‹ Œuvres complètes de Fénelon, archeveque de Cambrai. Précédées de son histoire littéraire (volume 2)Chapitre 401 sur 422 · LIVRE SEPTIEME · texte numérisé non relu

LIVRE SEPTIEME

trouvé dans la cassette de ce prince au moment de sa mort". Le ressentiment que le l'élémnque avoit excité dans l'esprit de Louis XIV, permetloil de cramdre qu'il ne se trouvât également blessé par cet Examen de comcience. M. le duc de Bourgogne se conlentoit de le lire fréquemment , et le laissoit déposé entre les mains de M. de Beauvilliers. M. de Beauvilliers , en mourant, le conlia à madame de Beauvilliers, qui crut devoir le remettre au neveu de l'arclievéque de Cambrai. Cet écrit étoit une espèce de secret , renfermé entre un petit nombre d'amis religieusement attacbés à la mémoire de Fénelon.

L'Examen tie conscience d'tm roi étoit digne d'un évèque qui pcnsoit que les rois sont soumis comme les autres hommes aux lois de la justice et de la morale , et que les intérêts de la politique ne peuvent pas justilier leur infraction au tribunal du Hoi des rois.

Le marquis de Fénelon crut que cet écrit , dont le sujet avoit tant de rapport avec les maximes du Tétémaque, et avoit été composé pour l'instruction du même prince, pouvnit naturellement entrer dans la magnilique édition que Welstein et Smitb préparoiont à Amsterdam, et contribueroif à lui donner un nouveau piix. Il se proposa en même temps d'y ajouter un récit abrégé de la vie de Fénelon , et un mémoire pour la défense de madame Guyon. Sans attaquer Bussuet dans ces deux écrits, il se bornoit à rétablir la vérité des faits dénaturés avec tant de mauvaise foi dans la Relation de l'abbé Phélippeaux , qui avoit paru l'année précédente. Le marquis de Fénelon étoit alors ambassadeur de France à La Haye. L'autorité attachée à son caractère , et sa résidence sur les lieux , lui donnèrent la facilité de suivre les détails de cette édition avec tout le zèle et toute l'ardeur que lui inspiroit sa vénération pour son oncle. L'impression du Télémaque , de l'Examen de comcience d'un roi , du Récit abrégé de la vie de Fénelon , et de l'Apologie de madame Guyon étoit achevée et annoncée dans quelques journaux étrangers ; tous les exemplaires alloient être envoyés à leur destination, lorsque le ministère de France en fut instruit. Le cardinal de Fleury ordonna aussitôt à M. de Chauvelin -, garde des sceaux et'ministre des affaires étrangères , d'en témoigner son mécontentement au marquis de Fénelon , et de lui enjoindre de la manière la plus formelle de supprinier tous les exemplaires de V Examen de conscience d'un roi, delà Vie de Fénelon, et de l'Apologie de madame Guyon.

Nous voyons, par les lettres originales ' de M. de Chauvelin, écrites dans les mois de septembre, octobre et novembre 1733, que le ministère, déjà excédé de toutes les querelles excitées à l'occasion de la bulle Unigenitus , craignit de voir renaître de nouvelles disputes au sujet du

' 0» lit à la note 6 île la noiicc placée a la suite de reloue de Fénelon, par M. l'abbé Maury, depuis cardinal, le passage suivant : « Cet ouvrage {les Directions pour la conscience » (/'(//( roi), partagé en Irenle-sepl directions , fut le fruit île » la correspondance secrète que l'archevêque de (j:inibrai en- » IrelinI avec M. le duc de Bourgogne ; et après la mort de I) ce prince, on le trouva dans ses papiers. Le Roi lui ces » directions avec madame de Maintenoii. qui écrivit la lettre

» suivante à M. de Beauvilliers » Le billet de madame

de Mainlenon , rappiulé a la suite de cette note , indique asseï que le manuscrit des Directions pour la conscience d'un roi ne se trouvoit point dans la cassette de M. le duc de Bourgogne. .Madame de Maintenon, qui s'étoit montrée si olfeiisée des i)rétendue8 allusions du Tftémaqve , l'auroit paru bien davantage des lappmchemensplus marqués qu'olIVe V Examen df conscience. Elle n'auroit pas écrit à M. de Beauvilliers qu'elle avoit un grand regret que le Roi eût hrûle lui-nn'nie tous ces papiers. Elle regrettoit ces papiers, parce qu'on n'g Jlattoit point te jeune prince , et qu'on ne lui donnoit point des conseils timides; mais si elle eut connu les Directioius pour la conscience d'un roi , elle auroit peut-être su mauvais gré a Pénelon des vérités sévères qui s'adressoienl indirectement à Louis XIV. — * Germain-Louis Chauvelin, garde des sceaux et ministre des alFaires étrangères ilcpuis 1727 jusqu'en 1737, époque de sa disgrâce ; mort en (762. — * Manuscrits.

Suiétisme , entre les partisans de Bossuet et les défenseurs e l'archevêque de Cambrai. Quant à V Examen de conscience d'un roi , le ministre pensoit * que cette morale très-édi fiante entre un cnfexsenr et son pénitent, pouvoil contrarier en quelques circonstances les vues politiques du gouvernement. Il faisoit entendre que la nécessité de conserver la tranquillité des peuples , l'équilibre des empires, et de prévenir de plus grands malheurs , obligent quelmiefois les chefs des nations de déroger à ces maximes d'une stricte justice , qui doivent régler toutes les transactions particulières.

Le marquis de Fénelon se conforma religieusement aux ordres du ministère. 11 fut même obligé de faire dos sacrifices considérables *, pour indemniser les imprimeurs des dépenses déjà faites pour l'impression de ces trois pièces , et surtout pour le tort nui devoil en résulter pour le débit d'une édition Ji laquelle elles dévoient ajouter tant de valeur. Mais ces saciilices n'étoient rien pour lui en tomparaison d'un sacrifice bien plus pénible pour son cœur. U est faci'e de juger , par sa correspondance avec le garde des sceaux , Chauvelin ', combien il lui en coûta de sacrifier l'i^j-awiew de conscience d'un roi, qui montroit jusqu'à quel point Fénelon portoit la délicatesse de conscience en politique et en morale ; etr les deux écrits si modérés qu'il avoit cru devoir publier pour venger la mémoire de son oncle des calomnies odieuses répandues dans le libelle de l'abbé Phélippeaux. Le ministère sentit lui-même que si des motifs de sagesse el de tranquillité lui avoient prescrit de demander au marquis de Fénelon un sacrifice si pénible pour lui, la justice exigeoit (ju'on ne laissât pas outrager impunément la mémoire d'un homme aussi vertueux et aussi recommandable que l'archevêque de Cambrai. Le livre de l'abbé Phélippeaux fut, comme on l'a déjà dit, Hétri par un jugement de la police et un arrêt du conseil, l'ouvrage brûlé par la main du bourreau, et trois particuliers, accusés de l'avoir imprimé, furent condamnés à être attachés au carcan.

Aussitôt que les relranchemens ordonnés par le ministère de France eurent été exécutés sous la direction du marquis de Fénelon , les libraires Wetstein et Smith firent paroitre, dans le commencement de 1734 , cette magnifique édition in-folio i\\\ rf»7^wifl7«c , imprimée à Amsterdam.

Cette édition est un des plus beaux monumens de l'art de l'imprimerie , secondé de celui de la gravure ; on n'en tira que cent cinquante exemplaires. On avoit placé à la tète le portrait de Féiielnn, gravé par Brevet , sur un portrait original en pastel qui appartenoit à la famille. Elle est enrichie de figures , d'ornemens et d'estampes , gravés en taille-douce , sous la direction de B. Picart , par les plus habiles maîtres. Le texte de l'ouvrage est encadré à chaque page dans des ornemens. La beauté dos caractères typographiques répond à la magnificence de ces accessoires si avidement recherchés par les amateurs. En un mol , cette édition est placée dans les bibliothèques qui la possèdent , comme un des plus beaux ouvrages qui puissent honorer l'esprit humain par le génie de l'auteur qui l'a conçu et composé , et par le tarent des artistes qui l'ont orne et décoré.

On avoit eu soin de retrancher de cette édition toutes les notes satyriques et toutes les allusions imaginaires dont on avoit sali les éditions précédentes , et depuis cette époque elles ont entièrement disparu de toutes les éditions suivantes.

.Malgré tous les soins que s'étoit donnés le marquis de Fénelon pour obtenir une suppression aussi entière et aussi rigoureuse qu'il l'avoit exigée des libraires , on conçoit facilement qu'il a dû échapper quelques e.xemplaires où l'on est parvenu à conserver les pièces retranchées. Nous voyons d'abord . par une lettre du marquis de P'énelon , qu'il avoit demandé à l'imprimeurdcluien réserver deux exemplaires, qu'il déàiroit de garder comme un monument précieux pour sa famille. .Mais ce qu'il y a de plus singulier , c'est qu'ayant fait présent au garde des sceaux , Chauvelin , d'un exemplaire de cette belle édition in-folio ,

1 Manuscrits. — * Lettres manuscrite» du marquis de Fénelon. — * Manuscrits.

PIECES JUSTIFICATIVES

ce ministre , qui avoit ordonné au nom du gouvernement la suppression des pièces dont nous avons parié , lui fit écrire par son secrétaire de confiance ' , pour le prier de vouloir bien ajouter ces mêmes pièces à son exemplaire. Peut-être aussi les imprimeurs ne remplirent-ils pas avec une entière fidélité l'engagement qu'ils avoient pris. C'étoit sans doute un de ces exemplaires qui se trouvoit dans le cabinet des livres de M. Gaignat.

De Bure rapporte , dans sa Bibliographie instructive (n» 3771 , tome second des belles lettres, page 126), >< que » tous les exemplaires de cette magnifique édition originale » finissent ordinairement à la page 395 ; mais l'exemplaire » de M. Gaignat étoit différent des autres , en ce qu'il ren- » ferme de plus quelques pièces particulières dont voici M rénumération :

» 1° Errimen de conscience pour im roi ; partie de 40 » pages d'impression.

» 2" Récif abrégé de la Vie de feu .V. de Fénelon ; » partie de -13 pages.

» 3" Chapitre de la généalogie de M. de Fénelon , )> avec la liste de ses ouvrages ; partie de 10 pages.

ni" Mémoire concernant la personne , les écrits et la « vie de madame Guynn ; partie de trois pages , à deux fl colonnes et en petits caractères. »

De Bure ajoute en forme de note :

« On croit communément que ces quatre parties séparées » avoient été imprimées dans la vue d'être annexées à la fin >> de cette belle édition du Téléinaque , mais que la famille » de l'auteur en obtint la suppression par des raisons par- » ticulières. »

On a vu , par ce que nous avons rapporté, que la famille, bien loin d'avoir demandé cette suppression , en avoit été très-affiigée ; mais cette note de la Bibliographie i?îstructive indique en même temps qu'on n'étoit pas encore exactement instruit de tout ce qui s étoit passé k l'occasioa de cette belle édition in-folio K

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