XLIV. — Demande
Sa lettre , qui est rapportée dans le quatrième clia|)itr(> de la troisième partie de la Vie (ht M""" (le Chantai, est une réponse à plusieiu's questions qu'elle avoit faites au saint évéque , poiu' savoir SI son union simple , lors mémo qu'elle étoit dans la sécheresse, ne sufOsoit |)as à bien des cVoses qu'elle avoil citées. C'est dans cette lettre que saint François de Sales dit : « Soyez » active et passive , ou patiente , selon que Dieu
» voudra: mais de vous-même ne sortez
» point de votre place Vous êtes la sage
» statue : le maître vous a posée dans la niclie : » ne sortez de là que quand lui-même vous en » tirera.
Rki'. — Le saint explique en termes exprès que la conqiaraison de la statue ne regarde que les temps de l'oraison ; il n'y a qu'à voir les endroits du WwQ de l'Amour de Dieu, et les lettres où il emploie cette comparaison , pour en être convaincu.
Demande.
J'avois compris par ces mots, Soyez active quand Dieu voudra , faites des actes dans votre oraison , quand Dieu , par le mouvement de sa grâce , vous y portera: et ce qui suit ces mots est ce qui me (sortoil à le concevoir de la sorte , et aussi les questions de M""" de Chantai , auxquelles cette lettre paroît répondre , dans lesquelles elle citoit même les temps de sécheresse; car il me sembloit que , s'il avoil prétendu que, dans ces temps-là, elle devoit s'exciter à faire des actes, il auroit di^i le lui dire. Tout ce que je viens de vous marquer, et d'autres endroits encore, m'avoient fait penser que, selon saint François de Sales, certaines âmes, dans l'oraison , pouvoicnt se contenter de la [)résence de Dieu et du recueillement, et attendre, pour faire des actes iulr-rieurs sensibles, que certain mouvement de grâce les y portât ; et dans la conduite de lein* vie . être l'ort abandonnées à la Pro\idcnce, fidèles à marcher en la présence de Dieu, à l'écouter, et à snivre les mouvemens
de sa grâce , sans attendre poui-tanl , pour se déterminer à la pialiijue des vertus et des bonnes (l'uxres convenables à leur état , des inspirations et des mouvemens particuliers; ne négligeant point, non plus que les autres personnes, les autres signes de la volonté de Dieu , et les règles de la prudence chrétienne.
Rkp. — Etre active, ce n'est pus taire des actes libres et méritoires , car il est certain qu'on en lait de cette sorte dans l'état passif; autrement cet état seroit mauvais, et excluroit les actes libres et méritoires d'amour de Dieu , ce qui n'est jjas être active. C'est donc autre chose , et c'est s'exciter en soi-uiême à faire des actes, ce qui n'est point ordinairement dans l'état passif, au temps de l'oraison dont il s'agit. Le saint vent donc dire : Soyez active; faites dans la voie et avec la grâce commune de ces actes excités qu'on appelle de propre industrie et de propre effort ; mais quand Dieu vous tient actuellement sons sa main , laissez-le faire , et ne vous tourmentez point à faire de tels efforts ou aucun discours. Je ne [>arle point ici de l'oraison de patience , dont je crois avoir donné les principes dans une des conférences , et il ne me paroît pas qu'on forine aucun doute sur la définition que j'en proposai. Tenons donc pour assuré qu'une ame toujours passive est une chose sans exemple ; aucun spirituel n'en vit jamais de cette sorte. Pour M""' de Chantai , il ne faut pas songer qu'elle ait été dans cet état , ni approchant. Réservons , dit-elle , cette grâce à la sainte Vierge , avec le bienheureux Jean de la Croix, ou plutôt laissons à Dieu son secret sur la sainte Vierge, et ne parlons pas de ce qui nous passe. Pour les arnes que nous avons à conduire , disons-leur avec saint François de Sales : Quand Dieu se déclare, (ju'il se rend le maître , qu'il nous meut actuellement, laissez- vous mouvoir, et alors ne vous tourmentez pas à vous exciter ; mais ne croyez pas qu'en cette vie , cette opération dure toujours. Quand il retire son opération, servez-vous de la manière ordinaire; usez de vos facultés, mais de vous-même neson- (jez jamais à ckamjer l'état de votre oraison.
Ne doutez point qu'il n'arrive dans l'oraison , même aux plus parfaits , de ces momens où Dieu retire ses ojjérations: et c'est dans ces momens que la vénérable mère de Chantai en venoit jusqu'à des prières vocales et autres, auxquelles on s'excite soi-même; ce qui lui arrivoit princi[)alemenl , à ce qu'elle écrit , à l'occasion des tentations '.
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illc à i.'lle m;
LETTRES DE BOSSL'ET A iMADAiME DE LA MAISOxNFORT.
Pesez bien la distinction de l'état actif et passif; c'est le dénouement parfait de toute la doctrine du saint directeur et de la vénérable et digne fille. Remarquez bien quil ne faut point attendre d'excitation particulière de Dieu dans les choses qu'il a conunandécs , et où sa volonté nous est déclarée , soit par notre état particulier, soit pai' l'état couinnui de la vocation chrétienne. Ce seroit visiblement tenter Dieu , que de ne s'exciter pas soi-même avec le secours de la grâce dans les choses de cette nature, et de croire toujours avoir besoin d'une opération extraordinaire, telle que sont celles de l'oraison passive.
XLVL — Demvmie.
Mais il reste une chose sur quoi je désirerois particulièrement quelque éclaircissement, c'est sur les actes qui se font dans le cours de la vie; car je suis très-persuadée que tout le monde en doit faire , que non-seulement les personnes qui sont dans la voie active en font , mais aussi les âmes tout-à-fait passives , et des actes distincts et même en grand nombre, et que, comme le dit M'"^ de Chantai dans le chapitre que j'ai cité , ceux qui croient n'en point l'aire ne l'entendent pas bien.
RÉF. — Croyez cela très -certain connue nue vérité révélée de Dieu.
xLvn.
De M.'
Elle dit d'elle-mèuie qu'elle en faisoit . quand Dieu lui témoignoit le vouloir par les mouvemens de sa grâce.
RÉP. — La mère de Chantai dit qu'elle faisoit des actes, quand Dieu lui témoignoit le vouloir; ce qui est bien vrai : mais elle ne dit pas quelle n'en fit jamais autrement. Le contraire paroit dans toute sa conduite.
Il faut entendre aussi que ce témoignage de Dieu n'est pas toujours une o[)ération qui mette l'ame en passiveté. Dieu témoigne suflisammeut qu'il veut quelque chose , quand il y incline doucement; en sorte néanmoins qu'après, l'ame achève ce qu'il commence, en s'excitant ellemême, comme quand David disoit . Mon anif . bénis le Scif/upto- ; et encore : Je rons (liincrui .
vi'iiir .MIS prii'i.'v \<»'.'ili'v (Ull^ h's II K'ii- «Il Dini , <l;iiis
rni;ii-,Mii , ictiniil son niiiMMlidii , |iiiiiilih' :iyaii( <lcm:iiiiii' ;i (f [Hi'lal si je ne IVrois lias, birii , (l:ink lis Icinps <li'. si-ilii'- 11",...', ili' fiiirp (It'S prioi'PS vncnli-s [imii' m'orciipor (lo\.'iiit l'i.'ii, il iiii' iv-piimlil 'PK' nnii ; nu'il lallnil. iii.'ilnn' la si'ilu-li'ssc, laclH T ili' (iiiiliiiiiiM- l'diuisoii iiu laiic iiiicli|iif l.iUni'.
mon Dieu , ma force. Il paroît que Dieu l'excitoit : mais il paroît en même temps que l'ame déjà émue s'excitoit aussi elle-même ou à achever l'acte ou à le continuer.
XLVIIl. — Demande.
Et quoiqu'il soit vrai que M. de Maupas dit , dans le commencement de celte Vie de M"'* de Chantai , que lorsque Dieu avoit retiré son opération , elle faisoit quelque petit acte fort court dans l'oraison , il fait pourtant lui-même remarquer, dans le chapitre que je cite , que c'étoit par le mouvement de la grâce , et non autrement , qu'elle faisoit ces actes.
RÉP. — Quant à ce que vous dites, que , de l'aveu de M. de Maupas, la sainte mère ne faisoit jamais aucun acte que par le mouvement de la grâce, cela convient à tout état; et nul ne peut dire : Le Seigneur Jésuii , qu'incité auparavant par le Saint-Esprit. Ainsi l'incitation de la voie commune et active , bien loin d'être incompatible avec cette impulsion, l'accompagne ordinairement dans tout le cours de la vie. Au reste, quand M. de Maupas remarque que Dieu retire souvent son opération , il parle avec tous les spirituels , et principalement avec saint François de Sales dans l'endroit qu'on vient de voir, où il dit : Soi/ez active , passive, etc. ; car on est passif cpiand Dieu continue son opération , et actif (piand il la retire , et qu'il vous laisse à vous-même; ce qui arrive aux âmes les plus éminentes , comme on le pourroit montrer par l'exemple des apôtres et des prophètes : mais la chose n'étant jias contestée , il est inutile d'en entrepreïidre la preuve.