LIVRE DEUXIÈME
» point en mon sons, et que j'ai même la consolation que ce » que je connois dans le monde de gens habiles, distingués » par leur savoir et par leur piété, on jugent comme moi.
» Ce qui seroit à souhaiter dans le siècle où nous som- » mes, ce seroit qu'on parlât pou de ces matières, et que " les âmes même, qui pourroient être véritablement dans » Vornison de contemplation , ne s'en expliquassent ja- » mais entre elles , et encore même rarement avec leurs » pères spirituels.
» C'est ce que j'ai obseivé à l'égard de certaines per- » sonnes, qui se sont adressées à moi pour leur conduite, " et à qui j'ai donné pour pn'niièiv rèirle de n'avoir sur le " chapitre de leur oraison niillr iduimuiruation avec d'au- ' très dévotes, sous queUiue ijrétcxte ipie ce soit, pour » éviter les abus ipie l'experionce m'a appris s'ensuivre de » de ces conlidences.
» Voilà, Madame, toutes mes pensées, que je vous con- » fie, et qui ne seront peut-être pas bien éloignées des >• vôtres.
» Comme j'achevois ces remarnues , j'ai reçu , Madame, » le petit billet que vous m'avez tait l'honneur de m'écrire, » et je vous demande bien pardon de ne vous avoir pas » renvoyé plutôt le livre qu'on m'avoit apporté de votre » part. Il est vrai qu'ayant eu depuis ce temps-lk trois ser- » nions à faire , à peine ai-jo pu trouver le temps de le lire » attentivement et à loisir. Mais je ne prétends pas , Ma- » dame , me justilicr par-là auprès de vous ; et j'aime bien » mieux vous remercier de la manière obligeante avec la- )• quelle vous voulez bien vous intéressera ma santé. ••
N" 111. - oa.;e66.
On lit dans la notice placée à la suite de l'éloge de Fénelon |iar M. l'abbé Maury , aujourd'hui cardinal , édit. de 1SU4, l'article suivant: M. Godet-des-Marais , évi'que de C/ittrtrrs , M. de Noailtes , évëque de Chàlons , ensuite archevêque de Paris , et M. Bossue t , évêque de Menue , s'assemblèrent à Issi/, pour examiner les livres de madame Guyon. Mprès avoir condannié sa doctrine, ils censurèrent trente-quatre propositions extraites de /'Explication des Maximes des Saints. Fenelon refusa constamment les conférences que lui o/froit Bossuet , et il dénonça lui-même son ouvrage au Fape.
Cet énoncé renferme plusieurs inexactituiles.
1"M. Godet-des-Marais, évêque de Chartres, ne fut point des conférences d'issy. Ces conférences furent uniquement composées de M. Bossuet, évêque de Meaux, de M. de Noailles, alors évêque de Chàlons, et de M. Tronson , supérieur général de Saint-Sulpice. On leur adjoignit ensuite Fénelon, qui fut nommé à l'archevêché de Cambrai dans le cours de ces conférences.
2° Les trente-quatre articles signés à Issy ne renferment la censure d'aucun ouvrage. Ce sont de simples maximes arrêtées pour fixer les véritables principes sur l'état d'oraison ou de contemplation , et pour prévenir les abus d'une fausse spiritualité. Nous avons sous les yeux les manuscrits originaux de ces trente-quatre articles , signés de la main de M. Bossuet , de M. de Noailles, de Fénelon et de M. Tronson
30 Les trente-quatre articles d'issy ne pouvoient avoir aucun rapport ave<' le livre des Maximes des Saints de Fénelon. Les conférences d'issy eurent lieu en 1C94 et I'i95; et le livre des Maximes des Saints ne parut qu'en
4» M. Bossuet, M. fiodct-des-Marais, évêque de Chartres, et M. de Noailles, devenu archevêque de Paris en 1695, ne censurèrent même dans la suite aucunes propositions extraites du livre des Maximes des Saitits. Ils connoissoient trop bien les règles, pour s'établir juges de la doctrine d'un de leurs confrères, qui avoit porté lui-même sa cause au tribunal du saint Siège. Ils se bornèrent à une simple déclaration de leurs sentimens, et ils s'y crurent obligés, parce qu'ils prétendirent que l'archevêque de Camavoit appelé leur témoignage à l'appui de son livre.
5" Ce ne fut point à l'époque des conférences d'issy , que Fénelon refusa de conférer de vive voix avec Bossuet. Fénelon fut au contraire associé aux conférences d'issy. Ce
fut plus de deux ans après, lorsqu'il eut fait paroitre son livre des Maximes des Saints , qu'il refusa de conférer de vive voix avec Bossuet; il finit même par y consentir à de certaines conditions.
Nous avons cru devoir rectifier ces légères inexactitudes, qui pouvoient recevoir une espèce d'autorité par la conllauce duc à un écrivain aussi célèbre que M. le cardinal Maury.