IV. — Demande
Dans les temps où Dieu me fait sentir sa présence , je ne doute pas que cette voie ne me soit bonne , excepté dans les conunencemens , où je crois que je n'étois pas assurée, lors même que j'étois recueillie. Présentement , souvent même dans les temps de sécheresse , je crois (jue rien ne m'est meilleur que ce qu'on m'a
LETTRES DE BOSSUET A MADAME DE LA MAISONFORT
conseillé ; mais , roinrae je vous l'ai dit , monseigneur, rincerlifnde revient de temps en temps.
Je ne suis pas attirée bien extraordinairement ; je n'ai point eu , pour entrer dans cette sorte d'oraison, ce signal dont vous avez parlé, je veux dire l'impuissance de pouvoir faire autrement ; je sens bien seulement que les discours ne me sont point nécessaires pour me convaincre , puisque , par la miséricorde de Dieu , je suis convaincue des plus grandes vérités , et qu'ils ne le sont point aussi pour m'unir à Dieu.
Rkp. — J'ai rapporté ce signal de l'impuissance comme celui que demandent tous les spirituels après le bienheureux Jean de la Croix ; mais du reste , je suis pour moi bien persuadé qu'en se livrant à la seule foi, qui, de sa nature, n'est pas discursive ni raisonnante , on peut faire cesser le discours , sans être dans l'impuissance d'en faire. Je ne veux pas assurer qu'on soit alors dans l'état d'oraison passive , ainsi que l'appelle ce bienheureux ; mais , quoi qu'il en soit ; cet état est bon , et conforme à la doctrine de saint Paul , qui ne demande pas le discours , mais la seule foi , pour la conviction des choses qui ne paroissent pas. Quand donc je trouverai un chrétien , qui sans être dans cette impuissance de discours , ou sans songer qu'il y est , priera sans discours , je n'aurai rien à lui dire , sinon qu'il croie , et qu'il vive en paix.