‹ Œuvres complètes de Fénelon, archeveque de Cambrai. Précédées de son histoire littéraire (volume 2)Chapitre 397 sur 422 · LIVRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIÈME

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Elle a répondu d'avance à tout ce que l'ignorance ou l'cs- ]irit de parti ont reproduit sous la plume de quelques écrivains de nos jours . qui ne paroissent seulement pas avoir su de quui il etoit question.

Mais ce qu'on a peine il se persuader, c'est que les religieuses de i'ort-Hoyal se crurent plus habiles théologiennes que Biissiiet : cette admirable lettre , qui détruisoit avec tant de («tce et de clarté tous les sophismes dont on avoit nourri ces imaginations malades, ne put les ramener à des idées et à une conduite plus raisonnable. Tel fut l'ascendant de leurs directeurs sur leurs opinions et sur leur conscience, qu'elles préférèrent île renoncer à l'usage des sacremens , plutiM que de convenir, sur le témoignage de toute l'Kglise, qu'un evèque avoit hasardé, même involontairement, des erreurs dans un livre qu'elles ne connoissoient pas. L'n

Sareil entêtement donnoit bien, il M. de Péréfixe , le droit e dire que ie.<! religieuses de Port-Royal éluient pures comme des auges et orgueilleuses comme des démons.

La déclaration du Roi , du 29 avril 1665 , qui pre^crivoit l'exécution de la bulle d'Alexandre Vil , du 15 février de la même année , imposoil à tous les évèques l'obligation de souscrire et de faire souscrire le formulaire.

Les seuls évêques d'Âleth ' , de Pamiers ^ de Beauvais' et d'Angers * entreprirent de renouveler, dans l'acte même de leur souscription, la distinction du fuit et du droit que le Pape venoit de condamner si formellement par une bulle revêtue de la sanction royale. Ou a même peine ii concevoir comment ces prélats pouvoient imaginer de faire revivre une distinction absolument incompatible avec l'acceptation claire et manifeste du formulaire qu'ils consentoient il souscrire. Quoi qu'il en soit , ils tirent des mandemens uniformes , où ils établirent que l'Eglise est ii la vérité infaillible , lorsqu'elle prononce que telle ou telle proposition est hérétique , mais qu'elle peut se tromper lorsqu'elle pron(Uice qu'un livre est hérétique ; qu'on ne doit alors h sesjugemensqu'M« silence respectueux, Q\,non une véritable croyance.

Cependant Louis \1V , choqué d'une contravention aussi manifeste et aussi éclatante à la bulle qu'il avoit demandée lui-même au saint Siège, et a la déclaration (pi'il avoit fait enregistrer dans tous les tribunaux , résolut de faire mettre à exécution les dispositions de la bulle et celles de sa propre déclaration. 11 demanda au Pape de nommer douze évêques commissaires pour faire le procès des quatre évèques réfractaires. Il s'éleva des diflicullés entre la cour de France et celle de Rome , au sujet du nombre des commissaires , eices difliciiités traînèrent la négociation en longueur pendant plusieurs années.

Dans cet intervalle , un très-grand nombre d'évèques , parmi lesquels on en distinguoit plusieurs aussi recoinmandables par leurs vertus que par leurs lumières , virent avec peine s'établir une forme de procédure qui tendoil ii anéantir les maximes les plus chères à la France , sur la forme canonique du jugement des évêques. Il faut même convenir que le plan adopté par le gouvernement étoit en contradiction avec les principes que nos tribunaux ont toujours proclamés , et avec les délibérations encore récentes du clergé de France dans l'assemblée de 1660. Il est donc viaisomblable que , dès le moment où les commissaires nommés par le Pape et agréés par le Roi se seroient disposés à proiédtM comme juges , leur ministère auroit été traversé par des difficultés et des oppositions insurmontables. Plusieurs évêques, nommés par le Pape , s'étoienl déjii re-

millciiipiit examiné dans cet écrit la ilifûiiilté primipale ou riufiiillibililé de rK(;lisc sur les fjits dociiialiquos. Voyiv. YHistiiire litlcraire de Fcnelon, analyse de la eonlroversc du Jansénisme.

' Nicolas Pavillon, né à Paris le 1 1 noveml)re \ 597, nommé à l'évéclié d'Alelli en 1637, mourut le 8 décembre 1677, àfje iJK i)lns de 80 ans — ^ François-Etienne de Canlel , né à Toulouse en lOtO, nommé a révèclié de Pamiers en 1615, mourut le 7 août IG»0 , dans sa 71* année, — 3 is'icolas Clioarl de Buzenval ; ne en 1611, nommé a Févéche do Bcauvais en 1650, mourut le -21 juillet 1679, àijé de 68 ans — * Henri Arnauld, nommé à l'evéché d'.^ngers en 1649, mourut le S juin 169-2; il éloil né en 1597.

fusés à accepter celle commission , par le souvenir encore SI récent des cngagemens que l'assemblée de 1650 avoit pris au nom de tout le corps épiscopal.

Indépendamment d'une considération si puissante , la liaule piété dont les quatre évèques refractaires faisoient profession , et l'éditiante régularité de leurs mœurs , leur concilioienl ce sentiment d'intérêt et de bienveillance dont fui ne peut jamais se défendre pour des hommes vertueux , lors même qu'on est fondé il leur reprocher un excès de prévention ou d'entêtement.

Alexandre VU venoit de mourir : Clément IX ' lui avoit surcédé ; et le nonce Bargellini , récemment arrivé en Fiance , effrayé des contradictions qui paroissoienl s'élever de toutes parts contre la procédure dont on menaçoit les quatre évêques . crut qu'il lui seroit aussi utile que glorieux de terminer, par des voies plus douces et plus conciliantes, une affaire si délicate et si épineuse : il lit part de sou idée ii M. de Lionne -. Lu ministre des affaires étrangères est toujours disposé ii accueillir des projets de négociations ; il prit les ordres du Roi en lui communiquant les vues du nonce. Louis XIV, inspiré par ce jugement droit et sain qu'il avoit reçu de la nature il un degré si remarquable , n'apportoit jamais", quoiqu'on ait voulu persuader le contraire , d'es[)ril de parti ni de prévention dans les affaires de religion ; il ne prétendoit s'arroger aucune autoi;ité sur les opinions dans des questions de doctrine ; mais il étoit fermement attaché à une maxime aussi juste qu'incontestable, et cette maxime fut constamment la règle de sa conduite; il savoit qu'on ne peut être catholique qu'en se soumettant à l'autorité de l'Eglise , et que celte autorité réside dans le saint Siège et dans le corps des évêques. Il répondit k M. de Lionne qu'il n'apportoit aucun obs'.ade à des projets de conciliation; qu'il vouloit seulement que le Pape fût obéi sur un point de doctrine , et se déclarât satisfait des preuves de soumission que lui donneroient les quatre évêques.

Ce fut donc uniquement vers ce but que toute la négociation fut dirigée : il s'agissoit d'amener les évêques à écrire au Pape une lettre dont toutes les expressions fussent assez précises pour le convaincre qu'ils avoicnt signé le formulaire purement et si/nplement.

Les médiateurs qui s'étoienl associés au nonce pour le succès de cette négociation , eurent assez de peine h obtenir de l'évèque d'Aletîi , cet acte de soumission ; mais il céda enfin, ainsi que ses trois collègues, aux insinuations des médiateurs (jui étoient au nombre de leurs amis ; ils furent surtout ébranlés par l'autorité d'Antoine Arnauld, qui, au grand étonnement de toute la France , se montra favorable, en cette occasion , ii la doctrine des restrictions secrètes.

Us écrivirent au Pape , le 1" septembre 1G68 , « qu'ils )) avoient convoqué les synodes de leurs diocèses ; qu'ils » y avoient ordonné une JiouvcUe souscription du forniijw faire ; qu'ils l'avoienl souscrit eux-mêmes ; qu'ils s'é- )) toienl conformés k l'exemple de plusieurs évêques de » France , dans la manière d'agir et dans les sentimens » de déférence dus aux constitutions apostoliques ; ^ufi » ce n' avoit pas été sans peine et sans difficulté qu ilff » eu avoient usé de la sorte. »

On demande de bonne foi , à tout homme impartial , si , en lisant cette lettre , le Pape ne dut pas être fondé k croire que les quatre évêques s'étoienl conformés k l'exemple de tous les évèquesde France? Toutes les expressions de cette lettre , et même Vespece de violence ^ que les évêques réfractaircs prélendoient avoir été obligés de se faire pour

' .hiles Uosiiiijliosi , ne en 1599, succéda a Alexandre VII, le -20 Juin 1667, el nimirul le 9 décembre 1669, dans sa 71" année. — - Hugues de Lionne, marquis de Berny, ministre des afraiies éinngcrcs. nnjrl h Paris le l" septembre 1671, à(;é do 60 ans. — 3 i-,ii> autorité non suspecte, riiistorien même de l'évèque d'Alelh, fait assez, connollre la répucnance avec laquelle ce prélat sifiiia une lettre qui lui parois^nit blesser la sincérité chrétienne; ce ne fut qu'aprcs des refus réitérés, ((u'il céda au\ instances de l'arcUevéi|ue de Sens el d'ArnauM. Dans la suite de sa vie, il cvitoil toujours de j)arler de celle circonstance, et par égard pour lui, ou éviloit de la lui rapiielor.

PIÈCES JUSTIFICATIVES

revenir sur leur première conduite , pouvoient-elles permetlre au Pape de soupçonner que, dans le moment où ou lui écrivoit avec tant de soumission , oo consigiioit , dans des prucès-verhnux clnndeslim , les nièmes'distinctions et les mêmes resfrictions que le saint Siège avoit condamnées et se disposoit à punir ?

Mais, dans le moment même où le Pape alloit écrire des ))refs de félicitation aux quatre évèques , en signe de paix et de satisfaction , des lettres particulières arrivées a Rome, y répandirent quelques rumeurs sur ces procès-verbaux , dont le secret commençoit à transpirer. Le Pape suspendit l'envoi des brefs et écrivit à son nonce de faire tous ses eiforts pour avoir une copie de ces procès-verbaux.

Le nonce Bargellini alarmé de voir près d'échouer, par cet incident imprévu , une négociation qui lui avait coûté tant de soins et de peines , et dont il attendoil autant de gloire que d'avantages , prévit que , s'il envoyait les procès-verbaux à Rome, le Pape seioit indigné , les médiateurs compromis et l'affaire plus embrouillée que jamais. Il répondit au Pape qu'il lui avoit été impossible de se procurer des procès-verbaux ; mais qu'il y suppléoit abondamment par un certificat des prélats médiateurs , qui déclaroient formellement " que les quatre évèques avoient agi de la nieil- » leure foi du monde. » Il y joignit un acte encore plus important ; c'étoit un écrit signé des quatre évèques euxînênies , qui attestoient ■< qu'ils avoient signé et fait signer » sincèrement le formulaire. »

Le Pape , rassuré par des témoignages si positifs , n'hésita plus à leur adresser les brefs dont il avoit suspendu l'expédition. Des évèques aussi pieux durent sans doute , en li.sant les expressions de ces brefs , éprouver une espèce de honte et même quelque remords sur un procédé peu compatible avec la sincérité chrétienne dont iisfaisoient profession. Le Pape leur écrivoit : « Nous avons reçu la lettre » par laquelle vous nous faites connoltre , avec de grandes » marques de soumission...., que vous avez souscrit sincè- » rernent et fait souscrire le formulaire du pape Alexandre » VII, et quoiqu'à l'occasion de certains bruits qui ont » couru , nous ayons cru devoir aller plus lentement en » cette affaire ( car nous n'aurions jamais admis à cet >• égard, ni exception, ni restriction quelconque ); mais » ayant depuis peu reçu des assurances nouvelles et con- » sidérables de la vraie et parfaite ohe'iss/.'nce avec In- » (juclle vous avez sincèrement souscrit le formulaire, » et condamné sans aucune exception ou restriction les » cinq propositions, selon tous les sens dans lesquels » elles ont été condamnées par le saint Siéye aposto-

K liquè , 7tous voulons bien »

Le Pape écrivit en même temps au Roi » ipn; les quatre » évèques lui ayant fait connoitie qu'ils s'étoient soumis à » la souscription pure et simple du formulaire , cette sou- » mission lui donnoit la satisfaction d'user de clémence )) plutôt que d'être contraint par leur désobéissance , d'user » de rigueur. »

Louis XIV avoit déclaré qu'il scroit satisfait aussitôt que le Pape se déclareroit lui-même satisfait ; il ordonna en conséquence que les procédures commencées contre les quatre évoques ne seroient point suivies , et fit rendre la liberté aux principaux agens du parti; le calme parut rétabli dans l'Eglise de Fiance, et on appela cette pacification la paix de Clément IX.

Il eût été assez curieux de savoir ce que Pascal eût pensé de la conduite de ses anciens amis dans cette singulière négociation; il est vraisemblable que les Jésuites, dont il avoit traduit en ridicule les restricti(ms mentales sous des traits si ingénieux et si piquans, l'auroienl invité à s'exjiliquer sur les restrictions seo-ètes de Porl-Hoi/al. 11 est au moins bien certain qu'il n'auroit pas plus approuvé les unes que les autres. La rectitude naturelle de son esprit et son caractère inflexible résistoient ii tous les tempéramens qui lui paroissoient blesser l'austère vérité; cl, si l'on eu croit quelques écrivains, ce fut parce motif qu'il s'étoit brouillé, quelque temps avant sa mort, avec les chefs de Port-Royal : il leur rcprochoil de déroger à leurs jirincipes, en n'osant en avouer hautement toutes les conséquences.

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