LIVRE DEUXIIvVlE
Tiiii^ ces traits, ornés d'aiititlièses , no sont point dans le véritablt' |ioitrait que le cliancelit;!- d'Aguesseaii nous a laissé (lt>. Fénelon dans ses Mémoires. Ourlqne s,'Oiit qu'on puisse ri'pioclier à M. d'Aguesseau poin- les antithèses, il ne s'en seioit jamais permis un tel abus. Ces traits sont d'ailleurs en contradiction avec tout le reste du portrait , et font , en quelque sorte, de Fénelon , en les réunissant dans un même cadre , deux persoimages absolument dilTérens l'un de l'autre , ce qui donneroit le droit de reprocher au chancelier d'Aguesseau un défaut ou de goût , ou de jugement , ou de bonne foi.
Le passage que nous avons rapporté du Conservateur est tout simplement extrait d'une note que l'éditeur du tome XIII des Œuvres du chanee/ter d'Ar/uessenu a mise au bas du portrait de Kénelon par ce grand magistrat. Mais bien loin d'attribuer ce passage à M. d'Aguesseau , l'éditeur, par l'énoncé même de la note, suppose qu'il n'en est pas. On voit seulement qu'il s'est proposé d'alloiblir l'impression honorable ipie le véritable portrait de Fénelon, par le chancelier d'Aguesseau , pouvoit laisser dans l'esprit des lecteurs. Ce n'est pas la iiremière fois qu'un éditeur s'est permis de susbtituer son esprit et sa manière de voir k l'esprit et à la manière de voir de son auteui.
Le Conservateur , dans la paitie même qui est du chancelier d'Aguesseau , s'est permis une altération qui n'est pas indifférente. M. d'Aguesseau a dit que : « Fénelon ré- » gnoit autant par les charmes de sa société , que par la » supériorité de ses lalens. » Le Conservateur met , au contraire : « Fénelon régnoit par les charmes de la société » beaucoup plus que par la supériorité de ses talens. »
Il est encore une autre altération , mais qui tient uniquement au bon goût. M. d'Aguesseau a dit de Fénelon : « Les grâces couloient de ses lèvres, et il sembloit traiter » les plus grands sujets, pour ainsi dire, en se jouant ; les » plus petits s'cnnoblissoient sons sa plume, et il eût fait » naître des fleurs du sein des épines. »
Le Conservateur ne s'exprime pas d'une manière toutà-fait aussi agréable , en faisant dire au chancelier d'Aguesseau : « Les grâces uaissoient sur ses lèvres, et les épines » lleurissoient dans ses mains. »
En un mol , il est étonnant que l'éditeur du Conservateur ait donné comme inédit un morceau imprimé dix ans auparavant, et qu'il ait présenté comme de d'Aguesseau, et intercallé dans son texte , un passage ou plutôt une note qui n'appartenoit qu'à son éditeur.