XV. — Demande
Une lettre de M"^ de Chantai aux supérieures de son ordre , où elle parle de certaines âmes attirées à une oraison si simple, qu'il leur paroît qu'elles ne font rien , qui veulent toujours agir par la crainte de perdre le temps, et qui ont un grand besoin qu'on les encourage à suivre l'attrait de Dieu, m'a fort consolée. J'ai cru trouver mon portrait dans cette lettre , excepté que M"'^ de Chantai dit que , pour l'ordinaire , on voit reluire une grande pureté et une grande régularité dans ces âmes.
RÉp. — Vous avez raison d'être consolée de celte lettre. Nous parlerons tout à l'heure de la pureté et régularité que Dieu demande à ces aines.
XVL — Demande.
Ce qui devroit le plus faire douter ceux qui nie conduisent , et moi-même, de mon oraison, c'est le peu de progrès que je fais dans la vertu. Il me paroît , et à bien des gens , qu'au lieu d'avancer, je recule. Non-seulement en ne voit guère de progrès en moi pour la correction de certains défauts extérieurs , mais je trouve mes dispositions intérieures plus imparfaites qu'elles n'étoient.
RÉP. — La grande et la seule preuve de la bonne oraison est le changement de la vie. Le dessein de l'oraison n'est pas de nous faire bien passer quelques heures avec Dieu, mais que toute la vie s'en ressente et en devienne meilleure. Mais la difticulté est de bien faire cet examen delà vie, parce que Dieu cache souvent le progrès des âmes, non -seulement à elles-mêmes, mais à leurs directeurs , s'ils ne sont extrêmement attentifs : il le cache inêuie quelquefois sous une forme contraire.. le crois, pour moi , que la grande épreuve doit êh'C à l'égard de la charité fraternelle. Si l'extérieur est bien réglé sur cela, on doit croire que l'oraison fait son elfet , qu'elle porte son fruit , et par conséquent (jn'elle est bonne , quelque mauvaise disposition qu'on sente au dedans , parce que la véritable disposition est celle qui paroît par les o'uvres , selon cette parole dcî
notre Seigneur : Vous les connoitrez par leurs œuvres et par leurs fruits. Ainsi un confesseur, attentif, et qui puisera ses lumières dans la prière, sentira à la longue si la charité et l'obéissance prévalent , surtout s'il est soigneux à observer certaines occasions délicates et surprenantes , où il est malaisé que l'ame n'agisse selon son fond , et qu'elle se démente ellemême.
XYII.
Dem.i
Je ne suis point assez livrée à la grâce.
Rkp. — Ce mot peut avoir un bon et un mauvais sens. Le bon est de se livrer à l'esprit contre la chair; le mauvais est de croire être livré à la grâce , quand on est dans la pure attente *, sans vouloir agir de son côté , ou s'exciter soi-même à agir.
xYiir.
Demande.
Le nouveau directeur dont j'ai parlé , à qui je me confesse quelquefois , trouve que je suis plus mauvaise que je ne l'étois autrefois ; mais il n'en conclut point que je sois dans l'illusion.
RÉP. — Humiliez-vous sous son jugement ; c'est beaucoup qu'il vous rassure contre l'illusion. Vivez dans l'obéissance, et gardez-vous bien de vous juger vous-même , en bien ni en mal , d'un jugement qui tende à un changement de conduite ; car pour le jugement qui consiste à présumer contre soi-même, on ne s'y trompe guère, et en tout cas, la tromperie est heureuse.