IX, V
LETTRES SUR LA RELATIOiN DU QUlÉTISiME,
de personnes distinguées par leur naissance et par leur vertu. Enfin M. Bossuet lui-même , qui avoit déjà rendu témoicrnage par un certificat à la pureté de ses mœurs, la justifie solennellemeni dans l'assemblée du clergé de France tenue en 1700 K
Je ne comprends pas , monsieur , comment on ose revenir à la charge, et l'attaquer jusque sous la sauvegarde du clergé et de M. Bossuet , dont le témoignage vaut ici une apologie. Il y a un terme certain à toutes les affaires , qui les décide , et iixe l'état des réputations comme celui des fortunes. On a \oulu troubler un liomme dans la possession de ses biens. Ses ennemis n'ont jamais produit ni de titre capable de l'évincer, ni même de titre coloré qui piM régulièrement rendre la possession douteuse. Ecouleroit-on quelqu'un qui viendroil, au bout de trente ans , reproduire les mêmes moyens fiivoles? 11 ^ a plus : le défendeur a offert dans le temps , quoiqu'il n'y fut pas obligé , de montrer des titres qui établissoient invinciblement sa possession, et de les livrera l'examen le plus rigoureux. S'ils n'ont point été examinés , et si l'on Ji'a pas fait droit dessus, ce n'a pas été sa faute. Au lieu de le prendre au mot , on l'a traîné de prison en prison ; on a épuisé les artifices et les mauvais ti-aiteniens , pour le contraindre d'avouer que ses biens sont mal acquis. La vérité l'a soutenu ; on n'a pu lui arracher le moindre aveu. Enfin ceux qui auroieni eu autant d'intérêt que ses ennemis à contester la possession , le l'ecotmoissent authenti(|uement pour légitime possesseur. De quel œil regarderoit-on un chicaneur qui lenleroit encore de le déposséder ?
C'est précisément l'espèce de M""' (luyon , avec cette différence, que la réputation est plus sacrée que les l)iens , et la société plus intéressée à s'élever contre les calomnies que contre les usurpations. Suflira-t-il d'avoir été soupçonné une fois , pour être noirci dans toute la j)Ostérité '.' Ne »iendroit-il donc qu'aux auteurs de réaliser , dans l'obscurité de leur cabinet , de vieilles calomnies infoi'mes , qu'on aura toujours olVerl de réfuter dans le lemi)s. Elles n'en sont pas moins calomnies, quoiqu'un auteur se les soit tellement ap|)ropriées , qu'il ne peut s'en dessaisir a|)i'ès la fin des contestations.
M. I^helippeauv peut être excusable jusqu'à cei'lain point de les avoir jetées sur le papier , sauf le droit (ju'avoienl les dépositaires de son
manuscrit d'examiner après lui, et d'en retrancher les faussetés ; mais on ne peut pardonner à l'éditeur . d'avoir remué , par la publication de l'ouvrage tel qu'il est , les cendres d'une personne m'orte, il y a plus de quinze ans, dans laconmiunion de l'Eglise, sans en avoir jamais été séparée.
Vous savez , monsieur , que j'ai demeuré dans une ville peu éloignée de Blois. J'ai eu occasion de m'enlretenir avec des personnes trèsdignes de'foi , qui ont connu M"'^ Giiyon pendant les dix dernières années de sa vie. Ils m'ont souvent parlé de sa patie.ice et de sa résignation dans des infirmités confinuelles , de son amour pour les pauvres , de la simplicité de sa foi, de son éloignement pour toute voie extraordinaire. Elle avoit pleinement renoncé aux vaines spéculations. Jamais on ne lui a entendu dire la moindre parole d'aigreur contre ceux qui l'avoient persécutée; au contraire, elle les excusoit en disant : Ils ont cru bien faire : Dieu m'a voulu humilier ; je ne le suis pas assez : que son nom soit béni. Ce langage ne venoit pas d'impuissance de se justifier , puisqu'elle avoit offert dans le temps de soutenir toutes sortes de confrontations.
Je ne sais, monsieur, si les personnes qui s'intéressent à sa mémoire donneront une apologie. Je trouve , dans la Vie de M. de Cambrai \ que MM. les ducs de Beauvilliers et de Chevreuse , de concert avec M. de Fénelon , avoient dressé un Mémoire en leur nom pour la justifier ; mais que, dans la crainte de les compromettre, M"'*" Ciuyon ne voulut point consentir qu'on en fit usage. Le public recevroit avec plaisir et reconnoissauce un ouvrage qui viendroit de si bonne main. Mais sans être obligés de rien produire , les amis de M'"* Guyon sont en droit de crier à l'imposture. Songez . s'il vous plait , monsieur . (ju'il s'agit de faits arrivés en [lartie il y a plus de cinquante ans. C'étoit à lauteur à les prouver, d'autaul plus que ses imputations sont graves , qu'il vouloil ([ue sr)n ouvrage ne parût que vingt ans après sa mort, et qu'il savoit que M'"* Guyon prenoit le ciel et la terre à témoin de son innocence.
Je finis , monsieur , cette longue lettre ; et jinisque vous voulez absolument que je prononce sur la liclddnii . je décide que c'est un ouvrage mélangé, qu'il faut lire avec beaucoup de précaution ; lanlùl original , tantôt copie , et quel(|uefois copie de mauvais originaux. Ce
• Vov
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LETTRES SUR LA RELATION DL QUIÉTISME
n'est pas à beaucoup près un morc(!an achevé (l'histoire ecch';siastique ; mais les historiens y trouveront d'excellentes choses , pourvu qu'ils sachent trier. Je ris de la simplicité de M. notre ami comnuui , qui compare honnemetU le style de la Jielution à celui des fameuses Anecdotes '. Ce n'est point ce qu'elle a d'utile , je veux dire l'histoire du dogme , qui la hh tant rechercher ; ce sont les traits malins , vrais ou faux , dont elle est remplie. La malignité porte toujours avec elle son assaisonnement, même dans un livre de théologie. J'apprends dans le moment de très-bonne part . que ni feu M. Bossuet ni M. l'évèque de Troyes - n'ont jamais su que l'auteur travaillât à cette Relntion. Ce n'est pas un préjugé favorable à son livre , qu'il en ail fait mysièr'e i lats. Je suis avec respect Immble , etc.
ces deux illustres prémonsieur, votre très-
Un examine plus en délai! les raisons et les faits que l'on peut alléguer contre madame Guyon.
Je suis charmé, monsieur, que vous approuviez ma décision. Vous la trouvez impartiale : mais vous voudriez que je me fusse un peu plus étendu au sujet de M""^ Guyon. Vous vous plaignez que j'aie piqué votre curiosité , sans la satisfaire : vous croyez que l'innocence de cette dame est hors d'atteinte, à l'abri du procèsverbal de l'assemblée de 1700. Mais comment concilier , dites-vous, avec ce procès-verbal, la lettre de AL l'abbé de Saint-André * , grandvicaire de Meanx , mentionnée dans la préface (pie les éditeurs ont mise à la tète de la /{elafion? Que répondre à plusieurs faits articulés dans la Relation même, et en particulier à une lettre que l'auteur produit sous le nom du cardinal Le Camus * ?
Vous me |)ressez de lever ces difhcultés , et vous me ))riez de développer davantage les moyens justificatifs que je vous ai légèrement indiqués. C'est ainsi que vous me donnez ma tAche , sans songer que je ne suis déjà que trop
'Ou Màiitiires scripis siii- lu rimslilulioii l'iii|<(MiiUis, couipost-s par BourRoiii de Villelore, <73(t et suiv. 3 vol. iu-12, et supprinii''S par un arrri du f.onsoil. — ^ Jacqufs-Iténicnc BiissiK!! , ucvcH ilo r(^\i'i|uo (11' Mp;uiv. — ^ Voycï , sur celle Lettre de ruMié ,1.- Sainl-Anili.', la n.ile \ d.- la li-lln- dciami, li-di'kMib, y. j:i. — '• li.tul. </,( Qitirl. 1" part. ^,. 19.
occupé. Mais je ne puis rien vous refuser , monsieur; vous êtes en pays perdu pour la littérature, et dans une telle disette de livres, que vous n'avez aucune des pièces qui concernent la dispute de MM. de Meaux et de Cambrai. Je me suis trouvé en province, et dans une pareille situation ; c'est ce qui me rend plus sensible à la vôtre. Je vais donc suivre le plan que vous me tracez ; mais je ne réponds pas que je puisse le remplir aujourd'hui.
Je commence par la lettre de M. de Saint- André. Elle paroît vous avoir fait impression. ^ ous observez judicieusement que cet abbé mérite toute croyance , principalement dans la matière dont il s'agit. 11 travaille depuis quai-ante-cinq ans dans le diocèse de Meaux avec lin applaudissement général. Il étoit le ontident et l'ami inséj)arable de M. Rossuet. Il doit être regardé comme un interprète légitime des sentimens de ce grand homme. Mais vous m'avouerez aussi qu'il n'y a point de meilleur interprète des paroles de M. de Saint-André (|ue M. de Saint-André lui-même. Or je vous apprends, monsieur, qu'il déclare qu'on a mal j)ris le sens de sa lettre. Elle coula de sa plume dans le mouvement de sa juste indignation contre le nouvel historien de Meaux ' , qui avoit traité M. Rossuet avec une partialité indécente. Mais il m'est tombé entre les mains une copie faite sur l'original , d'une autre lettre de M. de Saint-André , qui dissipera les nuages qui paroissent s'être élevés dans \otre esprit , à l'occasion de la première. Celle dont je parle est écrite de Meaux en date du '2.'") février 1732. Il est essentiel que \oiis la lisiez toute entière.
(i Je, lie compreiiils pas, monsieur, comnicnl il se peiil trouver (pit-lqii'im (jui puisse n»'altnl)uer le dessein de lanei les nueurs de madame Guyon dans la Lpttrr (pie j'ai écrite contre I liisloiien de iMeaux. Celle d.ime est assez justifiée sur cei article par la lidatiiiii (pie lit iM. de Meaux liii-mènie, de la grande aUaire du iiuiélismc , dans rassemblée du clergé de 1700, comme le pn»cès-verl»al en lait loi, aussi bien (|ue sur sa soumission dont !M. le cardinal de Noaillos lut content ^ lui laissant l'usage (tes sacremens . soumission dans laipielle on doit prés uner <prel!e a persisié pendant les huit ou dix dernières années de sa vie , (|u'elle a passé, s à Blois, sous les yeux de \L de lleriier, (pii éioit un prélat Irès-éclairé. Ainsi Uiut ce que j'ai dit de cette dame ne regarde (jue les erreurs dans lesquelles sa sim;jlicilé naturelle et son aveugle conliuice pour le P. Lacombc l'avoienl lait touiber. Je
' Doni Toussaiul du Plessis, Béot-dicliu. Voy»"/ la noie di^jà il(H\ — * On a (lru\ lUien d» soiiiiiissiuii de uradanie Ciiyou
■mis a M ,U- Xuaill,-,, l'un <lu 2S ;,.„.t , ri l'auliv du 9 ilobre ll'.'Jt'i. Vin 0/, ci dessus, l. (\ , p. iiK cl 104.
LETTRES SUR LA RELATION DU QUIÉTISME
ne pouvois pns moins faire que de donner ma
Lctlif au public , pour apaiser les plaintes do loul et' di<»i't'se , (|ui me vinoiLiil dt; loults parts contre riiisloricu , qui , eu vonlaul justiHer de tonte erreur madame Giiyon , tloul il a l.iit un i^ranl cloijc, a donné atteinte à la rcputaliun du giamt prtlat (pii en a obtenu par son zèle la condamnation. Voilà , monsieur, mes véiitables seulimens sur lesquels la personne de distiuolion qui vous a parlé peut ciimpler. Je suis partaiienienl , etc.
Sijjné, Saint-André. »
Ce texle n'a pas besoin de commentaire. Vous y voyez que M. de Saint-André , loin d'être en coiitradiclion avec l'assemblée de 1 700, reconnoît qu'elle a sufnsamtnenldécbarg:é .M'"^ Guyon des infamies qu'on lui iinputoit.
Passons maintenant aux faits énoncés dans la lif'lation. Les uns n'ont de garant que l'autein' même ; il tire les autres de la Vie du saint évèque de denéve , Jean cl Arnntlion d'Alex , des jtclaircissemens iiuv cette Vie, et d'une lettre attribuée au cardinal Le Camus.
Quant aux faits qui n'ont de garantie que la sienne , je ne crains point de dire qu'il est récusable. Outre que la passion et l'acharnement sont visibles dans tout ce qu'il raconte de cette dame , il est si peu instrtiit des personnalités , qu'il bronche dès le premier pas. Il en fait une belle personne , même depuis la mort de son mari , et long-temps après, puisque ce n'est que par charité toute pure , qu'il veut bien croire que m beovté n'eut aucune iiort à la séduction ' de l'archevêque de Cambrai. Cependant il est certain qu'avant que d'être veuve , elle avoit eu la petite vérole , qui l'avoit détigurée.
J'ai questionné plusieurs personnes , qui se souviennent distinctement de l'avoir vue , lorsqu'elle denn-nroit dans le cloître de Notre- Dame. La peinture qu'on m'a faite de son visage est aussi peu avantageuse , que ce qu'on m'a dit de sa vie est édifiant. Elle assistoit jour et nuit aux ofiices de la cathédrale , au plus b»rt de l'hiver, et aux dépens de sa .santé. Elle laisoit subsister grand nombre de pauvres par ses aumônes abondantes.
Je reviens, et je conclus que l'auteur s'est trompé sur une particularité qu'il aiiroif pu aisément vérilier. Il prêtoit donc l'oreille à des gens mal inlormés, capables de parler à l'aveugle de la conduite de M""' (uiyon , aussi bien que de ses traits; il s'arrêtoil à des ouï-dire contraires à la vérité ; il s'y arrêloit assez pour
» r.rhit. \>. 35.
en faire le fondement d'odieux soupçons contre un prélat notoirement irrépi^éhensible du côté des mœurs. Après cela, monsieur, daignez vous-même apprécier l'autorité de cet écrivain sur ce qui regarde M"'" Guyon. Tandis qu'il lui rend sa beauté qu'elle n'avoit plus , révoquerez-vous en doute la vertu de celte dame, parce qu'il ose la lui contester ?
Il dit encore qu'elle fut mariée à dix-huit ans, et qu'elle demeura veuve à vingt-deux : preuve d'inexactitude. Lorsqu'elle se maria , elle n'en avoit que quinze ou seize , et vingthuit lorsqu'elle perdit son mari.
Vous direz peut-être que je chicane , et que la fausseté de ces dates est trop indllférente , pour mériter que je la relève. Pardonnez-moi, monsieur ; il faut être sur le qui vive avec l'auleur. Cette bévue , qui paroît une bagatelle, sert à ajuster la fable du précepteur , fable calomnieuse et totalement étrangère au sujet. Si M'"* ("luyon , qui avoit été mariée à dix-huit ans, étoit veuve à vingt-deux, il est clair qu'elle n'avoit point de fils as.sez Agé pour apprendre le latin , à la mort de son mari ; mais n'étant demeurée veuve qu'à vingt -huit ans , elle pouvoit avoir , connne elle avoit en effet , un fds âgé d'onze ans. C'est donc une fausseté insigne de dire qu'elle avoit pris un précepteur pour elle-même , et que son lils , encore trop jeune , ne servoit que de prétexte. C'en est une autre de métamorphoser en homme bien fait, et d'accuser d'un mauvais commerce ce précepteur , qui étoit un petit homme mal bâti , mais dont la piété m'a été attestée par ceux qui ont vécu avec lui au collège du Plessis, où il étoit chargé des enfans de M"^ Cuyon. Jugez encore un coup , monsieur , si l'on est croyable au préjudice de quelqu'un , lorsqu'on débute sur son compte ()ar tant de faussetés compliquées.
IM. Phelippeaux ne montre pas plus de discernement dans le choix de ses auteurs. C'est dans la ]'ie de M. dAranthon qu'il puise à peu près tout ce qu'il nous donne sur les voyages (le M'"* Ciuyon. Ainsi la croyance qu'il mérite se réduit à l'autorité de D. Innocent Le Masson. Mais quel auteur que ce général des Chartreux ! Ne vous a-t-on jamais débité contre M.
Nicole une histoire calomnieuse dont voici l'abrégé en deux mots? .M. Nicole, pa.ssant par Anneci , dit d'abord (ju'il venoit faire ses dévolions au tombeau de saint François de Sales. M. d'Aranlhon chargea (jneUpi'un de l'épier ; il ne se confessa ni ne communia ; et n'a(»|)rocha point (le la r('li(iue. H all.a ensiiile dîner à l'évêelié, et scandalisa beaucoup l'évêque, auquel
LETTRES SUR LA RELATION DU QUIETISME
il doiiiui à coinioilre qu'il éloit défenseur des cinq fameuses propositions. On m'a dit ce conte dans ma jeunesse , pour me faire peur de ceux qu'on appelle Jansénistes; et moi je vous le rapporte , monsieur , comme un échantillon du goût et de la critique de IJ. Le Masson , le |»reinier qui ait administré au public celle calonmie '.
C'étoit un homme crédule , qui , dans sa solitude , recueilloil aussi avidement les calomnies, qu'il les débile pesamment dans ses livres. H étoit également prévenu contre ce qu'il nomme jansénisme el contre le quiétisme. Je voudrois que vous vissiez avec quel travail il s'elVurcc de juslilier M. d'Aranlhon d'avoir estimé l'ort-Royal. Il sue , il se débat, comme si l'on eût accusé le saint évéque d'une intelligence avec les ministres de Genève. C'est ce même homme qui écrivoit au général des Jésuites, qu'il « avoit vu, dans sa jeunesse, naître )) la peste jansénienne , et qu'il avoit entendu » les héros de cette secte soutenir les cinq pro- » positions dans le sens condamné à Rome -. n 11 avoit , comme on voit , de bonnes oreilles et de bons yeux. « C'est lui qui dit qu'en coiisidé- » ranl les choses sans prévention , il n'y a ni » perlidie ni dérèglement caché, dont ne soient y> capables ( les Jansénistes ) ; qu'ils sont dans » la même voie qui conduit les Quiélistes à l'es- » pèce d'athéisme qu'il a dépeint ; qu'il faut » qu'ils se soient composé une espèce d'Evan- » gile secret , comme ils se sont fait un nou- » veau saint Augustin , el que leur espèce d'E- » vangile change ce que les quatre évangélisles » de Jésus-Christ enseignent. Car l'orgueil , le » mépris du prochain , l'attaque à son propre n sens, la désobéissance, la détraction, le juge- » ment téméraire , les calonmies ou les fausses » suppositions, sont chez eux en usage, comme » si c'éloient des choses louables ou permises ; » et ils ne sont mquiétés sur cela d'aucun scru-
' Erlaircissmiriis sur l.i fie (l\i ntullum , p. 00 cl buiv. il csl iiciinis (le .loulor quo l'iibbé do I,;i BlcUciic soil l'oudo a roproscnlei le fail ilonl il s":ii;it idiiinie une pure cahmnie. C'i'sl ainsi, à la vt'iilé , iiu'en ]>iirleiil les amis de l'cvèque d'Vpres, entre aiilres l'hisloiien de Nieole (ihap. xiv). Mais une ac'cusaliiiii de lellc naluie , contre un religieux aussi vénérable t|ue D. Le Massun, deniauderoil a être l'ondée sur de fortes preuves, (lui ne paroissent i>oinl avoir été fournies jusqu'à présent. I.'nnteur de la f iv dr Mciila prétend ((ue D. Le M.ifsou, en ra))porlant relie prétendue fnloiniiie , s'esl (ipjiiiijr sur l'iiiihjitr Iriiiniijiiaijc de rubl/é de l.ii Pi'niiise. Mais tel liistoi'ien n'avoil sans doute pas fail attenlion a ces paroles de D. Le Mbssou : « (;'esl noire évéque lui-même (M. d'A- » ranllion), et feu M. le doyen do La Pérouse qui m'en ont » fait le récit. » Ibid. p. CO: el a la p. 85 el suiv. il rapporte encore le téinoiijnajîe de M. Kojjel , doyen de Noire- Dame d'Anneci, cl neveu de M. d'AranlIioii. — ^ Eclaircissctncns , p. 220.
» pule : c'est de quoi leurs libelles el écrils font » la preuve. Je connois trop par science el par » expérience les qualités du venin de la pesie » jansénienne , pour n'en pas avoir l'horreur » qu'on doit avoir d'un des plus grands maux » qui soient arrivés à l'Eglise ; car celui-ci est » couvert de belles apparences, et soutenu par » des industries les plus dangereuses qui se » pouvoient inventer, dont je pourrois ra[)por- » ter (juelqtic chose de très-singulier; mais je » m'en abstiens '. »
Après ce torrent d'injures el de calomnies , voudriez-vous, monsieur, lui tenir com[)le de son silence? Vous recoimoissezici la ligure favorite de ceux qui voudroient parler, et n'ont rien à dite. Pardon , au reste , si je vous ai fait essuyer ces ennuyeuses citalions. Mes [)aroles n'eussent pas été si propres à caractériser l'équité et la modération de ce solitaire, lorsque son zèle s'enflamme contre ceux dont la foi lui est sus[)ecte. Ce que je vais ajouter vous fera comprendre quel fonds on doit taire sur les lettres el les actes qu'il rap[torle ou dit avoir entre les mains.
n avoit été relevé , comme de raison , au sujet de Tentrevue de !M. Nicole el de M. d'Aranlhon ■-. Il apporte donc à l'appui de son roman des ccrlilicatset d'autres pièces prétendues originales, dont il résulte, entre autres choses , que M. Nicole avoit soutenu , avec beaucoup de chaleur, que Jésus-Chrisl n'est pas mort pour tous : calomnie bien vraisemblable contre un théologien qui établit en cent endroits la vérité opposée à celte erreur, el qu'il est auteur du Systhine de la yrâce fjéncrale. C'est comme si l'on accusoil M. de Cambrai d'avoir soutenu que l'Église n'est point infaillible , lui qui en étendoil rinfaillibililé jusqu'aux faits non révélés.
N'ayons point , monsieur, double poids ni double mesure. D. Le Masson est-il croyable sur M. Nicole el sur les disciples de saint xVugustin ? Les gens sensés savent à quoi s'en tenir. Le sera-t-il surle compte de M""'Guyon, lorsqu'il rapporte des faits contre elle qui ne se trouvent nulle part ailleurs ' ? Pour peu que M. Nicole eût séjourné comme cette dame parmi les gens qui fournissoient au bon solitaire
1 Erlalirissniicis, p. (0-2, 337 l'I 36-2. — ^ Ibid. \>. Hi. — * Ce raisonnement de La Blelleric suppose toujours que D. Le Masson n'esl nullement croyable sur le fail de Nicole. Mais quoi qu'il en soil de ce l'ail, les observations de La Blellerie sur madame Guyon conservcnl loule leur force. Que le fait de Nicole soil vrai ou qu'il soil fau\, D. Le Masson a pu se laisser prévenir mal a propos sur le compte de ma dame Guyon.
LETTRES SUR LA RELATION DU QUIÉTISME
les mémoires qu'il compiloit , combien d'anecdotes n'aurions-uous pas sur ce saint et savant ecclésiastique 1 Vi udriez-vous répondre qu'elles fussent toutes édifiantes? Soyons donc en garde contre la Relation , lorsqu'elle ne fait que copier un écrivain de cette trempe. L'adopter à cet égard avec connoissance de cause , ce seroit avoir le cinquième Évangile imaginé parle Chartreux.
Observez s'il vous plaîl :
1° Que D. LeMasson, quoiqu'il écrivit lorsque M™" Guyon éloit le plus vivement persécutée , ne rapporte aucun fait décisif louchant les mœurs, et qu'il n'ose nommer aucun témoin.
:2° Les amis de cette dame firent à D. Le Masson une réplique dont il se plaint amèrement '. Je ne connois point cet écrit ; mais il n'y étoil point flatté. Il l'appelle un Ubdlediffamutuire où il étoit accuse (et apparemment convaincu) cf imposture et de calomnie On m' y
dé/jeignoit , dit-il , avec les plus vices couleurs. Cependant , monsieur, quoique poussé à bout, il ne dit rien de nouveau dans les Eclaircissemem, ni dans la seconde édition. Ceque/«/ écrit dans la première , dit-il - , n'est différent qu'en quelques circonstances posées hors de leur place, mais non pas dans la substance , qui est toujours la même. Il est vrai qu'il ajoute peu après : « Il me seroit facile de produire ici des » faits , des écrits et des témoignages , qui ser- » viroieiit à prouver encore plus la modération » que j'ai observée. » Mais il ne seroit pas juste de lui allouer ce trait de modération, plutôt (jue la réticencedont je parlois toutà l'heure. En tout cas , ce qu'il supprime ne doit pas être censé meilleur que ce qu'il donne.
I}" Dans les Eclaircissemens et dans la seconde édition de la Vie, il date et arrange quelquefois les faits d'une manière qui en fait voir la fausseté. Alors l'auteur de la Relation ne suit point ces dernières dates , lève ainsi les contradictions, et se débarrasse des anachronismes. Comparez la Uelation page \^1 avec les Eclaircisseineus pages '28 , 29 et :]0 , et la seconde édition de la Vie pages 292 et 29;{.
Ai)rès cela, monsieur, s'il étoit encore nécessaire d'entrer dans le détail, je vous lerois sentir l'injustice et l'animosité du Chartreux et de son copiste dans ce qu'ils ra[tporlent des voyages de .M""Cuyon. Ils em|)oisonnerit toutes ses démarches ; ils aggravent tout ce qui |)eul lui être désavantageux ; ils exténuent tout ce qui est à sa décharge. Si , à la prière de M. de (jcnève ,
' tclainiaseiiWHS , \>. M. — ^ lliid. [<. '«1.
elle va dans le pays de Gex pour un établissement de Nouvelles-Catholiques autorisé par lettres-patentes du Roi , cette résolution , qui , de l'aveu de D. Le IMasson , étoit héro'ique par elle-même ' , n'est qu'un prétexte pour aller chercher le P. Lacombe, qu'elle avoit connu en France , et avec qui elle avoit entretenu un conmierce de lettres suspect , suivant l'auteur de la Relation. Elle se seroit épargné la fatigue et la dépense d'un si long voyage , si elle ne cberchoit pas ce religieux. Il étoit aisé de l'attirer à Montargie ou à Paris à peu de frais et sans éclat. Une pension eut fait passer les Barnabites de France par-dessus les mécontentemens qu'on prétend que ce Père leur avoit donnés , comme ils y passèrent depuis.
On la fait courir de tous côtés, toujours pour rejoindre son directeur. Cependant il est certain qu'elle quittales Nouvelles-Catholiques de Gex, uniquement parce que ces filles , non contentes des grandes sommes qu'elle leur avoit données, vouloient encore l'obliger à faire des vœux, afin d'avoir tout son bien. Elle n'alla à Turin el à Verceil que sur les instances réitérées de M"^ la marquise de Pruney -, de l'évêque de Verceil , et d'autres personnes de distinction qui lui proposoienl de pieux établissemens. On pousse l'injustice jusqu'à supprimer ces motifs, qui auroienl au moins partagé le jugement du lecteur, et balancé les calomnies. De la manière dont ces écrivains racontent les voyages qu'elle fit en Piémont , on se la figureroit comme une aventurière et une malheureuse , elle qui fut toujours accompagnée des femmes qui la servoieiit , et ne voyagea qu'avec la décence convenable à son sexe et à sa condition. Elle demeuroit à Turin , chez M""' la maniuise de Pruney, sceur du marquis de Saint-Thomas, secrétaired'État; et à Vcrceil , chez l'évêque même, prélat d'une piélé éminente, qui ne la vit |)artir qu'à regret , loisque des raisons de sauté obligèrent cette dame de revenir en France.
On veut réduire à une simple honnêteté le témoignage d'estime et de respect que lui rend M. d'Aranthon dans une lettre datée du 29 juin I08.'{, etc. , écrite à une personne tierce. En voici les i)ropres termes ^ ; « Elle ( M""' » Guyon ) donne un tour, à ma disposition à » son égard, qui est sans fondement. Je l'estime » infiniment , et par-dessus le P. Lacombe ; » mais je ne [)uis a|)pron ver qu'elle veuille renw dre son esprit univ(;rsel , et qu'elle veuille
• i:i:l(iir'i.ssnin'iix, |i. 1 0. — '^ Voyez, la leltie xi.vm , l.ix, ,,. 37. 3 firpoiisr <lc M. «le Cambrai « In Kcluiiou ilc M. ili' Meau\, cil, I, I. III «l<". (}l: livres , \>. 7.
LETTRES SUR l.A UELATION DU nUlETISME.
» rinUoduire dans tous les inonaslc'i-es, au pré- » judicc de celui de leurs insliluls. Cela divise » et brouille les conuiiunaulés les plus saintes. » Je n'ai que ce grief contre elle : à cela près , » je l'estime et l'honore au-delà de l'iuuagi- » nalde. » Si ces paroles ne sont cpi'une simple lionnèleté , il n'y a plus mo\en de discerner les coinpiimens d'avec les expressions sincères de l'esprit et du cœur. Faites allcnlion , monsieur, à l'énergie de ces i)aroles exclusives : A cela près , je l'estiuie et l'honore au-delà de l'imaginable. Quelle iefée auriez-vous d'un évêcjue qui coniplimenteroit ainsi une personne suspecte sur les mœurs ? Donnez-vous la peine de rapprocher ce texte d'une autre lettre que je vous indiquerai bientôt. .Mais je veux auparavant lever vos doutes sur celle qu'on attribue à l'évêque de Grenoble '.
Jamais pièce ne fut produite dans un état plus informe , ni ne réimil plus d'indices de supposition. Elle est sans date de jour, de mois, ni d'année, adressée on ne sait à qui , sans commencement et sans fin , tronquée aa milieu. L'auteur de la Relation ne dit point qu'il ait vu l'original. Un y prèle à M. de Grenoble une conduite qui le déshonoreroil. Quoi ! monsieur, un prélat aussi respectable am-oit écrit à M. Le Camus , lieutenant civil , pour lui recommander M""' Guyon , après qu'il auroit découvert ses affreux mystères ! Dans sa lettre de recommandation , il auroit prostitué sa i)lunie et son caractère, jusqu'à dire que c'étoit une dame qui faisoit profession de piété, tandis qu'il l'auroil connue dans sa conscience pour une hypocrite abominable , qui employoit le langage et le masque de la piété à couvrir d'a/freux niijstères ! Dire d'une personne qu'elle fait profesf'ion de piété , c'est une parole qui porte coup dans la bouche d'un évè(jue qui a eu longtemps dans son diocèse et sous ses yeux celle dont il parle ainsi. Quand il n'y eût eu rien de plus dans la reconunandalion , c'en éloit trop ; et supposé les faits énoncés dans la lettre que je discute , nulle sollicitation , nulle puissance huniaine n'eût arraché cette expression à un prélat aussi ferme que le cardinal Le Camus.
Cependant , comme il est certain que M. de Grenoble a écrit en faveur de M"'" Guyon à M. le lieutenant civil , concluez et que l'histoire de Cutean IJarhe est une calomnie, et que la lettre rapportée dans la Relation ne sauroit être véritable. Voici la lettre de recommandation. Cette
' livhil. do Pliflii4.LMiix, 1" iMil. (i. 19.
lettre éloit enfermée dans une autre qu'il écrivoit à M""" Guyon '.
Je trouve dans ces pièces, monsieur, deux nouvelles preuves de fausseté contre celle (|ui est insérée dans la lielation. Elles sont datées du :ii8 janvier 1()8S. Il y avoil alors un an el demi que -M'""' (juyou éloit à Paris ; car elle y revint au mois de juillet KiHG. (>r la lellre dont il s'agit porte que la recommandalion fut donnée lorsque iM""' Guyon repassa par Grenoble. M. Le Camus ne dit point que c'étoit une dame qui faisoit profession de piété ; il parle absolument de sa piété et de sa vertu.
Continuons à faire la criti(juc de celle lettre. Il y a une lacune dans le milieu, qui me dérobe peul-élre (juelques indices de supposition; mais peu de ligues après , voici un endroil qui mérite votre attention : « Le général des Char- » Ireux a écrit une très-grande lettre à N. N. » sur ce qu'il a découvert de la conduite de » celte dame et de (bateau Barbe. » Néanmoins D. Le Masson , dans plus de cinquante pages in 8" employées à déchirer M""' Guyon , ne dit pas un mol de Cateau Barbe , dont l'enlèvement et les aventures auroient si bien figuré parmi ses autres calomnies. H en auroit parlé savamment, puisqu'il avoit fait des découvertes sur celle matière. Le canevas éloit beau, et susceptible d'iuic riche broderie. Comnienl cet auteur, tel que je lai dépeint , auroit-il gardé le silence sur ses découvertes? 11 en avoil assez fait pour en écrire imetiès-grande lettre. D'ailleurs l'aventure avoit dû faire de l'éclat ; elle avoit été publiée par M. de (Jirenoble. D. Le IMasson dit , il est vrai , que quelque fille axoit parlé à Grenoble contre M'"' Guyon - ; mais c'étoit avant le voyage de Marseille. Ainsi celle fille (supposé qu'on la nommât Cateau Barbe), n'avoil point été emmenée à Marseille par M'"« Guyon , comme on le dit. Que conclure de tout ceci ? que l'histoire de l'enlèvement n'éloil point connu , ou du moins n'éloit point crue du Chartreux ; qu'elle est fausse par conséquent ; enfin que la lettre produite sous le nom du cardinal Le Camus ne peut être de ce grand prélat.
C'est ce que soulenoil M"'*' Guyon en 1095, dans le leuq:)s qu'elle denjeuroil à Meaux. Ayant entendu dire qu'il cou roil des lettres sous le nom de M. l'évêque de Grenoble, où il éloit dit que ce prélat l'avoil vue avec le prieur de Saint-llo-
1 Ces deux loUros, datées du 28 janvier 1088, soûl les dciiv preniicrcs de ceUe seelion de la Correspondance , t. ix, 1'. 5. Nous les onieltons ni. Voyez eiieore les leUres i.xvii el Lxxx, p. 52 ol 61. — - Kriairrhsemens , p. ÎO.