LIVRE HUITIÈME
DERMEUES ANNEES DE FENELON.
Lettre de Féneloii à rAcadéinie franraise.
Tandis que Fënelon s'cmployoil avec tant de zèle et de sollicitude à détourner , par la salutaire influence de ses conseils, les nialheuis qui menaçoient TEglise et l'Etat , il eut à remplir un devoir d'un genre diflëi-ent. L'académie française s'occupoit à donner imc nouvelle édition de son Dictionnaire , et elle chargea M. Dacier , son secrétaire peipétuel , de demander à Fénelon ses vues et ses pensées sur le plan qu'elle devoit suivre. Il ne crut pas pouvoir se dispenser de déférer au \œu d'une compagnie célèbre, dont il étoit membre ; il imagina même de profiter d'une occasion si naturelle pour donner plus d'étendue aux vues de l'académie, et pour lui jjidpdser un plan utile au progrès des bonnes études et digne de la gloire littéraire de la nati- n.
Fénelon se ressouvint peut-être alors des plaisanteries de madame de Maintenon ' , qui paroissoit attacher assez peu d'importance aux travaux de l'académie fiancaise. Madame de Maintenon , qui écrivoit avec tant de goût et de |)uretc , sans avoir probablement janiais duvcrl le dictionnaire de l'académie , étoit jjeut-ètj-e excusable de ne pas appi'écier le mérite d'un travail si nécessaire , pour fixer la ti-adition des usages et des règles , consacrés par l'exemple et l'autorité des meilleuis écrivains ; mais le public éloit l)ien plus injusle encore que madame de Muintenon, dans les reproches (pi'il iiasarddil (piclqncfnis , sur l'espèce de stérilité dont paroissoit l'iappée la premièie compagnie littéraire du loyaume. On oublioit trop légèrement que tous les litres de gloire qui ont honoré les grands honnues soitis de son sein, appai-lenoient en quelipie soi'te à l'académie ellemême.
On pouvoit en cfi'et , on devoil même supposeï'. que le génie naturel des grands écrivains cpii ont jeté tant d'éclat siu- le siècle de Louis XIV , avoit été puissamment secondé par la noble énnilation qu'ils avoicnt i)uisée dans luie association , née, pom- ainsi dire, avec Louis XIV , et environnée de sa gloire et de sa ])role{li(in. Mais la malignité se plaisoit à étal)Iir un |)aiallèle peu équitable entie les savantes et utiles lecliercbes , que deux autres compagnies littéraires publioicnt dans leurs mémoires, et le travail sec et pénible d'un dictionnaire d'autant i)lus difUcile à conduire à sa perfection, (pie les caprices et la mobilité de l'usage h; vondamuenl sans cesse à subir de nouvelles \ariations.
Voyez,
Ce fut sans doute pour soutenir le courage de ses estimables collègues, dans cet ingrat emploi de leurs talens , et pour ouvrir à leur zèle une carrière plus vaste et plus utile, que Fénelon proposa à l'académie un plan , dont l'exécution auroit rempli le véritable objet de son institution, et auroit servi peut-ètie à prévenir les abus et la coriuption que l'on a reprochés à la littérature du dix -huitième siècle.
Tel est l'objet de la réponse qu'il adressa à ^1. Dacier, et (pii a été imprimée, depuis sa mort , sous le titre de Lettre é V Académie française.
Cette lettre est restée comme un de nos meilleurs ouvrages classi(pies, et comme un des plus propres à f'uiiiiei' le goût, par la sagesse des principes , le choix des exemples et l'application heureuse de toutes les lègles (jui y sont ou rappelées ou indiquées. Mais Fénelon ne l'avoit point écrite pour qu'elle devînt publique ; sa modestie ne lui auroit point permis de substituer son autorité à celle de la compagnie littéraire qui rendoit un honmiage honorable à son goût et à ses lumières. La peisuasion où il étoit qu'il pailoit à des collègues et à des amis , dans le seci et de la confiance , et avec le seul désir de concourir à leurs vues pour la gloire des lettres, lui donna le di-oit et le courage de proposer à l'académie ime occupation véritablement digne d'elle; mais, comme il le déclare lui-même , « ce n'est qu'avec la plus )) grande défiance de ses pensées, et une sincère « déférence pour ceux qui daignoient le con- » sultei-. »
11 est facile de s'apercevoir , dès les premières lignes de la lettre de Fénelon , (ju'il s'étoit fait , sur l'utilité d'un dictionnaire, une opinion qu'on trouvera peut-être trop sévère, mais (pii paroitra cependant assez juste à ceux qui n'apportent ni prévention ni enthousiasme dans les objets les plus chers de leurs études et de leurs occupations.
U convient « que le dictionnaire auquel l'aca- « demie travaille mérite sans doute (pi'on l'a- » chève ; mais il ne dissimule pas ([ue l'usage , qui » change si souvent pour les langues vivantes , » pourra changer ce que ce dictionnaire aura » décidé. »
U croit bien que les Français les plus polis peuvent avoir quebpiefois besoin de recourir à ce <lictionnaii-e, par rapport à des termes sur Icsfiiiels ils d(jutent ; mais, ce <[ui est i-emarqiiable , c'est qu'il fait consister son [)lus grand mérite dans rutilit('' dont il i)eul être [uiur les étrangers , curieux <le notre langue, ou pour aider la postérité à e\]ili{pier nos meilleurs anteiu's, lors(pie notre langue aura cessé d'être en usage. C'est à ce sujet (pi'il observe , avec raison , combien nous devons regretter de n'avoir point de diclionnaires grecs et latins laits i)ar les anciens mêmes.
On \oit, dès ce d(''but , combien l'énelon désiroit que racadéniie ne se renlèrmàl point dans un sujet aussi circonscrit et aussi variable (pi'un Jicliminaire, et il l'invite à joindre au dirlionnairc une (irammairr. française , pour (aire i-enian|uer les règles, les exceptions, les élvmologies, les sens figurés, l'artilice de toute la langue, et ses variations.
Fénelon iirojiose également à l'académie de