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Des lettres de Fénelon à la comtesse de Gramont.
La comtesse de Gramont , née Elisabeth Hamilton , avoit épousé le comte de Gramont (Philibert) , si connu par les Mémoires écrits sous son nom , par le comte Antoine Hamilton, frère de sa femme. Lorsqu'elle prit la résolution de conformer sa conduite aux règles de la piété chrétienne, ce fut à Fénelon qu'elle eut recours. Elle lui avoit donné sa confiance avant même qu'il eût été nommé précepteur de M. le duc de Bourgogne, et il continua à la diriger jusqu'à l'époque où il fut éloigné de la cour. Il entretint même avec elle pendant dix ou "douze ans une correspondance assez suivie. C'est ce que nous avons été à portée de reconnoilre depuis la publication de la seconde édition de V Histoire de Fénelon. M. le baron Joseph de Retzer, secrétaire aulique, a eu la bonté de nous adresser des copies authentiques de quarante-sept lettres inédites de Fénelon , dont les originaux existent à Vienne.
Par une circonstance assez remarquable, ces lettres manuscrites se sont trouvées dans la succession de l'impératrice Marie-Thérèse , qui professoit la plus tendre vénération pour la mémoire et les vertus de Fénelon. Elle les avoit reçues de milady Hamilton, propre fille de la comtesse deGramont, mariée à Henri Howard, comte de Strafford, et connu ensuite sous le titre de milord Hamilton. Elles passèrent, à la mort de Marie - Thérèse , dans les mains de madame la comtesse de Vasques , sa grande maîtresse, qui les légua en mourant, à sa petite -nièce madame la comtesse de Wolkenstein, née comtesse Haxembeig.
Ces lettres de Fénelon offrent quelques détails assez curieux ; la franchise estimable avec laquelle il reproche à madame de Gramont les défauts de son caractère, confirme le jugement assez sévère que madame de Caylus en a laissé dans ses Souvenirs.
<t Le recueillement et la retraite , écrivoit Fénelon à )' madame de Gramont, sont l'unique remède « vos hau- » leurs , à l'ûpreté de votre critique dédaigneuse , aux » smlltes de votre imagination , à vos impatiences » runtre ceu.v qui vous servent , à votre goût pour le » jilaisir, et à tous vos autres défauts. Ce remède est « ejri'i'lod ; mais il a besoin d'être renouvelé fré- « quonmrnl. VOUS ÊTES USE BONNE MONTRE, » mais ddut la corde est courte, et qu'il faut remonter
a .souvent Le silence vous est surtout capital.
» Lors même (pie vous ne pourrez vous dérober au monde , » vous pourrez vous taire souvent, et laisser aux autres » l'honneur de la conversation. Vous ne pourrez dompter » votre esprit dédaigneux , moqueur et hautain , qu'en i) le tenant comme enchaîné par le silence. >•
Fénelon revient sans cesse, dans ses lettres, à inviter madame de Gramont à réprimer son penchant si inarqué à la satire et îi la malignité; et on observe avec une sorte de surprise , qu'il mêle lui-même à ses conseils une franchise assez piquante, pour oll'rir une légère teinte de malignité. « Pailez , quand vous serez seule; vous ne sauriez alors ' trop iiarlcr; car ce sera k Dieu seul que vous parlerez de n vos dél'auls , de vos besoins et de vos bons désirs. Mais » en société VQUS ne sauriez tomijer dans l'excès de y trop peu parler : il ne ftut pourtant pas que ce soit • un silence sec et dédaigneux ; il ftut au contraire » que ce soit un silence de déférence à autrui. Je serais 1 ravi que mus parliez pour louer, approuver , comr plaire, déférer, édifier. Mais je suis sûr que quand X mus ne parlerez que de cette sorte , vous parlerez » fort peu , et que la conversation vous semblera
» faite »
Parmi les lettres de Fénelon k la comtesse de Granaont, il en est une qui présente des caractères si vrais et si sûrs pour reconiioitic la véritable piété et la distinguer de l'hypocrisie , que nous croyons devoir la rapporter dans toute son étendue. Nous n'avons pu découvrir ii quelle occasion elle fut écrite. Mais il est bien évident qu'un événement qui eut liru à la cour, et qui lut un sujet d'affiiction pour les