‹ Œuvres complètes de Fénelon, archeveque de Cambrai. Précédées de son histoire littéraire (volume 2)Chapitre 395 sur 422 · LIVRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIÈME

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Nors éviterons de nous étendre sur des questions et sur des événemens connus de tous les lecteurs familiarisés avec l'histoire ecclésiastique du dix-septième siècle , ou qu'il seroit inutile de faire connoitre au plus grand nombre de nos contemporains , qui n'y trouveroientni un motif d'intérêt ni un objet d'instruction ; nous nous renfermerons dans un exposé très-précis des faits principaux qui onl précédé l'époque à laquelle Fénelon fut obligé , par le devoir de son ministère , d'élever la voix pour l'instruction de son peuple et l'édification de l'Eglise.

Il eût été sans doute a. souhaiter que toutes les écoles de théologie se fussent renfermées dans les bornes que le concile de Trente avoit posées entre les erreurs de Luther et de Calvin qu'il venoit de proscrire , et celles de Pelage que l'Eglise avoit condamnées dans le cinquième et le sixième siècle.

Eu suivant une méthode aussi convenable aux bornes de notre intelligence , le concile avoit pensé qu'il étoit inutile et téméraire de prononcer sur des questions dont Dieu n'avoil pas jugé la connoissance nécessaire au salutdeshommes, puisqu'il ne les avoit pas révélées d'une manière plus expresse et plus formelle.

Il est difficile de rien dire de plus exact et de plus judicieux que ce qu'écrivoit un des évèques les plus distingués de l'Eglise de France ' , à l'occasion même des controverses dont nous avons à rendre compte.

« Je crois que la grâce de Jésus-Christ ^ nous est néces- » saire pour toutes les actions de piété et des vertus chré- » tiennes : je crois qu'il la faut demander à Dieu.

» Je crois que tous les commandemens de Dieu nous sont » possibles avec la grâce , et que sans elle nous ne pou- » vons rien de bien , ni persévérer dans le bien sans un » secours spécial.

» Je crois que cette grâce prévient et aide notre volonté ; » que nous devons notre salut à Dieu ; que nos chutes nous » doivent êlre imputées.

n Je crois que la grâce fortifie notre arbitre et ne le dé- » truitpas.

» Je crois que notre libre arbitre, en coopérant à la grâce, » ne doit pas se glorifier, mais se tenir dans l'humiliation , » rcconnoissant son impuissauce s'il étoit abandonné à lui- » même.

» Hors ces vérités, j'avoue mon ignorance sur cette ma- » tière ; et quand on demandera comment la grâce est » alliée avec noire liberté ? comment Dieu agit en nous et » avec nous ? pourquoi il tire les uns de la masse de per- » dilion et y laisse les autres? pourquoi les uns persévèrent , » et les autres non? j'avouerai franchement que je ne le sais » pas ; je crois même que personne ne le sait , et que ces » mystères sont inconnus de tous les hommes; mais notre )) orgueil est si grand , que nous ne saurions avouer que » nous ignorons les choses mêmes dont Dieu s'est voulu ré- » seiverà lui seul la connoissance. Humilions-nous en re- » connoissanl l'impénétrabilité de ses secrets et de sesjuge- » mens.

Quelques théologiens ne surent pas malheureusement se piescrire à eux-mêmes ces règles de modestie et de circonspection , que le véritable esprit de la religion et le simple bon sens auroient dû leur dicter.

Michel Ba'ius , professeur en l'université de Louvain , hasarda , sur les matières de la grâce , des assertions qui oiivrircnl un vaste champ de coiiteslations. Soixante-dixneiif propositions, extraih's dr s(s Ihèscs, furent déférées à llduie : elles furent cdiiihuiiiiccs p;ii l'ie V en 1667, et par Grégoire Mil eu i57;i. Ikmis se lélracta; ses disciples,

1 (iill)iTl.le Clidiseiil.lVère du iiiaréi liai Duplessis-Pr.nsliii, nuiDiiK'' il l'i'vèehe de Coinniint;es en 1('i/44, transfère il relui de T(iiiiii;ii en Kwl, niorl il Paris eu 1(589, àgc* de 76 ans. — s Lettre de .M. l'évi'que de Comiiiinges. flist. eccl. de Dupin, dix-septiomc siècle.

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