LIVRE HUITIÈME
» lorité , Id iiiaiivaiso ilispnsilion dos évoques de •» Fiance et du pailomont ; mais le Pape est fonue >) et ne changera pas. »
Enfin Clément M j-ublia , le 8 septembre 171Ô, la constitution Ciinicnitiis , cpii condanme cent une propositions , oxliaites dos Héllexious morales dti 1'. (Jucsitcl sur U' yuurcau-Trstanicut.
11 paroil (pi'en Kiance Fénelon fut consulté sur la forme à sui\re pour racceptalion de cette bulle, et pour donner à cette acceptation le caractère le plus solennel, ^'ous trouvons du moins dans ses papieis un mémoire où il discute les dilVérontos formes (pi'il conviendroit d'adopter , et où il donne la préférence à colle <pii fut suivie.
Le cardinal de Noaiilos révoque son apiirobation du livre du P. Qiiesnel.
Aussitôt que la constitution Unigenilus fut ai'rivée en France , ou du moins , avant qu'elle y eût été acceptée par le corps des évoques et revêtue du sceau Ai^ l'autorité royale , le cardinal de Noailles fit do lui-même ce qu'il a\oil si longtemps refusé aux iusiancos do Louis XIV; il publia, le 28 septembre 1715, un niandomont par le<piel il révoquoit l'approbation qu'il avoit autrefois donnée au livre du pèi'e Quosnel : « // en » condaimwit la docArine, il en défendait la lecture )) à tous les fidèles de so7i diocèse. Nous ne pou- » vous souffrir, ajoutoit-il dans son mandement , » que notrt' nom |)anpiss(' davantage à la tète d'un )) ouvrage que Sa Saiiitoti' cundamne. Ainsi, nous )) ne voulons pas perdio un moment à révoquer >) l'approbation que nous lui avons donnée dans » un autre diocèse. »
Les amis do la paix, ol les véritables amis du cardinal de Noaiilos, durent sans doute regretter qu'il n'eût pas fait (piobpios années plus tôt ce qu'il consentoit à faire si tard. Que de chagrins et d'inquiétudes il seseroit épargnés! de combien de malheurs il auroit préseivé la religion, l'Eglise et l'Etat, en évitant de prêter, par l'indécision de son caractère, l'autorité do son nom et de ses vertus à des esprits inquiets (pii ne cherchoient qu'à faire prévaloir leurs passions particulières! iMais on a souvent obseivé (jue ce sont les caractères les plus doux et les plus paisibles qui so précipitent, sans le vouloir et sans le savoir, au milieu des plus terribles orages, par cette sorte d'indécision, dont il est si difficile de se garantir lorsque la douceur est trojt voisine de la foiblesso.
Cependant on put croire, on dut croire assez généralement, que cette démaiche du cardinal do Noailles , qui paroissoit lui avoir tant coûté, puisqu'il l'avoit fait attendre si long-temps, alloit écarter tout prétexte do division; mais ces espérances furent ci'uollement trompées.
Assemblée du clergé de 17J3 et 1714.
Louis XIV , toujours fidèle aux maximes de l'Eglise de France sur la réception des bulles
dogmatiques des papes, voulut avoir l'avis des ésêquos de son loyaume, avant d'imprimer la sanction royale à là constitution Uni(jenitus ; il enjoignit aux évoques qui se trouvoiont alors à l'aris ou à la suite de la cour, de s'assembler pour procéder à l'oxamen et à l'acceptation de la bulle.
Cotte assombléo , «pu conunença le 10 octobre 1715 , fut tiès- nombreuse ; elle étoit composée de deux cardinaux, de neuf aichevèques et de tronte-buil évê(pios. Louis XIV porta jusqu'au scrupule loiitos h-s rocliorclios o! loulos les attentions i)our convaincro tous les niombros de l'assonibléo qu'il uo piétondoit gêuor ni diroctoment ni indiicctomont la liberli'dos opinions. Il voulut même épuiser tous les moyens de douceur, d'estime et do confiance, pouV épargner au cardinal de Noaiilos tous les embarras de sa position , et le ramenei-, par un clioniin facile et glorieux, à celte unanimilt" du cori)s épiscoi)al (pii éloit l'objet de Ions SOS \(ifux ; il engagea le cardinal d'Kslréos , qui se trouvoit alors le doyen des cardinaux français, à s'abstenir de paroil ro à l'assemblée, pour laisser au cardinal de Noaiilos riionnoni- i\c la présidei-; il fil plus, il o<Misi'nlil <[u'on dérogeât à l'usage dos assemblées du clergé, l'I il permit que les séances se tinssent à l'arcliovêché , sons les veux et dans la maison même du caidinal, pour nioiilrer combien on éloil éloigné d'affliger son amour-propre ou de niaïKpior envers lui aux plus foibles égaids. Quelque sujet de; mécontentement qu'il eût donné au Hoi , (pioi(pio les dispositions (pi'il avoit déjà uiar(pi('M's fussent peu propres à inspirer imo eniiore confiance, ce i)iiuce lui abandonna le choix de tous les commissaires qui dévoient faire le rapport ; Louis XIV se borna à lui témoigner le désir de voir l'évèciue de Moaux ' au nombre des connnissaires. Le cardinal do Rohan , le premier en dignité dans l'assemblée après le cai'dinal de Noailles , se trouvoit nalmclloment a|)polé à présider cette conmission , et ce choix (dl'roit encore au cardinal do Noailles des facilités et des moyens d'union et de rapprochement. La naissance ,' la fortune et les dignités du cardinal de Kohan , ses manières nobles et engageantes , son esprit de douceur et do conciliation , ses succès dans le monde et dans les atîairos , les égards même qu'il avoit toujours marqués au cardinal de Noailles , ne permottoient pas à ce prélat de confondre le cardinal de Rohan avec cette foule d'ennemis plus ou moins obscurs qu'il supposoit acharnés à sa perte par des motifs d'intérêt ou d'ambition.
La commission fut donc composée du cardinal de Rohan , dos arche\ê(iues de Rordeaux ' et d'Auch ' , et des évêcpies de Soissons *, de Meaux et de Rlois ' . Ces commissaires s'assemblèrent jieudant trois mois , pres(jue tous les jours chez le cardinal do Rohan , et quelquefois chez le cardinal de Noailles , <pu assista très-souvent aux séances.
11 est évident, par cet exposé, qu'on n'apporta aucune précipitation . ni à l'examen , ni à la réception de la constitution Vniçienitus. Si Ton compare même cette espèce de lenteur avec ce qui
' I)«'l)uis cardinal di- liisi ^ .Ia(»|ues UPsniaiVIs. — * ■> David Nicolus de lieilliier.
y. — 2 Bazin do Bczons. — Fabio Briislarl de Sillery. —
HISïOrRE DE FÉNELON.
s'étoit passé quelques annôos auparavant , pour la réception du bref qui condamnoit le livre de Fénclon, on sera foixé de reconnoîfre qu'on mit en lisage , envers le cardinal de Noailles , tous les ménageniens que pou. oit supgéier le désir de respecter son rang , sa dignité et même sa susceptibilité. Le livre de Fénelon traitoit de matières encore plus abstraites que celui du père Quesnel ; le livre de Fénelon étoit Toux rage d'un archevêque recommandable par son génie , ses vertus et sa grande réputation ; et celui du père Quesnel étoit Touvrage d'un prêtre déjà connu par son attachement opiniâtre à des erreurs condamnées et déjî flétri par des censures ecclésiastiques ; cependant les assemblées métropolitaines de France n'avoient employé que deux ou trois séances à l'examen du bref qui condanmoit Fénelon. Mais Fénelon avoit été le premier à se condanuier liiiraènje , et ses collègues s'étoient liL'ureiiscmeut trouvés dispensés de la tiiste nécessité de le convaincre , de le persuader ou de le combattre. On n'observoit pas des dispositions aussi favorables dans le cardinal de Noailles , et on désiioit avec ardeur de vaincre ses irrésolutions et ses incertitudes, en lui laissant tout le temps de la rétlexion, et en entiant avec lui dans toutes les explications qui pouvoient soulager ses scrupules. On aimoit à se flatter qu'un archevêque aussi pieux s'arrêteroit de lui-même, avec un samt eflroi , devant la seule idée de s'établir dans une espèce de schisme avec le chef de l'Eglise et avec la {)resf|ue universalité de ses collègues. L'indécision ii.ituielle du cardinal de Noailles laissoit quebjuctois espérer qu'il céderoit à la voix de l'amitié (jui lui parloit pour l'intérêt de son propre bonheur; à celle de la raison qui lui défendoit de préférer ses lumières pei'sonnelles à celles du saint Siège et de tout le le coips épiscopal ; à la voix plus auguste encore de la religion , qu'il pouvoit exposer à de grands malheurs et à de grands dangers par un entêtement inexcusable.
Rapports des commissaires de l'assemblée, pour l'acccptalion de la Bulle. — Instruction pastorale adoptée par l'assemblée. — Le cardinal de Noailles, avec huit autres évèques, refuse d'accepter la Bulle ^XV Instruction.
Api'ès trois mois entiers, dont chaque jnm fut consacré à l'examen le plus approfondi et le plus détaillé de la constitution et de toutes les propositions (ju'elle condanmoit, les commissaii-es firent leur rap[)()rt à l'asseiiddée du cleigé, le I.'i janvier ITIi. Le cardinal de fîoiian ]»(Mloit la parole au nom de la commission , et son rapjxjrl icmplit six séances L'iitières. L'avis uiiauimi.' des commissaires jioi'toit qu'ils avoienl i-eoonmi dans la constitution du i'ape la doctrine <le Tliglise, el (pie l'assendjlée devoit l'accepter avec scjumission et respect. On pouvoil encore espérer ([ue h; cardinal de iNoailles, (pii avoi! dit, (piclques anni'es aujiavant , en acceptant le bref (pii conilannioit le livre d(! Fi'nclon : l'icrrc a parle par la buadie tllnuocent XII, n'hésiteroit pas à prononcer également : Pierre a parlé par la bouche de Clêvient XI , en condamnant le livi'c du père Ques-
nel ; mais il ouvrit au contraire un avis qui fut le prélude des plus longues et des plus tristes divisions ; il demanda, avec huit autres évèques de l'asseujblée , (pi'on sursit à déhbérer sui- le fond de l'acceptation de la bulle, jusqu'à ce qu'on eut lu et approuvé l'instiuction pastorale que les commissaires avuienl proposé de publier au nom de l'assemblée avec l'acceptation de la constitution.
L'avis du cai'dinal de Noailles avoit évidemment pour ol)jet de j-enouveler toutes les anciennes discussions sur la forme d'acceptation des jugemens dogmatiques du saint Siège, et de remettre aux prises l'Eglise gallicane et la cour de France avec le Pape et la cour de Rome. Tous les autres prélats de l'assemblée , an nombre de quarante , adoptèrent l'avis de la connnission , et déclarèrent que : « reconnoissant dans la consti- » fution de Clément XI, la doctrine de l'Eglise, » ils l'acceptoient avec soumission et respect ; » qu'ils condamnoient le livre des Iléjlcxions » morales et les cent ime propositions qui en » avoient été tirées, de la manière et avec les » mêmes qualifications que le Pape les avoit con- » damnées. »
L'avis du cardinal de Noailles et des huit évoques qui l'avoient adopté . n'étoit pas encore un refus décidé et formel ; il laissoit même , jusqu'à un certain point , l'espérance de parvenir à une entière unanimité , loisque l'instruction pastorale l>réjiarée jtar la commission auroit édairci toutes les (liHicullés (jud'on alVecloit d'éle\ei'sur le sens et la ipialilicalion de ({uelqnes-unes des pro[)ositioiis condanmées.
C'étoit dans cette vue que les commissaires s'étoient attachés à donner à cette instruction la forme lapins simple, la plus claire , la plus raisonnable ; ils en avoient écarté avec soin tout ce qui auroit pu chotjuer ceux de leurs collègues qui ne partageoïcnt pas entièrement leur oi)inion ; toutes les expressions en étoient pleines de mesure et de modération ; elle fixoit avec autant de sagesse que de précision et de claité , la juste interprétation (jue l'on devoit donner à celles des ]M(>|>ositions condanuiées, ipii , dans leur acception vague et indélinie, ne présentoient pas d'abord à l'esprit un motif légitime de censure ; ces propositions se trouvoieid renfermées, par l'instiuction, dans les vérilai»les limites que leurassignoienl res|»iil même de la constitution , les senlimens coinnis de l'auleiu- du li\re , et la nature des circonstances et des controverses qui agitoient les espiils.
Lors([n'au bout d'im siècle on relit celle instruclion, on ne peut s'enq)êclier d'ètrt' étonné de l'opposilion qu'elle a \ni rencontrer de la part du cardinal de Noailles et des huit évèques qui adhérèlent à son a\is, ou plulùt dont il ne fit que suivre les prévenlions.
Mais on reconnut bientôt qu'il avoit arrêté d'avance le jdan de conduite qu'il se proposoit de suivre, et ipie lors(iu'il a\oil demandé, de conceit avec les huit é\êi|ues, de dilVérer racceplalion (le la l)iill(! jiis(pi'à ce (pTils coinur-isent l'instrucliou pasl(jiale (pii devoit en acconq)agiter l'acceptalion, ils étoient décidés à rejetei l'une et l'autre, et (|u'ils s'éloieut uni(]uement projRisé d'élever