec madame de Maiutenon; il parut satisfait de ses disposili(»nsL't de sou désir de concourir avec lui, pour inspirer au Hoi les mcsiues les |)lus convenables aux ciiconslauces. La lettre di' madame de .Maiutenon , cpie nous avons r;ipi>oilée , paroissoit eu elVel annoncer de sa part un retour à ses anciens sentiniens de goût et d'estinu! pour cet honune \erlueux. Klle n'avoit d'ailleurs plus rien à redouter de son ascendant sur le duc de iîoingogne, (pii u'e.xisloil plus; il éli»it assez naturel que, dans l'état de liouble, de iloideur et <le consleiiiation où tant de cataslroi)lies \enoit'id de plonger le iloi, la ramille ro>aleel bi cour, elle! eût désiré sincèremeni de renouer avec un ancien ami, dont la pié'lé, la dr'oiture et la modération ne s'étoient jamais démenties. VAU\ se tnaivoit ellemême isolée, iiKpiièle, incertaine, afiligée du présent, tourmentée de laNcnir, et fatiguée de ce poids incomprébensible de dégoût et dennui , <pii dévoroit cette existence si enviée. Klle avoit perdu révèque de Cbartres; elle étoit mécontente du cardinal de iN'oailles, et elle n'étoit pas encore enlièlenient livrée à Tévèque de Meaux (depuis cardinal de Bissy). Elle voyoit le Roi appesanti par Tàge , attristé par le mallieiu', [tiivé de l'aimable distraction (pie le mouvement , la gaîte , les giàces , la complaisance et la douce séduction de madame la duchesse de Boui-gogne, a[)portoienl au cours uniforme de ses journées et au séiieux de son caractère. Le maréchal de Villeroi, élevé avec Louis XIV, et qu'une longue habitude lui lendoit d'autant plus agréable, qu'il n'avoit pas à en ledonter cette supériorité d'esprit, souvent plus fatigante que nécessaire à un l'oi dans l'intimilé de la société, auroit pu faire une utile diveision à ces longues soirées , que madame de Maiutenon ne pouNoit plus remphr , malgré l'intérêt de sa conversation ; mais le maréchal avoit ou punirLouisXlVdeluiavoirôté le commandement des aimées, en s'éloignant de la cour, et en n'y paroissant [dus (jue très-rarement.

Enfin , madame de Maiutenon saVoit , mieux que personne, que le Hoi avoit toujours eu autant de goût que d'estime pour M. de Beauvilliers ; elle a\oit même éprouvé que l'opinion qu'il avoit de sa lidélité et de sa probité, avoit résisté à ses insimiations et à ses attaques , pendant les discussions orageuses du quiéfisnic. Il n'est donc pas étonnant <}ue, dans le premier moment, madame de Maintenon ait été assez poitée à se réunir à M. de Beauvilliers, et à entrer dans ses vues, pour le présent et pour l'avenir.

Le duc <le Chevi-eus(! s'empressa d'instruire Fénclon de cet heureux début, et l'invita, 'au nom de M. de Beauvilliers , à lui communiquer ses idées , pour travaillei' sur un plan suivi.

Nouveaux MémiVucs politiques il'- Féucion.

C'est à cette occasion (pie Fénelon rédigea plusieurs mémoires, «pie nous avons écrits de sa main, et qui peu\ent aujourd'hui être rendus publics, sans daugei- et sans iucon\énient. Nous croyons (ju'ils ins|»ireront un grand intérêt, par le nom de leur auteur, et par rinq)orlauce des matières qui en font l'objet '.

Lorsque rénelon s'étoit (tccupé , au mois de novembre 1711, d(! tracer un plan de gouvernement pour le duc de Bourgogne, il n'étoit (piestion (jue d'établir les formes et les bases d'une bonne administration; la succession an trône éloitassurée; elleairivoil paisiblement et directement à un prince parvenu , malgré sa jeimesse , à une maturité de raison, et à nu degré de considération, qui ajoutoient encore plus de foice et d'autorité à la puissance souveraine; il ne s'agissoit que de lui inspi- 1er toutes les bonnes et vertueuses pensées ; l'inteidion de les réaliser étoit dans son cœur, et tous les moyens d'exécution auroient été dans sa main.

Mais , dans le court intervalle du mois de novembre 1711 au mois de mars 1712, tout avoit changé de face ; les destinées de la France ne reposoient plus (\\u\ sur la tête d'im vieillard de soixante-(piatorze ans, el d'un enfant de deux ans.

Il étoit contre toute vraisemblance (pie Louis XIV put vivre encore assez long-temps pour épargner à la France les agitations el les inquiétudes d'une minorité.

Dans le cours ordinaire des choses, la régence éloit dév(due au duc de Berri , oncle du jeune' Roi. Ce prince, qui ne mourut ipi'en 171 i, exisloit à rcp(jque où Fénelon écrivoit ses mémoires.

C'est ce qui rendoit éncoie la situation des affaires plus critique. Le droit du duc de Berri au titre de régent, étoit aussi incontestable , que ses moyens , pour en remplir les fonctions, étoient bornés , et même entièrement nuls. Ce prince , qu'on n'avoit jamais pu appliquer à aucune occupation sérieuse , réunissoit au défaut d'instruction , de talens et d'aptitude , une extrême foiblesse de caractère ; il étoit entièrement asservi aux caprices , aux einporlemens , aux passions violentes et honteuses de sa femme , tille du duc d'Orléans, et accusée, par la voix publi<pie, de vivre avec son père dans un commerce monstrueux. Donner au duc de Berii la régence, avec une autorité absolue et indépendante, c'étoit la donner à la duchesse de Berri , ou plutôt au duc d'Orléans son père.

Mallieiireusement , ce prince se trouvoit alors liii-mènie accablé sous le poids des imputations les plus atroces. La France entière , consternée de la mort rapide et imprévue d'un jeune prince qui étoit devenu les délices de la nation ; d'une princesse enlevée à la lleiir de son âge, et chère à toute la cour par sa bonté , ses grâces et ses agrémens ; d'un fils porté au tombeau le même jour

• Ci's mémoires oui (Hij imprimas dans los Œuvres de Fénelon , t. vu, i>. 4 89, ok'.

HISTOIRE DE FÉNELON

que son pèie et sa mère ; accusoit le duc d'Orléans d'avoir préparé des malheuis d'un genre si t'xtraordinaire, et qui ne laissoient plus entre le tn'ine et lui qu'un enfant prêt à rendre le dernier soupir.

Telles étoient les sombres pensées qu'offroient à tous les esprits ces images lugubres de mort , de crimes et de poison.

Ine impression bien différente de celle qu'a pu faire éprouver la lecture des premiers mémoires , se fait sentir en lisant les mémoires dont nous allons j'cndre compte. Lorsque Fénelon traçoit un plan de gouvernement au duc de Bourgogne , tout lui offroit l'image et l'espérance de la paix, de l'ordre , de la justice , de la sagesse et du bonheur ; mais, en ce moment, tout lui offre la perspective eil'rayante des plus giands malheurs pour la France : une guerre désastreuse, une paix incertaine ,^ des finances épuisées , la nation accablée d'impôts, la nécessité inévitable de la banqueroute , un Roi près de descendre dans le tombeau, un enfant de deux ans appelé à lui succéder, une minorité orageuse, un régent incapable de gouverner et asservi à une femme coupable , la possibilité d'une guerre civile , des sectaires inquiets et turbulens , un grand crime à venger , difficile à constater, dangereux à punir: tel est l'analyse du premier mémoire de Fénelon , intitulé" le Rui '.

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