‹ Œuvres complètes de Fénelon, archeveque de Cambrai. Précédées de son histoire littéraire (volume 2)Chapitre 51 sur 422 · V. — Demande · texte numérisé non relu

V. — Demande

Il me paroît que ce qui est le plus conforme à ma disposition est un simple retour de mon cœur vers Dieu.

RÉP. — Je n'ai rien non [)lus à (lir(! contre ce sirn])le retour du cœur à Dieu , [)ourvu qu'on l'entende bien ; ce que nous verrons dans la suite.

VL — Drmanm:.

expresses , qui pourroient sortir de ce fond de foi et d'amour : mais l'amc qui a ce fond peut se passer de ces adeclions , et jusque-là je suis d'accord avec vous.

Demanpf.

Je trouve aussi que la simple attente du rerueillement , pour ainsi dire , m'y prépare mieux que ne feroient les efforts. J'entends par celte attente une certaine tranquillité où je tâche de me mettre , et une attention à Dieu qui est quelquefois bien sèche et presque imperceptiljle.

Réf. — Ladiftîculté commence lorsque après avoir dit l'état oi^i vous êtes durant le cours de la journée , vous réduisez toute votre action à une simple attente du recueillement ; de sorte que , de journée à journée, il ne vous reste aucun lieu pour les actes expressément commandés de Dieu.

Le recueillement qui revient à la simple présence de Dieu ne contient ni espérance , ni désir , ni action de grâces , ni demandes ; et ainsi tous ces actes sont supprimés : ce qui ne compatit pas avec l'Evangile.

La sinq)le attente est très-distinguée de l'excitation qu'on se fait à soi-même. Or de croire qu'on en vienne en cette vie à un état où l'on n'ait jamais besoin de cette excitation , David nous est un bon témoin du contraire, puisqu'il en revient si souvent à dire : Elevez-vous , ma langue ; mon ame, bénis le Seigneur ; mon ame, loue le Seigneur. J'ai dit : J'observerai mes voies , pour ne point pécher par la parole , etc.

Il y a de doux efforts que la loi et l'amour inspirent , et rendent fort naturels.

Les spirituels nous enseignent que , s'il y a quelques amcs qui soient tellement mues de Dieu , qu'elles n'aient aucun besoin de faire cllort, ce sontdesames uniques et privilégiées, comme seroil la sainte Vierge, ou quelque autre qui en ait approché L

Je trouve que ce simple retour me convient, non-seulement pour l'oraison , mais dans le cours de la join'néc , |)our revenir à Dieu , et que les oraisons jaculatoires ne me conviendroient pas si bien.

Rki'. — Il faut d'abord supi)Oser (pie ce simple retour à iJieu conlicnt un acte d(> foi fort sim|)le et fort nue avec toute son obscurité et toute sa certitude , et qu'il contient aussi un acte d'amour d'une pareille sinq)licité.

Les oraisons jaculaloii'es sont des an'eclions

^'I1L — Demande,

J'aurois peine à dire précisément

ce que c'est

que mou oiaisoii , sinon (|uc c'esl

un simple

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LETTRES DE ROSSL'ET A MADAME DE LA MAISONFORT

souvenir de Dieu , ou altenliou à Dieu , sans rien de distinct , sans me le représenter en nul endroit , et sans même le chercher au dedans de moi.

RÉp. — Tout cela se peut pour le temps de l'oraison ; mais Dieu prescrit d'autres exercices pour le cours de la vie. fjucorc faut-il prendre parde de ne point exclure du temps spécial de l'oraison l'espérance , la demande , et l'action de grâces. Je suis de l'avis de ceux (pii n'oliligent point à chercher Dieu uniquement en nousmêmes , puisqu'on le peut également regardeioù Jésus-Christ tournoit ses regards , ou en luimême indépendanunent de tout lieu , quoiqu'il y ait une manière admirahle de le regarder en son intérieur, comme celui qui y forme la prière.

L\. — Demandk.

Celle altenliou à Dieu est quelquefois accompagnée d'une douceur sensible , et d'une difticulté aux actes distincts et à prier vocalemenl. Je sens même souvent cette difliculté aux prières vocales dans des temps de sécheresse. On m'a dit de me contenter des prières prescrites.

RÉP. — Je crois que , par les prières prescrites , vous entendez l'oflice et les autres d'observance. 11 y faut aussi ajouter celles que le confesseur donne pour pénitence ; mais il n'est pas nécessaire de se charger de beaucoup de prières de cette sorte.

Di

Un homme que je n'ai vu que deux ou trois fois en ma vie ' m'a dit que, quand on ne pouvoil qu'avec difliculté dire les prièi-es marquées jiour gagner les indulgences , parce qu'on se sentoit attiré au recueillement, il n'y avoit qu'à s'abstenir de ces prières.

Rkp. — Je le crois ainsi ; mais dans le cas présent , où il s'agit de difficulté et non d'impossibilité, je crois plus humble , et par là |)lus sûr, de dire les prières prescrites dans un jubilé. Un a sept jours , et on peut partager' ses prières dans tout ce temps. La difficulté peut faire en ce cas partie de la pénitence ; mais a{)rès tout , il ne faut pas gêner ces âmes sans nécessite.

XL — Dk.mandk.

11 me semble qu'entre les personnes qui sont dans cette oraison sim[)le , les unes n'ont nulle

• * C'cloil M. lîoiiilon, (Ion! j'ai iléjii inirlt'.

difficulté aux prières vocales , les autres en ont beaucoup , et quelques autres y ont une espèce d'impossibilité. Il est rapporté que la mère Marie de l'incarnation , qui a établi les Carmélites en Fiance , ne pouvoit dire un Patev de suite.

Riîp. — Je crois ces dispositions très-réelles dans les âmes. Il est écrit , dans la Vie du P. Rai tasar Alvarez, (ju'il fallut demander pour saint Ignace de Loyola la dispense de dire le Rréviaire, à cause de l'absorbement où il en étoit d'abord, (iela n'empêche pas que l'on ne doive de temps en lem[)s tenter la [)rière vocale, la commencer du moins, si l'on ne peut l'achever , avoir la volonté de la faire , si l'on n'en a pas l'elfet , afin d'adoi-er Dieu de tout ce qu'on est, c'est-à-dire, de l'extérieur et de l'intérieur, sans gêne toutefois, avec une sainte liberté; car elle est inséparable de l'amour.

XIL — Demande.

Les temps de sécheresse sont fréquens chez moi ; mais je les supporte mieux que l'inquiétude et le trouble.

RÉP. — 11 faut se laisser troubler quand Dieu le veut , parce que ce trouble est quelquefois le trouble de l'eau par l'ange, qui précède lu guérison. C'est (luelquefois une participation du trouble de la sainte ame de notre Seigneur , qu'il faut remarquer dans l'Evangile en diverses occasions.

De.>

Il me paroît que le mieux alors seroit de tâcher de se calmer en la piésence de Dieu ; et les réflexions et les discours (supposé qu'on en puisse faire , ce qui ne seroit peut-être pas impossible) ne remédieroienf pas à ces inquiétudes et à ces troubles.

RÉP. — Le discours n'accoise pas de tels troubles ; une douce conformité à la volonté de Dieu en est le seul remède, et l'exemple de Jésus-Christ nous y conduit.

Demande.

C'est dans ces temps de trouble que je me jette dans la multiplicité des actes , pour m'assurer, sans y pouvoir parvenir.

RÉP. — Il ne faut chercher d'assurance qu'en la seule bonté de Dieu , et entièrement hors de soi-même , surtout celles qui expérimentent , comme vous, que ces assurances qu'on clierche

LETTRES DE BOSSUET A MADAME DE LA MAISONFORT

ailleurs n'ont point ïei\H qu'on en prétend. Sans multiplier les actes par un travail inutile, il y en a de fort simples qu'on peut pratiquer '.

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