‹ Œuvres complètes de Fénelon, archeveque de Cambrai. Précédées de son histoire littéraire (volume 2)Chapitre 372 sur 422 · X.XXIII · texte numérisé non relu

X.XXIII

(tu peut aussi iuspirer aux âmes pieuses l't vraiment humbles , une soumission et consentement k la volonté de Dieu . quand même , par une très-fausse supposition , au lieu des biens éternels qu'il a promis aux âmes justes, il les liendroit , par son bon plaisir , dans des tourmens éternels , sans néanmoins qu'elles soient privées de sa grâce et de son amour, qui est un acte d'abandon parfait, et d'un amour pur, pratiqué par des saints , et qui le peut être utilement , avec une iirâce très-particulière de Dieu par les âmes vraiment parfaites, sans déroger à l'obligation des autres actes ci-dessus marqués , qui sont essentiels au christianisme.

On ne doit point attacher le don de prophétie, et encore moins l'état apostolique , k un certain état de perfection et d'oraison : et les y attacher, c'est induire ii ilhision , témérité et erreur.

Les voies extraordinaires, avec les marques qu'en ont données les spirituels approuvés , selon euv-mômes. sont trèsrares, et sont sujettes à l'examen des évèques, supérieurs ecclésiastiques, et docteurs qui doiventen juger, non tantselon les expériences, que selon les règles immuables de l'Ecriture et de la tradition : enseigner et pratiquer le contraire , est secouer le joug de l'obéissance qu'on doit k l'Eglise.

S'il y a, ou s'il y a eu en quelque endroit de la terre un très-petit nombre d'a"mes d'élite, que Dieu, par des préventions extraordinaires et particulières qui lui sont connues, meuve k chaque instant , de telle manière k tous actes essentiels au christianisme et aux autres bonnes œuvres, qu'il ne soit pas nécessaire de leur rien prescrire pour s'y exciter, nous le laissons au jugement de Dieu-* et sans avouer de pareils états, nous disons seulement dans la pratique , qu'il n'y a rien de si dangereux , ni de si sujet à illusion , que de conduire les âmes comme si elles y étoieut arrivées, et qu'en tout cas ce n'est point dans ces préventions que consiste la perfection du christianisme.

Dans tous les articles susdits , en ce qui regarde la concupiscence, les imperfections , et principalement le péché , pour l'honneur de notre Seigneur, nous n'entendons pas comprendre la très-sainte Vierge sa mère.

Pour les âmes que Dieu tient dans les' épreuves /Job, qui en est le nioiièle , leur apprend k profiter du rayon qui revient par intervalles pour produire les actes les plus excellens de foi, d'espérance et d'amour. Les spirituels leur enseignent k les trouver dans la cime et plus haute partie de l'esprit. 11 ne faut donc pas leur permettre d'acquiescer à leur désespoir et damnation apparente, mais avec saint François de Sales , les assurer que Dieu ne les abandonnera pas. '

Il faut bien en tout état, principalement en ceux-ci, adorer la iusiice vengeresse de Dieu, mais non souhaiter jamais q^u elle s'exerce sur nous en toute rigueur, puisque même l un des effets de cette rigueur est de nous priver de l'a-

FÉNELON. TOME X

Au surplus, il est certain que les commençans et le.s parfaits doivent être conduits , chacun selon sa voie , par des règles difîérenles, et que les derniers entendent plus hautement et plus k fond les vérités chrétiennes.

Le premier voyage de Fénelon k Cambrai fut marqué par un de ces traits Île noblesse et de désintéressement qu on auroit peut-être toujours ignoré, si nous n'avions pas retrouvé la réponse du ministre . qui en offre le témoignage. Les besoins de l'Etat et les dépenses de la guerre venoient de forcer Louis XIV k établir pour la première fois une capitation générale sur tous ses sujets. L'archevêque de Cambrai ne se borna point k contiihuer k ce subside dans la proportion de ses revenus. 11 écrivit k .M. de Pontchartrain , alors contrôleur-général des finances, et depuis chancelier de France, pour le prier d'obtenir de Sa Majesté , qu'elle daignât lui permettre d'ajouter k sa taxe personnelle la totalité de la pension qu'elle vouloit bien lui accorder en quaFité de précepteur des princes ses pelits-fils. Louis XIV sentit tout le mérite d'un procédé aussi délicat, mais ne voulut pas en profiter. C'est ce que nous apprenri la réponse de .M. de Pontchartrain.

ce 2:i octobre 4 095.

Monsieur ,

'< .l'ai rendu compte au Roi des lettres ' que vous m'a- " vez fait l'honneur de m'écrire lu 7 et le 19 de ce mois , >• et du mémoire qui étoit joint k la première. Sa Majesté » est si persuadée de votre zèle pour le bien de son ser- )) vice , qu'elle ne doute point que vous n'ayez fait tout ce » qui a dépendu de vous pour porter le clergé de la partie » de votre diocèse, située dans les intendances de mes- •< sieurs de Bagnols et de Bignon , k lui accorder k titre de >• capitation une somme dont elle puisse être satisfaite... Sa » Majesté a vn avec plaisir l'otlre que vous lui faites » d'augmenter votre cote de la capitation de la pension » entière qu'elle vous donne en qualité de précepteur de >■ messeignenrs les enfans de France ; mais elle n'a pas be- » soin de ce nouveau témoignage «le votre zèle pour être » bien persuadé de votre attachemeut k sa personne et au » bien de son Etat. »

On a déjk vu que Fénelon, en acceptant l'archevêché de Cambrai, s'étoit empressé de remettre au Roi son abbaye de Saint-Valery.

Ce caractère de noblesse et de désintéressement étoit si naturel à Fénelon , qu'il le laissoit involontairement apercevoir dans les occasions les plus indiirérenles. Madame de

' Manuscrils.

PIÈCES JUSTIFICATIVES

Maintenon en rapporte un trait de ce genre. Il étoit question de distraire une portion assez considérable du dincèse de Chartres , pour en former le nouveau diocèse de Blois, et on se proposoit , selon l'usage, d'unir une abhaye k l'évècbé de Chartres pour le dédommager des droits et des revenus qu'il alloit perdre. Madame de Maintenon • en parloit devant Fenelon , « qui observa qu'il seroit utile que » les évèchés eussent peu d'étendue , et que si on vouloit « diviser Cambrai , bien loin de prétendre un dédonimage- » ment, il donneroit une partie de son revenu. ><

Plusieurs années après , et dans un temps où Fénelon pouvoit juger, par douze années d'exil et de disgrâce, combien Louis XIV étoit ulcéré contre lui , il n'étoit occupé qu'à donner au Roi et à .sa patrie de nouvelles preuves de son zèle par tous les genres de sacrifice qui étoient en son pouvoir. C'est encore "a madame de Maintenon que nous devons la connoissance de ce fait particulier ; car il est assez lemarquable que nous ne soyons instruits des preuves de son désintéressement que par le témoignage des personnes dont il eut le plus à se plaindre. Madame de Maintenon écrivoit au cardinal de Noailles, le "13 octobre 1708 : « Le ■> père de la Chaise disoit hier au Roi, que M. l'archevêque >' de Cambrai , ayant taxé son clergé , et devant être taxé >■ lui-même à mille écus, par proportion à son revenu, il " avoit déclaré qu'il donneroit quinze mille francs pour sou- » lager les curés de son diocèse. Le père de la Chaise ac- » compagna ce récit de toutes les louanges que la chose >• mérite] Je crois devoir vous tenir instruit di' tout. Si je » vais trop loin. Monseigneur, il ne tiendra qu'à vous de »> me modérer. Souvenez -vous que ce que je vous écris x n'est uniquement que pour vous. »

Nous aurons à rendre compte dans la suite de sacrifices bien plus impnrtans , que Fénelon fit pendant son séjour k Cambrai , pour le service du Roi , le salut des armées et le soulagement de tous les malheureux qui venoient chercher un asile dans sou palais et implorer sa bienfaisance.

Page 1