LIVRE HUITIÈME
anéantisse l'aine qui est plus noble que lui , ([ui lui est étrangère, et qui en est absolunieuf iiulépendaule.
» 11 est vrai qu'en tout temps Itieu est loutpuissant ])our anéautii l'auie ; mais il n'y a aucune raison de croire (ju'il le veuille l'aire dans le temps de la désunion du corps, plutôt ipie dans le temps de l'uindii. Dès qu'un siqipose la dislinclion tie l'ame et du corps, il faut conclure sans hésiter (pie l'ame n'a ni composilioii , ni divisibilité, ui (ifiiire, ni siluation de |)arties, ui par consé(pienl arrangement d'orLia nés. INiur le corps (pii a des organes, il peut peidre cel aiiau- .L;emenl de parties; il peut changer de liliureet être déconcerté; mais pour l'ame, elle ne sauioit jamais perdre cet arraui-einent ({u'elle n'a pas et qui ne convient point à sa nature.
» Un |R>iirroil dire tpie l'ame, n'étant créée (jiie pour èlie unie avec le coips, elle est lelleinent bornée à cette société , (pie son evistencc empruntée cesse dès que sa société avec le coi'ps tinil . Mais c'est parler sans preuve ({ue de siqiposer (jne l'àme n'est créée qu'avec une existence entièrement bornée au temps de sa société avec le corps. De (]uel droit le siqipose-t-on au lieu de le prouver? On sait, et tous les |>liilos(iphes conviennent,, (pie l'existence du coii)s n'est point bornée à la durée de la société avec l'ame. Après (pie la moit a lompu cette société , le cor[)s existe encoie jusque dans les moindres parcelles. On voit seulement deux choses : lune, que le coi ps se divise et se dérange ; c'est ce (pii ne peut arriver à l'aine, (jui est simple , indivisible et sans arrangement ; l'autre, est (jue le corps ne se meut plus avec (lépendance des pensées de l'ame. Ne faut-il pas en conclure (jue l'ame continue à exister de son côté, et qu'elle commence alors à penser indépendamment des opéralions du corps? L'opération suit r('lie , comme tous les philosophes en conviennent ; la nature de l'aine et celle du corps sont indépendantes l'une de l'autre, tant en nature qu'en opérations. La fin de leur société passagère les laisse opérer librement, chacun selon sa nature (pii n'a aucun rapport à celle de l'autre.
» Enfin, il ne s'agit que de savoir si Dieu , ipii est le inailrc d'anéantir l'ame de l'homnie ou de continuer sans fin son existence, a voulu cel anéantissement ou cette conservation. 11 n'y a nulle apparence de croire qu'il veuille anéantir les âmes, lui ([uin'anéanlit pas le moindre atome dans l'univers....
» Il faut néanmoins avouer (pie nous devrions croire cet anéantissement si extraordinaire et si difficile à comprendre, supposé que Dieu lul-m(''mc nous l'apprît par sa parole. Ce (jui dépend de sa volonté aibitraire ne peut nctiis être découvert que par lui. Ceux (|ui veulent croire la mortalité de l'ame, contre toute vraisemblance, doivent nous prouver (pie Dieu a parlé pour nous eu assurer. Ce n'est nullement a nous à leur prouver (pie Dieu ne veut point faire cet anéantissement ; il nous suffit de supposer que l'ame de l'homme , «pii est le plus parfait des êtres que nous comioissons après Dieu, doit sans doute beaucoup moins perdre son existence (pie tous les êtres (pii nous envi-
ronnent, et qui sont si inférieurs à l'ame. Voilà un préjugé raisonnable, constant, décisif; c'est à nos adversaires à venir nous en déposséder par des preuves claires et décisi\es. Or ils ne peuvent jamais le |»iduver (pie par une déclaration positive de l)ieii nu''me; (pi'on se taise doue ou (pi'on nous montre une déclaration de Dieu pour celle exception à la loi générale qu'il a établie jjoiir les êtres même physi(pies. » Mais nous |>roduisoiis un li\ re (pii p(jite toutes les manpies de divinité , |)uis(pie c'est lui qui nous a api)ris à connoilie cl à aimer souverainement le vrai Dieu, (l'est dans ce livre (pie Dieu parle si bien eu Dieu , (piaiid il dit : Je suis celui ({ui est. Miil autre livre n'a peint Dieu d'une manière digne de lui. Le livre (pie nous avons en iiiain , après a\oir montré Dieu tel (pi'il est, nous enseigne le seul culte digne de lui. 11 ne s'agit i)oint de l'apaiser i)ar le sang des victimes; il faut l aimer [)lus (pie soi-même; il faut renoncer pour lui et préiérer sa volonté à la nôtre; il faut (pie son amour oj)ère en nous toutes les vertus et n'y souflre aucun \ice. C'est ce ren- \ersement total du co'urdcriioiuine (pie l'homme n'aiiroit jamais pu imaginer; il n'auroit jamais imenté v.uc telle religion, (pii ne lui laisse pas Jiième sa pensée et sa volonté ; lors même qu'on lui propose cette religion avec la plus suprême autorité , son esprit ne peut la concevoir , sa volonté se révolte , et tout son fond est irrité. Il ne faut pas s'en étonner , puis(pril s'agit de démonter tout l'honime, de dégrader ce vioi , qui lui est si cliei-, de briser e(>tte idole, de former un homme nouveau , et de mettre Dieu en la place de ce moi. Toutes les fois que l'homme in ■-entera une religion, il la fera bien diflérente ; ramour-propre la dictera; il la fera toute pour lui, celle-ci ne lui laisse rien. Celle-ci est néanmoins si juste , (pie ce qui nous soulève le plus contre elle, est précisément ce qui doit le plus eonvaiucie de sa vérité. Dieu tout, à qui tout est dû, et la créature rien , à qui rien ne doit demeurer qu'eu Di(>u el pour Dieu. Toute religion qui ne va jtas jus(pie-là est indigne de Dieu, ne redresse point riiomme, et porte un caractère (le fausseté tout maiiilésie. Il n'y a sur la tene (pi'iin seul livre original, (pii fasse consister la religion à aimer Dieu plus que soi et à se lenoncer pour lui. Les autres qui rei)èteut cette grande \érité, l'ont tirée de celui-ci. Le livre fini a fait ainsi coimoitre au monde la grandeur (le Dieu, la misère de l'homme , et un culte fondé sur l'uiiioiir, ne iteiit être (pie divin. Ou il n'y a aucune religion ; ou celle-là est la seule véritable. Ce livre a fait tout ce (pi'il a dit : il a changé la face du monde; il a peujjlé les déserts de solitaires qui ont été des anges dans des corps mortels ; il a fait fleurir, jus(]ue dans le monde le pins impie et le plus corromim, les vertus les plus i)éi!ibl(>sct les plus aimables. Vn tel livre doit être cru comme s'il étoit deseendii du ciel sur la terre; c'est ce livre oii Dieu nous déclare une vérité déjà si vi-aisemblable par elle-même. Le même Dieu tout bon et tout-puissant, qui pourroit seul nous ôter la vie éternelle , nous la promet ; c'est par l'attente de cette vie sans fin qu'il a ap[»ris à tant de mai tyrs à mépriser la vie courte
HISTOIUR DE FENELON.
» fragile et misérable des corps. N'est-il pas natii- » rel que Dieu , qui éprouve daus celte courte vie » chaque homme poui- le vice et pour la vertu , et » qui laisse souvent les impies achever leur cours » dans la piospérité , pendant que les justes vivent » et meui-ent dans le mépris et dans la douleur , » réserve à une autre vie le châtiment des uns et » la récompense des autres : c'est ce que ce livre » divin nous enseigne. Merveilleuse et consolante » conformité entre les oracles de l'Ecritui'e et la » vérité que nous portons empreinte au fond de » nous-mêmes.
On est étonné de voir que le duc d'Orléans ait eu besoin de consulter Fénelon sur l'existence du libre arbitre. Ce prince, qui ofiroit en eflet un exemple déplorable de la servitude humiliante à laquelle on est condanmé lorsqu'on se laisse dominer par ses passions, Aouloit peut-être se faire illusion à lui-même , ou du moins excuser ses égaremcns, en paroissant croire qu'il étoit entraîné par une espèce de fatalité ou pai- l'ascendant d'une nature plus puissante que sa raison et sa volonté. La réponse de Fénelon ne dut pas lui permettre de conserver cette pitoyable ressource des espjits qui cherchent à se tromper eux-mêmes , et des cœurs qui s'etVorcent en vain d'étoufler leurs remords.
« 11 ne s'agit point , lui écrivoit Fénelon, d'exa- » miner si Dieu n'auroit pas pu créer l'homme » sans lui donner la hberté , et en le nécessitant » à vouloir toujours le bien, comme on suppose » dans le christianisme que les bienheureux dans » le ciel sont nécessités sans cesse à aimer Dieu. » Qui est-ce qui peut douter que Dieu n'ait été le » maître absolu de créer d'abord les honmies dans » cet état, et de les y fixer à jamais ?
» Mais ce qui décide est la conviction intime ou » nous sommes sans cesse de notre liberté. Xoti'e » raison ne consiste que dans nos idées claires ; » nous ne pouvons (pje les consulter attentive- ») ment pour conclure qu'une proposition est \raie » ou fausse ; il ne dépend pas de nous de croire que » le caii est le non , et (pi'un cercle est un trian- » gle. D'où vient qu'il nous est absolument im- » possible de confondre ces choses? c'est (|ue » l'exercice de la laison se ié(hiit à consulter nos » idées, et que l'idée d'un cercle est al)soliunenl « diflërente de celle d'un triangle. Itaisonnez tant ), (pi'il vous plaira , je vous délie de former jamais » aucun doute sérieux contre aucune de \os id('es » claires. Vous ne jugez jamais d'aucune d'elles ; » maisc'esl par elles «pie \ousju-e/.,et elles sont » la règle iniinualtle de tous vos jugemens ; vous » ne vous tidnq)ez ipien ne les cousultani pas ), avec assez dexactilude. Si vous n'afliiiniez (pie » ce «pi'elles piésenlent , si vous ne i-ejetiez que » (•{• (pi'elles excluent avec clarté , vous ne torn- » beriez jamais dans la moindre erreur, vous sus- » pendriez votre jugement des que ri<li''e que \(ius y consiilteiiez ne \oiis paroilroil pas assc'z claire , » et vous ne vous lendriez jamais (pi'à une darlé H in\ incible, (^eux (pii rejettent spécidativeinent » cette règle ne s'entendent pas euv-mèmes , et » suivent sans cesse i)ar nécessité , daus la pra- » tique , ceux qu'ils rej<'tlent dans la spéculation. I) Le principe Ibndamental de toute raison étant » posé , je soutiens que notre liliri; arbitre est une
M de ces vérités dont tout homme , qui n'extra- » vague pas , a une idée si claire que ré\idence » en est invincible. Tout homme sensé qui se con- » suite et qui s'écoute , poi-te au-dedans de soi » une décision in\ incible en faveur de sa liberté. « Cette idée nous représente qu'un homme n'est » coupable que quand il fait ce qu'il peut s'empê- » cher de faire , c'est-à-dire ce qu'il fait par le ') choix de sa volonté , sans y être déterminé iné- » \itablement et invinciblement par quelque au- » tre cause distinguée de sa volonté.
» Le doute ne sauroit être plus sincère et plus » sérieux sur la liberté que sur l'existence des » corps (pii vous environnent. Raisonnez tant » ({u'il vous plaiia sur vos idées claires, il faut ou » les suivre sans crainte de se tromper , ou être )) absolument pyrrhonien. Mais les pyrrhoniens , )) comme on a eu raison de le dire , étoient xme » secte de menteurs , et non pas de philosophes ; » ils se vantoient de douter, quoiqu'il ne fût pas » plus en leur pouvoir , qu'en celui des autres » hommes, dedouterdes vérités claires. D'ailleurs .) le doute univeisel est insoutenable; quand même » nos idées claires devroient nous tromper, il est » inutile de délibérer pour savoir si nous les sui- » vrons ou ne les suivrons pas ; leur évidence » est invincible , elle entraîne notre jugement ; et » si elles nous trompent, nous sommes dans une » nécessité invincible d'être trompés ; en ce cas , » nous ne nous trompons pas nous-mêmes ; c'est » une puissance supérieure à la nôtre qui nous i) trompe et qui nous dévoue àl'erreur. Nous pou- » vous bien suspendre notre conclusion , quand )■) les idées sont obscures et quand leur obscurité » nous laisse en suspens; mais quand elles sont )> claires comme cette vérité : deux et deux font >■> quatre , le doute seroit , non un usage de la » laison , mais un délire.
» Au reste , il est assez inutile de raisonner et » de disputer avec les hommes qui nient le libre » arbitre ; il suffit de les mettre à l'épreuve dans » les plus communes occasions de la vie, et où ils » ont un intéiêt personnel , poiu" les confondre » par eux-mêmes.
» 11 est vrai qu'il y a certaines actions que nous » ne sommes pas libres de faire, et que nousévi- » tons par nécessité. Alors nous n'avons aucun » motif de vouloir qui puisse toucher notre enten- « dément , le mettre en suspens et nous faire dé- » libiMcr. C'est ainsi (pi'un homme sain de corps » et d"espiit , vertueux et plein de ixdigion , n'est » |>as libi-ede se jeter pai' les iênèlres , de courir ') tout nu par les rues , et de tuer ses eufans. 11 » ne pourroit \ avoii- qu'une mélancolie toile , ou » un d(''sespoir send)lable à celui de divers païens, » (pii pourroit jeter un lionnue dans de telles ex- >' tréniités. Mais connue nous sentons en nous une ). \iaie impuissance de l'aire des actions si insen- 1) s{''es pendant ipie nous avons l'usage de notre » laison, nous sentons au coidrair-e que nous » sonunes libres à l'égard de tous les partis sur » lesquels nous délibérons sérieusement.
» Il faut encore avouer que l'homme n'est libie » ni à l'égard du bien pris en général, ni à l'é- » gard du souverain bii'U clairement connu. La » liberté consiste dans mie esiièce d'équilibre de » la volonté entre deux parties ; l'homme ne peut
LIVllE HUITIÈME.
choisir qu'entre des objets dignes de qnehiuc choix et de qucliine amour en cnx-niènies , et (lui font une espèce de contre-poids entre eux. 11 faut de part et d'autie des raisons vraies ou apparentes de vouloir; c'est ceciu'on appelle des nmlifs; or il n'y a que des biens vrais ou appalens (jiii excitent la volonté.
» Si le liion siqMvine venoit à se montrer toutà-coup avec évidence , avec son attrait inlini et tout-puissant , il raviroit d'abord tout l'amour delà volonté, et il feroit disparoitre tout antre bien , connue le grand Jour dissipe les onibres de la nuit.
» 11 est aisé de voir que dans le cours de cette vie, la plupart des biens qui se présentent à nous , sont ou si médiocres en eux-mêmes , on si obscurcis , qu'ils nous laissent en état de les comparer ; c'est pai' celle compaiaison que nous délibérons pour choisn-, et <iuimd nous délii)érons , nous sentons pai' conscience inlime ijue nous sonnnes les maîtres de clioisii'. C'est d;ms le contre- poids des biens opposés que la liberté s'exerce.
» Otez cette liberté , toute la vie humaine est renversée , et il n'y a plus aucune trace d'ordre dans la société. Si les hommes ne sont pas libi-es dans ce qu'ils font de bien et de mal , le bien n'est plus bien , et le mal n'est plus mal. Utez la liberté , vous ne laissez sur la terre ni vice , ni vertu , ni mérite. Les récompenses sont ridicules, et les chàtimens sont injustes on odieux. Chacun ne fait que ce (ju'il doit , puisqu'il agit selon la nécessité.
» On demande connnent est-ce (jue TEtie infiniment parfait , qui tend toujours , selon sa nature, à la |)lus haute perf ction de son ouvrage, a pu créer des volontés libres , c'est-à-dire , laissées à leur propre ch(jix , entre le bien et le mal , entre l'ordre et le désordre? Pouniuoi les anroit-il abandonnées à leur propre foiblesse , prévoyant que l'usage qu'elles en feroient , seroit celui de se perrlre et de dt-irgleitout l'ouvrage divin ?
» Je réi)onds, l"que ce ([uon veut nier est incontestable. D'un c(Mé , on avoue qu'il y a im être infiniment parfait qui a cré('' les honnnes ; d'un autre côté, la nature entière crie que nous sommes libres. Si l'homme borné ne peut pas compiendre comment cette liberté , source de tout désordre , peut s'accorder avec l'ordre suprême dans l'ouvrage de Mien, il n'a qu'àcroiie humblement ce qu'il ne comprend pas. Quand même il ne pouri'oit pas comprendre pai- sa raison une vérité dont sa raison ne lui permet i»as de douter , il faudroit regaidcr cette vérité comme tant d'autre-; de l'oidre naturel , qu'on ne peut ni écbiircir ni révoquer sérieusement en doute, comme, par exemple, la vérité de la matière , qu'on ne peut supposer- ni composée d'atome , ni di\isil)le à l'inlini , sans des difficultés insni-moiilables.
» 2» 11 n'y a (|ne Dieu seul (pii puisse ètie infiniment parfait ; rien ne peut être égal à lui ; rien ne peut même qu'être inlininrent au-dessoirs de lui. De là il iairt conclure rpic, nonobstant sa toute-pnissairce, il ne peut rien pi'oduii'e hors de lui , (pri ne soit infiniment imparfait.
l'our- concevoir ce que Dieu i)ent pi'odnire hors de lui , il faut se le représenter conmie voyant des degrés infirns de perfection au-dessous de la sienne!^ En iprelque degré qu'il s'arrête, il en tr-ouve d'irriiiris , en remontant ver-s lui .et en descendant arr-dessoirs de lui. Ainsi il ne peut fixer- sorr oirvrage à aircurr degré, qrr'il n'ait une inlér-iorilé infinie à son égar-d. Il est vrai que Dieu aur-oil pu cr-i-erriionurre impi'ccal)le, bienheureux , et (larrs l'état des esprits célestes ; en cet élat , les honunes ain-oient été , je l'avoue , plus parfaits et plus participans de l'ordre supi-ême. Mais robje(-tion qrr'on fait resteroit toujours toute enlièr-e , prrisqu'il y a eircore audessus des esprits céKîsles (pii sont bor-nés , des degrés infinis de perfection, en remontant vers Dieu , darrs les(iuels le Créateur- arrr-oil pu créer des êtres srr[)éricurs aux anges. Si Dieu n'a pas fait l'homme phrs parfait , en le faisant impeccable , c'est <pr'il ne l'a pas voulu; son infinie luM-feclion ne l'assujettii point à donner im degré (le !)iMiêclioii , sans ipr'il y err ait d'aulr-es à l'inlini' air-dessus de ce degié'ni'cessaii-ement limité par- rappoj-l à Dieir. (Jha(|ue degré a rrn ordre et une per lèction lelalive digne du Ciéateur , quoi- (pre les degrés supér-ieurs en aient davantage. L'homme libre est bon en soi , conforme àl'ordr-e , et digne de Dieu , qu(jique l'homme impeccable soit encore meilleur.
•> 5» Dieu, en faisant l'honmie libi-e , ne l'a pohit abandonné à Ini-mêrriC ; il l'éclairé par- la raison ; il est lin- même au-dedans de l'homme pour Irn inspirer le bien , pour lui reprocher jusqu'an moindre mal , pour l'atlir-er par ses promesses , pour le relenii- par- ses menaces, pour l'attendrir par son amour . Il nous paidonne , il nous redresse, il noirs attend , il soufiie nos ingr-alitudes et nos méj)r-is , il ne se lasse point de nous invitei- jusqu'au dernier moment , et la vil' eiilièie est nue conliinielle gr-àce. J'avoue que (]uand on se repr-ésenle des honnnes sans libellé pour- le bien ., à qui Dieu demande des vertus (pri leur- sont impossibles, cet abandon de Dieu fait hoi-reur- ; il est contr-aii-c à son ordr-e et à sa bonté. Mais il n'est point contraire à l'oi-dre que Dieu ait laissé an choix de l'honime , secouru par sa grâce , de se rendr-e heureux par la verlrr orrinalheureux par- le péché. En cet état , l'homme ne souffre aucun mal (pie celui qu'il se fait à lui-même , étant pleinemerrt maiti-e de se pi-ocur-er le plus grand des biens.
» i" Ditu , en faisant rhonnne libre . lui a donné un merveilleirx trait Ac ressemblance ave(- la divinité dont il est l'image. C'est une merveilleuse puissance dans l'être dépendant et ci-i'é , que sa dépendance n'empêche [)oint salibei-té , et ([u'il puisse se modifier conmie il lui plait ; il se fait bon on marrvais à son choix , il lourne sa volonté vei-sle bien ou vers le mal, et il est . comme Dieu, mailr-e de son (»péi-ation intime Il a même , CDinmi! Dieu , un mélange de liber-lé pour- cei-lains biens et de nécessité pour d'autr-es. Aucun des biens que l'homme connoit ici-bas , ne surmonte sa volonté ; aucun ne le déteiinine inv inciblement , tous le laissent à sa pr-opie détermination ; il est à lui , il délibère,
HISTOIRE DE FENELON.
)> il décide, il a un empire suprême sur son propre » vouloir. 11 est certain qu'il y a dans cet empire M sur soi un caractère de lessemblance avec la di- M vinité, qxii étonne.
» S" N'est-il pas digne de Dieu qu'il mette » l'homme , par cette liberté , en état de mériter ? » Ou'y a-t-il de plus grand, pour une créature, » que le mérite ? Le mérite est un bien ([u'un se ') donne par son choix, et qui rend rhonnne digne w d'autres biens d'un ordre supéricui'. Par le méw l'ite , l'homme s'élève, s'accroit , se perfectionne , )) et engage Dieu à lui donner de nouveaux biens >' proportionnés, ([u'on nomme récompenses. N'est- » il pas conforme à toutes les idées d'ordre et de » justice , ([ueDieu n'ait voulu lui donner la béati- » tude qu'api'ès la lui avoir fait mériter. 11 est » vrai que l'homme ne peut point mériter sans >' être capable de démériter ; mais ce n'est point M pour produii-e le démérite que Dieu donne la » liberté; il ne la donne qu'en faveur (hi mérite, » et c'est pour le mérite, ([ui est son unicpie tin , )) qu'il souffre le démérite , au(iucl la liberté e\w pose l'homme. C'est contre l'intention de Dieu , » et malgré son secours , que l'homme fait un » mauvais usage d'un don si excellent et si jtrupre » à le perfectionner.
» 6" Dieu , en donnant la lilx'ité à l'honiine , » a voulu faire éclater .sa bonté , sa magnilicence » et son amouj' , en sorte néanmoins (|ue si » l'honmic , contre son intcwition , abusoit de cette » liberté pour sortir de l'ordie en i)éc!iant, Dieu » le feroit rentrer dans l'oi^he |)ar le châtiment » de son péché. Ainsi toutes les volontés sontsuu- » mises à l'oidre : les unes, en rainianl et en » persévérant dans cet <uuour ; les aiilres, en y » rentrant par le repentii- de leins égareniens ; » les autres , par le jusie châtiment de leui- im- » pénitence finale. Ainsi , l'ordic prévaut en tous » les hommes. 11 est inviolalilenieui co!iser\é dans » les innocens, réparé dans les pécheurs conver- » tis , et vengé par une éleiiielle Juslice , qui est » elle-même l'oidre souscraiii, d.uis les péilieurs » impénilens. Kn permellant le mal , Dieu ne le » fait pas. Tout ce qui est de lui dans son ou- » vrage demeui-e digne de lui. Si Dieu n'eùl pas » fait riiunuue libie , il n'eùl \ni faire éclater ni » sa miséricor<le ni sa Justice; il n'eùl pu ni ré- » compeusci- , ni punir , ni ramener l'Iionnue » égalé. Il se devoit eu (juel(|ue l'aroii ct's dilVé- » rens genres de gloire ; il se les donne sans bles- » s(;r sa bonté , qui ne man(|iie à nul homme. Si » on regarde la ])idrond(,'iir du conseil de Dieu » dans la permission du péché, on n'y lrou\e rien » d'injuste pour riiomme , piiiscpril ne soiiIVre son » égai'emenl (lu'en lui douuaiil Ions les secours » pour ne s'égarei' jamais. Si on l'Cgarde celle pei- )> mission par rapport à Dieu inêjue , elle n'a rien » qui altère son ordre et sa bonlé , puis(iiril n'a » fait (|iie souffrir ce f[u'il ne fail ni ne prociiie ; )) il op|)ose au péelu- tous les secours de la raison )) et de la grâce ; il ne resie que sa seule loiile- » puissance (|u'il n'y opjxtse pas , parce «pi'il ne » pciil |)oint \ioler le libre arbitre i|ii'il a laissé à » riiomme en l'a\eui(lu méiile; et ce qui échap]ie » à l'ordre , du côté de la bonté et de la, récom- )) pense , v rentre en iiiêtne teiii|»s (\u côlé de I » justice cl du i liàliiiiciil. AiiisiroKlir, (] " "
» parties essentielles , subsiste inviolablement par » cette alternative de la miséricorde et de la jus- » tice, à laquelle chacun doit appartenir. »
Tel est le résumé de la correspondance de Fénelon avec le duc d'Orléans. Le sujet seul d'une pareille correspondance annonce le siècle où ces deux hommes vi voient , surtout lorsqu'on pense au contraste si étonnant qu'offroient leurs mœurs, leur conduite et leurs maximes. Mais telle étoit l'habitude de raison , de décence et d'égards , (jue conser\ oient encore pour le génie et la vertu les honnnes mêmes qui s'étoient affranchis de toutes les lois de la morale dans leur conduite privée , qu'ils se croyoient obligés de respecter certains principes et de les discuter. Cette discussion même supposoit des doutes et ne ressembloit pas à la présomption tranchante et absolue qu'on a de[)iiis apportée dans ces sortes de discussions , ni à riudécence choipiante avec laquelle on a violé tous les égards dus aux rangs , aux professions et aux personnes.
Cette correspondance offre encore un sujet de réflexion d'une nature bien diflérente. Fénelon dut sans doute éprouver un IVéïnissement involontaire , et jeler un l'cgard douloureux sur l'avenir et sur le sort de la France , en voyant un prince du lang et de l'esprit du duc d'Orléans , un prince <iue les évènemens avoient approché du trône , et (pii n'en étoit plus séparé que par l'existence foible et précaire d'un enfant ; un prince , élevé à la cour de Louis XIV , et habitué dès sa Jeunesse à ce! extrême respect pour la religion , dont le monarque et tout ce qui l'environnoit doiuioient l'exemple , paroîtie douter des premiers principes de la religion naturelle , et avoir besoin d'une conviclion étrangère pour croire à l'immortalilé de soname et la hberté de sa volonté.
Fénelon leniercia sans doute la Providence de ne l'axoir point l'éservé à être témoin des événelueiis sinistres (|ui dévoient manpier im siècle (pii s'oiivroil sous de pareils auspices ; mais il ne poiivoil être indillérent à tous les malheurs que celte hardiesse d'opinions et ce mépris mal dissimulé de tous les principes religieux dévoient étendre sur une longue suite de générations.
Fénelon roiilio son séminaire à MM. de Saiul-Sulpico.
Fi'iicloii eut la consolai ion , avant de mourir , (rc'\(Tiiler le projet qu'il avoiteu, dès les premiers Iciiips (le son épiscopat , de confier la direction de son séminaire à la congrégation île Saint-Sulpice. (l'i'toii au sein de ccite pieuse institution qu'il a voit reçu sa première éducation l'cclésiastiipie , et a|>|tiis à goûter les maximes de cette vertu tendiv , seiisihle, indiilgenle et religieuses, dont il a\oit eu sous les yeux les plus respectables modèles. Des lappoits habituels et cunstans n'avoient l'ail qiieconlirnier les sentiiiiens «pie la recounoissance avoit giaAi's dans son cn-ur ; et lorsipie , dans la chaleur de ses controverses avec IJossuet et le cardinal de ^oailles , il se \it foi'cé de suspendre toutes ses relations avec la congrégation i- 1,1 <\c. Saint-Sulpice , |)our ne pas attirer sur elle la leu\ inah cilla lice de ses piiissans adversaires, le plus
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sensible de tousses regrets fut de se voir privé des précieux secours quïl en uttendoit pour le clergé de Cambrai.
Mais il étoil trop juste et trop éclairé , pour ne pas l'econnoilie la nécessité des niéuageniens e\tièuu'squo les diiectouis de Saint-Sulpicedev nient ■,\\o'\i- pour un piélal , tel que le (ardiniil de Noailles , cpii éloit Ifur pieinicr supérieur, et (|ui avuil inaiipié, a\ec tant déclal , son opposition aux senliniens de l'aiclieNèque de Cambrai.
L'esjtrit même de leur institut kui' presciivoit d'exiler tout ce cpii pousoit les associer au \ divisions des premiers pasteuis, et leur iaisoil une loi de se lenlérmer dans le cercle des utiles et modestes ibnclious aii\(piell('s ils s'étoit'ul consacrés.
iJ'ailleuis la couL;ré,:;alion de Saiiil-Sulpice se Irouvoil dans une inqxissibilité réelle de satisfaire au vœu d'un giand nombre d'évèques , (pii lui demandoient de se cli;n-ger de leurs séiiùnaires ; enq)ressement cpd aftestoit autant leur zèle pour l'inlérèt de leuis dittcèses , que leur estime poulies respectables coopérateui's (pi'ils appeloient à leur secoui's. Des eni;ageniens antérieurs ue peimettoient pas même au supérieur de Suinl-Sulpice d'entrevoir l'époque à laquelle il pourioit reuqdir les vues de rarehevèque de Cambrai. Dans cette position aftligeanlc , il avoit fallu ([ue Fénelon et Vnblé de Chanterac suppléassent , par leur zèle et lems soins personnels , aux lessourees qui leur nianquoient , et renqjlisscnt , pour ainsi dire , eux-mêmes toutes les fonctions de directeurs du séminaire de Cambiai. Mais Fénelon , peu de tenq^s avant sa mort, avoit obteini de Louis XIV une lettre de cachet , qui enjoignoit à la congi'égalion de Saint-Sulpice de se cliarger .lu séminaire de Cambrai . et cet ordre avoit été déterminé par la considération de tous les avantages qui dévoient en résulter pour un diocèse si important. Il n'eut pas la satisfaction de voir cet établissement entièrement perfectionné , et ses derniers vœux , en mourant , eurent pour objet de supplier Louis XIV de mettre la dernièi'e main à un ouvrage si intéressant poui- le diocèse de Cambrai.
.MTaire île la conslifution Vnirjenitus.
Fénelon vécut encore assez long-temps pour voir naître les orages (jui menacèrent l'Eglise de France d'une espèce de schisme.
On peut se rappeler que Louis XIV s'étoit borné à demander au cardinal de Noailles qu'il consentit, pour le bien de la paix, à révoquer l'approbation qu'il avoit donnée au livre du père Quesnel ; ce jtrélat s'étoit constamment refusé à donneiau Roi un témoignage de condescendance, quiauroit probablement sufli pour calmer les esprits et pour rendre au cardinal lui-iuème tous les avantages «jue ses variations continuelles lui a\ oient fait perdre.
Louis XIV e.itimoit et respectoit sincèrement les vertus du cardinal de Noailles; et madame de Maintenon , qui tenoit à sa famille par des liens (pii lui étoient chers, auroit su faire \aloir auprès du Hoi un acte de déférence auquel ce prince atta-
choil le plus grand prix. D'ailleurs le cardinal avoit sons les veux un exenqde bien récent du mérite et de la gloire cpi'un évè(pie peut lecueillir ., en sacrifiant ses sentimens personnels à l'intérêt de la religion et à la tran<|nillilé de l'Kglise. 11 a\oit dû sans doute être bien plus pénible pour l'énelon de souscrire à la condanniation d'un livi-e dont il étoit lui-même l'auteur , et qu'il avoit déleniln par des raisons assez spécieuses , fionr tenii' long-temps en suspens le jugement du saint Siéj^f , ([u'il ne pouvoit l'êtie pour le cardinal de Noailles de lévoquer la simple approbation qu'il avoit accordée à un ouvrage dont il n'étoit ni l'auteur ni le garant néccssaiie , et sur lequel son opinion pon\oit avoir été surprise , sans qu'on pût l'accuser d'en partager les en-eurs. La soumission de Fénelon , bien loin d'avoir altéré l'estime publiipie , avoit ajoute un nouveau lustre à l'éclat de ses vertus.
Mais ce (jui devoit toucher encore plus \\n cœur aussi religieux que celui du carduial de Noailles , c'est (pie la soumission de l'énelon avoit mis toutà-coiq) un terme à toutes les controverses <iue sa doctrine avoit excitées ; elle ne comptoit déjà plus aucuns partisans; et une dispute, qui avoit allume des discussions si vives et si animées entre les deux jdus grands évoques de l'Eglise de France , étoit déjà entièrement oubliée.
11 est viai que le cardinal de Noailles , en se refusant à révoquer l'approbation qu'il avoit donnée au livre du père Quesnel , avoit demandé luimême que l'examen en fût renvoyé au Pape ; il avoit même pris avec Louis XIV l'engagement formel de souscrire au jugement qu'en porteioit le saint Siège. Il venoit de renouveler cet engagement , de la manière la plus [irécise , dans une lettre à l'évêque d'Agen , à laquelle il avoit donné la plus grande publicité. <c Je n'ai pas balancé , « écrivoît-il à ce prélat ' , à dire à tous ceux qui » ont voulu l'entendre, ijuon ncine. verroit jamais » ni mettre, ni souffrir lu. divisinn clans l E(jiisc , n pour ^m livre dont la rrligion peiU se passer; que » si noire saint pi^re le Pape juge à propos de » censurer celui-ci dans les formes , je recevrai » sa constituiicm et sa censure avec tout le respect » possible , et (\ue je serai le premier à donner » l'exemple d'une parfaite soumission d'esprit et de » cœur. »
11 est assez vraisemblable que lorsque le cardinal de Noailles avoit pris cet engagement , il étoit dans l'intention sincère de le remplir. H pouvoit donc encore mériter la mèrne gloii-e (pie Fénelon , eu marchant sur ses trace-, et en donnant à l'Eglise un témoignage heureux et éclatant de la pureté de ses motifs , et des sentimens de piété (Ionisa vie entière (jUroit le modèle le plus édiliant. Peut-être aussi , [)ar une suite de l'hésitation naturelle de son caractère, av oit-il préféré de seconlieraux incertitudes de l'avenir.
Il savoit avec quelle sage circonspection, le saint Siège est dans l'usage de procéder dans les jugemens dogmatiques qui doivent fixer la règle de la croyance religieuse; et les lenteurs inévitables dans rexamen d'un livre très-élendu , oflroient
1 Lctlrt'ilu i;ir;liii;il (lo Noailles a l'ovéïiiu' d'AiJ.Mi , -ÎQ dii-
HISTOIRE DE FENELON.
encore au cardinal de Ntiailles rcspérance de quelque changement favorable dans les dispositions de Louis XIV ou dans l'état des afi'aires publiques. Car il est facile d'observer, dans toute la conduite de ce prélat , qu'il étoit presque toujours plus occupé d'éluder les difticultés du moment , que capable de se prescrire une marche fixe , invariable, indépendante des événemens.
Mais quelles que fussent ses illusions et ses espérances , il n'avoit pas tenu à madame de Maintenon de l'éclairer sur le danger de cette conduite versatile, et sur le dénouenient de la malheureuse discussion dans laquelle il s'étoit engagé. Elle lui écrivoit avec ce mélange de politesse et de raison , dont elle ne s'écartoit jamais : « Vous X savez, Monseigneur , combien le Roi souhaite la » fin de toutes ces divisions ; il n'est ]>lus possible. » de vous disculper de les entretenir. Vos défenses » sont solides ; mais elles viennent dans un temps M malheureux. La vérité est pour vous , les cir- » constances contre vous ; vous voyez que je ne « vous flatte point. Je veux bien croire (jue les >' erreurs ne sont pas aussi grandes que le disent » ceux qui en poursuivent la condamnation ; » mais enfin ce sont des erreurs, et le tout finiia » à la gloire du père Letellier. Je souhaite a\ec » ardeur que votre conduite soit aussi prudente » qu'elle est ferme , et que vos intentions soient » aussi sag(is qu'elles sont droites. »
Sage lenteur de ClémuiilXl; examen du livre des Hé flexions morales, l^iiblicaliuii de l:i Diille Vnigcnitus.
Le car<iiiial de Nuailies ne s'étoil pas troiiqié lorsqu'il avait pré\u (pie la cour de lioiiic ajjporteroit beaucoup de lenteur el de maturité dans sa décision ; elle eut même besoin dune grande force et d'une grande sagesse pour résister à l'impatience de Louis \1V , dont les instances continuelles lendoicnl a accéli-rei- un jugt'incnt (juil croyoit néi'cssaireà la lran(|ui!lit('' dcsoii royaume. Mais plus Clément XI ohstTNoil que les esprits éloienl aigris et exaltés en France, [dus il \onlut se défendre d'une i)réci[)ilalion (pii ne couveiKjit ni à son caractère déjuge , ni à sa «pialifé de père comnnm des lidèles. (Connue il n'ignoroit pas que l'on accusoit les Jésuites déjouer ini rol<' princii«al dans ci'tle conteslalion , il porla l'ail. -nlioii el le scrupule jus.pi'à ne choisir les |irin(ii>an\ examinateurs <lii li\i(.' du jièrc Ouesuel que dans les ordres religieux et dans les écoles les pins «ipposées aux (qiinions de cette société. On ne coinptoil j)armi eux (pi'uri seul jésuite, depuis long-tenqis théologieti en titre du saint Sii'ge , tandis (pi'on j xoyoil deux dominicains, deux corfielieis , un lu'nédiclin , tni auLinslin; il piil Ini-inènie la cimnoissance la pins ai>pidr(in(lie de toutes l(!s (|uestioristpii furent l'objet de ce! examen.
Je sais bien «lue cet expos.' ])aroitra s'accor.ier bien |»eii avec lonles les relations mensongères que l'espiil de \y,\\\\ a pnblii'cs sur celle allairi! : Iropsouvenl resf)ril de l(''i:èrel('! s'.mu presse d'ado{)ler toutes les r.dalions de ce i:enre , sans se donnei- la peine de renionler aux soiures , pour rechercher la véjiti'; avec cette impartialité el cette
critique judicieuse qui peuvent seules y conduire* Mais nous trouvons, parmi les manusciâts de Féy nelon , la lettre d'un de ses coi-respondans , qui étoit alors à Rome, et que son état et ses rapports habituels mettoient à portée d'être exactement instruit de tout ce qui s'y passoit.
Voici ce qu'on écrivoit à Fénelon ' : » Jamais )) peut-être aucun livre n'a été examiné ni plus )' long-temps ni avec plus de précaution ( que » celui du Père ^uesnel ). On a employé à cet » examen , pendant près de trois ans , les plus ha- » biles théologiens de Rome , tirés de toutes les » écoles les plus fameuses el (le tous les corps re- » ligieux qui font une étude particulière de la » théologie. On comploit parmi les examinateurs » deux dominicains , deux cordeliers , un augus- » tin , un jésuite , un bénédictin , un barnabite et » un prêtie de la congrégation de la mission. » Après dix-sept conférences de quatre à cinq » heures chacune , ternies entre ces théologiens , )) en présence des cardinaux Feri-ai-i et Fabroni , « on examina encore toutes les propositions en » présence du Pape et de neuf car(iinaux de la » congrégalion du Saint-Office , dans vingt-trois » congrégations , où se trouvèrent tous les théo- » logiens qui a\ oient élé chargés de l'examen » préliminaire , ainsi que tons les considteurs or- » dinaires du Saint-Office. Le commissaire du » Saint-Office , qui est toujours un dominicain , » et le général des Dominicains , s'y trouvoient » également , ainsi qu'un grand nombre de pré- » lats. Ou connnenciiit dans ces congrégations par >' examiner si la proposition latine étoit fidèlement » traduite du français; puis on examinoit le sens >■ el la (pialiléde la proposition ; il n'y a aucune » pidposilion (pji n'ait coûté au Pape trois ou » quatre heures d'étude particulière. »
.Nous trouvons, dans une auti-e lettre écrite à Fénelon pai- la même personne , trois ou quatre in(»is avant la pronudgation de la constitution l'niiieriitiis , un fait (pii pi'onve l'attention extrême que Clément XI apporta à l'examen du livre du P. Qiicsnel \
a Sa Sainteté me lit l'Iionnenr de me montrer » ce (pi'i'lle a éciit de sa proiire main sur chacune > (les (piatre-vingt- quatre pi'ojiositions qui ont >> ('-té examinées jus(prici devant elle. C'est un » pi-odigieux travail , et il y anroit de quoi faire » ini ;;ros volume. Aussi les cardinaux et les qua- " lilicateirrs drr Sairrl-Oflice sont ('tonnés de l'ap- >• plicalidii dir Pape dans l'examen (pie l'on fait » des pr-opositious , et (h' la gr'ande capacité (pi'il » y fait paroitr-e. On a inteirompu ci't examen >' pei (laiil la (piinzaine de Pà.jires ; on recommcn- » ceia les congrégations mardi prochain. On eu )■> lient deux par- semaine , le mardi et le jeudi, w el dans chacune on exanrine liiril propositions ; » il en reste encore jilirs de soixarrle à exanriuer. » \orrs rre [torrvez vous irrraginer- les efl'or-ts (jue le » parti l'ail porrr' inlimidei- le Paiie el le détom-ner » de donner' la brrlle. Ou liri écrit , ainsi (pj'aux >i cardinairx , des lelIrTs sans nombre , [lour- leur » l'cprésenler' le p(''ril oir le Pape exposera son au-
' l..lln> a I'.
l'nirinl, , r. VI
JOlct., p. I.i5.
iti'dl'i I.i'll
1713. Corrcsp. de (lu 2i iiviil I7U.