LIVRE HUITIÈME
quelque prétexte de division eutie rassemhlée du clejgé et le Pape.
Km elVel , loisipie dans la séance du premier ié- ^rier 171 i , les eonunissaires eurent lu rinsiriutiou qu'ils avoieiil été chargés de rédiger, et qu'il fut iiueslion de délibérer si l'assemblée l'adopteroit , le cardinal de Noailles déclîu-a en son nom, et en celui des huit ésèipuïs, (pi'ils ne pouvoienl accei)ter ni la bulle ni rinslruclion : « ([u'ils se » ci'oyoienl obligés de recourii' au Pape, de lui
» pioposer leur peines et leurs difficultés
» (lu'ils cruijoient ce parti If plus rénulier , le » plus canonique , le plus respectueux pour le » Fape , et le plus utile pour conserver la paix de » l'Eglise. »
On est affligé de voir un homme honnête et vertueux , connue le cardinal de Noailles , employer un langage aussi dérisoire dans une matière aussi grave. Comment en elVel pouvoit-il penser sérieusement qu'il fût plus respectueux pour le Hape de ne pas recevoir lui jugement qu'il avoit prononcé après \\\\ examen de trois ans , et plus utile à la paix de l'Eglise de se mettre directement en opposition avec le chef de l'Eglise et la pres([ue imanimité du corps épiscopal ?
On doit bien croire qu'une opposition , fondée sur des motifs aussi peu spécieux, n'arrêta pas un seul moment les (piaranle évè([ues qui avoieut déjà accepté la bidle ; ils adoptèrent l'instruction rédigée par leurs commissaires, avec d'autant plus d'empressement, qu'elle olTroit les considérations les plus propres à calmer les inquiétudes des personnes de bonne foi, et qu'elle prévenoit les i :terprétalions abusives ([u'on prétendoit donner à quel- •pies propositions du livre condamné.
Lettres patentes pour l'exécution de la Bulle.
Aussitôt que l'assemblée eut fait part au Roi de sa délibération , Louis XIV ordonna l'exécution de la constitution Uniijenilns par ses lettres patentes en date du 14 février 1714; et elles furent enregistrées au parlement de Paris dès le lendemain 15 février.
La facilité avec laquelle le parlement de Paris reçut et enregistra cette bulle , le jour même que les letties patentes lui furent présentées , montre assez qu'elle ne lenfermoit rien qui dût alarmer le zèle des magistrats. On éioit encore loin de prévoir qu'on en feroit. sous le règne suivant, le prétexte des plus violens débats entre le clergé et la magistrature.
Mais on ne doit pas en conclure ([ue cet em-egistremcnt se fit sans examen , et par le sentiment d'une déféience aveugle aux volontés du Roi. Louis XIV , en interdisant aux parlemens le droit de remontrances , n'avoit pas prétendu se priver des secours et des lumières de ses magistrats. Nous avons déjà rapporté , sur le témoignage du chancehcr d'Aguesseau, que ce prince avoit eu la sagesse de substituer à la forme tuibulente et quebjuefois séditieuse des rcmunlranccs , le concert bien plus utile du gouvernement avec les
piincipaux chefs delà magistrature. C'étoit par cette sage correspondance qu'on appoitoit à la préparation des lois toute l'attention et toute la maturité (pf elles demandent jmur l'intérêt public '. Tous les actes de législation étoienl concertés d'avance entre les nuuubres du conseil et les principaux membres des conq)agnies souveiaines ; et c'étoit par les discusions paisibles, dont l'esprit de COI ps et l'esprit de parti étoicnt également écartés, (pi'on i)iévenoit et les abus d'autorité, et les abus, non moins dangereux, de la résistance et de l'opposition.
Ou pourioil également (d)server que le chancelier de Pjntchartrain , qui avoit une grande influence dans le conseil , étoit encore à la tête de la inagisliatuie , et i\\u' M. d'Aguesseau étoit IHocinvui -général, (les deux grands magisti'ats étoieid excités par leurs principes personnels , autaid (pie par le devoir de leur ministère, à api)oiter une surveillance inquiète à tous les actes émanés de la cour de Rome, et Louis XIV ne se refusoit jamais à déférei- à leui-s avis, lorsqu'ils lui paroissoient conformes aux maximes du royaume. On doit bien ci'oiie que deux magistrats aussi éclairés, et (pii [(oitoicnl même (luelquefois jusqu'au scrupule leur vigilante siisc('i)libilité , se seroient élevés avec force contre la constitution i'itinenitus, si elle eût renfermé ces diuigereuses consé(iuences, que l'esprit de parti a cherché à attribuer à ce décret du saint Siège.
Il \ avoit d('jà près de cinq mois que la constitution L'iiiijeniliis étoit connue en France; elle avoit été conninuiiquée aux principaux magistrats du parlement de Paris; c'étoit de concert avec eux que les lettres patentes avoieut été dressées , que les conclusions de M. d'Aguesseau , procureur-général, avoient été arrêtées, et que le réquisitoire de M. Joly-de-Fleury, avocat-général, avoit été rédigé.
Aussi M. Joly-de-Fleury, après avoir donné les plus grands éloges au zèle et à la piété de Louis XIV contre les erreurs anciennes et nouvelles, fit observer au parlement que la forme extérieure de la constitution Unigenitus ne présentoil aucune de ces clauses familières à la cour de Home, et contre lesquelles les tribimaux français étoicnt dans l'usage de réclamer; il se borna à demander, selon le style ordinaire , la réserve générale de nos droits et de nos maximes ; il voulut seulement , dans son réquisitoire, aller au-devant des fausses conséquences (pie l'on pourroit induire delà condamnation (les |)i-opositions sur les e.rcuminunications, pour enipêchoi' qu'on ne voidût, à la faveur de celte condamnation , (( ou ref^iser aux éi-('qnes » le pouvoir des clefs, ou que les excomniuvica- » lions injustes pmsent suspendre l'accomplisse- » ment des devoirs les plus essentiels et les plus » indispensables. « L'instruction publiée par l'assemblée du cleigé avoit déjà enlevé aux esprits
' L'un (Ii's plus voiuii'ux inafjisliMls qui aiciil IioïKiré le nom (lo I.aim)i|;iion , pmlé ili-puis si loiit;-li'inps iiai- laiil d'Iioiiinics verUiuux , le dernier cliaiicelier de Lamoigiion , oliseiviiil souvciil à ce sujet, que celles de nos lois les \du« remarqualdes i)ar leur sagesse et leur slaliililc', avoient élé rendues pendant le Ion;; intervalle où Louis XIV avoil interdit aux parlemens le droit de n-m-'ulraiircs. (Yoye/. l'éloge de M. de Malcsherbes , par M. Gaillard.)
HISTOIRE DE FÉNELON
inquiets ce prétexte d'opposition par des explications si claires et si précises , qu'elles avoient satisfait tous ceux qui apportoient de la bonne foi dans ces sortes de discussions.
Mandenient an cardinal de Noaillcs qui défend racceptation de la Bulle.
Le cardinal de .Noailles auroit pu absolument se borner à ne pas accepter la constitution : mais il se laissa encore entraîner à une déniarclie qui acheva de prouver jusqu'à quel point il éloit sorti des bornes de sa circonspection naturelle, et se laissoit assei-vir par le parti dont il s'étoit rendu rinstrument plutôt que le chef. 11 publia , le 25 février 171 i, un inandeniuut [lar lequel il renouveloit la ccjndanmation qu'il avoit déjà portée contre le li\re du père yuesnel, le 28 septembre précédent , et défendoit en même temps , sous peine de suspense , de recevoir dans son diocèse la bulle Unifjenitus sans son autorité. 11 ofiroit peut-être le premier exemple dans l'Eglise , d'un évêquc qui eût défendu, sous peine de suspense, de lecevoir un jugement dt>gmatique prononcé par le saint Siège , accepté par la presqu'universalité des évêques, revêtu de l'autorité du Roi, et enregistré dans tous les parlemens.
11 est douteux que le cardinal de .N( tailles se fût permis un acte aussi irn'-ulier , s'il eût moins compté sur la religieuse modération de Louis XIV, sur le crédit de sa famille, et sur l'intéi'êt que madame de Maintenon continuoit à prendre à lui , malgré le peu de déférence qu'il montroit à suivre ses avis et ses conseils.
Ainsi, on avoit vu en deux ans ce prélat refuser obstinément de condamner le livre du père Uuesnel , et engager sa soumission au jugement que le Pape en portej'oit ; et ensuite condamner ce même livi-e et rejeter le jugement que le Pape en avoit porté. Par une suite des mêmes inconsé- «juencrs , il Ht remettre aux docfems delà faculté de théologie de Paris son mandement Au 25 février 171 i, par lequel il avoit défendu de recevoir la bidle Unifjenitus , et il déclara le lendemain qu'il n'avoit pas entendu les comprendi-e dans son ordonnance.