‹ Œuvres complètes de Fénelon, archeveque de Cambrai. Précédées de son histoire littéraire (volume 2)Chapitre 347 sur 422 · LIV · texte numérisé non relu

LIV

Conseil de régence.

pans une pareille crise, une seule ressource se présente à Fénelon : c'est l'établissement prématuré d'un conseil de régence ^ mis en activité par Louis XIV lui-même de son vivant. » 11 n'en se- >' roit pas moins le maître de tout , observe Féne- » Ion ; il accoutumeroit toute la nation à se sou- » mettre à ce conseil; il éprouvei'oit chaque con- » seiller; il l.-s uniroit , les ledresseioit , et affei- » miioit son œuvre. S'il faut , le lendemain de sa » moi't , commencer une chose qui est devenue si » extraordinaiie , elle sera d'aboid renvei'sée. De- » puis long-temps la nation n'est plus accoutumée » »(u';i la volonté absolue d'un seul maître ; tout >' le monde courra au nouveau régent. Il ne faut » pas perdre un moment pour faire étaljhr ce con- » seil. L'étonnemeiil <\u spectacle , le cri pul)lic , » la crainte d'un dernier malheur, iteuvent ébran- " 1er ; mais si , sous prétexte de n'affliger pas le » Hoi , on attend qu'il rentre dans son train oi- » dhiaire, on n'oi)tiendra rien; il n'y a aucun jour » ou on ne soit menacé ou d'une mort naturelle et » soudaine , ou d'un accident funeste. »

Mais, en proposant ses idées sur la composition de ce conseil, Fénelon se sent tout-à-coup airèlé i»'ir une considération qui seml)le l'effrayer liii- "lèrne, et qu'il n'a ni la foiidesse de dissinmlei- . "I lit foi'ce d'écai'tei' : « Si on met dans le conseil » de régence .'V.... (le duc d'Orléans) , on livre " l'Etat et le jeune prince à celui qui est soup- •» çotmé de la plus noire scélératesse ; si (m l'exclut

* Œuvres de fénelon, l. vu , p. 190.

» pour ce soupçon , on prépare le renversement de » ce conseil^ qui paroîtra fondé sur une horrible » calomnie, contre un petit- fils de Fravce. »

Pour adoucir celte conclusion , Fénelon propose d'exclure en même temps les autres princes du sang ' , tous les princes légitimés , tous les princes étrangers , qui s'arrogent la piétention de ne pas j-egarder le Hoi connue 1cm- souverain ; il veut enfin qu'on ne donne au duc de Berri , régent , que la simple présidence , avec sa voix comptée comme celle des autres, et pour conclure à la pluralité des suflrages.

Fénelon indique , dans un mémoire séparé , qu'il convient « de mettre dans le conseil de ré- » gence des prélats recommandables par leur nais- » sauce ou leur vertu, ou leur réputation de capar w cité soutenue de droiture. Les prélats sont le » premier corps de l'Etat et les pi-emiers seigneurs » de la nation. 11 importe de donner cette forme » solennelle à un conseil qui aura tant de besoin » d'autorité, et dont la puissance pourra être si » contestée. De plus , il s'agira souvent des ma- » Itères de religion , que les prélats doivent soute- » nir. Enfin , ce seroit les dégrader que de les ex- » dure de cette assemblée. «

Au leste , Fénelon ne se dissimule pas « que » l'établissement de ce conseil « de régence peut » faire ci-aindre de terribles inconvéniens ; mais » dans l'état présent on ne peut plus rien faii'c que » de très- imparfait, et il seroit encore pis de ne » rien faire. On ne peut point se contenter de pré- » cautions ordinaires et médiocres. »

Dans un troisième mémoire ',11 fait connoîtrc ses scntimens sur l'éducation de l'enfant encore au berceau , qu'un instant pouvoit placer sur le trône; il indi(pie les différentes personnes qui lui paioisseiit les plus dignes de ces difficiles et délicates Fouclious. Nous observerons à ce sujet que })ai'mi les ditlérens é\êques que Fénelon propose pour précepteur, il ne parle point de celui * (jue son heureuse destinée devoit conduire à cette place , et élever ensuite au rang de premier ministie; il insiste « poiu' ([u'on nounue immédiate- » ment le gouverneur , le précepteur, et les au- » très personnes attachées à l'éducation. 11 ne » s'agit point d'attendre l'âge ordinaii-e ; le cas » n'est (|ue trop singulier. Le Roi peut manquer » tout-à-couj) ; il faut mettre pendant sa vie cette » machine en train , et l'avoii' aflérmie avant )) (|u'il puisse mampier. On peut laisser l'enfant » (ians les mains des femmes, et lui donner des » lioniiues qui iront le voir tous les jours , qui » l'accoutumeront à eux , et qui commenceront )i insensiblement son éducation. »

Du duc d'Orléans.

Le quatrième mémoire ' de Fénelon est peutêtie le monument le plus etlVayant que puissent

1 l'icsiiiic l.msd'iix (|ui r\isl(iiiiil ;il(us rliiiciil niiinuirs. — 2 (Hun-rrs ilr l'ciirloii , I. vu , p. l'.Kl. — •' Ihid. — '' Lo cardinal de Flitiry. — •' l'.'csl k' prcin/cr iiinntiire de noire cdi-

lioii. Il osl iiililiilr : Knlieirlir <lr FCnclon n'ose achever;

il crainlde souiller sa plume en indiquaul la iialurc du crime.

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