‹ Œuvres complètes de Fénelon, archeveque de Cambrai. Précédées de son histoire littéraire (volume 2)Chapitre 356 sur 422 · I.a pliipail di-s cvèqiius de France acceplont la Huile · texte numérisé non relu

I.a pliipail di-s cvèqiius de France acceplont la Huile

Aussitôt que la constitution Ihutjenitus eut été acceptée par l'assemblée du dei-gc et revêtue des lettres patentes enregistrées , le Roi la lit adresser à tous les évê([ues de France. Cent dix évêques l'acceplèient purement et simplemenl ; douze (lU treize scuicMicut rel'usèrcnl de l'accepter , ou ne racccplèrent qu'a\ec des explicalious. Mais ce (|iii est remarquable, c'est (pie tous ceux qui refusoictd de la recevoir, à l'exceittion d'un seul ', pr(iti(in(;oi(Mil en même tenq)s bi condamualiou du li\rc (hi père Ouesncl. Ou jtouvoil s'é-

tonner avec raison d'une opposition si vive à un jugement qui ne faisoit que condamner un livre qu'ils condamnoient eux-mêmes. Lu supposant même qu'ils aperçussent de bonne foi des difficultés dans (]uel<]ues dispositions de la bulle, comment des évêques , et sui'tout des évêques catholiques , poiivoienl-ils croire leur conscience engagée à résister à un jugement revêtu de toutes les formes canoni(|ues. On demande à tous les esprits sages et i-aisonnables si de pareils motifs l)Ou voient méiiter que des évêques exposassent l'Eglise aux dangers d'un schisme, et l'Etat à des divisions interminables.

Mandement de Fénelon sur la constitution Unit/enitus.

Parmi les mandemens que publièrent les évêques de France pour accepter la constitution Uni- (jenitus , celui (pii obtint, sans aucune comparaison , l'approbation la plus générale et la plus éclatante, fut le mandement de Fénelon. Il fut même obligé d'(!n publier deux , l'un pour la partie de son diocèse soumise à la France , et l'auti-e pour la partie du diocèse de Cambrai que le traité d'Utrecht ' venoit de placer sous la domination de l'Empereur.

C'est dans ce second mandement ' que Fénelon s'abandonne , avec la plus touchante effusion , à tous ses sentimens de vénération , de fidélité et d'obéissance filiale pour l'Eglise romaine ; c'est là qu'on lit cette éloquente et religieuse apostrophe à la chaire de saint Pierre.

« 0 Eglise romaine ! ô cité sainte ! ô chère et » commune patrie de tous les vi-ais chrétiens! il » n'y a en .lésus-Christ , ni grec , ni scylhe , ni » barbare , ni juif, ni gentil; fout est fait un seul >) peuple dans votre sein, tous sont concitoyens » de {{ome , et ton! catholique est romain. La » voilà cette grande tige qui a été plantée de la » main de Jésus-Christ. Tout rameau qui en est » détaché se flétrit , se dessèche et tombe. 0 » mère ! (piicon(|ue est enfant de Dieu est aussi » le vôtre; après tant de siècles mius êtes encore » féconde. 0 ('pduse ! \ous enfaidez sans cesse à » votre époux dans toul'rS les extrémités de l'u- » nivers; mais d'où vient que tant d'enfans dé- » natures méconnoissent aujourd'hui leur mère, » s'élèvent coniie elle , et la regardent comme n une maràtie? D'où vient <jue son autorité leur » donne tant de vains ombrages ? Quoi ! le sacré » lien de l'uiiilé, (pii doit faiie de loiis les peuples » un scid troupeau , et de tous les ministres un » seul [lasteur- , sera-l-il le prétexte d'une funeste » riivision? Serions-nous arrivés à ces derniers » temps où le /ils de l'homme trouvera à peine de » la fui sur Ut terre? Trondilous , mes très-chcrs » frères, trend)l()ns que le règne de Dieu, dont » nous abusons, ne nous soit enhrê, et ne passe » à d'autres u.ilioiis i/fn' en porteront les fruits. » Tremblons, humilions-nous , de peur ([ue Jé- » sus-Chi'isI ne lratisporl(! ailleurs /r» flambeau <\q. » la pure foi , el qu'il ne nous laisse dans les léuè-

L'cVLqiiL' de ,Miri'iMii\

s Du it juin 171 '<.

LIVHK HUITIÈME.

» bresduos à notre orgueil. 0 Eglise , d'où IMorre » con/inncra à jamais ses frères , que ma iiuiiu » flriiiti' s'oublie Alr-mchno. . si je vous ouitlie » jaiiuiis! Que ma Uuu/ue se sèche et devienne iinn mobile si vous n'éles pas , jusqu'au dernier sou- » ////• de ma vie^ le principal obji't de ma joie et d<' » mes cantii/ttes ! »

Lorsque Fénelon exhaloit , avec ces expressions tonclianles , les scnliineiis de son anie oppn^ssée

far la perspective des niallieurs tiiii nienaeuient Egli^e de France; lorsqu'il consignoit, dans cetic espèce de lestamenl soleiuiel, la déclaralion de sa religieuse (idélilé et de son allaclienient inviolable au centre de Tunité calliolique , il auroil Î)u adjesser aux fidèles confiés à ses soins le même angage que liossuet adressa autrefois à la Fiance entière , en terminant sa carrière oratoire : « Agréez ces derniers etVoits d'une voix qui ^olls

» fut connue C'est au trou|)eau que je d(tis

» nourrir de la paiole di* vie «pie Je consacre les » lestes d'une voix qui tombe et d'une aidenr qui » s'éteint. »

Ce mandement de Fénelon fut en elVet le dernier acte de son ministère apostolicpie. Fénelon neiit pas la consolation de voir la fin des troubles de l'Eglise; mais il eut au moins celle de n'être pas témoin des scènes scandaleuses qui suivirent sa mort et celle de Louis XIV.

Ce piinee avoit employé tous les moyens de persuasion qui étoient en son pouvoir, pour ramener le caidinal de Noailles à des sentimens et à une conduite plus conformes au caractère dont il étoit revêtu dans l'Eglise, et à la haute piété dont il faisoit profession '. Les cardinaux de Rohan et de Bissy », qu'il avoit chargés de cette négociation, étoient porti's par inclination à seconder ses vues de douceur et de ménagement; et le désir de plaire à madame de Maiiiteuon favorisoit encore leurs dispositions naturelles; ils se llattèrent assez longtemps de fixer les éternelles vaiiations du cardinal;

1 Si on vcul savoir jusqu'à (|uol puinl Louis XIV porta les •'gards , les iiu'nafjeint'iis, \,\ loiulcsciMidanco, et niùme les plus tendres supplicutions, pour vain. ri> rcnli'leiiirnt du lardinal de Noailles, o» pourra s'en f.iire une idée, en lisant une lettre de madanie de Mainlenon, du 24 février 1715 , ;i M. Laiiguet , curé de Saint-Sulpiee , avec qui elle enlreteluiit une eorresjuindance liahiluelle. Nous la transcrivons sur l'oriRinal (pie nous avons en «e nioinenl sons les yeux , et ([u'on a eu la boulé de nous eonfier, en nous perniellanl il'en taire usafie. M. LauRuel , curé de Saint-Sulpice. s'eloil lladé un inonicnl de pouvoir ramener le cardinal de Noailles a se riunir de principes et d« sentinuMis a l'Kijlise de France presque toute enlière. Il se propnsoil surloul de réveiller ilans le cœur du lardin il de Noailles le souvenir de louU'S les anciennes bontés du Uoi pour lui, el des iddipjalions infinies qu'il avuil à inadaiiie de Mainlenon, pour l'i'elairer, i)uisqu'il en eloil encore temps, sur la lionle ei le danger d'un Schisme, au.jiiel il ni! craignoit pas d'alt.iclier son nom. Madame de Mainlenon répondit a M. Lan[ju<'t : h Que pourroil » mon iiilcrél auprès de M.' le cardinal , )iiiis<iiril resisie au » lioi son inallre , son bienfaileur, piévenu ireslime el d'iii- » ilinatinn pour lui; qui a tout eiuplnijc pour le faire rc- » venir, jiisqiit's à ses larmes el ù ses coiijuralioiis , à la » mort de nos jeunes princes. Il a résisté h tout , et s'en sait » bon gré; il est sans cesse encensé là-dessus. Il est certain » (ju'il abrégera les jours du Roi, qui a le ca'ur serré entre » sa religion et les dioils de sou royaume. Diles tout ce qu'il » vous idaira. Monsieur, je ne vous désavouerai jias; mais » je (rois que vous parlerez inulilemenl. » — ^ ("e dernier n'éloil encore qu'évé(iue de Meauv.

mais soit indécision de caractère, soit espoir d'un changement prochain , que l'Age et la décadence de la sanh' de Louis MV laissoient assez entrevoir, il écliappoil sans cesse à ses propres engageinens et à riniliicncctli's sages inspirations de ses amis, de sa l'amille et de ses c(diègues les pins respeclai)les. Sa destinée, tant (pi'il vécut, fut d'avancer, de reculei el de varier sans cesse justpt'aux derniers moniens de sa vie ; il la finit par accepter cette même constitution Unifjenitus qu'il avoit si souvent conliedite et rejetée.

Ditrérciis plans pour réduiié les réfractaircs à la constitution l'/iigr)iitus\ — Projet d'un concile national.

Lorsque les cardinaux de Holian et de Bissy eurent acquis la triste conviction de l'inutilité de leurs démarches , Louis XIV prit la résolution de faire usage de tous les moyens que les lois de l'Eglise et de l'Etat mcttoient à sa disposition, pour réjirimer le scandale d'une résistance aussi publique , et qui n'étoit pas sans danger pour la tranquillité du royaume.

Mais il restoit de grandes difficultés dans le choix de ces moyens. Nous avons un mémoire manuscrit de Fénelon où il discute , avec beaucoup de détail et de sagesse , les a\antages et les inconvéniens des formes usitées jusqu'alors dans l'Eglise pour le jugement des évêqnes.

11 rejette d'abord la voie des commissaires du Pape, toujours odieuse à l'Eglise de France, et qui auroit éprouvé la plus vive opposition de la part des tiibunaux du royaume.

Celle des conciles prorinciaux étoit plus canonique et plus analogue à l'esprit des libertés de l'Eglise gallicane ; mais elle présentoit , par la nature des circonstances, des difficultés presqu'insurniontables.

Fénelon linissoit son mémoire par se décider pour un concile national, (\m auroit réuni le grand avantage de rappeler l'ancienne discipline ecclésiastique , de concilier tous les droits et toutes les prétentions, de respecter tous les privilèges et tous les intérêts , et d'écarter toutes les objections.

Nous ne savons pas si ce mémoire fut demandé à Fénelon de l'aveu du Gouvernement , et s'il influa sur sa décision ; il est au moins bien certain ([ue Louis XIV donna la préférence à l'avis qui y étoit indi(pié; il envoya même M. Amelot à Rome, pour concerter avec le Pape tous les ariangemens nécessaires pour la convocation d'un concile nati'jnal en France ; cette négociation épi'ouva de longs délais , et la mort de Louis XIV changea enlièrement la face des aflaires.

Ce fut dans l'intervalle des négociations entamées avec Rome , au sujet du concile national, c[i\o, Fénelf)n sentit tous les embarras de la position où les circonstances l'avoient placé. Le rang qu'il tenoil dans l'Eglise de France, l'éclat de sa réputation, le nMe qu'il avoit joué dans les controverses qui dévoient être le princijjal objet du concile national, ne perinetloient pas de douter (pi'il ne filt ai>pelé dans une assemblée composée de tous les évêipiesdc France, et qu'il n'y obtint l'infinence

HISTOIRE DE FENELON.

que ses vertus et ses talens dévoient lui assurer. Nous avons même des lettres des cardinaux de Rohan et de Bissy qui attestent toute la confiance qu'ils pla(;oient dans le secours de son intervention.

Mais moins Fënelon pouvoit se dissimuler à luimême combien sa voix auroit de prépondérance dans le concile national , plus il se sentoit retenu par des motifs de délicatesse et de bienséance qui lui laissoient une extrême répugnance à prêter son ministère à la dégradation du cai'dinal de Noailles. Ses longs démêlés avec ce [trélat avoient foit un grand éclat dans FEglise, dans la Friuice , dans toute TEurope , et il prévoyait ([iic la haine et l'envie se plairoient à attrilxiei' à la vengeance et à d'anciens ressentimens l'exercice d'un ministère pénible et rigoureux.

Nous trouvons , dans une lettre que Fénelon éciivoit à l'abbé de Beaumonl, son neveu, six semaines avant sa mort, une pciiitin-e naïve et fidèle des agitations et des anxiétés où le plongeoit ce combat douloureux d'un ministère forcé, avcs ces sentimens de délicatesse dont une anie , telle que celle de Fénelon, ne pouvoit s'afiianchir sans de violens efforts '.

« Le concile national pourra bien manquei- ; » mais si on le tenoit , et si j'étois convoqué selon « la règle, comme tous les autres, qu'est-ce que » je devrois faire? Je serois sensiblement affligé w d'être l'un des exécuteurs d'un homme qui m'a » exécuté autant qu'd l'a pu. Ce personnage aii- » roit un air de vengeance et seroit ini prétt'xte N de m'imputer une conduite très-odieuse. D'un » autre côté , je me dois à l'Eglise dans un si pres- )) sanl besoin. Si je croyois que tout allât bien , je » serois ravi que tout se fit sans moi ; mais si le » concile setrouvoit dans un grand pi'ril de tiT)ul)le » et de partage , où je pusse n'èlre pas touf-à-fait M inutile, je me livierois, supposé ipi'on me dési- » ràt véritablement; api'ès (|iioi je ie\iendrois ici » par le idus court chemin. Uaisoniiez là-dessus » avec le très-petit nombre de i)ersonnes dignes » de la plus intime confiance. Pour moi , je vais » |)iiei' Dieu. »

11 écrivoit siu' le même sujet à un de ses amis ' : o La jilupart des gens peuvent s'imaginer que j'ai » une joie secrète et maligne de ce qui se passe; » mais je me croirais un démon si je goûtois une » joie si Cnqioisomiée, et si je n'a vois [)as une \é- „ rilalde <loiilcur de ce qui nuit tant à l'Eglise. .le Il voNsduai même, ])iu' une siiii|>lici(é decijufiance, ,) ce (|ue d'aiitiesque vous ne; croiroient pas faci- X lement , c'est qui' je suis \érilalilemeiit ariligé » pour la personne de M. le cardinal de Moailles. » Je me i-eprésente ses peines; je les lessens pour » lui; je ne me ressouviens du passé que pour me » iai)peler loules les bontés dont il m'a honoré „ pendant tant (ramiées. Tout le reste est etlacé , » Dieu merci , de mou coMn-; lieu n'v es! altéré ; » je ne legaide que la seule main de Dieu qui a » voulu m'hmuiliei- |)ar misi'ricoide. Dieu luiw même est témoin des seulimens de icspeel el » de zèle ipi'il met en moi poui' ce cardinal. La

» piété que j'ai vue en lui , me fait espérer qu'il se » vaincra lui-même pour rendre le calme à l'Eglise » et pour faii-e taire tous les ennemis de la reli- « gion. Son exemple ramèneroit d'abord les esprits » les plus indociles et les plus ardens ; ce seroit » poiu- lui une gloire singulière dans tous les siè- » clés. Je prie tous les jours pour lui à l'autel avec » le même zèle que j'avois il y a vingt ans. »

11 paroit que plusieurs personnes d'un grand poids, sincèrement aftiigées du schisme qui commençoit à s'établir dans l'Eglise de France , s'étoient pei'suadées (pi'aucun évêque n'étoit plus capable (pie Fénelon de léunir tous les esprits par la douceui' de son caractère , l'infiuence de ses vertus et la supériorité de son génie; elles crm-ent sans doute entrevoir qu'il ne seroit pas impossible d'écarter les obstacles qin le tenoient encore éloigné de la cour, et de le placer à la tête d'une négociation dont le succès devoit le combler de gloire, en assurant la paix de l'Eglise et de l'Etat ; elles imaginèrent en conséquence de sonder ses dispositions avant de hasarder des démarches plus décisives.

Fénelon se contenta de répondre avec simplicité et modestie à des ouvertures si séduisantes pour un cœur vertueux , et si flatteuses pour l'amourpropred'im homme (pie la gloire déjouer un grand rôle auroit pu éblouii' : « J'a\oue, écrivoit-il, qu'un » honune (pii auroit le goût des ail'aires, accepte- » roit plus facilement les propositions (jue vous » me pressez d'accepter. Mais je n'ai pas assez » bonne opinion de moi pour oser espérer de ré- « tablir la paix dans l'Eglise, comme vous voulez » que je l'entreprenne. Je ne \eux point ffvire le » grand personnage (pie vous me proposez ; c'est » M le cardinal de .Noailles <]ui doit rétabhr la » paix dans l'Eglise. Je ne sais aucun secict; mais » j'ose assurer qu'il la rétablira quand il voudra » y réussir; elle est encore dans ses mains. Je lui » en souhaite la gloire et le mérite devant Dieu et » de\ant les hommes. Je mourrois content si je » l'avois vu de loin achever ce grand ouvrage. »

Dispositions de Louis XIV à l'ésanl de Fénelon.

Il est dil'licile de croire (pie Fénelon eut réussi à obtenir du cardinal de Noailles ce que ce prélat avoil refus('' à L(»uis .\1V, à madame de !\Iaintenon, à toute sa famille (pi'il chéiissoif tendreineiil. On a vu (railleurs rexirême pré\enti(»u (pi'il avoit coufMi 'leiuiis long-temps contre Fi'nelon , et que les derniers événemens avoient poilée juscpi'à une esi)èce d'irritation. Ainsi, c'étoit plutôt un \œu inspiré par l'anionr de la religion el de la paix à (\c< hommes bien iiitenlioimés, (pruii i>lan ari'èté ou (pi'im commeiui'meul de négociation. 11 paroit même peu vraisemblable (pie ces ouvertures eussent ('lé siiggéréi's de concert avec la cour. Madame de .Maiiileiion axoit alors donné toute sa confiance pour lesallaires de l'Eglise à ré\ê(pie de Meaux , cardinal (l(^ lîissy;et il est permis de douter, comme nous l'avons d(''jà dil , (pie le cardinal de Bissy ait désiré riiilerxeiilioii d'un collègue dont l'éclat et la l'épulatioii aiiroieiit pu éclipser sa laveur nais-

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