‹ Œuvres complètes de Fénelon, archeveque de Cambrai. Précédées de son histoire littéraire (volume 2)Chapitre 63 sur 422 · XXXVI. — Demam.e · texte numérisé non relu

XXXVI. — Demam.e

La lettre lxxxui et la clvii de M. nlier m'ont paru bien fortes ; mais comme tout cela est inlinimenl au-dessus de moi , l'éclaircissement que j'ose , monseigneur , vous demander , est seulement pour avoir sur cela une idée qui ne me rende point suspect ce qui est innocent , et qui m'empêcbe d'approuver ce qui iroit trop loin.

Hkp. — Je n'ai point vu ces lettres de M. nlier , ne les trouvant point sous ma main. Je vous dirai seulement que tout ce qui est contraire à la doctrine précédente est faux et insupportable , sauf à excuser les auteurs en corrigeant leurs exagérations par d'autres passages , s'il s'en trouve, sinon en les laissant là pour ce qu'ils sont , sans s'y arrêter.

Demande,

Je serois bien ais(! aussi de savoir si celte manière simple d'unir notre volonté ii celle de Dieu , dont parle saint François de Sales dans le XIV* cbap. du IX^ liv., se peut étendre jusfju'aux volontés de Dieu signifiées , aussi bien ([u'aux évènemens. 11 semble qu'il entend tout, car il cite d'abord un des couunandemens de Dieu. Il est vrai que, dans la suite du cliapitre, il ne parle plus que des évènemens.

RÉr. — L'esprit du saint , dans ce cliapitre, est d'expliquer d(!U\ manières de se conformer à la volonté de Dieu : l'une, eu voulant ce qu'il vent par un acte positif de notre volonté, qui est la manière de vouloir raccomplissemeut de sa volonté signiliée i)ar ses commandemens ; l'autre . par forme d'acquiescement en général à la volonté de Dieu . |)lulôtque par forme de volonté positive de cette cliose-ci ou de cellelà : et cette manière-là est celle qu'il propose par rapport aux évènemens , comme il paroit par la suite. Tout ce qu'il dit de la disposition

du saint enfant Jésus , sur son abandon à l'extérieur à la volonté de sa sainte mère , se doit entendre par rajjport aux évènemens , comme d'être porté au temple , ou en Egypte , ou à Nazarelb , et partout ailleurs ; car en cela le Fils de Dieu éloit absolument sans action , ce qu'il faut entendre à l'extérieur; car au dedans on sait bien c|ue c'est lui qui conduisoit sa sainte mère. Il faut donc l'imiter, en se laissant , pour ainsi dire, porter [)ar notre mère la l'iovidence à cet événement ou à celui-là , sans prescrire à Dieu ce qu'il voudra qui nous arrive dans tout le cours de la vie , et sans lui marquer sur cela aucun désir empressé. Conférez ce cliapitre avec le vi% où vous verrez comment on peut vouloir saintement et fortement tout ensemble le contraire de ce que Dieu veut , et vous verlez ce que c'est que s'unir parfaitement à sa volonté.

Conclusion : il faut vouloir positivement ce que Dieu commande , et à l'égard des évènemens, se laisser conduire par un très-simple acquiescement, sans pour cela se priver de vouloir certains évènemens même extérieurs, lorsque Dieu nous y incline en quelque sorte que ce soit, comme il est porté au cbapitre vi, et en cent autres endroits.

Remarquez aussi ces paroles du cbap. iv : « Le cœur le plus indifférent du monde peut )i être touclié de quelque all'eclion. »

Si l'on poussoit à toute rigueur toutes les expressions du saint évêque , il seroil impossible de les concilier ensemble : il les faut donc prendre par le gros, et croire seulement avec une foi certaine, qu'à l'égard des évènemens de la vie , parmi lesquels il faut compter les consolations et les sécberesses , quand il esS question de conclure , il se faut conserver assez d'indifférence pour dire du fond du cœur : Votre vohmlé sait faite, /bnen , amen.

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