‹ Œuvres complètes de Fénelon, archeveque de Cambrai. Précédées de son histoire littéraire (volume 2)Chapitre 370 sur 422 · XIII · texte numérisé non relu

XIII

Dans la vie et dans l'oraison la plus parfaite , tous ces actes sont unis dans la seule charité, en tant qu'elle anime toutes les vertus, et en commande l'exercice, selon ce que dit saint Paul : - Lu charité souffre tout, elle croit loui , » elle espère tout, elle soutient tout. >< Or on en peut dire autant des autres actes du chrétien , dont elle règle et prescrit les exercices distincts, quoiqu'ils ne soient pas toujours sensiblement et distinctement aperçus.

Le désir qu'on voit dans les saints, comme dans saint Paul et dans les autres , de leur salut éternel et parfaite rédemption , n'est pas seulement un désir ou appétit indélibéré , mais comme l'appelle le même saint Paul , une bonne volonté que nous devons former et opérer librement en nous avec le secours de la grâce , comme parfaitement conforme à la volonté de Dieu. Cette proposition est clairement révélée, et la contraire est hérétique.

C'est pareillemenl «ne volonté conforme k celle de Dieu, et absolument nécessaire eu tout état , quoique non k tout moment , de vouloir ne pécher pas ; et non-seulement de condamntM- le péché , mais encore de regretter de l'avoir commis, et de vouloir qu'il soit détruit en nous par le paidon.

Les réflexions sur soi-même , sur ses actes , et sur les dons qu'on a reçus , qu'on voit |iaitout pratiquées par les prophètes et pai'les apôtres, jiour rendre grâces à Dieu de

Il n'y a de réflexions mauvaises et dangereuses que celles où l'on fait des retours sur ses actions et sur les dons qu'on a reçus, pour repaître son amour-propre, se chercher un appui humain , ou s'occuper trop de soi-même.

Les mortifications conviennent k tout état du christianisme , et y sont souvent nécessaires ; et en éloigner les fidèles, sous prétexte de perfection , c'est condamner ouvertement saint Paul , et présupposer une doctrine erronée et hérétique.

L'oraison perpétuelle ne consiste pas dans un acte perpétuel et uniiiue qu'on suppose sans interruption , et qui aussi ne doivent jamais se réitérer; mais dans une disposition et préparation habituelle et perpétuelle, à ne rien faire qui déplaise à Dieu . et à faire tout pour lui plaire. La proposition contraire , qui excluroiten quelque état que ce fût, même parfait , toute pluralité et succession d'actes , seroit erronée et opposée k la tradition de tous les saints.

Il n'y a point de traditions apostoliqnes , que celles qui sont reconnues par toute l'Eglise , et dont l'autorité est décidée par le concile de Trente. La proposition contraire est erronée , et les prétendues traditions apostoliques secrètes seroient un piège pour les fidèles , et un moyen d'introduire toutes sortes de mauvaises doctrines.

L'oiaison de simple présence de Dieu, ou de remise et de quiétude , et les autres oraisons.i extraordinaires , même passives , approuvées par saint François de Sales et les autres spirituels reçus dans tOHte l'Eglise , ne peuvent être rejelées ni tenues pour suspectes sans une insigne témérité; et elles n'empêchent pas qu'on ne demeure toujours disposé k produire en temps convenable tous les actt;s cidessus marqués : les réduire en actes implicites ou éminens en faveur des plus parfaits, sous prétexte que l'amour de Dieu les renferme tous d'une certaine manière, c'est en éluder l'obligation , et en détruire la distinction qui est révélée de Dieu.

Sans ces oraisons extraordinaires, on peut devenir un très-grand saint , et atteindre k la perfection du christianisme.

Héduiie l'état intérieur et la purification de l'anie k ces oraisons extraordinaires, c'est une erreur manifeste.

C'en est une également dangereuse , d'exclure du l'état de contemplation, les attributs, les trois personnes divines, et les mystères du Fils de Dieu incarné , surtout celui de la croix et celui de la résurrection; et toute» les choses qui ne sont vues que par la foi, sont l'objet du chrétien contemplatif.

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