‹ Œuvres complètes de Fénelon, archeveque de Cambrai. Précédées de son histoire littéraire (volume 2)Chapitre 400 sur 422 · LIVRE SEPTIEME · texte numérisé non relu

LIVRE SEPTIEME

ÎS'O 1er. p^(;j; 268.

Li-s services que le comte d'Arlaignan rendit l'année suivante (1709) à la bataille de Malplaquet, où il cominandoit sous les ordres des maréchaux de Villars et de Doufilers, lui méritèrent le titre de maréchal de France, et

PIÈCES JUSTIFICATIVES

il prit alors le nom de maréchal de Montesquieu : ce fut en cette qualité qu'il commanda en 1712 avec le maréchal de Villars à la bataille de Denain: on peut même dire qu"il décida, par une utile opiniâtreté, le gain de cette bataille <iui sauva la France.

Le maréchal de Montesquion avoit observé •< que les en- *> nemis , alors occupés au siège de Landrecy, tiroient » tous leurs vibres de Marchiennes, et que la sûreté de » leurs convois n'était protégée que par un gros corps »• de troupes , qu'ils avr/ipiit mis- h Dciiniu. Le maréchal » Montesquiou, sentant l'importance d'enlever ce poste. » pour ôter les vivres au.n ennemis, prnposa au maréi< chnlde Villars d'aller l'attaquer par une marche » secrète. Le maréchal de Villars ne goûta point son « avis. Cependant le Roi ordonna à ses généraux de se- » courir Landrecy à quelque prix que ce fut. Le maréchal » de Villars étoit fort indéterminé sur l'attaque des lignes, « qu'il trouvoit trop hasardeuse. Le maréchal de .Monles- » quiou saisit ce moment pour lui proposer encore d'attaquer » Denain; ce qu'il n'approuva pas d' abord ; mais après » qu'il eut réfléchi une demi-heure sur cette proposition « il vint nu maréchal de Mnnlesquinu , el lui dit qu'il »• adoptait son plan. Le maréchal de Montesquiou lui » fit observer que le seul 7noyen d'en assurer le succrs » étoit de garder le secret le plus absolu ; qu'il ne » f'dloit le confier à qui que ce fût, pas même à un » officier général, parce que tout tenait à dérober huit « heures de marche à l'cnneau'. Après avoir ré}ionilu » à quelques difficultés que le maréchal de Villars lui » opposait encore , l'affaire fut résolv.e , et on adopta " absolument et dans tous les détails le plan et la mar- » che tracés par le maréchal de Montpsquiou. Le prince •' Eugène, trompé parcelle manœuvre inattendue, ne put » arriver au secours de Denain; il en étoit encore à une >> demi-lieue, lorsque le maréchal de Montesquiou résolut » de le prévenir, en attaquant Denain, sans attendre même » le corps d'armée du maréchal de Villars. Dans le temps » qu'il se mettoit en mouvement, le maréchal de Villars, » qui avoit vu l'armée du piince Eugène marcher à grande » hâte vers Denain, envoya MM. de Nangis et de Con- » tades au maréchal de Montesquiou, pour lui dire de » retarder, et qu'on lui conseilloil de se rvlranchi'r ; >• mais ne pouvant approuver ce sentiment , le marèidial « de Montesquiou jiersista dans son prujet d'attaqttn- " Denain, voyant qu'il n'y avoit pas \ia seul moiarut » à perdre. Sur quoi M^ de Cantades le solliciia si *> vivement d'aanlié de ne point attaquer sans parler » encore au maréchal de Villars qui n'était point élui- » gné , l'assurant qu'il eloit un homme perdu, si l'at- » taque ne réussissait pus, que le maréchal de Montes- » quiou y consentit, et fut trouver le maréchal de Villars '• qui n'était plus qu'à cinq cents pas de lui, et qui lai » demanda s'il étoit encorp d'avis d'ntiaquer, malgré » l'arrivée du prince Eugène qui accourait avec toute y> son arau^'e. Le maréchal de Montesquiou eut encore « il combattre quelques objections du maréchal de Vil- » lars, qui se len/lit, en lui disant : Puisque vous êtes » d'avis d'attaquer, marchons. «

La bataille de Denain fut gagnée ; font le monde sait quelles en furent les suites pour le salut de la Krance.

Os détails sont tirés du rajjport faitau chapitre du Sainl- Ksprit nar les maréchaux de Tallard et d'Muxclles, m présence au maréchal de Villars, lorsque le maréchal de Mantesquiou fut nommé chevalier des ordres du Roi, en 17i4.

N" II. — l-AliE 21»',.

Surlesdifférenteséditionsdei:E\.KWyï)Ea)'S<.C\V.SŒ SUR LES DEVOIRS DE LA itOVVLTË.

Ce fut en 173't qu'on vit paroitrc la niagni!i(|ue édition in-folio du Télémaque , im|iriinée à Amsterdam , jiar ^\esteln et Smith. C(^tte édition est regardée avec raison comme l'un des plus beaux ouvrages que l'art de l'imprimerie ait pu mettre au jour ; on n'en lira qu'un petit nom-

bre d'exemplaires. Cette superbe entreprise fut surtout inspirée par le marquis de Fénelon , toujours passionné pour la gloire de son grand-oncle.

Plusieurs considérations hii en tirent naître l'idée , et il en suivit l'exécution avec ardeur.

Le marquis de Fénelon avoit été mécontent de l'édition de Paris, de 1730 , en deux volumes in-k", ]\ avoit été choqué avec raison de n'avoir pas été consulté par les imprimeurs, qui s'éloient permis de reproduire dans cette édition ces mêmes notes et ces mêmes allusions qui déshonoroient les éditions de Hollande. D'ailleurs les gens de goût reprochoient beaucoup de négligences et d'imperfections à cette édition de 1730.

.Mais une considération bien plus puissante sur son cœur le porta à favoriser de tout son crédit et de tous ses moyens l'édition in-folio d'Amsterdam. Le marquis de Fénelon eut h éprouver en cette circonstance des contradictions et même des chagrins qui exigent quelques détails qu'on ne trouvera pas sans doute déplacés dans les pièces justificatives de la Vie de Fénelon. Nous puiserons ces détails dans les pièces originales que nous avons entre les mains.

Le cardinal de Bissy , évêque de Mcaux , avoit chargé doin Toussaint Duplessis . bénédictin de la congrégation de Saint-Maur, d'écrire l'histoire de l'église de Meaux. L'article de Bossnet , qui a répandu tant d'éclat sur le siège de Meaux , devoit uaturelleineut former une partie intéressante de cette histoire. Il étoit impossible de parler de Bossnet sans parler de ses démêlés avec Fénelon. Ce rehgieux trouva dans les ouvrages de Bossnet , dans tous les monuinens qu'il avoit laissés , et dans les témoignages des contemporains qui avoient vécu ii Meaux avec ce grand homme, tous les matériaux qu'il pouvoit désirer. Mais un sentiment assez naturel d'impartialité lui fit penser qu'il ne lui étoit pas permis de mêler le nom de Fénelon à ses récits, sans chercher auprès de sa famille ou de ses amis des éclaircissemens et des lumières sur ses controverses avec Bossnet. Il s'adressa au marquis de Fénelon , (|ui lui communiqua une partie des papiers dont il étoit dépositaire. On peut voir, par toutes les pièces que nous avons rapportées sur l'alTaire du quiétisme, que le marquis de Fénelon put le mettre h portée de connoitre bien des faits et des détails encore inconnus au public, et qui lui laissèrent une irapiession favorable sur la conduite , les procédés , les intentions et les vertus de l'archevêque de Cambrai. D'ailleurs le nom et la gloire de Fénelon étoieut devenus une espèce de gloire nationale. Il rédigea donc l'article de Rossuet dans une disposition qu'il croyoit entièrement impartiale; il parla de Bossnet avec la juste"^ admiration qui lui étoit due , et de Fénelon avec cet intérêt qu'inspire toujours la vertu malheureuse et persécutée. L'histoire de l'église de Meaux parut en 1731 , en deux volumes l'/î-'i". L'évêque de Troyes (ce même abbé Bossnet dont nous avons tant parlé) crut la mémoire de son oncle outragée , parce que celle de Fénelon étoit respcclée. U voulut en tirer une vengeance assez conforme ii l'opinion (pie l'on a pu prendre de lui dans sa propre correspondance. On fit imprimer clandestinement, en 173-2, le manuscrit de l'abbé Phélippeaux , que nous avons fréquemment cité sous le titre de lielation du Quiétisme. Le marquis de Fénelon , comme nous le voyons par ses lettres manuscrites , fut profondément affecté d'un outrage aussi cruel à la réputation d'un oncle vénéré. Il dé<laigna de répondre et de faire répondre à un libelle dont l'auteur étoit encore inconnu à la plus grande jiarlie du public. Le neveu de Bossuct avoit cru honorer la méiiioire de son oncle en faisant publierljn libelle contre Fénelon. Le, neveu de F'énelon voulut ajouter de nouveaux titres il la gloire de l'archevêque de Cambrai, sans attaquer celle de l'évêque de Meaux. C'étoit même rendre le plus noble hommage à la mémoire de ces deux grands jiiélats , en montrant que Fénelon fut digne d'avoir été l'élève el long-temps l'ami de Bossnet, et que le précejiteiir du duc de Bourgogne méritoit de succéder au précepteur du lils de Louis XIV. Le marquis de Fénelon avoit entre ses mains un manuscrit précieux de l'archevêque de CambraL Cet écrit, connu depuis sous le titre d'Examen de conscience d'un roi , ou sous celui de Directions pour In conscience d'un roi , avoit été composé pour M. le duc de Bourgogne. Heureusement il ne s'étoit point

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